DES POUDRES FULMINANTES ET DU COTON-POUDRE
SECTION PREMIÈRE
FULMINATES.
Si les progrès que font faire à la chimie les savants de notre époque, continuent avec la même rapidité, il est permis de prévoir que la nature sera forcée un jour dans ses plus profonds secrets. Il est incontestable que cette science a porté la pyrotechnie à un point infiniment supérieur à celui où l’avaient laissée les anciens, et tous les jours sont marqués par de nouvelles découvertes, en ce genre, plus ou moins étonnantes, plus ou moins dangereuses. Hier, c’était l’air comprimé, la vapeur, les chlorates, les fulminates ; aujourd’hui c’est l’azotate de coton (coton-poudre ); demain, ce sera peut-être l’électricité qui sera rendue maniable.
On donne, en général, le nom de poudre-fulminante à tout sel détonant par la percussion, le frotte-
ment ou la chaleur. Os sels explosifs sont assez nombreux : tantôt ils sont le produit de la combinaison d’un métal avec l’acide nitrique et l’alcool, tels que les fulminates d’argent, de mercure, etc.; tantôt celui de l’acide chlorique combiné avec une base, tels que les chlorates de potasse, d’ammoniaque, etc.. . D’autres fois, ils proviennent de la combinaison de l’ammoniaque liquide avec un métal, comme les ammoniures d’or, d’argent, de platine, etc... Enfin, la chimie connaît une foule de combinaisons semblables qu’il serait trop long d’énumérer dans cet essai. Nous ne parlerons que des fulminates les plus usités.
Préparation du fulminate d'argent.
Pour obtenir ce fulminate, on met dans un matras 250 grammes d’acide nitrique et une pièce d’argent de 50 centimes. Lorsque l’argent est dissous, on yerse la liqueur dans 60 grammes d'alcool trèsfort et l’on fait bouillir ce mélange sur un feu modéré. Après quelque temps d’ébullition, le liquide se trouble et commence à déposer du fulminate d'argent. Alors on retire le vase du feu et l’on ajoute, par fractions, 60 autres grammes d?alcool froid pour apaiser peu à peu l’ébullition. Le liquide étant tout à fait refroidi, on le verse sur un filtre de papier et le fulminate d’argent s’y dépose sous forme de poudre blanche. On le fait sécher avec précaution, et lorsqu’il est
bien sec, on l’enferme dans des vases en verre se bouchant hermétiquement afin de le préserver contre l'humidité.
Préparation du fulminate de mercure.
Indroduisez dans un ballon à col court :
Mercure 60 grammes.
Acide nitrique, à 30°. . . 578 —
Chauffez doucement jusqu’à ce que le liquide ne dégage plus de vapeurs rutilantes et, arrive à une teinte orangée. Après quinze minutes, versez dans un autre ballon contenant :
Alcool à 36° 725 grammes.
Bouchez exactement le ballon avec un bouchon de liège et faites chauffer pendant trois heures à une température de 80 degrés.
L’opération est terminée lorsqu’il ne se dépose plus de fulminate de mercure au fond du ballon. Alors, on verse sur un filtre et l’on fait sécher de la même manière que pour le fulminate d’argent.
C’est avec le fulminate d’argent ou de mercure que se font les capsules ou amorces d’armes à percussion. Selon le calcul d’un homme compétent dans cette matière, il se fabriquerait en France sept cent cin-
quante millions de capsules, par année, sans comprendre, dans ce chiffre, l’énorme consommation qu’en fait l’armée et qui est l’objet d’une exploitation spéciale. Parmi les nombreux ouvriers employés à la fabrication des fulminates et des capsules, les deux tiers au moins , offrent une santé détériorée par les gaz délétères qu’ils respirent. Frappé de ce triste état de choses , M. Pelouze a trouvé un autre mode de fabrication qui n’entraînerait point ces graves inconvénients ; il suffirait de remplacer le fulminate de mercure par un peu d’azotate de coton qui, uni à quelques grains de poudre, enflammerait la charge de l’arme tout aussi bien que la capsule ordinaire.
C’est aussi avec le fulminate d'argent ou de mercure que se fabriquent les petites boules, les cornets et les bonbons dits fulminants ; préparations qui sont toujours dangereuses dans les mains des enfants.
Argent fulminant.
Il ne faut pas confondre l’argent fulminant avec le fulminate d’argent dont nous venons de parler; ce sont deux sels tout à fait différents. L’argent fulminant est beaucoup plus explosible ; il détone au moindre contact et quelquefois môme spontanément: sa préparation est, par conséquent, plus dangereuse encore que celle des autres matières fulminantes dont nous avons parlé jusqu’ici.
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L’argent fulminant s’obtient delà manière suivante: — On se procure d’abord de l’oxyde d’agent en versant dans une dissolution de nitrate de ce métal, une dissolution de potasse ou de soude, ou encore de chaux ; ensuite on décante la liqueur ; ce qui reste sur le filtre est de l'oxyde d’argent. Cela fait, on prend deux ou trois grains de cet oxyde que l'on met dans un godet ou dans un verre de montre, puis on les arrose avec de l’ammoniaque liquide concentré, jusqu’à ce qu’ils soient délayés en bouillie, et l’on abandonne ce mélange à la dessication naturelle quia lieu par l’évaporation. Alors, on attache une plume à un long bâton et, avec les barbes de cette plume, il suffit de toucher la poudre noirâtre restée au fond du verre de montre, pour la faire détoner avec une violence égaie à un coup de canon. Le verre est brisé et les fragments en sont dispersés au loin.
Ainsi, comme on le voit, l’argent fulminant ne peut être manié que lorsqu’il est encore humide ; une fois desséché, il détone violemment au moindre contact. On risquerait sa vie si l’on essayait de renfermer l’argent fulminant dans un flacon.
SECTION IL