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COTON-POUDRE , OU FULMI-COTON, OU AZOTATE DE COTON

A peine le docteur Schœnbein avait-il annoncé la

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découverte, d’un coton-poudre, dont il se réservait le secret, que plusieurs de nos savants nous en donnaient le procédé ; car, avec la chimie moderne, il n’est plus de secrets possibles : quelques tâtonnements suffisent pour les mettre au grand jour. Voici donc l’histoire du coton-poudre, qui, si elle ne porte pas atteinte à la priorité d’invention dont se targue le docteur allemand , en atténuera du moins singulièrement le mérite.

En 1833, M. Braconnot, chimiste de Nancy, en dissolvant de l’amidon et d’autres matières organiques dans de l’acide nitrique, découvrit une substaoce douée d’une excessive combustibilité, qu’il nomma xyloïdine.

Quelques années plus tard, notre savant chimiste Pelouze reprit les expériences de M. Braconnot, et, ayant plongé une feuille de papier dans une dissolution d’acide nitrique concentré, il obtint un fulmi-papier qui s’enflammait promptement sans laisser de résidu.

« J’ai préparé en 1838 , a dit M. Pelouze à la . séance du 17 octobre dernier, un papier inflammable en plongeant dans l’acide nitrique concentré une feuille de papier connu dans le commerce sous le nom de papier ministre, c’est celui qui m’a paru le mieux se prêter à la préparation d’une matière très -inflammable. Au bout de vingt minutes, j’ai retiré ce papier de l’acide nitrique, et, après un lavage à grande eau,

je l’ai desséché à une douce chaleur. J’en ai introduit un décigramme dans un pistolet à balle forcée, se chargeant par la culasse; une planche de deux décimètres, placée à une distance de vingt mètres, a été percée, et la balle s’est aplatie contre la muraille.

« J'ai prié récemment M. Prélat d’essayer ce papier azotique avec des armes de diverses formes; l’opinion de ce habile armurier est que, dans les pistolets avec lesquels seulement il a tiré jusqu’ici, le papier azotique peut remplacer la poudre ordinaire, sans que la justesse du tir perde rien à ce changement.

« Quand on réfléchit à la facilité et à la rapidité avec laquelle les personnes les plus étrangères à la chimie peuvent convertir en une poudre énergique le papier, le coton, le chanvre, etc... on ne peut s’empêcher de reconnaître l'extrême gravité de la question que soulève la découverte de M. Schœnbein. »

Cette déclaration est formelle et ne laisse aucun doute dans l’esprit du lecteur sur la question de priorité de découverte, et cependant , notre célèbre chimiste Pelouze, plein de cette modestie qui caractérise le vrai talent , ne conteste nullement au docteur Schœnbein le mérite d’application du colonpoudre'.

M. Otto, professeur de chimie à Brunswich, a écrit à l’Institut de France pour lui faire savoir qu’il avait

été conduit, pâr les travaux de M. Pelouze, à préparer un coton explosif dont la force balistique ne le cédait en rien à celle de la meilleure poudre à canon.

Des balles de fusil, chassées par une charge de six grains de poudre-coton, se sont, à cinquante pas de distance, enfoncées de deux pouces dans du bois de chêne.

Le docteur Knopp, préparateur au laboratoire de l’université de Leipzig, écrit qu’avec douze grains de coton-poudre, la balle d'un fusil, tirée à quatre-vingtdix pas, a traversé deux planches juxta-posées, l’une de sapin, l’autre de chêne, offrant chacune deux pouces d’épaisseur.

MM. Martin, Louzer et Morel, ingénieur, sont également parvenus à préparer du coton-poudre , probablement guidés par les expériences de M. Pelouze. M. l’ingénieur Morel, dès la première annonce de la découverte du docteur Schœnbein, adressa au ministre de la guerre sa formule pour la préparation du fulmi-coton, et le ministre ordonna immédiatement des expériences, dirigées par le général Neigre, sur l’emploi de cette nouvelle poudre, afin de s’assurer s’il y avait des avantages balistiques réels à remplacer la poudre ordinaire par le fulmi-coton.

Vçici le résumé des essais qui ont été faits à la direction des Poudres et Salpêtres de Paris, sur le meilleur mode de fabrication du coton-poudre et sur son emploi dans les armes à feu.

Préparation. — Prenez du coton cardé, exempt de toute impureté nuisible à sa combustion , et plongez-ledans un mélange composé de parties égales d’acide nitrique et d’acide sulfurique concentrés. Tournez et retournez le coton en tous sens de manière à ce qu’il s’imprègne parfaitement. Lorsque l’imbibition est complète, c’est-à-dire après dix minutes, retirez le coton et soumettez-le immédiatement à un lavage à l’eau froide. Ce lavage est indispensable pour débarrasser le coton de son excès d’acide. Ensuite, faites-le sécher en l'éparpillant sur une tôle légèrement chaude si l’on veut s’en servir de suite, ou bien sur une table, dans un endroit à l'abri de l’humidité, si l’on peut attendre. Toutefois, la chaleur de la tôle nedoit pas s’élever à plus de 50 degrés, car de 60 à 70 degrés, le fulmi- coton s’enflamme.

Pour reconnaître si l’opération a été bien faite et si le coton a acquis toutes ses qualités explosibles, roulez un peu de coton en boulette que vous mettez sur une assiette, et touchez -le avec un chardon ardent; il doit fulgurer vivement comme la poudre ordinaire, mais sans produire de fumée ni de résidu. Si, au contraire, il prend feu lentement et laisse des cendres, c’est que le mélange d’acides nitrique et sulfurique n’avait pas assez de force , ou bien que le lavage a été mal fait , dans ce cas, le coton-poudre est impropre aux armes à feu. Enfin, si l’on allume sur la main nue du coton-poudre bien préparé, il

s’enflamme et disparaît avec rapidité sans qu’on ressente la moindre brûlure. Si on en répand sur de la poudre à canon et qu'on y mette le feu, le fulmicoton seul s’enflamme sans que le feu se communique à la poudre.

Mais, le coton n’est pas la seule substance qui devienne explosible par son immersion dans l’acide nitrique. MM. Pelouze, Flandrîn, Bley, Bomburg et plusieurs autres chimistes se sont assurés, par des expériences réitérées, que des chiffons, du chanvre, du papier, des copeaux, de la sciure do bois, etc., préparés de la même manière acquéraient les mômes qualités explosives que le colon, et pouvaient avantageusement remplacer la poudre ordinaire, soit dans les armes à feu, soit pour les mines.

Nous signalerons succinctement les divers procédés usités dans sa préparation : — Selon M. Otto, le colon doit être plongé à plusieurs reprises dans un mélange d’acides nitrique et sulfurique. — M. Knopp prétend qu’il faut l’y laisser plonger pendant quinze à vingt minutes. — M. Louzer veut, au contraire, qu’on ne lui donne que le temps de s’imprégner, dans la crainte qu’il ne se combustionne et ne se décompose. — M. Morel, de même que M. Schœnbein,n’a point ébruité son secret. Mais les expériences de MM. Flores-Domonte et Menars, jeunes chimistes distingués, ont démontré que la durée de l’immersion avait peu d’importance et n’influait en rien sur les degrés do

force ou de faiblesse de l'azotate de coton ; toutefois, le meilleur coton obtenu a été trempé pendant douze à quinze minutes.

Expériences sur la force et la vitesse des projectiles lancés par le fulmi-coton. — Le résultat des essais faits par MM. Suzane, capitaine d’artillerie, et Mézières, commissaire à la raffinerie des Salpêtres de Paris , avec le fusil-pendule, sont :

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