DES TALISMANS
Talismans. — Le mot talisman , du chaldéen Tilsmen, pris dans son acception la plus étendue, désigne tout objet, toute formule ou parole possédant les vertus imaginaires de préserver de tous les malheurs, de faire obtenir tout ce que l’on désire et même de réaliser tout ce que l’on veut, le bien et le mal.
L’origine des talismans remonte au berceau des sociétés; l'ignorance, la superstition et le charlatanisme, ces teignes incurables de la société, en furent les inventeurs. Les talismans furent d’abord des objets auxquels s’attachait une faveur divine ; les dieux Lares, les Pénates le Palladium de Troie, la Minerve d’Athènes, les Boucliers de Rome, etc. , étaient regardés comme indispensables à la prospérité et à la gloire de ces cités.
Olympiodore assure qu’il existait en Thrace des statues d’argent constellées qui arrêtèrent pendant plusieurs années les irruptions des Huns, des Goths, Vandales, etc.; malheureusement, l’empereur Constance fit enlever ces statues et les barbares inondèrent aussitôt le pays. — A Thèbes,en Égypte, une sauterelle d’airain placée sur chacune des cent portes,
garantissait la ville des nuées de sauterelles qui désolaient la campagne. — Corinthe, outre ses jolies courtisanes, possédait un autre talisman, des plus singuliers : c’était un boisseau d’airain , rempli de grains d’orge enchantés , qui attiraient dans sa campagne toutes les cailles duPéloponèse et dont se régalaient ses voluptueux habitants . — La sécurité de Messène dépendait d’un renard et celle d’Élis d’un lapin. — Une statue de Yulcain en marbre noir protégeait Naples contre les éruptions du Vésuve j enfin toutes les villes en général possédaient leur talisman protecteur.
Bientôt les talismans pour la sécurité publique ne suffirent plus ; chaque citoyen voulut avoir son talisman particulier; alors il en circula une grande quantité : une plaque de métal, une médaille', un morceau de bois, d'argile ou d’os , sur lesquels étaient gravés une figure symbolique, une formule sacrée ou un caractère mystérieux, passaient pour des talismans , poqrvu qu’ils vinssent d’un thaumaturge, d’un magicien ou d'un astrologue. Celui qui possédait un de ces objets se croyait invulnérable, exempt de maladies et désormais préservé de tout malheur ; de plus le chemin de la fortune s’ouvrait devant lui sans obstacles et tous ses vœux devaient s’accomplir.
La croyance à l'efficacité des talismans devint si générale, que tout le monde courut après, riches et pauvres, grands et petits ; alors leur nombre s’accrut
d'une manière incroyable, les fabricants n’y pouvaient suffire, et les charlatans gagnèrent énormément h celte vente qui, plongeant les peuples dans la superstition, leur assurait, à eux charlatans, de gros profits et une immense considération.
Les Assyriens et les Égyptiens excellèrent dans la fabrication des talismans; mais les plus estimés venaient de Babylone; parce qu’ils étaient composés selon toutes les règles de l’art astrologique. Ainsi, pour qu’un talisman préservât dés bêtes féroces et venimeuses, il devait porter la figure des constellations de l’Hydre et du Scorpion; pour qu’un mariage fût fécond et que la femme eût beaucoup de lait, il fallait gravér dessus les constellations de Vénus et de Mars au moment de leur conjonction; etc., etc...
Chez les Grees et les Romains , les talismans particuliers furent en grande vogue et prirent les différents noms de phylactères, — périaptes, — apotropêes, — stœehies, etc... Les dieui et déesses de l’Olympe furent mis à contribution et entrèrent dans la composition des talismans. Les figures de Jupiter et d’Hereule donnaient la force et la puissance ; — celles d’Apollon et des Muses coloraient l'imagination, échauffaient le génie ; — l’image de1 Vénus assurait là beauté, faisait naître l’amour et la joie ; — la représentation de Mars sur une plaque d’airain, inspirait le eourage et le mépris des dangers; — le portrait de Mercure sur un fond d’argent, rendait
heureux dans le commerce ; — le disque du soleil, représenté sur une médaille d’Qr, faisait obtenir la faveur des rois, etc., etc...
Depuis le souverain jusqu’au dernier de ses sujets, tout le monde cachait un talisman dans son sein ou dans ses vêtements. — Les rois d’Égypte s’attachaient au cou des talismans qui les préservaient de toute injustice. — Moïse fit ériger dans le désert un serpent d’airain pour tuer les reptiles qui tourmentaient les Hébreux. — Dans l’armée deSésostris il n’y avait pas un soldat qui n’eût au cou un scarabée, pour grandir son courage et lui. assurer la vie. — Les femmes grecques portaient une médaille à l’effigie de Latone ou de Junon Lucine. — La lyre d'Amphion doit être regardée comme un des plus puissants talismans de l’antiquité , s’il est vrai que son enivrante harmonie civilisait les hommes, adoucissait les bêtes féroces et bâtissait des villes. — Le luth magique d’Arion serait dans le même cas; on sait que cet habile musicien ayant été jeté à la mer par des pirates, les dauphins se disputèrent l’honneur de le 'porter à Corinthe. — Quel être sur la terre et dans les cieux aurait pu résister à la ceinture de Vénus, précieux talisman que Junon emprunta pour fixer le cœur de son volage époux? — La belle Alcmène reçut de Jupiter un talisman qu’elle donna à son fils, et l’on prétend qu’Hercule dut à ce talisman la gloire de sortir vainqueur de ses douze travaux. — Tout le
monde connaît le talisman de Samson ; la force de l'Hercule hébreu résidait dans ses cheveux. — Milon de Crotone possédait aussi un talisman qui lui valut toutes les couronnes aux Jeux olympiques. — Périclès et Alcibiade portaient, dit-on, caché dans leurs che-
veux , un phylactère , espèce de clef magique qui ouvrait le cœur de toutes les femmes. — La flèche du magicien Abaris était un talisman au moyen duquel on voyageait fort agréablement dans les airs.
— On rapporte que César ne marchait jamais sans une périapte que lui avait donnée un prêtre égyptien ; le jour où il oublia de la pendre à son cou, il fut assassiné. — Auguste gardait soigneusement une peau de veau marin pour se préserver de la foudre.
— Tibère se coiffait d'un bonnet de laurier chaque fois qu’il entendait gronder le tonnerre. — Le poète Virgile avait aussi son talisman, c’était une statue armée d'une trompette qui, placée sur le mur de son jardin, en écartait la poussière.
On n’en finirait pas s’il fallait relater tous les talismans et phylactères dont l’histoire prône les merveilles. Passons maintenant, passons aux signes, lettres, paroles et formules employés contre les charmes, les sorts, les maléfices et les diverses maladies que pouvaient jeter ou donner les goétiens et les sorciers.
Parmi les formules écrites dont les Égyptiens et les Arabes se servaient comme talismans ou phylactères
contre certaines maladies, on a conservé la suivante, qui se prononçait à l’oreille du malade et dans l’ordre indiqué ci-après :
ALDABARAK ALDABARA A LS A BAR / ALDABA