‹ Histoire des sciences occultesChapitre 66 sur 67 · ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE · texte numérisé non relu

ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE

Aussitôt après l’invention de la machine électrique, l’étincelle qui en sortit fut comparée à la foudre; l’analogie était frappante, il ne fallait qu’un génie pour en prouver l’identité. Franklin fut le premier qui eut la pensée hardie d’aller chercher, avec un cerf-volant, l’électricité au milieu des nuages; son

agle

expérience réussit. De Romas répéta, en France, cette expérience, et obtint, pendant un orage, des jets de feu de neuf à dix pieds de longueur, accompagnés d'un bruit semblable à la détonation d’un pistolet.

Les nuages orageux sont diversement chargés ; les uns contiennent l’électricité résineuse; d’autres, l’électricité vitrée; il en est aussi qui, recélant les deux fluides, se trouvent à l’état neutre. Si l’on observe au moment d’une tempête les mouvements, en sens divers, qui ont lieu parmi les nues amoncelées, on pensera, avec raison, que les vents n’en sont point les seuls moteurs, et que les attractions et répulsions électriques jouent un grand rôle dans ces déplacements rapides. C’est ordinairement au milieu de celte agitation générale que l’éclair scintille et que gronde le tonnerre.

Lorsque l’étincelle électrique part, il y a décomposition et recomposition subites du fluide naturel dans toutes les couches de vapeurs où l’éclair a flambé. On pourrait distinguer trois sortes d’éclairs : les premiers, brillants, rapides, en zigzags, parcourant au même instant une distance de plusieurs lieues ; ’c’est la foudre proprement dite, apportant avec elle l’incendie et la mort. — Les seconds occupent une plus large surface ; ils n’ont ni la rapidité, ni le vif éclat des premiers; ils illuminent d’une clarté blanchâtre le contour des nuages et quelquefois des

nuages entiers. — La troisième sorte d’éclairs, beaucoup plus rares, apparaissent sous la forme de globes de feu ; ils brillent lentement, et l’œil peut suivre leur trajet.

Le tonnerre. — Tantôt, c'est un déchirement subit, un éclat, un craquement épouvantable ; on croirait que la voûte des deux s’écroule avec un horrible fracas ; tantôt, ce sont des coups terribles, de formidables explosions, qui bondissent d'écho en écho, roulent dans l’immense étendue, et vont sourdement se perdre en grondements lointains. Car, de même que les montagnes, collines et accidents de terrain peuvent réfléchir le son, les nuages ont aussi leurs échos.

Le bruit du tonnerre n’est autre chose que la vibration de l’air ébranlé; on l’explique ainsi : le fluide électrique, en s’ouvrant un passage à travers l’atmosphère, a dû nécessairement former un vide; les couches d’air environnantes se précipitent violemment dans ce vide et occasionnent la détonation. Le bruit causé par un étui, lorsqu’on l’ouvre brusquement, offre, en petit, un phénomène semblable.

Nous avons dit que l’éclair sillonnait instantanément un nuage de plusieurs lieues d’étendue; le bruit du tonnerre se propage beaucoup plus lentement, il met une seconde à parcourir trois cent quarante mètres; la longueur de l’éclair détermine la durée du bruit. Si la foudre flambe sur un seul point

ie la nue el près d’un observateur, celui-ci n’entendra qu’un seul coup ; si, au contraire, la foudre part loin de lui et fuit dans l’éloignement, le bruit lui arrivera longtemps après et durera autant de secondes que l'éclair parcourra de fois trois cent quarante mètres. Plus le coup de tonnerre est rapproché de l’éclair, plus la foudre tombe près de vous ; les personnes qui ont vu briller l’éclair n’ont plus rien à craindre ; celles qui sont foudroyées ne voient ni n’entendent rien.

Formation de la foudre. — Deux nuages chargés du même fluide se repoussent ; ils s’attirent lorsqu’ils contiennent les fluides contraires : alors la décharge se fait de l’un à l’autre. L’action d’un nuage sur un point de la terre est de décomposer l’électricité des corps en attirant à leur surface le fluide contraire à celui qu’il recèle ; si la tension est assez grande et la distance convenable, l’étincelle jaillit du nuage, la terre est foudroyée. Un exemple fera mieux comprendre ce phénomène :

Supposons un nuage chargé d’électricité vitrée, planant au-dessus d’une colline; ce nuage décomposera l’électricité naturelle du terrain, refoulera le fluide vitré dans les profondeurs du sol et attirera le fluide résineux à sa surface ; selon que le terrain cachera des corps bons ou mauvais conducteurs, l’éclair partira plus ou moins tôt du nuage, et ses effets seront plus ou moins violents. On a vu des nuages

orageux, passant au-dessus d’un sol qui recouvrait une couche métallique, se décharger subitement, la foudre percer la terre, aller fondre les métaux .et vitrifier des pierres. Ce jet foudroyant a reçu le nom de choc direct, c’est le plus dangereux, le plus terrible, et celui dont les effets sont parfois incroyables. Cependant, les êtres vivants peuvent être foudroyés d’une autre manière, par le choc en retour. Exemple:

Un nuage a ses deux extrémités rapprochées du sol; la décharge électrique s’opère par l’extrémité droite, et un voyageur, qui se trouvait à l’extrémité opposée, tombe mort sans avoir été atteint par la foudre. En voici la raison : — Admettons le nuage chargé d’électricité positive, l’électricité naturelle du voyageur a été décomposée par l’influence du nuage; son électricité positive ayant été refoulée dans le sol, ils’est trouvé à l'état négatif. Aussitôt après l’explosion qui a eu lieu loin de lui, son électricité naturelle se recompose subitement, c’est-à-dire que le fluide positif, n’étant plus retenu dans le sol par l’action du nuage, repasse dans son corps pour se réunir au fluide négatif, et cette recomposition se fait avec une soudaineté, une violence telles que le voyageur tombe foudroyé, sans que rien, sur son cadavre, puisse indiquer la cause de sa mort.

On a remarqué généralement que la foudre atteignait de préférence les corps qui s’élèvent au-dessus du sol : les montagnes, les édifices, les clochers, les

maisons à pignons, sont plus souvent frappés de la foudre que les constructions basses, à faîtage plat. Les grands arbres des forêts, les arbres isolés dans la plaine, sont des abris dangereux pendant l’orage, il faut s’en éloigner de vingt-cinq mètres au moins. Mille faits déplorables prouvent que si la foudre tombe sur un arbre, attirée par ses pointes, elle le quitte instantanément pour frapper l'homme qui s’y est abrité, parce que son corps est meilleur conducteur que le végétal.

Déjà la superstition qui, aux approches de l'orage, mettait les cloches en branle pour conjurer le feu du ciel, a disparu de la plupart de nos départements. Il serait à désirer que, dans les bourgs et villages où celte superstition existe encore, l’autorité s’opposât énergiquement à la pratique dangereuse d’un moyen réprouvé par l’expérience. L’action des pointes étant désormais démontrée, on doit présumer que la foudre tombera plutôt sur la flèche du clocher que sur les maisons avoisinantes; de la flèche, le fluide électrique se portera nécessairement sur les cloches, et, suivant la corde humide qui sert à les ébranler, ira foudroyer les sonneurs, puis, pénétrant dans l’église, y exercera ses ravages.

Le paratonnerre . — Le meilleur de tous les préservatifs, le préservatif par excellence, est le paratonnerre dressé selon les règles que la physique enseigne. Si ce moyen d'éviter les ravages de la foudre n’est

pas généralement employé par les petits propriétaires, il faut l’attribuer soit à la cherté d’un appareil Complet de paratonnerre et aux soins qu’exige son entretien, soit à leur ignorance et au doute qu’ils ont dé sa vertu préservatrice ; cette erreur est également préjudiciable à la sûreté de leurs personnes et de ICuCs biens.

Le paratohtterre sé compose tout simplement d’une tige én fer et d’un conductèür. La tige doit avoir huit mètres soixante centimètres, et se terminer par une pointe en platine, métal qui n’est point susceptible de s’oxyder. Le conducteur est une barre de fer olx bien une corde tressée en fil de fer, enduite d’une couche de vernis gras qui, partant du pied delà tige, suit le mur du bâtiment; arrivée au niveau du sol, elle se divise en plusieurs branches, dont les extrémités vont s’enfoncer dans un puits ou toute autre masse d’eau. Si l’eau manquait, on jetterait dans le puits une certaine quantité de charbon calciné, de manière à bien entourer les branches du conducteur. La sphère d’activité d’un paratonnerre est de dix mètres en tous sens; sur 10s constructions d’une grande 'étendue, ils doivent être placés à vingt métrés les uns des autres ; à une moindre distance, ils se nui- Titièht mutuellement.

Action du paratonrtefYè. — Lorsqu’un Orage pàsse àu-dessus d’un paratonnerre, le fluide qui së dégage de la pointe se répand dans l’air et arrive ait

nuage, dont il neutralise l’électricité contraire; il s'établit ensuite entre eux deux un courant en sens inverse, dont le résultat est de décharger la nue de l’électricité qu’elle contient. On comprendra facilement, d’après cela, que la foudre ne peut tomber sur un paratonnerre bien dressé et en bon état, puisqu’on communiquant au nuage le fluide de nom contraire, il s’oppose à toute décomposition possible.

Les personnes qui se trouvent dans une maison dépourvue de paratonnerre, au moment où l’orage gronde et menace d’éclater sur leurs têtes, devront prendre, pour éviter le danger, quelques-unes des précautions suivantes : — Fermer soigneusement les portes et croisées, intercepter les courants d’air, s’éloigner des objets métalliques et surtout des cheminées, car c’est souvent par ces conduits, élevés en pointe sur la toiture, que la foudre pénètre dans les appartements ; se placer sur un corps isolant, tels que matelas, gâteau de résine, plateau de verre : ces derniers n’étant pas sous la main de tout le monde, on peut également les remplacer et s'isoler du sol en se plaçant sur un tabouret dont les pieds seront enfoi;. és dans des verres épais ou des culs de bouteille. Enfin, les personnes que le grondement du tonnerre saisit d’une frayeur invincible, devront s’envelopper, se cacher sous des étoffes de soie et so côucher sur des matelas pendant toute la durée de l’orage ; la soie

et la laine étant mauvais conducteurs de l’électricité, elles n’auront rien à redouter de la foudre, et, sûres désormais d’être à l’abri du danger, la confiance et la tranquillité renaîtront dans leur âme timorée.

On sait qu’il est des effets de la foudre tellement extraordinaires, si prodigieux, qu’on serait tenté de les traiter de contes et de les nier comme impossibles. Et cependant, chaque jour, il en est constaté de nouveaux par une foule de personnes dignes de foi. De même que la raison humaine n’a pu, jusqu’ici, découvrir la cause de certains phénomènes offerts par le magnétisme et l’électro - sympathisme , de même aussi, une infinité de phénomènes électriques sont restés inexplicables. Il est à présumer que l’électricité joue un rôle plus étendu sur notre globe qu’on ne l’a cru jusqu’à ce jour. Dans la suite, peut-être, un de ces hommes semblables aux Newton, aux Képler, qui ont découvert la loi de la pesanteur, un de ces génies qui font la gloire d’un siècle, l’admiration et l’orgueil de l’humanité, découvrira-t-il la loi qui» régit la matière intelligente.

Page 1