CHAPITRE XXXVIL
Oi t'tLECTfMCITt IN SÉRtRAi.
Comme cet ouvrage est destiné aux gens du monde, autant pour satisfaire leur curiosité que dans un but de distraction instructive, nous en consacrerons les dernières pages à l’explication rapide des phénomènes électriques les plus connus. Quelques lecteurs, frappés des rapports d’analogie, d’instantanéité, entre certains phénomènes dus à l'électricité proprement dite et ceux qu’oüre f électro-sympathi&me , étrange faculté que nous avons signalée dans tes Mystère* du. Magnétisme, ces lecteurs, dis- je, découvriront peut-être la chaîne mystérieuse dont chaque anneau représente la vie d’un être; chaîne immense où toutes tes vies se touchent et semblent subordonnées les unes aux autres.
L’électricité, dont la source est m connue, se manifeste à l’homme par des phénomènes de lumière et de chaleur. Plusieurs théories furent proposées, dès
sa découverte, pour expliquer ses étonnants effets; celle de Franklin, aussi simple qu’ingénieuse, réunit longtemps un grand nombre de suffrages; mais elle est aujourd'hui généralement abandonnée pour l'hypothèse modifiée de Symmer.
D’après cette dernière théorie, tous les corps renferment en plus ou en moins un fluide particulier nommé fluide naturel ou neutre ; le sphéroïde terrestre en est le réservoir. Le fluide naturel, qui n’est que la combinaison de deux fluides, l’un positif ou vitré, l’autre négatif ou résineux, n’a aucune action par lui-même. Mais aussitôt que l’un des deux fluides se sépare de l’autre, les phénomènes électriques se manifestent.
L’électricité se développe dans les corps de différentes manières, par le frottement, la pression, la chaleur et le contact.
Par le frottement. — Il suffit de frotter une baguette de verre ou un gros bâton de cire pour leur communiquer des propriétés électriques très-sensi- ' blés. La baguette de verre frottée avec un tampon de papier gris, donnera, dans, l’obscurité, une faible lumière ; en présentant le doigt à son extrémité, on peut en tirer de faibles étincelles ; le bâton de cire laisse plus difficilement échapper l’étincelle, mais si on l’approche du visage on éprouvera une sensation semblable à celle que produirait le contact. d’une toile d’araignée. Le succin, électron, d’où dérive le mot
électricité, le verre, la cire, la tourmaline et un grand nombre d’autres corps, après avoir été préalablement frottés, attireront les corps légers, puis les repousseront lorsqu’ils leur auront communiqué leur électricité, en vertu de cette loi, que les électricités de même nature se repoussent, tandis que les opposées s’attirent. Pour déterminer le genre d’électricité acquise par le corps soumis au frottement, il faut l’ap-' procher d’un autre corps auquel on aura communiqué une électricité connue. Le frottement offre cela do particulier, que l’un des corps est électrisé positivement et l’autre négativement ; la machine électrique ordinaire nous en fournit un exemple : le plateau se constitue à l’état positif, les coussins à l’état négatif.
Par la pression. — Un disque de métal pressé contre un taffetas gommé et relevé ensuite avec un isoloir, donne des signes d’électricité. Divers minéraux, tels que la topaze, le mica, le quartz, le spath et une foule d’autres, pressés entre les doigts, présentent les mêmes phénomènes.
Par la chaleur. — Plusieurs substances minérales, la tourmaline surtout, et quelques hyacinthes, après avoir été légèrement chauffées, jouissent de la vertu électrique.
Par le contact. — Deux métaux appliqués l’un contre l’autre acquièrent des propriétés électriques. C’est sur ce principe qu’a été construite la pile de Volta. L’un des métaux dégage le fluide vitré, l’autre le
fluido résineux ; l’extrémité de la pile, terminée par l'élément cuivre, se nomme pôle négatif, l’élément zinc constitue le pôle positif.
Les piles voltaïques servent à pratiquer une foule d’expériences de haut intérêt pour la science, telles que la décomposition de certains corps jusque-là réputés simples, l’incandescence et la fusion des métaux les plus réfractaires, et même leur vaporisation, etc.
On divise les corps de la nature en bons et mauvais conducteurs. Dans la première classe sont tous les métaux, le bois humide, le charbon végétal, l’eau, surtout l’eau acidulée; les corps des animaux vivants, etc. Dans la seconde classe, se trouvent, au premier rang, les résines et les corps vitreux ; viennent ensuite la soie, la laine, les graisses, etc. On pourrait dire qu’il n’existe point de corps absolument non-conducteur ; ainsi l’air sec, reconnu pour être un mauvais conducteur, en devient un très-bon quand il se sature d’humidité.
Lorsqu’on désire accumuler de fortes charges électriques, on a recours à un appareil composé de plusieurs bouteilles deLeyde, nommé batterie électrique; l’étincelle qui en jaillit, en détonant violemment, tue les oiseaux et les petits animaux ; la décharge d’une plus forte batterie pourrait foudroyer l’homme.
Au moyen des différents appareils électriques dont nous venons de parler, et de quelques autres, on pra-
tique une foule d’expériences curieuses : la danse et te carillon électriques, le carreau fulminant, la canne et la lampe électriques, l’œuf philosophique, la combustion des métaux donnant de belles flammes de couleurs variées, des détonations violentes, etc. On sait aussi qu’une personne isolée sur un gâteau de résine ou un plateau de verre, peut être chargée d’électricité, soit avec la machine ordinaire, soit par la percussion réitérée d’une peau de chat bien sèche. Si l’on approche le doigt du corps de cette personne, on en tirera des étincelles accompagnées d’un crépitement et l’on éprouvera une légère commotion. Ces diverses expériences sont maintenant tombées dans le domaine de la physique amusante, qui s’en sert, avec succès, comme moyens récréatifs.
L’étonnante rapidité avec laquelle se propage le fluide électrique a été démontrée par plusieurs expériences : cent personnes, se tenant les unes les autres par la main, ressentent toutes au même instant la commotion électrique, et la dernière personne de la chaîne tressaille en même temps que la première.
L’admirable découverte des télégraphes électriques, au moyen desquels on peut, en quelques secondes, correspondre d’un bout du monde à l’autre, nous dispense de toute réflexion à ce sujet.
Ainsi, la vitesse du fluide électrique ne peut être comparée qu’à celle de la lumière.
Plusieurs espèces de raies, le silure, le tétrodon,
le gymnote surtout, possèdent des propriétés électriques dont ils se servent pour l'attaque et pour la défense. Le gymnote, espèce d’anguille de cinq à six pieds de long, peut produire quarante à cinquante décharges assez fortes pour étourdir et faire tomber un cheval. M. de Humboldt se ressentit toute une journée de la commotion que lui imprima un gymnote sur lequel il mit le pied par mégarde. L’appareil électrique, chez ces animaux, se composed’un réseau musculeux dont les intervalles sont remplis de matières gélatineuses.
La lueur phosphorescente que projettent certains insectes et quelques plantes, semble appartenir à la lumière électrique. La lampyre ou ver-luisant d’Europe, que tout le monde a pu voir briller sur le gazon des prairies, doit sa propriété phosphorescente aux derniers anneaux de son abdomen. — Le taupin-cucujo, de l’Amérique méridionale, porte de chaque côté du corselet un phosphore assez éclairant pour permettre de lire pendant la nuit. Les Indiens s’attachent aux pieds plusieurs de ces insectes, et s’en servent comme de flambeaux, dans leur marche nocturne. — Beaucoup d’autres inseetes ailés présentent, \ un moindre degré, les mômes phénomènes et, pendant les tièdes nuits d’été, tracent dans l’atmosphère des sillons étincelants. — La phosphorescence de la mer, à certaines époques de l’année, est due à des »yriades d'infusoires ; c’est surtout dans les mouve-
mepts d’ondulation, quand la vague s’agite et se recourbe, qu’on peut admirer à loisir les longues traînées lumineuses qui se succèdent rapidement, se pressent les unes contre les autres, et viennent, en nappes enflammées, s’étendre sur le rivage. Regardée au microscope, la lueur que répandent ces infusoires a paru résulter de la réunion d’une multitude de petites étincelles jaillissant de toutes les parties de leur corps. On attribue également la phosphorescence du bois pourri et des matières organiques en décomposition, à la présence d’insectes microscopiques semblables. — Plusieurs plantes offrent des phénomènes de lumière électrique : le bissus phosphorescent; l’agaric de l’olivier qui brille pendant les premières nuits de sa croissance. La fleur de la capucine s’environne quelquefois, le soir, d’une pâle lueur, auréole éphémère qui se dissipe à la moindre agitation de l’air ou lorsqu'on s’en approche