XIV. Le Nil est plus ou moins grand, selon qu'il
a plus ou moins plu en Abyssinie ; mais l'inondation dépend encore des canaux d'arrosement.
XV. Le Nil n'a aujourd'hui que deux branches : celle de Rosette et celle de Damiette. Si Ton fermait ces deux branches de manière qu'il coulât le moins d'eau possible dans la mer, l'inondation serait plus grande et plus étendue, et le pays habitable plus considérable.
XVI. Si les canaux étaient bien nettoyés, bien étudiés, plus nombreux, on pourrait parvenir à conserver l'eau la plus grande partie de Tannée dans les terres, et par là augmenter d'autant la vallée et le pays cultivable. C'est ainsi que les oasis de la Scharkyeh et une partie du désert depuis Péluse étaient arrosés. Tout le Bohahyreh, le Maryoult et les provinces d'Alexandrie étaient cultivés et habités.
XVII. Avec un système bien entendu, ce qui peut être le fruit d'un bon Gouvernement, l'Egypte peut acquérir d'accroissement huit à neuf cents lieues carrées.
XVIII. Il est probable que le Nil a passé par le fleuve sans Eau qui, du Fayoum, passe au milieu des lacs Natron et se jette dans la mer au-delà de la tour des Arabes. Il paraît que Meris a touché cette branche du Nil et a donné lieu à ce célèbre lac dont Hérodote même ne connaît pas le travail.
XIX. Le Gouvernement a plus d'influence sur la prospérité publique que partout ailleurs. Car l'anarchie et la tyrannie n'influent pas sur la marche des saisons et sur la pluie. La terre peut être également fertile en Egypte. Une digue qui n'est pas coupée, un canal qui n'est pas nettoyé, rendent déserte toute une province ; car les semailles et toutes les produc-
tions de la terre se règlent, en Egypte, sur l'époque et la quantité de l'inondation.
XX. Le Gouvernement de l'Egypte étant tombé en des mains plus insouciantes depuis une cinquantaine d'années, le pays dépérissait toutes les années dans beaucoup d'endroits. Le désert a gagné sur la vallée et il est venu former des monticules de sable sur le bord même du Nil. Encore vingt ans du même gouvernement que celui d'Ibrahim et de Mourad-Bey et l'Egypte perdait le tiers de ses terres cultivables. Il serait peut-être facile de prouver que cinquante ans d'un gouvernement, pareil à celui de la France, de l'Angleterre, de l'Allemagne et de l'Italie, pourraient tripler l'étendue cultivable et la population. Les hommes ne manquent jamais au sol ; car ils abondent de tous les côtés de l'Afrique et de l'Arabie.
XXI. Le Nil, depuis Açouan jusqu'à trois lieues au nord du Caire, coule dans une seule branche. De ce point que l'on appelle ventre de la vache, il forme les branches de Damiette et de Rosette.
XXII. Les eaux de la branche de Damiette ont une tendance marquée à couler dans celle de Rosette. Ce doit être un principe de notre administration en Egypte, de favoriser cette tendance qui favorise Alexandrie et toutes les communications directes avec l'Europe.
XXIII. Si l'on coupait la digue de Farâ ou Nyèh, la province du Bohahyreh gagnerait deux cents villages, et cela avec le canal qui part du Fayoum, approcherait l'inondation et la culture des murs d'Alexandrie. Cette opération ferait le plus grand tort aux provinces de la Scharkyeh, Damiette et Manssourâh; ce qui doit faire retarder jusqu'au mo-
SOUS "KAPOLÉON 111
ment favorable pour l'exécution. Mais elle doit être faite un jour.
XXIV. Le canal qui de Ramanyeh porte les eaux du Nil à Alexandrie, doit être creusé et rendu tel, qu'on y puisse naviguer toute Tannée. Alors les bâtiments de cent tonneaux pourront aller pendant six mois de Tannée d'Alexandrie au Caire et à Açouan, sans passer aucun boghaz.
XXV. Un travail que Ton entreprendra un jour sera d'établir des digues qui barrent la branche de Damiette et de Rosette, au Ventre de la Vache, Ce qui moyennant des batardeaux, permettra de laisser passer successivement toutes les eaux du Nil dans Test et l'ouest, dès lors de doubler l'inondation.
XXVI. Dans l'inondation du Nil, les eaux arrivent jusqu'à seize lieues de Souëz; les vestiges du canal sont parfaitement conservés, et il n'y a aucune espèce de doute qu'un jour les bateaux ne puissent transporteries marchandises de Souëz à Alexandrie.
XXVII. Nous avons dit que l'Egypte était à proprement parler la vallée du Nil. Cependant une grande partie des déserts qui l'environnent, fait aussi partie de l'Egypte, et dans ces déserts, il est des oasis, comme dans la mer il est des îles. Du côté de l'ouest, les déserts qui font partie de l'Egypte s'étendent jusqu'à dix ou douze jours de marche de Teau du Nil. Les points principaux sont les trois oasis Syrah et les lacs Natron. La première oasis est éloignée de trois journées de Syouth. On ne trouve point d'eau en route. Il y a dans cette oasis des palmiers, plusieurs puits d'eau saumâtre, quelques terres cultivables et presque constamment des fièvres malignes.