CRÉATION DE L'INSTITUT DU CAIRE
Parvenu au terme de cette campagne, Bonaparte ne perdit pas une minute. Dès le 3 fructidor an vi, (20 août 1798), Use consacra à la fondation de l'Institut du Caire. Il le divisa en quatre classes donnant asile officiel à une science nouvelle qui avait déjà un beau passé avec les économistes du xvni e siècle, et qui devait prendre une extension rapide. Nous avons nommé l'économie politique dont Bonaparte fit la troisième classe; les autres étaient réservées aux mathématiques, à la physique, à la littérature et aux arts.
La présidence active de l'Institut du Caire fut confiée à Monge. Bonaparte se réserva la vice-présidence afin de pouvoir y faire pénétrer son influence à tout instant. Fourier fut le secrétaire perpétuel et
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Costaz, le secrétaire adjoint. Les classes furent composées de la façon suivante :
Mathématiques. — Andréossy, Bonaparte, Costaz, Fourier, Girard, Lepère, Leroy, Malus, Monge, Nouet, Quesnot, Lancret.
Physique. — Berthollet, Champy, Coati, Raffeneau-Delisle, Descotils, Desge nettes, Dolomieu, Larrey, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, Savigny.
Economie politique. — Corancez, Gloutier, Poussielgue, Sulkowski, Fauvelet-Bourrienne, Tallien.
Littérature et arts. — Denon, Dutertre, Noiry, Parseval- Grandmaison, Redouté, Rigel, Ripault, do m Raphaël, prêtre grec.
L'Institut national de France se réjouit tout entier de la création de l'Institut d'Egypte. La première classe dans sa séance du 26 frimaire an vu (16 dé-' cembre 1798), s'empressa de choisir Laplace, Fourcroy etLacépède, pourpréparerune série de questions qui devaient être adressées au Caire. La deuxième classe nomma dans le même but, Fleurieu, Grégoire et Volney. La troisième classe désigna Dupuis, Langlèset Mongez. Grégoire composa immédiatement un Rapport général. Il fut transmis sans délai en Egypte et on peut le lire dans le tome III des Mémoires de l'Institut (sciences morales et politiques).
Dès le lendemain de sa fondation, l'Institut d'Egypte t constituait son bureau et Bonaparte y venait proposer les questions suivantes :
1° Les fours employés pour la cuisson du pain de l'armée sont -ils susceptibles de quelques améliorations sous le rapport de la dépense du combustible, et quelles sont ces améliorations ?
L'examen de cette question fut renvoyé à une
commission composée de Berthollet, Caffarelli, Say et Monge.
2° Existe-t-il en Egypte des moyens de remplacer le houblon dans la fabrication de la bière ?
L'examen de cette question fut renvoyé à Berthollet, Malus, Costaz, Gloutier, Desgenettes.
3° Quels sont les moyens de clarifier et de rafraîchir Veau du Nil?
Les commissaires nommés furent Monge, Berthollet, Costaz et Venture.
4° Bans Vétat actuel des choses au Caire, lequel est le plus convenable à construire, du moulin à eau ou du moulin à vent ?
Les commissaires nommés furent Caffarelli, Andréossy, Malus, et Costaz.
5° V Egypte présente-t-elk des ressources pour la fabrication de la poudre ? Quelles sont ces ressources ?
Les commissaires nommés furent Monge, Berthollet, Malus, Andréossy et Venture.
6° Quelle est en Egypte la situation de la jurisprudence, de Tordre judiciaire, civil et criminel, et de V enseignement! Quelles sont les améliorations possibles dans ces parties, et désirées par les gens du pays ?
Les commissaires nommés furentSucy, Sulkowski, Tallien et Costaz,
Les relations entre l'Institut de France et l'Institut du Caire se multiplièrent el Bonaparte se réjouissait de ce mouvement qu'il avait fait naître et qu'il entretint de son feu sacré, de son activité dévorante jusqu'au 5 fructidor an vu (22 août 1799), jour où il quittait l'Egypte, abandonnant au général Kléber l'achèvement de cette conquête qui devait sombrer dans de terribles événements.
En créant au Caire un Institut des sciences et des
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arts, Bonaparte avait eu en vue la propagation et le progrès des lumières en Egypte, ainsi que l'étude et la publication des faits naturels, industriels et historiques de cette ancienne contrée. Il voulait donner ainsi une preuve palpable de ses idées de civilisation. Parmi les motifs énoncés dans la fondation de cet Institut, dans rénumération de ses travaux imprimés par son ordre, les procès- verbaux des séances, on a la preuve de rétendue des vues de Napoléon qui avait voulu que ce nouveau corps savant s'occupât de tout ce qui pouvait être utile à l'Egypte, à la France, à l'humanité.
L'Institut avait un fort beau local avec un grand jardin destiné à de nombreuses plantes médicinales et autres. Bonaparte avait formé le projet d'y faire établir une ménagerie à l'instar de celle du Muséum d'histoire naturelle de Paris, un Observatoire astronomique, un Cabinet de physique, un Laboratoire de chimie, des salles d'antiquités. Ces divers établissements malheureusement ne furent pas tous achevés.
Bourrienne qui a été très injuste pour Bonaparte, dans ses Mémoires, a laissé échapper par instants des aveux qui montrent cependant sa grande admiration pour l'homme qu'il a trahi avec tant de perfidie. Il faut les saisir au passage et les garder comme l'expression de la vérité et d'un jugement sincère dans sa spontanéité. C'est ainsi qu'il reproduit des Notes authentiques et originales de Bonaparte sur l'Egypte en les accompagnant des remarques suivantes :
« De tous les livres d'histoire que nous a légués . l'Antiquité, ceux que l'on cherche à plus juste titre sont ces livres rares et précieux échappés aux loisirs des hommes supérieurs, doués en même temps du
génie qui conçoit et exécute de grandes choses, et du génie qui sait les raconter. Tels sont au premier rang l'histoire de la Retraite des dix mille de Xénophon et les Commentaires de César. Bonaparte, dont le nom peut sans flatterie être ici placé après le nom de ces deux grands hommes, excellait dans l'art de rendre sa pensée. Cette opinion, partagée par tous ceux qui ont pu l'entendre assez longtemps et assez souvent pour assister au développement de ses grandes idées, le sera, j'en suis certain, par toutes les personnes qui liront les notes suivantes. J'en puis parler ainsi, car c'est l'œuvre de Bonaparte et non la mienne.
» Ce fut pendant le temps qui s'écoula depuis notre retour au Caire, jusqu'au moment où nous partîmes pour les Pyramides que Bonaparte rédigea les Notes sur V Egypte que l'on va lire. Je conserve à ce travail le titre modeste de Notes parce que c'est celui qu'il lui donna. Ces notes il ne me les dicta pas ; il les écrivit lui-même et les écrivit avec beaucoup de soin. »
Nous reproduisons ces notes parce qu'elles constituent un document extrêmement précieux montrant avec quelle puissance Napoléon savait condenser sa penôée et résumer les observations qu'il faisait sur les hommes et les choses. On peut affirmer qu'il a devancé les disciples de l'école expérimentale contemporaine dans la faculté d'observer, de comparer et de contrôler les faits naturels. De plus, on n'a jamais réuni en aussi peu de mots, autant de choses intéressantes sur l'Egypte. C'est un modèle d'exposé concis et précis.