XXXI. De Quattyeh, il y a vingt lieues. El-Aryeh
est une oasis. Il y avait un beau village que nous avons démoli, et cinq ou six mille palmiers que nous avons coupés. La quantité d'eau, la quantité de matériaux, l'importance de sa position, nous y ont fait établir une place forte déjà dans un état de défense respectable. D'El-Arych, à Gazah, il y a seize lieues; on y trouve plusieurs fois de l'eau. On passe au village de Kan-you-Nesse.
XXXII. Tor et le mont Sinaï sont éloignés de dix jours de marche du Caire. Les Arabes de Tor cultivent des fruits et font du charbon. Ils emportent du Caire, des blés. Il y a, dans tout cet oasis, de la très bonne eau et abondante.
XXXIII. La population de tous les fellahs ou arabes qui habitent les oasis, tant du désert de l'est
que du désert de l'ouest, et non compris les quatorze provinces, ne se monte pas à trenle mille âmes.
XXXIV. La vallée du Nil se divise en Haute Egypte, Moyenne Egypte et Basse Egypte. La Haute Egypte contient les provinces de Dgirgeh, Manfelout, et Mynieh. La Moyenne comprend le Fayoum, le Beni-Youcef et le Caire. La Basse comprend le Boyahyreh, Alexandrie, Rosette, le Garbiyyeh, le Menoufiyyeh, Manssourah, Damiette, le Kalyoubiéh et le Scharkyyeh.
XXXV. La côte s'étend depuis le cap Durazzo jusqu'à une journée d'El-Arych. Le premier poste où nous ayons eu un établissement est le Marabout, situé à deux lieues ouest d'Alexandrie. Les ports d'Alexandrie sont défendus par une grande quantité de batteries et de forts qui la mettent tant par terre que par mer, à l'abri de toute attaque; le fort Crétin est un modèle de fortification. Aboukir, situé à cinq lieues d'Alexandrie a une bonne rade. Le lac Maadyeh où jadis débouchait la branche du Nil appelée Canopique arrive jusqu'à une lieue d'Alexandrie et jusqu'à deux lieues de Rosette, et du côté du sud jusqu'à une lieue de Berket. La bouche de Rosette a un boghaz très difficile à franchir. De Rosette à Bourlos, il y a cinq lieues. Le lac de Bourlos a une centaine de djermes et communique à Mehel-el-Kebir par un canal. L'embouchure du lac forme un très bon port, ayant de dix à douze pieds de fond. La bouche de Damiette est défendue par le fort Lesbé. Le lac Menzahléh qui s'étend jusqu'à l'ancienne Peluse, c'est-à-dire à vingt-cinq lieues, commence à une demi-lieue de Damiette. Jl y a deux bouches, celles de Dybeh et d'Omm-Fatige. Il y a une grande quantité de bateaux sur ce lac. Le
canal de Moëz se plonge dans ce lac une lieue au-dessous de San. Tineh ou l'ancienne Peluse est à quatre lieues de Quattyyeh. Nous avons déjà parlé de Quattyyeh à El-Aryeh. La côte est partout basse et mauvaise ; partout au moins à une lieue, il y a des monceaux de sable et souvent, à deux ou trois lieues.
XXXVI. La population de l'Egypte est de deux millions cinq cent mille habitants. Les Arabes domiciliés et établis avec la protection du Gouvernement dans les différentes provinces forment un total de douze mille cavaliers et de quarante mille hommes d'infanterie. Il y a environ quatre-vingt mille cophtes, quinze mille chrétiens 'damascains et six mille Juifs.
XXXVII. La Porte avait abandonné le gouvernement de l'Egypte à vingt-quatre beys qui avaient chacun une maison militaire plus ou moins nombreuse. Cette maison militaire consistait en esclaves de la Géorgie et de la Gircassie, qu'ils achetaient de trois mille à quatre mille cinq cents francs, et qu'ils élevaient en militaires, Il pouvait y avoir, contre notre armâe, huit mille mameluks à cheval, bienmontés, bien exercés, bien armés et très braves, faisant propriété des beys régnants. L'on pouvait compter le double, descendant des autres mameluks, établis dans les villages ou vivant au Caire.
XXXVIII. Le pacha n'avait aucune autorité. Il changeait tous les ans ainsi que le Kadi- Askier que la Porte envoyait. Il y avait même dans le reste de l'Empire sept corps auxiliaires. Les chefs s'appelaient les sept grands pdgiag-lys. Ces corps sont tellement diminués par la guerre,, qu'il n'en reste plus aujourd'hui d'existants que mille vieux et
infirmes, sans maîtres, et même attachés aux Français.
XXXIX. Les chérifs sont les descendants de la tribu des successeurs de Mahomet, ou, pour mieux dire, les descendants des premiers conquérants. Ils portent le turban vert.
Les ulémas sont les gens de loi et d'église qui ne ressemblent d'aucune manière à nos juges ni à nos prêtres.
Le chef des ulémas du Caire s'appelle grand Scheikh. Il a la même vénération dans le peuple que les cardinaux d'autrefois en Europe. Ils disent la prière chacun dans une mosquée, ce qui leur vaut quelque revenu et beaucoup de crédit.
La grande mosquée du Caire, appelée El-Azhar, est grande, belle, et a un grand nombre de docteurs et d'autres attachés à son service. Il y en a vingtquatre principaux.
(Ici les notes de Bonaparte cessent d'être, numérotées).
Il y a beaucoup de cafés au Caire, où le peuple passe la plus grande partie de la journée à fumer.
Les pauvres, les voyageurs, logent dans les mosquées, la nuit, et dans la chaleur.
Il y a une grande quantité de bains publics où les femmes vont se baigner et se racontent les nouvelles de la ville.
Les mosquées sont dotées comme Tétaient nos églises.
Les villages de l'Egypte sont des fiefs qui appartiennent à qui le prince les donne. En conséquence de quoi, il y a un cens que le paysan est obligé de payer au seigneur.
Les paysans sont propriétaires réels, puisqu'ils sont respectés, et qu'au milieu de toutes les révolu-
tions et de tous les bouleversements, Ton ne viole jamais.
Cela fait qu'il y a deux espèces d'hommes en Egypte, les propriétaires de fonds ou paysans et les feudat aires ou seigneurs.
Les deux tiers des villages appartiennent aux mameluks, pour les frais d'administration. Le miri, proprement dit, qui est une imposition assez modique, était censé destiné à la Porte.
Les revenus de la République consistent en cinq articles ,: .