CHAPITRE CINQUIÈME
notices historiques sur les savan'ts, les decouvertes scientifiques, les fondations, les applications industrielles qui ost illustré la franck de 1769 a 182).
En 1794, à la fin de la Terreur rouge, on voit tout renaître a la vie. Le grand mouvement scientifique qui animera la dernière année de la Convention nationale, l'époque du Directoire, le Consulat de Bonaparte, le règne de Napoléon, prend naissance et se développe. L'Ecole normale, l'Ecole polytechnique, l'Ecole des salpêtres, l'Ecole de médecine, le Muséum d'histoire naturelle, le Conservatoire d'arts et métiers, l'Institut do France, la Légion d'honneur, les travaux et les embellissements da Paris, emplissent et éclairent le monde. Tous ceux qui arrivent dans ces temps exceptionnels sont des furieux de lumière, des enragés de travail. Les Bichaf, les Biot,lesCuvier. les Dupuytren.Lagrange, Lamarck. Geoffroy Saint-Hilaire, Monge, Berthollet, Larrey, Fourcroy, Lakanal, Vicq d'Azyr, tous — vieux et jeunes — et Napoléon Bonaparte, lepremier, — tous sans distinction, s'exaltent A la besogne.
Le moment est solennel. Laphysique expérimentale donne naissance à l'électricité dynamique. La réYQlutiûn^chimiqiie s'établit, va pénétrer dans la médecine, l'industrie et transformer les procédés des usines. On répète avec Lavoisier : « Rien ne périt. Tout change. » La mort n'est plus considérée comme un effondrement définitif. Elle devient une des phases alternes du cercle éternel de l'existence, une des opérationsde l'encyclopédique chimie. Lamarck fonde la science des forces organiques. L'évolution naturelle des êtres vivants complète tous les autres progrès. La parenté du monde, du ver à l'homme, est démontrée, et la fraternité universelle découle de la •fraternité scientifique des faits.
La vapeur est en train de bouleverser les usines, la mécanique de reconstituer les manufactures et de rendre la liberté aux bras de l'homme. L'agronomie nouvelle s'occupe de ressusciter la fécondité des champs, de créer l'élève du bétail, d'établir les cultures industrielles. Elle permettra à Napoléon de répondre à Georges III, roi d'Angleterre, en 1805 : « Des finances, fondées sur une bonne agriculture, ne se détruisent jamais. »
La vie s'élance, s'affirme, s'étend, envahit tout et donne un irrésistible élan aux sciences pures et appliquées.
Au milieu des soucis de la politique, de l'administration, même des luttes des partis, nous voyons les personnages à la tête du pouvoir, conserver sans cesse la préoccupation du progrès matériel et intellectuel. Cependant il faut observer que durant
toute la période révolutionnaire comme sous le premier Empire, la littérature fut sans couleur, timide, et les beaux-arts restèrent sans caractère original. Seule, la science a été abondante en grandes découvertes, productive en inventions, marquée en hommes vraiment grands. Les savants que Bonaparte eut à Tlnstitut comme collègues s'appelaient Laplace, Darcet, Haûy, Prony, Delambre, Lalande, Jussieu, Guyton-Morveau, Méchain, Daubenton, Vauquelin, Lacépède, Borda, etc. La plupart de ces laborieux ont eu du génie et ils ont laissé des traces lumineuses et profondes dans les conquêtes de l'humanité. Il n'en est pas de même dans les autres branches des travaux de l'esprit, car elles ont compté des représentants moins retentissants. Il était réservé à nos temps contemporains de posséder également de très grands poètes et de très grands savants. Le xix e siècle aura, en effet, dans l'histoire, le caractère particulier d'avoir affirmé la matière sans nier l'esprit, et comme on l'a si bien dit, d'avoir attelé de front à la civilisation, les machines et la poésie.
Nous avons adopté la forme biographique et historique avec Tordre alphabétique, pour décrire cette belle floraison scientifique qui de 1769 à 1821 a immortalisé le sol de la nation française. Nous avons pris comme point de départ l'année de la naissance de Napoléon, et nous avons englobé tous les faits se rapportant à notre sujet, jusqu'à Tannée 1821 qui voit expirer le 5 mai à Sainte-Hélène cet homme presque surhumain. C'est une période de plus cinquante ans qui s'écoule, un demi-siècle plein qui se détache en couleurs éclatantes sur le roulement des âges. D'ailleurs Tannée initiale 1769, est curieuse à plus d'unititre. JEUe voit naître pêle-mêle : Napoléon,
Guvier, Chateaubriand, Alexandre de Humboldt, Méhémet- Ali,- Wellington, Lannes, Marceau, Soult, Walter Scott, Ney, Mouton-Duvernet.. Tallien, le comte de Lavalette, directeur général des Postes en 1815, le géomètre Hachette, Philippe Lebon, l'inventeur du gaz à éclairage, Bourrienne, l'historien de Norvins, les poètes Chénedollé etEsménard. Elle voit apparaître la découverte de James Watt : la vapeur domptée devient cette année-là un moteur universel. Arkwright crée la machine à filer. Il n'y a presque pas de décès illustres ; on cite seulement les morts du Pape Clément XIII et de l'auteur dramatique Poinsinet de Sivry. On naît. Il y a des époques comme cela aux approches des grands événements. En 1769 les Russes prennent Àzow et Choczim ainsi que Bender. L'élection du Pape Clément XIV a lieu. C'est donc un millésime à retenir. Les années 1769 et 1821 renferment non seulement les événements politiques militaires et sociaux les plus extraordinaires ; mais elles contiennent encore tout un cycle de travaux utiles, paisibles et merveilleux.
Adanson (Michel). — Né en 1727 à Aix en Provence, mort à Paris en 1806, il fut pris de bonne heure d'un goût très vif pour les sciences naturelles. Il entreprit à ses frais un voyage au Sénégal qui dura cinq ans au milieu des plus grands dangers. Membre de l'Académie des Sciences en 1759, il avait conçu le plan d'un travail gigantesque consacré à la description méthodique de tous les êtres connus suivant leur série naturelle indiquée par l'ensemble de leurs rapports. La Révolution vint le troubler au
milieu de ses travaux et le jeta dans la plus grande misère. Quand l'Académie des sciences fut reconstituée dans le cadre de llnstitut, et qu'il fut invité à venir reprendre sa place, il répondit qu'il n'avait plus même de souliers. Sur la demande de Bonaparte, le Directoire lui accorda une pension et mit sa vieillesse à Pabri du besoin. On peut considérer Adanson, comme le promoteur de la méthode naturelle qu'Antoine Laurent de Jussieu devait développer et appliquer avec tant d'éclat.
Aérostation militaire. — C'est à la Révolution française que revient l'honneur d'avoir songé à utiliser les aérostats au point de vue de la défense nationale. Le Comité de salut public sur l'avis d'une commission d'examen présidée par Monge et parmi les membres de laquelle figuraient Berthollet, Fourcroy, Guyton Morveau, décida que les aérostats seraient employés aux armées comme moyen d'observation. L'aéronaute Coutelle fut chargé de mettre le projet à exécution. 11 reçut le brevet de capitaine des aérostiers militaires avec l'ordre d'organiser une compagnie. Les premières expériences furent faites dans le parc de Meudon. Elles réussirent, et le corps des aérostiers reçut l'ordre de se rendre avec ses appareils à l'armée de Sambre-et- Meuse. Il figura successivement à la défense de Maubeuge, à l'attaque de Charleroi, à la bataille de Fleurus, au siège de Mayence. Une deuxième compagnie fut formée, sur les ordres de Bonaparte, à l'époque de l'Expédition d'Egypte ; mais elle ne put être employée, les Anglais s'étant emparés du navire qui portait son matériel. A la fin du Consulat, l'usage de l'aérostat militaire fut abandonné et ne fut repris depuis qu'en 1870 pendant le siège de Paris, où les
ballons qui jouèrent un grand rôle, furent plutôt employés comme véhicules postaux que comme moyens d'observations. Cependant une Ecole d'aérostiers militaires a été rétablie à grands frais à Chalais dans le parc de Meudon par la troisième République et en 1888 on a créé des navires portant des ballons captifs destinés à l'observation maritime.
Ampère {André-Marié). — Né à Lyon le 22 janvier 477S, mort à Paris en 1836. Après avoir enseigné la physique à Bourg où il écrivit ses Cons>dérationssur la théorie mathématique du jeu, il fut nommé professeur au Collège de Lyon, puis répétiteur et professeur à Picole Polytechnique. Membre consultatif des arts et métiers en 1806, inspecteur général de l'Université en 1808, membre de l'Institut en 1814, puis de toutes les sociétés savantes de l'Europe. Ampère n'était heureux que dans son modeste laboratoire de la rue des Fossés Saint-Victor n° ^(aujourd'hui disparue à la suite du percement de la rue Monge). C'est de là qu'est sortie une des plus fécondes découvertes de la science moderne, celle de l'électricité dynamique qui repose sur l'invention de l'électro-aimant et qui du même coup a créé la télégraphie électrique et est devenue la source de toutes les merveilles de l'électricité moderne.
Andréossi (Antoine- François), général, diplomate et savant, né à Castelnaudary en 1761. mort en 1828. Associé à l'expédition d'Egypte, il fut nommé membre de l'Institut du Caire, contribua aux beaux travaux de la commission scientifique. On lui doit des ouvrages importants sur l'hydraulique, l'hydrostatique, la distribution des conduites des eaux en Turquie, l'irruption du Pont-Euxin dans la Méditerranée et la dépression de la surface du globe.
Annales de chimie. — Les Annales de chimie ont été fondées en 1789 par Lavoisier, Guyton de Morveau, Fourcroy. Deux fois interrompue, cette publication se continue aujourd'hui. Elle contient la plupart des mémoires originaux sur toutes les grandes découvertes théoriques et les applications pratiques de la chimie nouvelle.
Arago (Dominique- François), le grand Àrago. — Né à Estagel (Pyrénées-Orientales) le 26 février 1786, mort à Paris le 2 octobre 4853. Les débuts d' Arago dans les sciences furent prompts et remarquables. Fils d'un caissier de la Monnaie, à Perpignan, nous le voyons à dix-sept ans admis à l'Ecole Polytechnique et à vingt -trois ans élu membre de l'Institut. Il faut dire que son bagage scientifique était déjà important en 1809. A cette époque, en effet, il avait achevé la mesure de Tare du méridien terrestre, au milieu de difficultés sans nombre et de mille dangers qu'il a racontés dans l'histoire de sa jeunesse. A l'Ecole Polytechnique, il avait commencé par faire de l'opposition à Bonaparte, entraîné, déjà par le grand sentiment républicain qui Ta animé durant toute sa vie. Il y fut le premier élève qui donna un vote négatif pour le Consulat à vie. Malgré cette attitude hostile, en 1806, il fut recommandé par Monge à l'Empereur qui l'adjoignit à Biot qui était chargé avec deux commissaires espagnols, de mener à bien l'opération géodésique qui devait être un titre de gloire pour Arago et pour la France. Napoléon ne lui avait pas gardé rancune et il le nomma professeur d'analyse algébrique à la grande Ecole dont il était sorti avec les titres les plus brillants et il lui conserva toujours une grande estime. C'est ainsi, qu'après le désastre de Waterloo, lorsqu'il eut pendant un
instant l'idée de se réfugier aux Etats-Unis pour y finir ses jours paisiblement dans l'étude des sciences, il eut la pensée de choisir Arago pour compagnon d'exil et de travail. Napoléon avait su deviner le puissant esprit de vulgarisation dont Arago était doué plutôt que d'un vaste génie créateur. Cet illustre savant a fait un assez grand nombre de découvertes utiles etjngénieuses; mais elles n'auraient pas suffi à établir profondément la popularité rare et persistante attachée à son nom, sans le remarquable talent de parole et d'écrivain qu'il mit à exposer la science. On peut s'en convaincre en lisant ses œuvres qui ont été réunies en 16 volumes, après sa mort et sur ses ordres par J. A. Barrai qui avait été choisi par lui comme exécuteur scientifique.
Argand. — Nous devons ici une place à Argand, physicien et chimiste né à Genève et mort à Paris en 1703, parce qu'il est le véritable inventeur de la première lampe à courant d'air, à cheminée de verre et à mèche en forme de cylindre creux auquel le pharmacien Quinquet a laissé son nom pour divers menus perfectionnements qu'il y a apportés après 1789. Le Directoire et Bonaparte surtout dans ses eampagnes d'Italie firent beaucoup pour propager les lampes d' Argand qui devinrent d'un usage général dans les maisons et à l'aide desquelles le vainqueur d'Arcole et de Rivoli dictait ses dépêches pendant ses nuits de travail sous les tentes militaires. Garcel a perfectionné la lampe d' Argand et de Quinquet en y appliquant un système de rouage destiné à faire monter l'huile mécaniquement et à supprimer le réservoir supérieur.
Astier. — Né à Montdauphin en*1771,mort à Toulouse en 1836. Pharmacien principal de la Grande
Armée, après les guerres de l'Empire il fut nommé pharmacien en chef de l'hôpital militaire de Toulouse. Au moment du blocus continental, en 1806, il s'occupa activement des moyens de remplacer Te sucre des colonies par un sucre indigène et fu t chargé par leTninistre de la guerre de diriger en Italie la fabrication en grand du sirop de raisin pour les hôpitaux et les ambulances militaires. On attribue à Astier l'idée d'avoir appliqué le sublimé corrosif à la conservation des bois de construction. Il est un des premiers des chimistes qui ont entrevu le rôlesi important de la fermentation alcoolique et son rapport sur des expériences faites, en i812, sur le sirop et le sucre de raisin contient à ce sujet des vues vraiment remarquables.
Baltard (Louis-Pierre). — Architecte, graveur, peintre et littérateur, né à Paris en 1765, mort le 22 janvier 1846. Envoyé à l'armée en qualité d'adjoint au Génie militaire, il se distingua par plusieurs projets de fortifications que Garnot approuva. Rentré dans la vie civile, il accepta la place de professeur d'architecture à l'Ecole Polytechnique; mais il l'occupa peu de temps et s'adonna à l'art de la gravure. En 1802, il grava vingt-sept planches pour le Voyage dans la Haute et Basse Egypte de Vivant Denon. En 1803, il dessina et grava au burin un grand nombre de vues d'après nature pour Paris et ses Monuments d'Amaury Duval. Cet ouvrage fut suivi de Ecouen, Saint- Cloud, Fontainebleau. En 1806, il publia sous le titre de Voyage pittoresque dans les Alpes un recueil de quarante vues des monuments de Rome. En 1810, il grava d'après la colonne de la grande armée centquarante -cinq eaux- fortes qui pour la pureté du dessin et l'habileté de l'exécution sont considérées
comme son chef-d'œuvre. Nommé architecte du Panthéon, des tribunaux, des mairies, des [prisons, des marchés, il construisit les chapelles de Saint- Lazare et de Sainte-Pélagie, la prison de Perrache et le palais de justice de Lyon. Sous le titre d'Architectonographie des prisons, il a mis en regard les divers systèmes de prisons en usage chez les anciens et les modernes. Louis-Pierre Baltard est le père de Victor Baltard, le créateur des Halles centrales de Paris, l'architecte officiel du second Empire.
Banque de France. — La Banque de France, puisai * - :i sant instrument financier scientifiquement combiné/ r u .pour aider l'industrie naissante date de Tannée 1800. 1 C'est une création de Napoléon. Elle fut d'abord/ constituée au capital de trente millions divisé en trente mille actions de mille francs chacune. Au bout de sept mois, on n'avait pu placer que sept mille quatre cent quarante-sept actions réparties entre trois cent soixante et un actionnaires. Dans le premier rapport composé sur sa situation, il est dit qu'elle était alors beaucoup plus riche en confiance qu'en capitaux. Une loi promulguée le 14 avril 1803 lui conféra pour quinze ans le privilège exclusif d'émettre des billets à vue et au porteur. En 1806, elle éleva son capital à quatre-vingt-dix millions. Depuis cette époque, elle n'a cessé de grandir pour devenir et rester l'institution de crédit la plus solide du monde entier. C'est au conseiller d'Etat Cretet que l'on doit reporter l'honneur d'avoir élaboré les règlements sur lesquels la Banque de France a été créée.
Barbie du Bocage (Jean- Dents). — Géographe très distingué, né à Paris en 1760, mort en 1825. 11 est l'auteur du célèbre atlas du Voyage du jeune Anacharsis. En 1792, il fut nommé Conservateur des collée-
- $ <* tions de cartes géographiques de la Bibliothèque " Nationale. Il sut préserver toutes nos richesses des tourmentes révolutionnaires. En 1809, il fut nommé professeur à la Sorbonne par Napoléon. Quelques années plus tard, il eut la pensée de fonder la Société de géographie de Paris, dont il fut un des premiers présidents et qui a atteint un grand degré de prospérité de nos jours. Il fut membre de l'Institut . à sa création et devint chef de la géographie au ministère des affaires étrangères dans les premières années du Consulat. C'est lui qui a fait toutes les cartes dont l'Empereur avait besoin pour ses campagnes. Il les exécutait sur une grande échelle et avait su aussi en améliorer la fabrication matérielle, ce qui fait que Napoléon les étalait à terre sans crainte, montait dessus sans danger de les détériorer avec ses bottes et ses éperons et ses aides de camp agissaient de même. N'oublions pas de noter qu'une grande partie du succès des guerres de la première République et du premier Empire est dû sans conteste aux notions géographiques, possédées par les généraux de cette époque. Jean Denis Barbie du Bocage a fait souche d'une dynastie qui a continué à cultiver les sciences avec éclat.
Barbier (Antoine- Alexandre) . — Né à Coulommiers en 4765, mort à Paris en 1825. Il fut choisi à sa sortie de l'Ecole Normale pour faire partie de la Commission temporaire des arts adjoints au Comité d'instruction publique de la Convention Nationale (section de bibliographie). Il s'y fit remarquer par son ardeur au travail et son jugement remarquable. Il a rendu des services inappréciables en sauvant de la destruction et en plaçant dans les principales Bibliothèques qu'il avait sous sa surveillance, les ri-
chesses littéraires entassées dans les dépôts II devint successivement Bibliothécaire en chef du Directoire, du Conseil d'Etat, de Napoléon et il fut appelé à former les Bibliothèques du Louvre, de Fontainebleau, de Gompiègne. Napoléon Pavait en haute estime et quand il désirait un renseignement littéraire ou scientifique, toujours il le demandait à Barbier. Et c'était par lui qu'il se faisait tenir au courant du mouvement intellectuel, pendant ses campagnes. En 1808 et en 1809, il rédigea sur la demande de l'Empereur un projet de Catalogue de Bibliothèque portative et un rapport pourl'impressiom d'une collection historique de trois mille volumes. Le lecteur trouvera à la page 45 ce précieux document communiqué par son fils M. Louis Barbier, né en 1799, qui lui a succédé à la Bibliothèque du Louvre en continuant ses précieuses traditions.
Barthez (Jean-Paul). — Célèbre médecin né à Montpellier le 11 décembre 1734, mort à Paris le 15 octobre • 1806, fondateur du vitalisme. Barthez s'efforça d'établir que les forces ou propriétés vitales particulières ne sont pas des éléments, des facteurs de la vie commune, mais des expressions diverses, des modes, des effets d'un principe unique auquel il a donné le nom de principe vital. Dans son système la vie est conçue comme dérivant d'une force simple et unique, qui crée, conserve, ordonne les organes et les fonctions, et non de l'ensemble, de la synthèse des fonctions et des propriétés vitales. Barthez a créé un grand système théorique, mais il n'a pas agrandi le domaine de la biologie positive. C'était un esprit très distingué, un remueur d'idées, et il a laissé une œuvre très remarquable : Les nouveaux éléments de la science de l'homme. Nous lui faisons une
place ici, bien qu'il appartienne plutôt à l'ancien régime, qu'à proprement parler à la période napoléonienne, parce que le premier consul répara une injustice commise à son égard. Lorsque les universités furent dissoutes, et que Ton substitua les écoles de santé aux anciennes facultés de médecine (frimaire an ni), Barthez ne fut point compris sur la liste des professeurs, qui devaient composer T Ecole de Montpellier. Au commencement de Tannée 1802 le premier consul créa deux places de médecins du gouvernement auxquelles il attacha 6,000 fr. d'honoraires. Il en donna une à Gorvisart et l'autre à Barthez.
Bateau à vapeur. — Nous devons laver la mémoire de Napoléon du reproche qu'on lui a fait d'avoir traité d'idée folle, d'erreur grossière, d'absurdité la navigation à vapeur. Quand Fulton vint à Paris, en 1803, expérimenter sur la Seine son premier bateau, l'essai ne réussit pas. Une première fois le bateau se rompit et la machine s'abîma dans la Seine. On la repêcha et on la plaça sur un bâtiment construit avec plus de soin. Ce nouveau bateau qui était long de 33 mètres et large de 2 mètres 50, navigua en présence de membres de l'Institut dont Garnot faisait partie et de beaucoup de curieux. Fulton aidé de trois personnes mit en mouvement à l'aide d'une pompe à feu son bateau qui avait des roues énormes, armées de volants semblables à des roues plates. L'expérience parut médiocre, au point de vue de la perfection du mécanisme. L'invention de Fulton était trop imparfaite pour qu'on pût en faire des applications immédiates \de quelque étendue. De plus l'art de construire des machines à vapeur n'existait pas encore en France. Ensuite Fulton dé-
clara lui-même qu'il ne croyait pas que les bateaux à vapeur fussent en état de s'aventurer sur les mers. Ni Tlnstitut, ni le premier consul, ni Carnot n'eurent donc à produire un jugement sur l'avenir de la navigation à vapeur, et il faut attendre plus de quinze années pour la voir se développer en Amérique, puis en Europe. Il est vrai que Bonaparte avait une médiocre idée de Fulton qui avait fait de longs, infructueux et coûteux essais sur les machines explosives sous-marines, poursuivis aux frais du gouvernement français. Il avait laissé dans son esprit une impression fâcheuse et il ne voyait en lui qu'un intrigant vivant aux dépens des finances nationales. Il le traita d'imposteur, n'ayant pour but que d'attraper dé l'argent français. « Cet Américain est un charlatan, ne m'en parlez pas, » dit-il. Mais il ne porta pas le jugement ridicule qu'on a voulu lui prêter sur la valeur des applications de la vapeur à la navigation dont le marquis de Jouffroy et d'autres avaient démontré la possibilité bien antérieurement à Fulton. Nous ne voulons pas enlever quoi que ce soit à Fulton qui a eu la gloire de rendre pratique cette admirable invention : mais la justice veut aussi qu'on décharge la mémoire de Napoléon d'une désapprobation indigne de son bon sens scientifique et contraire à la vérité.
Baudelocque.— Célèbre accoucheur né en 1746, mort à Paris à la fin de 1810, à la veille de mettre au monde le Roi de Rome, car Napoléon l'avait choisi pour assister Marie-Louise dans ses couches. Il a donné un grand élan à l'art obstétrical et fait porter ses principaux travaux sur les hémorragies utérines cachées,les amputations de la matrice et l'opération césarienne qu'il pratiquait avec une incomparable habileté.
Baume (Antoine). — Né à Senlis en 1728, mort à Paris en 1804. C'est un des chimistes qui ont le plus tourné leur esprit aux applications de la chimie. Antoine Baume est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages utiles et il est l'inventeur d'une foule de procédés qui sont restés dans la pratique. Notons surtout ses recherches pour rendre les thermomètres comparables et les perfectionnements qu'il a fait subir à l'aréomètre qui porte son nom. Le premier, il a établi en France une fabrique de sel ammoniac, et c'est lui qui a indiqué le meilleur moyen de purifier le salpêtre. Il a donné le secret de teindre en écarlate solide les belles tentures des Gobelins et il est l'auteur, avec Macquer (1718-1784), des procédés employés à Sèvres pour élever la fabrication de notre porcelaine au niveau de celle de Chine. N'oublions pas ses études poursuivies en 1797, afin de préparer avec le marron d'Inde une fécule douce et propre à faire du pain. En 1796 il fit partie de l'Institut.
Bayen (Pierre). — Né à Châlons-sur-Marne en 1725, mort en 1798. — Chimiste très habile, vint à Paris en 1749 et fut l'élève de Piouelle l'aîné. Il est célèbre par l'analyse des eaux minérales de la France ainsi que de celle de nos principaux minéraux. 11 aida puissamment Lavoisier à combattre les doctrines de Stahl sur le phlogistique. Bonaparte allait le faire attacher à l'Expédition d'Egypte pour analyser sur place les eaux du Nil, quand il mourut subitement.
Bayle (Gaspard-Laurent). — Né au Vernet, village de Provence, en 1774, mort en 1816. Médecin par quartier de Napoléon, il paraît être le premier qui dans certains cas de maladies du cœur, ait employé l'auscultation immédiate, comme méthode de diagnostic. Il ne sut pas en tirer tout le parti qui a fait
la gloire de Laënnec, le fondateur de la séméiologie stéthoscopique. Bayle fut un des plus habiles praticiens de la capitale. Il a laissé des ouvrages importants sur la nosologie, la thérapeutique et la phtisie qu'il a divisée en six espèces, établies sur les lésions et non sur les symptômes : tuberculeuse, granuleuse, ulcéreuse, calculeuse, cancéreuse et avec
mélanose.
Beauchamps (Joseph). — Astronome né à Vesoul en 1752, mort à Nice en 1801. Il entra en 1767 dans Tordre des Bernardins, devint l'ami de Lalande, et partit pour l'Orient en 1781 pour s'y livrer à son goût pour l'astronomie, la géographie et l'antiquité. Il est l'auteur d'une carte du cours du Tigre et de PEuphrate. Le premier il a déterminé exactement la situation de la mer Caspienne. En 1798, il fut appelé par Bonaparte en Egypte. Il venait d'être nommé commissaire des relations commerciales à Lisbonne, par le premier Consul, quand il mourut subitement.
Beautemps-Beaupré (Charles-François). — Né à Neuville-le-Pont en 1766, mort en 1854, ingénieur hydrographe, le père de l'hydrographie. Il fut chargé en 1791 d'accompagner le contre-amiral d'Entrecastaux, envoyé à la recherche de la Pérouse. Pendant cette expédition, il leva avec une exactitude admirable le plan des terres qu'il visita et dressa des cartes auxquelles l'Angleterre est redevable delà découverte de la terre de Diemen. De retour à Paris en 1796, il fut chargé de tous les grands travaux hydrographiques qui se firent à cette époque et pendant le premier Empire. C'est lui qui leva le plan du cours de l'Escaut, sur l'ordre de Napoléon, de la Côte Orientale de l'Adriatique, des côtes maritimes de France, des côtes septentrionales de la mer d'Allemagne.
134 HISTOIRE DBS SCIENCES
Béclard {Pierre -Augustin). — Né à Angers en 1785, mort à Paris en 1825. — Anatomiste et chirurgien très habile, il s'était fait remarquer de bonne heure par ses brillantes qualités intellectuelles. De nombreux concours firent éclater sa supériorité et c'est vraiment à force de talents variés et tout à fait supérieurs qu'il parvint rapidement au premier rang, car il était très pauvre et é fils de petits commerçants angevins. Mais il ne fut pas longtemps professeur d'anatomie à la Faculté de médecine, et membre de l'Académie, car à peine âgé de quarante ans, il fut enlevé par une affection cérébrale. Béclard appartient à celte forte école médicale formée sous le règne de Napoléon, sous l'influence des Corvisart, Bichat, Larrey, Antoine Dubois, etc. 11 a attaché son nom à plusieurs procédés opératoires concernant l'amputation de la hanche, la désarticulation des os du métatarse. Il a fait le premier l'extirpation complète de la glande parotide. — Il est le père du physiologiste Jules Béclard né en i818 qui est mort en 1886 doyen de la Faculté de médecine de Paris.
Bégin (Louis- Jacques) . — Né à Liège en 1793, mort à Paris en 1859. Célèbre chirurgien militaire; organisateur de l'arsenal chirurgical de l'armée, œuvre si complète et si régulière qu'elle a servi de modèle à la plupart des nations de l'Europe. Il commença ses études à l'hôpital militaire d'instruction de Metz, et entra au service en qualité de chirurgien sous-aide le 6 mars 1812. Après avoir fait les campagnes de Russie, d'Allemagne et de France, Bégin se voua à l'enseignement médical en 1815, fut nommé à l'hôpital de Strasbourg, puis au Val-de-Grâce où il a rendu les plus signalés services.
Bérard (Jean-Baltkasar). — Né à la Villeneuve
(Hautes- Alpes) en 1763, mort à Paris 1843. Il a beaucoup contribué aux progrès des sciences mathématiques par la publication de ses Mélanges physico-mathématiques (Paris 1801). Sa Théorie de V équilibre des voûtes parue en 1810 est devenue classique.
Bérard (Auguste-Simon- Louis), homme politique, administrateur et industriel, né à Paris en 1783, mort en 4859. Il entra à l'Ecole Polytechnique, fut nommé en 1810, auditeur au Conseil d'Etat, maître des requêtes en 1814, et se signala par ses idées indépendantes et libérales, par les intérêts qu'il prit au développement de l'industrie. Il s'occupa de grandes entreprises, fonda avec le fils de Ghaptal, la première compagnie d'éclairage au gaz, dirigea les travaux du Canal Saint-Martin, fonda une maison de banque destinée à concourir à l'exécution de grands travaux publics, créa le vaste établissement des forges d'Alais et en Touraine une importante filature de chanvre et de lin.
Bérard (Joseph -Frédéric). — Médecin philosophe né à Montpellier le 8 novembre 1789, mort le 16 avril 1828. Adepte des doctrines spiritualistes et vitalistes, il combattit pendant toute sa vie le matérialisme et Torganicisme de l'Ecole de médecine de Paris. Sa thèse de doctorat est un livre de valeur. Sous le titre de Plan d'une médecine naturelle, ou la nature considérée comme médecine et le médecin considéré comme imitateur de la nature f Frédéric Bérard s'y montra naturiste, non pas absolu, mais relatif. Il croit à la prévoyance du principe de vie aidé par la clairvoyance et la science humaines. Il caractérise les maladies par des mouvements spontanés qu'il appelle crises et qu'il décrit suivant l'ordre anatomique et une classification raison née. Sur cette étude
positive des crises, sur ce naturisme expérimental, Frédéric Bérard a fondé une nosologie et une thérapeutique spéciales.
Bernardin de Saint- Pierre [Jacques- Henri). — Né au Havre en 1737, mort à Eragny-sur-Oise le 21 janvier 1814. Nous devons retenir ce grand nom littéraire ici parmi ceux des hommes qui ont rendu des services aux sciences parce que Bernardin fut nommé en 1792 Intendant du Jardin des Plantes et que sa courte administration fut marquée par un résultat brillant: la création de la Ménagerie au moyen du transport de celle de Versailles à Paris. Dans les Etudes de la Nature, il afficha des prétentions scientifiques qui furent traitées comme des paradoxes par les savants de l'époque. Bernardin était fort choqué du dédain qu'on lui montrait à cet égard. 11 s'en plaignit même un jour à Bonaparte qui lui dit : « Savez-vous le calcul différentiel ? — Non. — Eh bien ! allez l'apprendre et vous vous réfuterez vousmême. » Cela n'empêcha pas Bonaparte de le protéger sans cesse, de le renter et de lui écrire plus tard : « Quand donc nous donnerez- vous des Poulet Virginie et des Chaumière Indienne, Monsieur Bernardin ? Vous devriez nous en fournir tous les six mois. » En parlant ainsi, Bonaparte oubliait que les chefs-d'œuvre littéraires ne s'improvisent pas plus au reste que les grandes découvertes scientifiques.
Berthollet (Claude- Louis, comte). — Chimiste né à Tailloireprès d'Annecy (Savoie), le 9 décembre 1748, mort à Arcueil près Paris le 6 novembre 1822. Inventeur du blanchiment des toiles et des fils par l'acide chlorhydrique oxygéné (Eau de Berthollet) 1789. — Auteur des Eléments de l'art de la teinture 2 vol. 1791) de YEssai de statique chimique (1803),
des Affinités chimiques (1804). Berthollet commença par soutenir en chimie la doctrine du phlogistique de Stahl, malgré Lavoisier qui opérait une véritable révolution dans la science, en démontrant que la combustion n'était pas un phénomène dû au dégagement du phlogistique, mais bien le résultat de la combinaison d'un principe comburant avec le corps combustible. En 4785, à l'Académie des sciences, il fit une abjuration solennelle de son œuvre et adhéra à la doctrine de Lavoisier. C'était la preuve d'un grand esprit critique, aussi modeste que profond. Membre de l'Institut national, de l'Institut d'Egypte, il fonda avec Laplace la Société d'Arcueil du nom du village où il s'était retiré, près de Paris.
Berthollet (Amédée) . — Fils du précédent. Associé d'abord aux travaux scientifiques de son père, il voulut établir ensuite une grande exploitation industrielle du carbonate de soude, par le procédé indiqué par Berthollet. Mais d'autres plus habiles le devancèrent. Ruiné et voyant qu'il entraînait son père dans sa chute, il s'asphyxia par le charbon en 1811 à Marseille. Voulant par sa mort servir la science, il eut le courage de noter jusqu'au dernier moment ses impressions.
Berthoud {Ferdinand). — Célèbre horloger, né à Plancemont,prèsdeNeufchâtel (Suisse)en 1727. Mécanicien de naissance comme Vaucanson, il fut encouragé par son père dans ses aptitudes naturelles. Après avoir acquis les premiers éléments de son art auprès d'un ouvrier habile, il vint à Paris, en 1745, pour se perfectionner. 11 est l'inventeur des premières horloges marines et des montres [à longitudes qui rendirent tant de services pendant l'expédition d'Egypte. Membre de l'Institut, à sa création, puis
nommé horloger mécanicien de la marine, il était très estimé de Napoléon. Il mourut peu à près Tannée 1802 à peine venait- il de publier son Histoire de la mesure du temps pour les horloges, en deux volumes in-4° avec 23 planches, en laissant sa succession et le soin de ses traditions à son neveu Louis Berthoud. Celui-ci se distingua aussi comme horloger et inventa les châssis de compensation. Il publia en 1812 ses Entretiens sur l'horlogerie à l'usage de la marine et mourut en 1813.
Bessières (Julien). — Né à Gramat en 1777, mort à Paris en 1840. Il prit part en qualité de savant, à l'Expédition d'Egypte. Nommé directeur des droits réunis dans les Hautes- Alpes, envoyé en mission près d'Ali- Pacha en 1804, puis successivement chargé des fonctions de consul général à Venise (1805), commissaire général à Corfou (1807), intendant de l'armée et des Provinces du nord en Espagne, préfet du Gers, de l'Aveyron, de l'Ariége, dans toutes ces fonctions administratives il introduit les règles scientifiques et l'exactitude inspirées par Napoléon dans tous les ressorts du gouvernement.
Blchat {Marie François-Xavier). — Né à Thoiretteen-Bresse le 11 novembre 1771, mort à Paris le 22 juillet 1802. Anatomiste de génie, créateur de l'analyse histologique de l'organisme, de la théorie des propriétés vitales, de la distinction des deux vies, organique et animale. Opérateur de premier ordre, on peut l'appeler le fondateur de l'anatomie générale. Elève du célèbre Dessault, mort en 1795, il avait commencé par Tanatomie descriptive et la chirurgie. Il arriva rapidement à embrasser l'ensemble des sciences médicales. En peu de temps, le biologiste se montra, et égala au moins l'opérateur. Après
la publication de son œuvre magistrale La vie et la Mort (1800), Bichat fut nommé médecin de l'Hôtel- Dieu. Il ouvrit plus de six cents cadavres en un seul hiver pour expérimenter des médicaments, et pour étudier leur action sur les tissus. Tant de recherches dangereuses altérèrent sa santé. Il travaillait dans son amphithéâtre le 2 juillet 1802, et s'absorbait dans l'examen de la putréfaction de la peau. Il fut pris d'une syncope, d'une fièvre typhoïde et mourut en quatorze jours, malgré les soins de Corvisart, le médecin et l'ami du premier Consul. Sa mort fut le signe d'un deuil général dans la science. Halle prononça son éloge en présence de la Faculté de médecine rassemblée et Corvisart écrivit à Bonaparte : « Bichat vient de mourir sur un champ de bataille qui compte aussi plus d'une victime; personne en aussi peu de temps n'a fait autant de choses et aussi bien. »
Le premier Consul répondit en ordonnant l'érection d'une statue à Bichat à l'Hôtel-Dieu même.
Bigot de Préameneu (Félix -Julien- Jean). — Jurisconsulte né à Rennes en 1747, mort en 1825. Nommé président de la section de législation au Conseil d'Etat, il fut avec Portalis,Tronchet et Malleville, membre de la commission qui rédigea le Code civil.
Biot (Jean- Baptiste). — Né à Paris en 1774, mort en 1862. Astronome, mathématicien, physicien, chimiste. Après avoir fait de brillantes études au Lycée Louis le-Grand, il servit quelque temps dans l'artillerie, puis entraen 1794 àl'Ecolepolyterhnique, occupa une chaire à l'Ecole centrale de Beauvais, fut nommé professeur au collège de France en 1800, et fut admis peu à près à l'Académie des sciences. En 1804, il entra à l'Observatoire de Pari» et fit partie du
Bureau des longitudes. Il s'associa alors aux recherches d'Arago sur les pouvoirs réfringents des gaz, ainsi qu'aux travaux de Gay-Lussac, qu'il accompagna dans sa première ascension aérostatique. En 1806, il partit pour l'Espagne avec Àrago, pour continuer l'opération de la triangulation de la méridienne terrestre, commencée par Méchain. Son Traité analytique des courbes et des surfaces du second degré date de 1802 et son Traité élémentaire d'astronomie physique de 1805. Ce sont ses deux ouvrages principaux.
Blainville (Henry-Marie-Ducrotay de). — Né à Arques près Dieppe le 12 septembre 1777, mort à Paris le 1 er mai 1850. Esprit créateur, après avoir passé quelques années, à l'Ecole militaire de Beaumont, une leçon de Cuvier qu'il entendit par hasard décida de sa vocation. Deux ans après, il était docteur en médecine, devenait un des plus brillants élèves du grand naturaliste qu'il suppléa au collège de France et au Muséum. Nommé au concours, professeur d'anatomie et de zoologie à la Faculté des Sciences de Paris, en 1812, il put en toute liberté combattre les idées de son maître. Le premier il a introduit dans l'analyse de l'organisme la considération des éléments et des produits et caractérisé la science des milieux. Blainville voyait dans le règne animal entier une série continue d'êtres devenant à chaque degré plus animés,plus sensibles, plus intelligents.
Borda (Jean- Char les). — Savant mathématicien et marin français, né à Dax en 1733, mort en 1799. Après avoir fourni une carrière extrêmement brillante, à nos campagnes maritimes, il fut employé dans nos ports, ce qui lui permit de publier de savants mémoires sur les sciences mathématiques et mécaniques. Lorsque l'Assemblée constituante, pour
créer un nouveau .système de poids et de mesures, voulut que des savants déterminassent avec précision la longueur d'un arc du méridien, Borda, Méchain et Delambre furent chargés de cette opération difficile, et ce fut Borda qui dirigea tout spécialement tout ce qui se rattachait aux expériences de physique. Il imagina d'employer les règles de platine pour la mesure des bases ; il inventa les thermomètres métalliques propres à indiquer les plus petites variations de température, créa un appareil ingénieux pour mesurer l'exacte longueur du pendule et toutes ces créations amenèrent de sérieux progrès dans la physique expérimentale et trouvèrent leurs applications dans l'Expédition d'Egypte. Bonaparte tenait Borda en haute estime et s'il eût vécu il l'aurait certainement comblé de ses faveurs, comme il le fit pour Monge, Berthollet et les autres savants.
Boude t (Jean-Pierre). — Né à Reims en 1748, mort en 1829. Collaborateur de Berthollet dans l'extraction des salpêtres et la fabrication de la poudre à canon, dont on avait tant besoin en 1793, il fut signalé à Bonaparte, par son dévouement à la défense nationale et par ses connaissances pharmaceutiques. 11 fut attaché à la Commission des sciences et des arts de l'Expédition d'Egypte. Il rendit en Afrique les plus grands services, et par son esprit d'organisation il sut réformer l'approvisionnement des pharmacies épuisées des armées de terre et de mer. A son retour, il fut nommé pharmacien en chef de l'Hôpital de la Charité et se signala par ses travaux sur le phosphore et son étude sur l'art de la verrerie en Egypte.
Bougainville (Louis -Antoine). — ' Savant navigateur né à Paris en 1729 ? mort en i814. Il exécuta en 176Ç
l ' 142 HISTOIRE DES SCIENCES
une expédition scientifique autour du monde qui a illustré son nom et qui est restée son plus beau titre de gloire. Il revint en 1769 en France, après avoir enrichi la géographie d'un grand nombre de découvertes et publia en 1371 sa relation qui eut un immense succès. La découverte de Taïti-surtout et les observations sur ses habitants excitèrent au plus haut point l'intérêt général. En 1790, il reçut le commandement de la flotte de Brest; il entra à l'Institut, au Bureau des Longitudes et fut nommé sénateur, puis comte par Napoléon. Le corps de Bougain ville a été inhumé au Panthéon.
Bory (Gabriel). — Né à Paris en 1720, mort en 1801. Officier de marine et savant. Il était célèbre par ses voyages à l'île Madère, à Saint-Domingue, aux Iles sous le vent, par des perfectionnements ajoutés à l'octant à réflexion inventé par Hadley, quand survint la chute de la Bastille. Oublié pendant la Uourmente révolutionnaire, Bonaparte le remit en dumière en faisant réloge de son Mémoire sur l'administration de la marine et des colonies, paru en 1789, et il lui fit ouvrir les portes de l'Institut en 1798,
Bory de Saint-Vincent ( Jean-Baptiste-Georges-Marie). — Naturaliste, géographe, voyageur, né à Agen en 1780, mort en 1846. Dès Tannée 1800, il fut désigné pour faire partie de l'Expédition du capitaine Baulin. Demeuré à l'île de France pour cause de maladie, il visita un grand nombre d'îles et publia à son retour ses Essais sur les îles Fortunées et l'antique Atlantide (1803) et son Voyage en Afrique (1804). Ces ouvrages lui valurent le titre de correspondant de Tlnstitut. Il embrassa ensuite la carrière militaire et servit avec éclat dans les états-majors de Davoust,
de Ney et de Soult. Proscrit et fugitif de 1815 à 1820, pour son dévouement à la cause napoléonienne, il n'obtint l'autorisation de rentrer en France, qu'en
Bosc (Guillaume). — Naturaliste et agronome, né à Paris en 1759 x mort en 1828. Après la chute de Robespierre dont il avait été l'adversaire, il s'embarqua pour l'Amérique avec le titre de consul, et enrichit à son retour les ouvrages de Lacépède, Latreille et d'autres naturalistes, d'un grand nombre d'espèces nouvelles et de renseignements précieux sur les poissons, les reptiles, les oiseaux. Il fut nommé en 1803, par le premier Consul, inspecteur des jardins et pépinières de Versailles, en 1806 à celles qui dépendaient du ministère de l'intérieur. On lui doit un Dictionnaire raisonné et universel d'agriculture, une Histoire naturelle des coquilles, un Nouveau Diction* naire d'histoire naturelle. Ces ouvrages parurent de 1801 à 1804 et lui valurent en 1806 d entrer à l'Institut de France.
Boyer (le baronAlexis). — Néen 1757,mort en!833. Enfant de ses œuvres et de la Révolution française qui l'installa le 12 août 1792 comme chirurgien en second à l'Hôpital de la Charité. Son Traité d'ànatomie le mit hors pair et présenté par Corvisart à Napoléon, il devint un des médecins de l'Empereur en 1804. Il profita de cette situation pouractiver ses travaux et en 1811il publia son Traité des maladies chirurgicales. Très philosophe il sut toujours accepter les vicissitudes de la vie avec un grand calme.On a retenu de lui ces paroles caractéristiques prononcées, lors de la première abdication de Napoléon : « Je n'ai pas amassé de fortune. Je perds aujourd'hui ma dotation de 25,000 fr. et ma place de chirurgien de
l'Empereur. J'ai cinq chevaux, j'en vendrai trois, je garderai la voiture qui ne me coûte rien, je lirai ce soir un chapitre de Sénèque et je n'y penserai plus. » Nous avons tenu à rapporter ce souvenir pour montrer qu'il y avait des âmes bien trempées dans ces temps héroïques. Le baron Boyer, en médecine, avait pris parti en faveur de la méthode vitaliste de Desault par opposition à la méthode physiologique de Haller et de Bichat.
Brard (Cyprien-Prosper). — Minéralogiste, né à l'Aigle (Orne) en 1786, mort au Lardin (Dordogne) en 1838. Il fut élève de l'Ecole des Mines et en sortit avec le titre d'ingénieur. Dans les nombreux voyages qu'il a faits, il recueillit une très grande quantité de minéraux précieux qui font partie des richesses minéralogiques du Muséum d'histoire naturelle. Son Manuel du minéralogiste et du géologue voyageur date de 1803 et son Traité des pierres précieuses , des porphyres , des granits a été publié en 1808.
Bréguet {Abraham- Louis). — Célèbre horloger mécanicien né à Neufchâtel en 1747, d'une famille française réfugiée en Suisse, depuis la révocation de PEdit de Nantes, mort à Paris en 1823. Il est l'auteur de tous les perfectionnements classiques qui ont fait des montres un objet populaire et notamment de l'emploi des rubis pour les parties frottantes et de la répétition des heures au tad. Il inventa un compteur militaire, instrument sonnant pour régler le pas des troupes et qui n'aurait eu besoin que d'un léger perfectionnement pour être adopté par Napoléon dans l'armée. Bréguet est le créateur des belles montres nommées chronomètres, du compteur astronomique qui permet d'apprécier à la vue jusqu'aux centièmes de seconde et du mécanisme élégant et
solide des télégraphes aériens établis par Chappe. Il fut horloger de la marine, membre de la Marine et du Bureau des Longitudes.
Brézin (Michel). — Dans l'histoire de l'industrie pendant la période révolutionnaire et napoléonienne nous devons noter le nom de Michel Brézin qui, fils d'un simple ouvrier serrurier et privé d'instruction, mourut millionnaire, après avoir établi une fonderie à l'Arsenal a Paris et frappé, par des engins particuliers et nouveaux, pour plus de 1 million de pièces de 1 centime. Devenu maître de forges en Normandie, il mourut en 1828, en laissant sa fortune à la création d'une maison de retraite pour 300 ouvriers vieux et misérables. Situé à Garches, près de Saint-Cloud, Y Hospice de la Reconnaissance, est un véritable asile des Invalides du travail qui devrait servir de modèle à des créations similaires dans tous les corps de métier artistique, intellectuel et manuel. L'artiste, l'homme de lettres, le savant, qui arrivent à la vieillesse, pauvres et sans force, méritent aussi bien que l'ouvrier un modeste refuge pour les mettre à l'abri du besoin, pendant les dernières années de leur existence.
Brongniart (Alexandre- Théodore). — Né à Paris en 1739, mort en 1815. C'est l'ancêtre de la dynastie des Brongniart. Architecte savant, il a construit un grand nombre d'édifices publics et privés de la capitale et c'est lui qui dessina les belles avenues qui entourent les Invalides et l'Ecole militaire. Son œuvre principale est le palais de la Bourse dont il posa la première pierre en 1808 et qui fut terminé sur ses plans par Labarre en 1827. On a dit de ce monument qu'il ne lui manquait qu'une plus noble destination pour avoir l'entière majesté des temples antiques. Sa fille
avait une bonté vraiment typique. Le peintre Gérard, ami de Brongniart, Ta immortalisée dans un tableau resté célèbre et qui est un chef-d'œuvre de grâce, de dessin et de coloris.
Brongniart (Antoine-Louis). — Frère du précédent,
chimiste distingué, mort en 4804. Il devint professeur
au Muséum d'histoire naturelle. On a de lui : Tableau
' analytique des combinaisons et des décompositions de
différentes substances chimiques.
Brongniart (Alexandre). — Minéralogiste et géologue, fils du premier, neveu du précédent, né à Paris en 1770, mort en 1847. En 1800, il fut nommé à la direction de la Manufacture de Sèvres où il fit renaître l'art oublié de la peinture sur verre. Il publia successivement en 1805 et en 1807 un Essai d'une classification naturelle des reptiles dont les principaux résultats ont été universellement adoptés et un Traité élémentaire de minéralogie devenu classique. On doit considérer Alexandre Brongniart comme le fondateur de la méthode en géologie.
Brongniart (Adolphe- Théodore). — Botaniste, né à Paris le 16 janvier 1801, mort en 1876. Il débuta par des recherches d'anatomie et de physiologie végétales et publia, étant encore très jeune, une Classification des champignons. Son principal titre scientifique est son Histoire des végétanx fossiles ou Recherches botaniques et géologiques sur les végétaux renfermés dans les diverses couches du globe, ouvrage magistral resté inachevé. Adolphe Brongniart est un disciple direct de l'école scientifique du temps de Napoléon. On peut dire qu'il a fondé la paléontologie végétale, comme Cuvier a fondé la paléontologie animale, et son père Alexandre Brongniart, la géologie expérimentale.
Broussais (François- Joseph-Victor),— Né à Saint-Malo le 17 décembre 1772, mort à Vitry (Seine) en 1838, Broussais a voulu réformer la médecine en simplifiant la doctrine fondamentale de Brown : « La vie ne s'entretient que par l'irritation; elle n'est que le résultat de l'action des incitants extérieurs sur l'irritabilité des organes. » Broussais arriva à vouloir déterminer : 1° quel est l'organe malade; 2° quelle est la nature du mal; 3° quelle est la mesure des antiphlogistiques que le patient peut supporter. C'est ainsi qu'il supprima complètement l'usage du quinquina et s'en tint aux délayants et aux sangsues. Cette doctrine médicale à laquelle il donna le nom de Médecine physiologique fut adoptée, du temps de Broussais, par la plupart des médecins, en France, en Belgique, en Italie, en Espagne. Ce règne ne devait pas être de longue durée, ses adversaires obtenant bien plus de succès avec les toniques et les excitants. Mais Broussais était éloquent, impétueux, dominateur; il parvint à imposer ses idées ; comme aussi elles étaient plutôt le fruit de l'imagination que d'une observation attentive, et surtout que d'une expérimentation éprouvée, elles ne survécurent pas à son propagateur. Un des plus beaux titres de gloire de Broussais, selon nous, et un des plus négligés, c'est d'avoir ramené, dès Tannée 1805, les différentes sortes de phtisies, alors admises, à une seule forme présentant toujours une même altération, la présence des tubercules. « Des tubercules, dit-il, toujours des tubercules, voilà le trait de ressemblance le plus général et le plus uniforme. » Il insistait encore sur la fonte du poumon causée par une matière purulente fournie par l'air atmosphérique. De là à la médecine microbienne, à la théorie actuelle de la phtisie qui
se forme du dehors au dedans par un empoisonnement extérieur et ne se forme pas de nous par nous, il n'y avait qu'un pas à franchir. Il a fallu plus de quatre-vingts ans et tout le génie de Pasteur pour y parvenir.
Broussonnet [Pierre-Marie- Auguste). — Naturaliste et botaniste, né à Montpellier en 1761, mort en 1807. D'abord suppléant de Daubenton au Collège de France, puis professeur adjoint à l'Ecole vétérinaire d'Alfort, il fut élu à l'Académie des sciences. Nommé député aux premières assemblées politiques de la Révolution, il devint suspect comme girondin sous la Convention et il fut forcé de s'expatrier. A son retour en France, le consul Bonaparte sur la désigna-, tion de Chaptàl, le nomma professeur de botanique à Montpellier. C'est là qu'il composa son principal ouvrage : Elenchus plantarum horti Montispeliensis (1805).
Brisson (Mat hur in- Jacques), — Naturaliste et physicien, né à Fontenay-le-Comte en 1723, mort à Paris en 1806. Il succéda à Noblet, dans la chaire de physique au Collège de Navarre, entra à l'Académie des sciences et devint en 1796, professeur aux Ecoles centrales de Paris. Brisson a composé des ouvrages extrêmement remarquables sur l'ornithologie, l'électricité, la pesanteur spécifique des corps et les nouvelles découvertes aéorastiques, en 1787. Ses Principes élémentaires de l'histoire naturelle et chimique des substances minérales, publiés en 1797, sont restés longtemps classiques. Sur la fin de sa vie, il fut frappé d'une attaque d'apoplexie qui altéra à tel point ses facultés intellectuelles qu'il avait oublié la langue française. On ne l'entendit plus que prononcer quelques mots du patois poitevin qu'il parlait
étant enfant. Napoléon intervint pour soulager sa malheureuse vieillesse.
Brisson (Barnabe). — Ingénieur, né àLyon en 1777, mort à Paris en 1828. A l'Ecole polytechnique, il fut rélève de prédilection de Monge. Il prit une part active aux travaux du Canal de Saint-Quentin et dans les travaux entrepris pour garantir le département de l'Escaut contre les marées de l'Océan. 11 est l'auteur du Traité des ombres inséré à la suite de la Géométrie descriptive de son maître.
Buache de la Neuville (Jean- Nicolas). — Né en 1741, à La Neuville-en-Pont, mort à Paris en 1815, neveu de Philippe Buache, célèbre géographe, professeur des enfants de Louis XV, connu par son système des bassins de rivières et de mers déterminés par les chaînes de montagnes. Comme son oncle il fut d'abord ingénieur géographe du Roi, puis conservateur des cartes au Dépôt de la marine. 11 garda cette situation jusqu'à la fin de sa vie, sans être inquiété, grâce aux services qu'il sut rendre aux expéditions maritimes. -Ses travaux le firent entrer à l'Institut et Napoléon eut recours plusieurs fois à ses lumières géographiques.
Cabanis (Pierre-Jean- Georges). — Médecin, philosophe, écrivain, né à Cosnac (Charente-Inférieure) en 1757, mort à Paris en 1808 II se voua principalement à l'étude de l'homme matériel et prétendit ne rien voir au delà des bornes de la matière. Quand il lui fallut prendre définitivement un métier, il choisit la médecine, science devenue positive, et qui était déjà considérée pour son objet autant que pour les profits qu'elle rapportait. Il fut le médecin de Mirabeau, et c'est lui qui l'assista dans ses derniers moments et il a publié le journal des derniers instant?
du grand orateur. Après le 9 thermidor, au moment de la réorganisation de l'enseignement public, il fut nommé professeur d'hygiène à Paris; en 1796 il fut élu membre de l'Institut, classe des sciences morales et politiques, section de l'analyse des sensations et des idées; en 1797 il devint professeur de clinique à la faculté de médecine. Il a publié en 1804 un excellent ouvrage sur les révolutions et la réforme de l'art médical. Ses principaux titres philosophiques sont contenus dans son Traité du physique et du moral de t homme, dans lequel il malmène les philosophes idéalistes. Ses idées allaient fort bien à Napoléon qui le fit sénateur et commandeur de la Légion d'honneur. Le corps de Cabanis a été inhumé au Panthéon.
Cadet de Vaux. — Né à Paris en 1743, mort en 1828. Il exerça d'abord la pharmacie, mais s'étant lié avec Duhamel, Parme ntier, Tillet qui s'occupaient des applications de la chimie à l'économie rurale, il prit un tel intérêt pour cette branche nouvelle de la science qu'il vendit son officine pour s'y adonner exclusivement. Pour propager ses travaux, il fonda le Journal de Paris qui obtint un grand succès. On doit à ce savant utile et original, une foule de progrès et d'améliorations dont voici les principales : indication de moyens efficaces pour neutraliser les émanations des fosses d'aisances, pour assainir les prisons, les hôpitaux. Ghaptal le consulta souvent et l'aida dans les mesures qu'il indiqua pour perfectionner la salubrité publique. C'est à Cadet de Vaux que l'on doit la suppression du cimetière des Innocents et c'est lui qui eut l'idée de créer une Ecole de Boulangerie où il professa publiquement les moyens de fabriquer un pain plus nutritif. Il est l'inventeur
d'un système de mouture économique qui a été adopté par la meunerie entière. Cadet de Vaux a été non seulement un chimiste utilitaire, mais aussi un agronome distingué. C'est lui qui a appris aux cultivateurs à prévenir la carie des blés par le chaulage, et qui a introduit en France l'institution des Comices agricoles.
Cadet de Vaut est le frère aîné de Louis-Claude Cadet-Gassicourt mort prématurément en 1799 et qui fut un chimiste éminent et le collaborateur de Darcet, Lavoisier, Macquer. Il est l'oncle de Charles- Louis Cadet-Gassicourt (1789 - 1821) qui fit la campagne d'Autriche en 1809, en qualité de premier pharmacien de Napoléon et qui fut un littérateur distingué en même temps qu'un pharmacien du plus haut mérite, dont les traces littéraires et scientifiques furent suivies par son fils Charles-Louis-Félix Cadet de Gassicourt (1789 - 1861) qui joua un rôle important à la révolution de 1830 et pendant l'invasion du choléra en 1832, à Paris.
Caffarelli du Falga. — Nous devons retenir le nom! du général Caffarelli né au Falga (Haute-Garonne) \ en 1756, mort en Egypte en 1799, parce qu'il a pris une part prépondérante à tous les travaux scientifiques et militaires de cette glorieuse expédition. En 1795, au passage du Rhin, sous le commandement de Kléber, il avait eu la jambe gauche emportée par un boulet de canon; devant Saint-Jean d'Acre, il eut le bras fracassé par une balle et il mourut des suites de l'amputation. Caffarelli fut non seulement un savant, mais encore un philosophe, un penseur, un économiste, et c'est avec un esprit original qu'il avait porté des vues nouvelles sur les matières traitées plus tard par Saint-Simon et Charles Fourier, n^ais
avec un côté pratique supérieur, ce qui faisait jïir de lui par Bonaparte: « Gaffarelli au moins n'est pas un idéologue. »
Caillau (Jean- Marie).— Médecin, néàGaillacen 1765, mort en 1820, célèbre par ses études spéciales sur les maladies des enfants, la dentition, l'endurcissement du tissu cellulaire chez les nouveaux-nés, et par un volume qui fit du bruit lors de son apparition en 1799 et que Bonaparte fit remettre à Joséphine dont il désirait avoir ardemment des enfants, et qui menaçait de rester inféconde. Cet ouvrage intitulé la Callipédie ou Y Art d'avoir de beaux enfants péchait cependant par la base en omettant d'indiquer le moyen d'obvier à la stérilité prolongée de l'épouse.
Callet (Jean-François). — Né à Versailles en 1744, mort en 1798. Célèbre mathématicien quia dû sa renommée à une œuvre unique, les fameuses Tables de Logarithmes., appelées par Bonaparte le livre de chevet des ingénieurs. Elles avaient été éditées une première fois, en 1783, sous le titre de Tables de Gardiner. Elles furent rééditées en 1795 sous le titre qui les a popularisées et furent portées à une grande correction et à la perfection typographique, grâce aux progrès accomplis dans le stéréotypage par Firrnin- Didot. On trouve dans l'ouvrage de Callet les logarithmes des nombres jusqu'à 108,000. Le lecteur sait qu'on entend par cette expression le nombre pris dans une progression arithmétique et répondant à un nombre pris dans une progression géométrique.
Camus (Armand-Gaston). — Né à Paris en 1740, mort en 1804. Célèbre conventionnel et jurisconsulte, connu par son attitude énergique dans plusieurs circonstances solennelles de la Révolution
française. Il fut un des promoteurs de la protestation du Jeu de Paume et se trouvait à la droite de Mirabeau, quand M. de Dreux-Brézé se présenta au nom de Louis XVI et que le fameux orateur jeta à la Royauté les fameuses paroles qui faisaient de la Révolte une Révolution en organisant, en consacrant et légalisant la résistance. Membre du Comité de Salut public, il fit partie de la Commission envoyée pour surveiller les agissements de Dumouriezet fut arrêté et livré aux Autrichiens qui le firent enfermer successivement à Maëstricht, Coblentz, Kœnigingratz, Olmutz. Le 25 décembre 1795, il fut échangé contre Madame Royale, fille de Louis XVI. Camus avait débuté par une traduction-commentaire de Y Histoire des animaux d'Aristote. Nommé membre de l'Institut, à sa création, la science doit retenir son nom, autant pour son Etude sur les départements français, que pour la description des procédés nouveaux de stéréotypie et de poiytypie, que pour l'esprit de justice et de méthode qui règne dans ses travaux de jurisprudence. Napoléon eut souvent recours à sa Bibliographie choisie des livres de droit pour préparer la discussion du Code civil au Conseil d'Etat.
Carnot {Lazare). — Né à Nolay (Côte-d'Or) le 13 mai 1753, mort à Magdebourg (Saxe) le 2 août i823. Organisateur scientifique des victoiresde la première République, il appartient à cette grande école militaire des généraux delà fin du xvui e siècle qui étaient bons géomètres et forts mathématiciens. En même temps c'était un écrivain disert, un cœur chaud et simple, un vrai patriote. Il reçut sa première éducation de son père qui était notaire à Nolay et qui tenait sa charge de ses ancêtres chez lesquels elle
était héréditaire depuis plusieurs siècles. Il fut d'abord placé au petit séminaire d'Autun, puis au collège de la même ville, enfin à Paris dans une Ecole spéciale où son aptitude pour les sciences exactes attira l'attention de d'Alembert. A dix-huit ans il se présenta aux examens et fut admis à l'Ecole du génie, à Mézières, avec le grade de lieutenant en second. En 1773, il alla tenir garnison à Calais, puis successivement au Havre, à Béthune, à Arras, avec le grade de lieutenant en premier.
Nommé capitaine à l'ancienneté en 1783, il composa alors un Eloge de Vauban qui lui fit décerner l'année suivante le prix proposé par l'Académie de Dijon. Il le reçut des mains du prince de Condé, gouverneur de Bourgogne, et le futur général des émigrés. Ce travail excellent et qui mériterait d'être publié en petit livre populaire valut à Carnot les félicitations d'un grand nombre de personnes, notamment celles de Buffon et du prince Henri de Prusse, frère du grand Frédéric. Vers le même temps, il publia aussi un Essai sur les machines, dont il donna plus tard une nouvelle édition augmentée sous le titre De VÊquilibre et du mouvement. Il s'occupa à ce moment-là des aérostats et de la possibilité de les diriger, et se mêla au grand débat qui s'éleva à cette époque relativement aux divers systèmes de fortification, et publia sur ce sujet des Mémoires où il se prononçait pour le maintien des places fortes qu'il nomme des monuments de paix, parce que, dit-il, elles permettent de diminuer l'armée permanente et de laisser aux travaux productifs la partie la plus robuste de la population. Au milieu de ses travaux sérieux, il se délassait par la composition de poésies familières, qu'il augmenta dans son exil et qu'il pu-
blia en 1820. Bonaparte fit de même ; on le vit aussi, comme on disait encore dans ce temps-là, sacrifier aux Muses légères après avoir conversé avec Uranie.
11 embrassa avec ardeur les principes de la Révolution, mais son rôle politique ne commença qu'avec l'Assemblée législative où il alla siéger comme député du Pas-de-Calais en même temps que son frère Carnot-Feulins. Il fit successivement partie de tous les Comités et il acquit surtout une grande autorité dans le Comité militaire, où il joua un rôle considérable dans les réformes introduites dans l'armée pendant les années qui suivirent immédiatement
Réélu à la Convention par le Pas-de-Calais, il fut successivement envoyé à Bayonne et à Dunkerque pour mettre le pays en état de défense contre les agressions des Espagnols et des Anglais. Le 14 août 1793, il fut nommé membre du Comité de Salut public et chargé spécialement du personnel et du mouvement des armées. A ce moment si critique voici quelle était la situation de la France et du Gouvernement républicain : « Crise financière, crise des subsistances, accaparement des denrées, dépréciation des assignats, complots sans cesse renaissants des Royalistes, la contre-révolution empruntant le masque des Girondins et soulevant les départements en se donnant comme un simple schisme de l'opinion républicaine, toutes nos frontières entamées par l'ennemi, la route de Paris ouverte au nord, cent mille Vendéens révoltés contre la patrie et maîtres de la Loire; Bordeaux et Caen insurgés au nom du fédéralisme, Lyon soutenant un siège contre laJConvention, le Midi en feu, Toulon près d'où-
vrir ses portes aux Anglais, les armées trahies par leurs chefs, manquant de tout et près de se désorg miser pendant que les corps constitués semblaient sur le point de s'anéantir dans le choc des partis; au total plus de soixante départements menacés d'invasion ou de guerre civile. »
On sait comment la France se releva et Ton sait aussi que Carnot fut un de ceux qui contribuèrent le plus à la sauver. Après dix-sept mois de campagnes à ja!mais mémorables dirigées par le Grand Comité militaire, les résultats furent les suivants : vingt-sept victoires dont huit en batailles rangées; cent vingt combats; quatre-vingt mille ennemis tués; quatre-vingt-onze mille prisonniers; cent seize places fortes ou villes importantes occupées; deux cent trente forts ou redoutes enlevés; trois mille huit cents bouches à feu, soixante-dix mille fusils, dixneuf cents milliers de poudre et quatre-vingt-dix drapeaux tombés en notre pouvoir. — Tel fut le tableau présenté par Carnot lui-même en rentrant au sein de Y Assemblée, à l'expiration de ses pouvoirs, le 30 vendémiaire an ni.
Par un travail de dix-huit à vingt heures par jour, il avait su constituer, mettre en action et relier entre elles par une direction commune les quatorze armées de la première République, leur communiquer le sentiment irrésistible de leur force, les lancer sur le chemin des triomphes, tracer les plans de campagne, inspirer toutes les manœuvres, enfin organiser scientifiquement la défense, l'attaque, la victoire. Carnot a eu une part considérable dans la révolution qui transforma alors la stratégie, la généralisation, la systématisation de la méthode de frapper des coups décisifs en accumulant la
masse des forces sur un point donné, de couper les communications de l'ennemi, d'écraser successivement ses divisions séparées et de s'attacher à mettre les armées hors de combat plutôt qu'à s'emparer d'une place ou à gagner quelques lieues de terrain. Garnotsut encore avec un coup d'œil sûr tirer des rangs inférieurs les héros de l'avenir, Hoche et tant d'autres, et c'est lui qui sut deviner Bonaparte et qui le fit porter au commandement de l'armée d'Italie. Quoi qu'on ait voulu en prétendre, Napoléon se souvint toujours qu'il eut pour auteur de sa fortune et protecteur premier, bien moins Barras que Garnot. En août 1795, Bonaparte apporta au bureau topographique du Gomité de Salut public dans la section des plans dirigé par Doulcet de Pontécoulant, coup sur coup des plans de campagnes merveilleux qui furent transmis à Garnot. Le futur vainqueur de l'Italie, parlait comme d'une chose simple, non seulement de prendre le Piémont, le Milanais, mais encore la Vénétie, de traverser les Alpes et d'aller à Vienne. Ces plans séduisirent Garnot qui comme on sait était poète, crédule, sensible, et sous forme mathématique, comme l'a si bien dit Michelet, homme d'imagination. Bonaparte fut bien son fils militaire. Au reste, c'est ainsi qu'il se recommande à madame Carnot dans ses lettres de l'époque.
De graves dissentiments ayant éclaté au sein des premiers Directeurs, parmi lesquels plusieurs avaient conservé les haines thermidoriennes contre tous les anciens membres du grand Gomité de la victoire, Carnot futaccusé de royalisme efrfrappé comme tel. On n'avait pu le proscrire comme terroriste; au 18 fructidor, an vi (4 septembre 1797) son arrestation
fut décidée ; mais il parvint à s'échapper et pendant qu'on le condamnait à la déportation, il gagna la Suisse et l'Allemagne. Il entra en France aussitôt après le 18 brumaire, fut nommé par Bonaparte, inspecteur des revues, puis ministre de la guerre en 1800. Mais il voyait avec peine disparaître peu à peu la République, il donna sa démission et, nommé membre du Tribunat, il vota contre le Consulat à vie, la création de la Légion d'honneur, dont il accepta cependant et porta le ruban, et parla seul contre les projets de rétablissement de l'Empire, tout en mettant en dehors la personnalité de Bonaparte.
En effet, le 23 avril 1804, un membre du Tribunat nommé Curée avait déposé une motion pour demander l'établissement de l'Empire en faveur de Napoléon et de sa famille. Le 30 il la développa à la tribune au milieu des manifestations enthousiastes de ses collègues. Garnot qui avait toujours soutenu Bonaparte, se sépara de lui ce jour-là. Dans un discours calme et méthodique, il s'attacha à démontrer que rien ne nécessitait le changement projeté dans la forme du gouvernement et il se prononça pour le maintien de la République.
Napoléon ne lui tint pas rigueur et quand le Tribunat ayant été supprimé, Carnot déclara vouloir rester dans la retraite, il fit auprès de lui des démarches répétées pour le faire revenir sur son parti et lui dit : « Monsieur Garnot, tout ce que vous voudrez, quand vous voudrez et comme vous voudrez. »
A l'heure des revers et des difficultés, Garnot reparut. Il reçut le commandement d'Anvers, en 1814. On s'aperçut alors, que l'homme qui avait dirigé toutes les armées de la République, nommé les gé néraux et fait avancer Bonaparte lui-même, qui avait
été membre du Directoire et ministre de la guerre sous le Consulat, n'avait d'autre grade que celui de chef de bataillon du génie, auquel il était arrivé par ancienneté. Garnot défendit héroïquement Anvers et administra la ville avec une intégrité antique. Pendant lesCent-jours, Napoléon le nomma ministre de l'intérieur, et il signa les décrets et les circulaires ministériels : Carnot, comte de l'Empire. Après Waterloo, il fut membre du Gouvernement provisoire de 1815; mais bientôt proscrit pour avoir conservé une foi inébranlable aux grands principes de la Révolution et une pieuse gratitude envers Napoléon, il dut quitter la France. Il erra en Allemagne, habita quelque temps Varsovie et alla se fixer en Saxe, à Magdebourg où il mourut en 1823. On voit encore son tombeau dans le cimetière de cette ville, avec cette simple épitaphe : Carnot. Ne serait-il pas temps de rapporter dans la Mère-Patrie ces grandes dépouilles? Ne serait-ce point le devoir de la troisième République de rendre au fondateur de la première République cet hommage suprême du Retour solennel des cendres de l'organisateur de la victoire avec une pompe semblable à celle qui a accompagné le corps du vainqueur de tant de batailles. Ni la mémoire de Napoléon, ni la mémoire de Carnot ne s'en plaindraient. Ils ont été unis de leur vivant et brûlés de la même flamme patriotique. Il faut les réunir dans la mort et l'immortalité et nous demandons qu'en 1889, le cercueil de Carnot soit repris à la terre allemande et confié au dôme des Invalides, plutôt qu'aux caveaux du Panthéon.
Carnot (Joseph-François- Claude). — Jurisconsulte de l'école de Beccaria, frère aîné du Grand Carnot. Né àNolày (Côte-d'Or) en 1752, mort à Paris en 1835.
Lorsque la Révolution éclata, il était avocat au Parlement de Dijon : il embrassa avec ardeur les nouvelles idées. Il fut appelé successivement à remplir les fonctions du ministère public, de juge à Autun, de commissaire auprès des nouveaux tribunaux, il fut nommé en Tan IX, avec Tinflence de Bonaparte qui chérissait tendrement son frère cadet, conseiller à la coctr de cassation où il siégea jusqu'à sa mort, ni la première Restauration, ni Louis XVIII et Charles X n'ayant osé l'écarter à cause de sa grande réputation de probité, de vertu, de philanthropie. Criminaliste de premier ordre, il a publié des travaux remarquables sur la science du droit criminel. Nommé en 1831, membre de la Commission chargée de réviser les Codes criminels, il s'employa à faire triompher ses idées de libéralisme et d'amélioration, repoussant impitoyablement toutes les sévérités exa gérées des législateurs. Son chef-d'œuvre est une étude sur le Code d'instruction criminelle mis en harmonie avec r humanité.
Cassini (Jacques-Dominique, comte de). — Il est le fils de Cassini de Thury et le troisième représentant de la glorieuse descendance des Cassini qui pendant 207 ans (de 1625 à 1832) a illustré les sciences astronomiques et géographiques ainsi que la botanique. Né à Paris en 1747, mort en 1845, Dominique Cassini succéda à son père comme directeur de l'Observatoire, entra à l'Académie des sciences et lit partie de l'Institut dès la formation de ce corps. Napoléon le nomma sénateur et comte de l'Empire. Il termina la carte de France commencée par son père, magnifique travail qui comprend 180 feuilles mesurant ensemble 11 m. de hauteur sur 11 m. 32 de largeur, qui servit de base à la première carte parue
en 1791 et représentant la France divisée en départements.
Chaptal (Jean- Antoine, comte de Chanteloup) . — Né àNogaret (Lozère) en 1756, mort à Paris en 1832, il synthétise admirablement bien le caractère double du savant comme Napoléon le voulait. Chaptal a su faire descendre la science des hauteurs de la théorie dans les chemins de Futilité pratique. A ses yeux, le laboratoire du chimiste devait être le vestibule de l'atelier et de l'usine." C'est le premier vulgarisateur industriel et scientifique que nous ayons eu. Reçu docteur en médecine à la Faculté de Montpellier, il y occupa la chaire de chimie qui y fut instituée en 1781. Il créa à cette époque une fabrique de produits chimiques qui donna au commerce français l'acide sulfurique et l'alun artificiel. En 1793, il fut placé à la tête des ateliers de Grenelle pour y préparer en grand le salpêtre. Quelque temps après il fut chargé du cours de chimie végétale à l'Ecole polytechnique, tandis que Guyton de Morveau y professait la chimie minérale et Fourcroy la chimie générale.
Chaptal fut admis à l'Institut, lors de sa création en 1795,etaussitôtaprèslel8 brumaire, il fut appelé par Bonaparte au Conseil d'Etat, puis nommé ministre de l'Intérieur. Jamais une direction plus utile n'a été donnée depuis cette époque au bien-être et à la richesse de la France par un homme placé dans une situation officielle. On doit, en effet, à l'initiative intelligente de Chaptal un grand nombre de mesures et de fondations importantes dont voici les principales : Etablissement des Bourses, des Chambres de Commerce, des Chambres consultatives d'art et de manufactures ; la création de la première Ecole d'arts et métiers ouverte en France, celle de la So-
ciété de Vaccine, la réorganisation dés Monts-de- Piété, l'introduction des ateliers de travail dans les prisons; le rappel dans les hôpitaux des sœurs de charité qui en avaient été éloignées par la Révolution ; la réglementation de l'exploitation des eaux minérales ; la création de la Pépinière du jardin du Luxembourg destinée à fournir des expériences comparatives sur les divers plants de vignes; la création du premier réseau de nos canaux; la construction des routes nationales, impériales, départementales; la construction de cellesdu Simplonet duMont-Cenis; la fondation du Musée Napoléon; le percement des rues de Rivoli et de Castiglione; la fondation à l'Ecole de médecine des cours d'accouchement et la réglementation des inhumations. Chaptal a pu se consacrer à toutes les créations éminentes parce qu'il est resté pendant une longue période consécutive au ministère, de 1800 à la fin de 1804, et qu'il ne fut jamais arrêté dans l'application de ses idées, ni par les bureaux, ni par ses collègues du gouvernement. Napoléon, pour le récompenser, le nomma sénateur, trésorier du Sénat, comte de l'Empire et grand officier de la Légion d'honneur.
Chaptal a introduit en France la teinture du coton par le rouge d'Andrinople, la culture du pastel et la substitution à l'indigo; il a perfectionné la fabrication des savons, donné la plus grande extension au procédé de Berthollet pour le blanchiment et il est l'auteur d'un grand nombre de Traités tout à fait remarquables, sur les salpêtres, les goudrons, les arts chimiques, la culture de la vigne, l'art du teinturier et du dégraisseur, etc. C'est lui qui a introduit dans les pays de vignobles le sucrage des vins, méthode appelée dans la pratique générale sous le nom de Chcmtàlisation,
Cels (Jacques- Martin). — Botaniste et agronome, né à Versailles en 1743, mort à Paris en 1806. Il est le créateur d'une magnifique pépinière qu'il forma près de Montrouge et dans laquelle il chercha à naturaliser un grand nombre de plantes exotiques. Il fut membre de l'Institut, de la Société centrale d'agriculture et Napoléon le choisit comme un des rédacteurs du Gode rural qui ne fut pas terminé et qui reste encore à fivire, tant il est vrai qu'il est presque impossible de réunir sous une législation identique une variété infinie de cultures et d'usages agricoles.
Charles (Jacques- Alexandre-César). — Né à Beaugency en 1746, mort à Paris en 1823. C'est un des fondateurs de la physique expérimentale. Il a contribué surtout à populariser en France les découvertes de Franklin sur l'électricité et c'est lui qui pour le gonflement de aérostats a substitué à l'air dilaté le gaz hydrogène, quatorze fois plus léger que l'air atmosphérique. Il osa le premier s'élancer dans l'espace dans les montgolfières, et ses ascensions suscitèrent un véritable enthousiasme. Lors de la création de l'Institut, il entra dans la première classe. Napoléon encouragea ses expériences sur la dilatation des gaz et la construction de ses appareils d< physique, notamment le mégascope. j
C haussier(François). — Né à Dijon en 1746, mort à Paris en 1828, d'une attaque de paralysie au moment où il venait de dicter un discours pour la distribution des prix de la Maternité. Chirurgien et anatomiste des plus habiles, Chaussier fut surtout un esprit vaste et généralisateur. Ses cours avaient un caractère encyclopédique, et l'éloquence qui lui manquait fut remplacée avantageusement par des
digressions scientifiques et des réticences philosophiques qui faisaient comprendre que l'anatomiste était aussi un physiologiste profond et un médecin savant,, comme le règne de Napoléon en compte une pléiade aussi nombreuses qu'illustre. C'est de 1769 à 1815 que Ghaussier a publié ses principales recherches sur les inhumations précipitées, les valvules, le rachitisme, les empoisonnements par le sublimé corrosif, les ecchymoses, les meurtrissures, les contusions, lasigillation. Ses Tables chirurgicales, ses Tables synoptiques constituent des travaux scientifiques et médicaux des plus remarquables parmi tous ceux qui ont marqué la fin duxvm e siècle et le commencement du xix e siècle.
Chevreul (Michel- Eugène). — Chimiste et membre de l'Institut né à Angers le 31 août 1786, fils de Michel Chevreul (1754-1845), médecin chirurgien du comte deProvence et le fondateur des premières maisons de sages -femmes, dans les Provinces. Nous ne devons pasomettre ici le nom de notre grand centenaire parce qu'il a été une intelligence précoce, qu'il fut à dix-sept ans admis dans la fabrique de produits chimiques de Vauquelin, en 1803, puis le préparateur de ce dernier, en 1810, dans son cours du Muséum d'histoire naturelle, et parce qu'il a déclaré être redevable de ses découvertes à l'esprit de science et de méthode puisé sous le règne de Napoléon, dans le milieu scientifique dont s'entourait l'Empereur. En 1813, sur la recommandation de Vauquelin auqu 1 il devait succéder en 1830 au Jardin des Plantas, il reçut le titre d'officier de l'Université et fut nommé par Napoléon, à la chaire de chimie au lycée Charlemagrçe. Il est mort le 9 avril 1889. Codes. — Nous devons mentionner ici l'ensemble
de l'unification de nos lois sous le nom de Codes, qui a été entreprise avec l'influence, la direction et le concours personnel dç Napoléon. Cette œuvre considérable constitue un monument qui est loin d'être parfait et qui ne peut pas l'être, car le progrès marche et les mœurs changent, et la loi ne peut pas rester immuable, tandis que tout varie. Mais il est certain que la réunion dans un ordre logique d'un certain nombre de règlements codifiant un ensemble de matières analogues répondait aux temps nouveaux. Nous devons à la Révolution et à l'Empire les bases d'une législation plus en rapport avec l'unité matérielle et morale introduite dans le pays tout entier. Le Code civil, le Code de procédure civile, le Code de commerce, le Code pénal, le Code d'instruction criminelle, le Code forestier, forment un corps juridique puissant qui a été au début un grand instrument révolutionnaire; mais il a vieilli parce que la justice humaine a progressé et qu'aujourd'hui on cherche à mettre avec raison plus d'humanité dans les lois. La discussion du Code civil dans le sein du Conseil d'Etat, est restée comme un spectacle saisissant par la part active que Napoléon y a prise. Il a tellement imprégné de son génie clairvoyant et tout scientifique le Code civil que la postérité lui a donné le nom de Code Napoléon. Au reste il est bien supérieur aux autres Codes qui ont été rédigés plus tard, sous son action plus lointaine, et qui cherchent trop à punir, à surprendre l'homme dans ses faiblesses et qui ne consacrent pas comme lui des principes d'éternelle justice. Aussi sont-ils beaucoup plus à refondre que le Code Napoléon.
Conté (Nicolas-Jacques). — Chimiste, mécanicien, dessinateur et manufacturier, né à Saint-Cernery
(Orne) en 1755, mort en 1805. C'est de lui que Monge a dit : « Il a toutes les sciences dans la tête et tous les arts dans la main. » Il fut choisi par Bonaparte pour faire partie de l'Expédition d'Egypte et il devint pour elle une véritable providence. En effet, la plupart des instruments rassemblés ayant péri dans le désastreux combat naval d'Aboukir, Conté sut tout faire reconstituer, aussi bien les télégraphes que les moulins à farine, les machines à filer la laine que les machines à fabriquer les draps, les instruments de chirurgie que le matériel de la monnaie et de l'imprimerie., A son retour en France, il fut chargé de diriger la gravure des planches du grand ouvrage de l'expédition et c'est lui qui est le créateur du procédé économique et très artistique avec lequel on exécute les hachures des fonds, des ciels et des masses des monuments. Avant son départ pour l'Egypte, Conté s'était occupé d'aérostation, et c'est à lui que l'on doit la première idée des aérostats militaires et de leur organisation à la bataille de Fleurus. C'est à son initiative qu'est due encore la création du Conservatoire des arts et métiers et la fabrication perfectionnée des crayons qui ont remplacé si avantageusement la plombagine. La Manufacture des crayons Conté est toujours prospère et tient le premier rang dans le monde entier.
Corancez (Louis- Alexandre -Olivier de), — Né à Paris en 1770, mort en 1832. Berthollet le choisit pour faire partie de la commission scientifique de l'Expédition d'Egypte et Napoléon le fit nommer, en 1800, consul à Alep où il resta jusqu'en 1809. En 1811 il entra à l'Institut.
Corvisart (Jean- Nicolas). — Né àDrécourt dans les Ardennes, le 15 février 1755, mort à Paris en 1821.
Il abandonna le droit pour s'adonner aux 'études médicales et devint l'élève de Petit, Desault et de Louis. En 1798, à la mort de Desbois deRochefort il obtint la place de médecin de l'Hôpital de la Charité. Continuant l'enseignement de son prédécesseur, il y fonda cette clinique célèbre, qui pendant près de vingt années qu'il la dirigea, lui assura la réputation de premier praticien de son temps. Un an auparavant, il avait été nommé professeur demédecine au Collège de France. Depuis 1795, il occupait la chaire de clinique interne à l'Ecole de médecine de Paris. En 1799, dès les premiers jours du Consulat, il fut nommé médecin du Gouvernement. Il devint plus tard le premier médecin de Napoléon et de Joséphine qui l'avait connu chez Barras et qui le présenta elle-même à son mari. « A quelle maladie, lui demanda Joséphine, selon vous, docteur, le général est-il exposé ? — Aux maladies du cœur. — Ah !... dit Bonaparte, et vous avez fait un livre làdessus? — Non, répondit Corvisart, mais j'en ferai un. — Faites, faites vite, nous en parlerons ensemble. » Corvisart tint parole et peu de temps après, en 1806, il publia son Traité des maladies du cœur et des gros vaisseaux. En 1810, cet ouvrage partagea avec la Nosologie de Pinel un des prix décennaux fondés par l'Empereur. C'est une œuvre remarquable, écrite dans une forme excellente, qui a ouvert des chemins tout nouveaux à la pathologie circula- . toire. Napoléon aimait beaucoup Corvisart et il avait en lui la plus entière confiance . Il voulut lui prouver son affection en lui remettant un jour à l'improviste un brevet pour son frère. « Permettez, dit Corvisart que je refuse. La place exige une capacité que mon frère n'a pas. Je sais qu'il est pauvre, mais
c'est mon affaire. » Napoléon se tourna vers Chaptal et lui dit : « En connaissez-vous beaucoup comme celui-là ? »
Costaz (Louis), —Ingénieur, né à Champagne (Ain) en 1767, mort à Fontainebleau en 1842. Il commença par professer les mathématiques à Paris, devint directeur des conférences à l'Ecole normale, en 1795 et examinateur pour l'Ecole polytechnique. Bonaparte avait eu l'occasion de le distinguer et le fit comprendre au nombre des savants attachés à l'Expédition d'Egypte. Nommé secrétaire-adjointde l'Institut du Caire, il donna une relation du voyage entrepris à l'Isthme de Suez et fit partie des Commissions chargées de recueillir les matériaux qui ont servi à la publication du grand ouvrage sur l'Egypte. De retour en France, il fit partie du Tribunat, et Napoléon le nomma successivement organisateur de l'Ecole des arts et métiers, préfet de la Manche, intendant des bâtiments de la Couronne, directeur général des ponts et chaussées, baron. Il est l'auteur d'un excellent Essai sur l'administration de l'agriculture, du commerce, des manufactures, et des subsistances, suivi de F historique des moyens qui ont amené le grand essor pris par les arts depuis 1793 jusquen 1815.
Son frère Claude- Anthelme Costaz entra dans l'administration militaire de l'armée de Alpes, puis devint chef de bureau au ministère de l'intérieur et chef de division au ministère des manufactures et du commerce.
Coulomb (Charles- Augustin de). — Né à Angoulême en 1736, mort en 1806, physicien de grand mérite, célèbre par ses études sur le frottement et les résistances. C'est lui qui a donné la loi qui préside aux attractions et aux répulsions magnétiques. Il fit par-
tie de l'Institut lors de sa création et fut nommé par JSfapoléon, inspecteur général de l'Université.
Courtois [Bernard). — Né à Dijon en 1777, mort à Paris en 1838. Après avoir servi d'aide pendant quelque temps à Fourcroy, comme préparateur de son cours à l'Ecole polytechnique, Bernard Courtois se livra plus spécialement à la fabrication des produits chimiques qu'aux recherches de chimie pure. Le hasard le favorisa deux fois merveilleusement pour faire deux découvertes importantes. La première est celle de l'alcaloïde de l'opium qu'il isola le premier en 1811 avec la collaboration de Séguin. La seconde est celle de l'iode qui a été pour la science chimique un fait de la plus haute importance pour en éclairer les nouvelles théories. En outre en thérapeutique et dans l'industrie ce produit a pris une place prépondérante. En 1811, Courtois ayant chauffé par hasard avec un peu d'acide sulfurique la lessive de la soude de varech qui refusait de donner de nouveaux cristaux, remarqua qu'il s'en dégageait des vapeurs d'une superlpe couleur violette. En se refroidissant, elles laissèrent déposer des lames brillantes et métalliques. Courtois y attacha d'abord peu d'importance. Mais ayant renouvelé son expérimentation deux ans après, il signala le fait à Gay-Lussac et à Humphy Davy. Gay-Lussac le contrôla, en comprit immédiatement l'importance et pour ne pas laisser échapper cette découverte fit faire une communication par Courtois à l'Institut et un mois après publiait dans les Annales de chimie ce mémoire qui est resté comme un chef-d'œuvre d'exposé scientifique et dans lequel il signalait les grands points de ressemblance du nouveau corps avec le chlorure et lui donnait le nom d'iode, tiré d'un mot grec qui si-
gnifie violet. Bernard Courtois ne sut pas tirer parti de cette magnifique découverte dévoilée par le génie de Gay-Lussac à la veille des bouleversements de 1814 et de 1815. Napoléon n'étant plus là, Courtois vécut misérablement et mourut pauvre après avoir obtenu seulement en 1832 un prix de 6,000 francs en récompense de ses travaux. C'est ce qui prouve qu'en science, il ne suffit pas de voir et de découvrir. Il faut comprendre et expliquer ce que Ton trouve.
Cousin {Jacques- Antoine- Joseph). — Mathématicien et homme politique, né en 1739, mort en 1800. Il fut nommé professeur de physique au Collège de France en 1766, puis professeur de mathématiques à l'Ecole militaire en 1769. Il fut le professeur du jeune Bonaparte et lui enseigna les premières notions de calcul différentiel et le calcul intégral. En 1796, il entra au Conseil des Anciens et fut appelé à siéger au Sénat en 1799.
Crespel-Dellisse. — - Né à Lille en 1789, Crespel- Dellisse fonda dès 1810, dans sa ville natale, la première fabrique de sucre indigène qu'ait possédée notre pays. Il était très jeune alors, mais élevé dans l'industrie et imbu des idées de Napoléon, il n'hésita pas à se lancer dans cette voie nouvelle. Il trouva pour l'aider dans cette entreprise, alors si hasardeuse, deux hommes de foi et d'intelligence, Passy etDellisse.il devint bientôt le gendre du second. Insuffisamment renseigné sur les modes d'extraction sucrière coloniale, il trouva des prisonniers de guerre espagnols qui avaient été à Cuba, et qui peu ou prou, connaissaient cette fabrication. La première année, Crespel-Dellisse n'obtint -qne 400 kilogrammes de sucre brut provenant de betteraves indigènes. Dès l'année suivante, le chiffre de sa production
fut porté à 10.000 kilogrammes et tandis que la plupart des fabriques de sucre indigène disparaissaient avec l'Empire, il traversa avec énergie la crise et soutint énergiquement et avec bonheur la lutte avec le sucre de canne, grâce aux améliorations qu'il ne cessa d'apporter dans ses procédés. Son industrie devint considérable; il l'introduisit à Arras, puis successivement dans les départements du Pas-de-Calais, de la Somme, de l'Aisne, de l'Oise. Quand il mourut il était à la tête de dix-neuf fabriques. C'est avec raison qu'on lui a élevé un monument à Arras.
Creusot. — Les établissements métallurgiques et miniers du Creusot datent de 1781. A cette époque, il se forma sous la raison sociale Perrier, Beltinger et C ie une première société industrielle patronnée par Louis XVI. Le territoire de cette grande ville n'était qu'un bourg aride et composé seulement de quelques cabanes ; mais l'usage du charbon minéral commençait à se répandre, le canal du centre venait d'être décrété, et ces deux circonstances devaient changer tout l'avenir du pays. Comme fonderie de canons le premier établissement métallurgique du Creusot eut de nombreuses commandes du Gouvernement et pendant la première République et pendant le premier Empire. Cette prospérité commençante devait recevoir un grand mouvement de MM. Chagot, en 1818 et une impulsion décisive de la famille Schneider en 1837, pour arriver à son degré de prospérité admirable de l'heure présente. De quelques centaines d'habitants, la population s'est élevée à 30,000 habitants et ce qui valait quelques centaines de mille francs vaut aujourd'hui des millions.
Cugnot (Nicolas-Joseph). — Ingénieur militaire et mécanicien de génie, né à Void (Lorraine) en 1725,
172 HISTOIRE DBS SCIENCES
mort en 1804. Il inventa d'abord un fusil que le maréchal de Saxe adopta dans le corps de ses uhlans, et se consacra à la construction d'une voiture à vapeur qui est l'ancêtre de nos locomotives routières actuelles. Le modèle en est déposé au Conservatoire des arts et métiers à Paris. Gugnot ne put y donner tous les perfectionnements qu'il voulait y apporter, faute d'argent, parce que nul ne croyait à la possibilité de cette invention et ne voyait son utilité. Un seul homme y eut foi, c'est Bonaparte. Le 30 janvier 1798, il fit parvenir une note à l'Institut relative aune voiture mue par la vapeur, en demandant « qu'un Rapport fût fait sur cette machine et d'engager le citoyen Gugnot qui en est l'auteur à assister à l'expérience qu'on fera et de présenter en même temps des vues sur la meilleure manière d'appliquer l'action de la vapeur au transport des fardeaux. » Aucune suite ne fut donnée à cette demande, et lorsque deux ans après, le 1 er août 1800, Bonaparte apprit que Gugnot était dans une profonde misère, il lui fit servir immédiatement une pension de mille francs. Gugnot, qui était déjà âgé, découragé, mourut peu de temps après et son nom est resté dans l'oubli à tort. La France doit une réparation à sa mémoire.
Cuvier (Georges). — Né à Montbéliard, en 1769, la même année que Napoléon, mort à Paris en 1832. Grand naturaliste et profond penseur, fondateur de l'anatomie comparée, créateur des lois de la subordination des formes et de la corrélation des organes qui ont permis de ressusciter tout un monde passé et de reconstruire méthodiquement les espèces animales perdues au moyen de quelques débris fossiles, tantôt isolés, brisés, épars, tantôt confondus et mêlés.
Il fut nommé successivement par Napoléon, inspecteur général de l'Université, conseiller de l'Université, conseiller d'Etat, chancelier de l'Université, directeur des cultes dissidents, membre de la Légion d'honneur, etc. Dès 1796, il avait été élu membre de l'Institut et nommé professeur d'histoire naturelle à l'Ecole centrale du Panthéon ; en 1799 la mort de Daubenton lui laissa la chaire du Collège de France, et en 1802, le décès de Mertrud, celle du Muséum. Anatomiste de génie, Guvier fut un physiologiste médiocre et un philosophe à courte vue. C'est ainsi qu'il admettait la préexistence des germes, qu'il regardait comme un fait démontré l'immutabilité des espèces, et qu'il était partisan des causes finales qu'il confondit toujours avec le principe des conditions d'existence. Il fut l'adversaire d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaireetdu transformisme deLamarck. Son frère Frédéric Cuvier (1773-1838) a été un naturaliste de second ordre, mais remarquable et original dans ses vues. Il est le premier qui ait marqué chez les mammifères les limites séparant l'intelligence qui se modifie sans cesse, de l'instinct qui est invariable. Il est encore le premier qui ait comparé l'habitude à l'instinct; mais au lieu d'expliquer, à l'exemple de Condillac, l'instinct par l'habitude, il démontra que dans l'habitude il n'y avait souvent que de l'instinct acquis. Nommé en 1804 directeur de la Ménagerie au Jardin des Plantes, Napoléon lui fit confier le poste d'inspecteur général des Etudes de France, en 1810.
" Darcet [Jean). — Né 'dans les Landes, à Docrazit, le 7 septembre 1725, mort à Paris le 13 février 1801. 11 fut amené à Paris en 1742, par Montesquieu qui lui confia l'éducation de son fils. Arrivé dans la ca-
admirables études physico-chimiques qui ont rendu tant de services à la physiologie, à la médecine, à l'industrie. En 1809, il avait épousé une jeune lingère dans les mains de laquelle il avait vu un livre de chimie, en faisant quelques emplettes. Il n'en fallut pas plus pour le décider au mariage. Cette union fut exceptionnellement heureuse et on rapporte que peu de jours avant de mourir Gay-Lussac disait à celle qui avait été pour lui une admirable compagne: « Aimons jusqu'au dernier moment, la sincérité des attachements est le seul bonheur. »
Geoffroy Saint-Hilaire {Etienne). — Très grand naturaliste, né à Etampes en 1772, mort à Paris en 1844. Lorsque le 10 juin 1793, un décret de la Convention nationale organisa renseignement au Muséum d'histoire naturelle et créa douze chaires dans cet établissement, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire fut désigné comme professeur d'histoire des animaux vertébrés. Il hésitait à accepter, ses études ayant porté jusqu'alors plus spécialement sur la minéralogie. Daubenton lui dit : « La zoologie n'a jamais été professée à Paris. Tout est à créer. Osez entreprendre, et faites que dans vingt ans on puisse dire : la zoologie est une science et une science toute française. » Geoffroy Saint-Hilaire céda. Il n'avait que vingt-un ans. On sait avec quelle ampleur il a répondu à l'attente de son conseiller. En 1798, il partit pour l'Egypte comme membre de la Commission scientifique qui accompagna Bonaparte. De retour en France, en 1801, il reprit sa place au Muséum et devint membre de l'Institut en 1807. Les travaux d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire sont très nombreux. Ils se rattachent tous à une idée tout à fait supérieure, celle d'unité de composition organique.
Voici sur Etienne Geoffroy Saint-Hilaire et son action comme savant dans l'Expédition d'Egypte, un document du plus haut intérêt et peu connu. C'est le discours composé par Jomard qui fui son compagnon dans cette campagne scientifique et militaire, et prononcé à l'inauguration de la statue élevée au grand naturaliste, le dimanche 11 octobre 1857, sur l'une des places publiques d'Etampes, dans le département de Seine-et-Oise. Il y a dans cette oraison funèbre des impressions tout à fait personnelles et vécues, sur Napoléon et l'Egypte, qu'il est curieux et instructif de lire. Pour bien apprécier les grands hommes et les grands événements, il faut surtout entendre le récit des savants qui ont eu le privilège de les voir de près et de pouvoir porter un jugement rassis à cinquante-huit ans de distance. On lira ce .morceau avec une réelle curiosité, car Jomard a été le dernier survivant de cette admirable et féconde Expédition d'Egypte.
« Messieurs, il appartenait à d'autres qu'à moi de vous entretenir des œuvres d'Etienne Geoffroy Saint- Hilaire, de ses découvertes et de ses doctrines scientifiques : je n'ai à vous parler, dans ce moment, que du compagnon de voyage en Egypte et du collaborateur à l'œuvre de l'Expédition, c'est-à-dire de ce que j'ai su par moi-même et de ce que j'ai vu de mes yeux.
» Quand il partit de France, il y a plus d'un demisiècle, en compagnie de son frère chéri, le capitaine du génie, Geoffroy-Château, il n'était ni le plus jeune, ni le plus âgé de nous tous; mais déjà il était un maître, et l'Institut d'Egypte le compta dans ses rangs dès le premier jour : il fut même l'un des sept qui en formèrent le noyau, A cet âge heureux de
pitale, il se livra avec un redoublement d'ardeur à, l'étude des sciences chimiques et médicales. Toutes ses découvertes qui ont pour but l'application de la chimie aux arts et à l'industrie sont d'une date antérieure à la Révolution. Elles ont porté sur la fabrication de la porcelaine, l'extraction de la gélatine des os, et de la soude du sel marin, les alliages fusibles, la combustibilité du diamant, la fabrication artificielle des pierres précieuses, etc. Napoléon tint à reconnaître tant de découvertes de génie en le faisant entrer au Sénat, et en faisant nommer son neveu Joseph Darcet, à l'âge de 24 ans, en 1801, essayeur à la Monnaie de Paris. Joseph Darcet qui était ne à Paris en 1777, et qui mourut en 1844, profita de cette position pour continuer les traditions chimiques et iudustrielles de son oncle. C'est lui qui a créé les premières fabriques dépotasse artificielle et de soude et il a beaucoup perfectionné la savonnerie, le clichage, les alliages, l'affinage des métaux, l'essayage des monnaies, et un des premiers il s'est consacré à l'assainissement des ateliers industriels.
Daubent on (1716-1799). — Grand naturaliste et savant modeste, collaborateur de Buffon, pendant plus de vingt-cinq ans et dont ce dernier disait : « Il n'a jamais ni plus ni moins d'esprit que n'en exige son sujet », pour signifier que Daubenton possédait une qualité aussi rare en fait de style qu'en fait de science : la mesure. Daubenton appartient à ce livre par les dix dernières années de sa vie, par la publication de son Traité des moutons et son Annuaire du cultivateur.
A son retour d'Egypte, le général Bonaparte se rendit auprès de l'introducteur des béliers mérinos en France, et auprès de Bernardin de Saint-Pierre
^^■^^-^^^— ™ mi ■ * ■■-..- ■■■-■■ - ■ . ■ ■
qui habitaient tous les deux au Jardin des Plantes. Il ressentit une vive sympathie pour la simplicité du premier, mais le second lui déplut par son humeur chagrine. Lorsque le Sénat fut institué, Bonaparte porta Daubenton sur la liste des premiers membres de cette Assemblée. Quoique malade, malgré ses quatre-vingt-quatre ans, il voulut se rendre par un hiver rigoureux à la première séance. Il fut frappé au milieu de ses collègues et il mourut cinq jours après. Ses funérailles se firent avec pompe sous la direction du peintre David, et son corps fut enterré dans le Jardin des Plantes.
Delambre. — Né à Amiens le 19 septembre 1749, cet astronome de génie n'avait pas moins de trentesix ans, quand il commença à étudier sous Lalande la science qui devait l'immortaliser. Son coup d'essai fut un coup de maître. Ses tables d'Uranus lui valurent en 1790 le prix de l'Académie, et deux années après, il en fut nommé membre à l'unanimité lors de la présentation de ses tables des satellites de Jupiter et de Saturne. L'Assemblée constituante ayant décrété l'établissement du nouveau système métrique de mesures, Delambre reçut avec Méchain la mission de mesurer l'arc du méridien compris entre Dunkerque et Barcelone. Cette opération, sans cesse interrompue par les vicissitudes des événements, ne futterminée qu'en 1799. Napoléon le nomma chevalier de la Légion d'honneur en 1802 et trésorier de l'Université en 1808. Disciple de Lalande il avait hérité de lui, sinon de sa manie d'athéisme, au moins d'un éloignement entier pour la religion, ce que Napoléon n'approuvait point, lui qui croyait ou affectait de croire qu'il n'était pas possible de mener un peuple sans religion. Dans tous les cas il en
fit un moyen de gouvernement puissant en négociant le Concordat pour le rétablissement du catholicisme que la Révolution avait eu le tort de supprimer en décrétant la constitution civile du clergé, ^i peu conforme au principe de la liberté des cultes.
Delambre mourut le 18 août 1822, pendant qu'il rédigeait la première partie de son Histoire de l'astronomie ayant repoussé avec loyauté et sans ostentation les secours de la religion à laquelle il n'avait jamais cru.
Delessert. — La famille Delessert comprend des membres illustres qui se sont consacrés au bien public et au progrès, et qui se sont signalés pendant la période révolutionnaire et sous le règne de Napoléon.
Le premier, Pancêtre, est Etienne Delessert, né à Lyon en 1735, mort à Paris en 1816. Il quitta en 1777, la maison de commerce que son père dirigeait à Lyon, pour venir fonder à Paris une Banque spécialement destinée aux opérations commerciales et industrielles. Il ne tarda pas à jouer un rôle important comme promoteur d'entreprises financières et d'innovations commerciales et industrielles. 11 donna un grand essor à la spécialité des tissus légers et des gazes de soie. Il fonda la première Compagnie d'assurances contre l'incendie qui ait été organisée en France, la première Banque d'escompte qui servit de modèle pour l'organisation de la Banque de France créée en 1800. Après 1794, Etienne Delessert employa plus spécialement son activité aux améliorations agricoles. Il introduisit en France un troupeau de 6,000 moutons mérinos venus d'Espagne, et qui répandus chez les grands propriétaires ont contribué à perfectionner nos races ovines. 11 consacra encore une partie de sa grande fortune à in-
troduire de nouvelles machines agricoles, à en faire fabriquer, et à répandre la pratique des engrais industriels.
Etienne Delessert a eu trois fils remarquables qui ont joué un rôle important dans les affaires publiques à des degrés différents. C'est Benjamin Delessert, le fils aîné, né à Lyon en 1773, mort à Paris en 1847, qui a laissé la trace la plus considérable dans l'industrie et la science. Dès 1801, il fonda à Passy, la première filature de coton et quelques années après la première fabrique de sucre indigène. Nous avons raconté à ce mot l'enthousiasme de Napoléon et sa visite à la fabrique, exécutée toute affaire cessante, dès qu'il apprit de la bouche de Ghaptal qu'après bien des essais, on venait d'extraire industriellement du sucre de la betterave.
Derosne {Charles). — Né en 1780, mort en 1846, Charles Derosne fut amené de bonne heure, sous l'influence de Napoléon, à se consacrer à la fabrication du sucre indigène. Il fut le' premier à perfectionner les procédés d'Achard dont il traduisit en français l'ouvrage intitulé : Traité complet sur le sucre européen de betterave. Il parvint dès 1811 à obtenir un rendement moyen de quatre à cinq pour cent, et c'est lui qui eut l'idée de purifier les sirops de sucre par le charbm et d'obtenir le noir animal né cessaire à l'aide de la carbonisation des os. 11 accueillit avec empressement Amand Savalle qui lui apportait l'invention de la distillation continue de l'alcool, et lorsque plus tard il s'associa avec l'habile mécanicien Cail pour fonder l'usine de Chaillot, origine des grands ateliers de Grenelle, il poussa à la construction des colonnes Savalle qui ont révolutionné et mis au premier rang la distillerie fran r
çaise. Charles Derosne avait commencé par s'occuper de chimie pharmaceutique, et pendant quelque temps il conduisit la célèbre pharmacie fondée par son père et Cadet de Gassicourt, et qui existe toujours rue Saint-Honoré.
Descroizilles. — Chimiste et industriel, né à Dieppe en 1745, mort à Paris en 1825. Il étudiadans le laboratoire de Rouelle etil s'appliqua durant toute sa vie à mettre en pratique dans l'industrie les récentes découvertes de la chimie. Il fut le premier à introduire dans son établissement de Lescure-lès-Rouen les procédés du blanchiment par le chlore de Berthollet. Il collabora à la découverte des chlorures de chaux. Il a combiné et construit l'alcalimètre pour servir dans l'analyse des alcalis. Il fit servir aussi cet instrument à l'évaluation du titre des vinaigres etàla force de dissolution des chlores. C'est ce qu'il appela l'acétimètre et le berthollimètre. Il a composé un certain nombre de mémoires qui ont été insérés dans les Annales de Chimie.
Desessarts (Jean- Charles). — Médecin français, né à Bragelonne, près de Bar-sur-Seine, en 1729, mort à Paris à la fin de 1811. 11 fut nommé successivement professeur de chirurgie à la Faculté de médecine de Paris, professeur de pharmacie, doyen de la Faculté, membre de l'Institut. Il s'adonna spécialement aux maladies infantiles. Il est l'auteur d'un mémoire important sur le croup et d'un Traité de Véducation corporelle des enfants en bas âge, qui prétendon, a beaucoup servi à J.-J. Rousseau pour la composition de son Emile. Il est l'inventeur du fameux sirop qui porte son nom et qui est toujours recommandé dans les cas de coqueluche et de bronchite, Où il agit assez énergiquemçnt,
Des fontaines (Uené Loniche). — Botaniste de très grand mérite, né à Tremblay (Me-et-Vilaine), le 14 février 1750, mort à Paris le 16 novembre 1833. Reçu docteur à la Faculté de médecine de Paris, il abandonna la pratique médicale pour se consacrer à la botanique. En 1783, il présenta un mémoire important sur Y Irritabilité des plantes qui lui ouvrit les portes de l'Académie des sciences. Linné avait constaté dans les feuilles et les corolles des plantes des mouvements caractérisés. Desfontaines étudia à ce point de vue les organes de la fructification. 11 constata que les pistils et les étamines se cherchent mutuellement au moment de la fécondation. Il démontra que ces organes se courbent et se redressent en tournant autour même de leur axe. Il fit pendant deux ans un voyage dans les Etats barbaresques et il rapporta de son excursion scientifique une riche moisson de plantes. Sa Flore atlantique où plus de trois cents espèces nouvelles étaient étudiées et clas sées, fut le fruit de ce voyage. En 1798, il communiqua à l'Institut les observations qu'il avait faites en Afrique sur la structure des plantes monocotylédones, jusque-là presque inconnues en Europe. C'est de ce travail que date la division du règne végétal en ses deux classes. Dans son cours du Muséum, auquel assistaient chaque année plus de mille cinq cents personnes, il donna une importance prépondérante aux études anatomiques et physiologiques. Ses expériences sur la fécondation artificielle des plantes sont restées célèbres. La Révolution n'avait pas troublé ses travaux; il déclina l'honneur de faire partie de l'Expédition d'Egypte pour ne point les interrompre.
Desgenettes. — Illustre chirurgien et savant, né à
Alençon en 1762, mort à Paris le 2 février 4837. ïl se lia vers 1794 avec Bonaparte, qui avec son grand flair des hommes sentit qu'il y avait dans ce jeune homme l'étoffe d'un caractère énergique et d'un homme de science réel. C'était à l'armée d'Italie. Bonaparte lui dit : « Etudiez tous les détails d'une armée, comme vous avez fait du corps humain; étendez votre expérience. Peut-être un jour j'en recueillerai les fruits. » Desgenettes ne se le laissa pas dire deux fois et il se mit à amasser un grand nombre d'observations médicales.
Mis à la tête de l'armée de l'intérieur, Bonaparte réclama Desgenettes comme médecin en chef. Le jeune chirurgien demanda un congé et vint à Paris, mais il arriva à Paris au moment où la place venait d'être donnée. Pour le dédommager on le nomma professeur au Val-de-Grâce. Partant pour l'Egypte, Bonaparte l'emmena avec Larrey. On sait que tous les deux, rivalisèrent de zèle, d'héroïsme, de science, de dévouement. Desgenettes combattit la peste par tous les moyens, même par l'exemple. Pour affermir les courages ébranlés, il saisit une lancette, la plonge dans le pus d'un bubon, et s'en fait une double piqûre dans l'aine et au voisinage de l'aisselle. A Jaffa, Bonaparte le fait appeler dans sa tente et lui dit : « N'y a t-ilpas moyen d'abréger les souffrances des pestiférés que vous croyez perdus, en leur donnant de l'opium. » Desgenettes répond : « Mon devoir, c'est de conserver. » Il préludait ainsi aux grandes découvertes de la chirurgie moderne, lui montrant le chemin de la guérison, qu'elle a suivie avec tant de succès.
Desmarest (Nicolas). — Physicien, géologue, minéralogiste, né en 1725, mort en 1805. Son œuvre prin-
cipale est sa carte d'Auvergne et son Dictionnaire de géographie physique. 11 était inspecteur des manufactures de l'Etat, lorsque la Révolution éclata. Il fut destitué et rétabli dans ses fonctions par Bonaparte. On lui doit l'introduction en France des métiers à tricot usités en Angleterre.
Il est l'oncle de Gaétan Desmarest (1784-1838) qui fut un zoologiste distingué et qui dès sa plus tendre jeunesse, se voua à l'étude des sciences naturelles et suivit les cours de l'Ecole centrale des Quatre-Nations. Peu après, il fut admis au Prytanée français. Napoléon, alors premier Consul, et qui cherchait toujours des énergies et des intelligences, l'ayant interrogé sur les mathématiques, fut tellement satisfait de ses réponses, qu'il lui accorda une médaille et une petite pension. Plus tard, il fut employé de la Légion d'honneur à l'époque où Lacépède était chancelier de l'ordre, et peu après il fut nommé professeur à l'Ecole vétérinaire d'Alfort.
Destutt de Tracy. — Né à Paris en 1754, mort en 1836. Esprit distingué, point religieux, mais d'avant-garde. En 1789, il était député de la noblesse. Il fut l'un des premiers à venir se joindre au Tiers- Etat et jjans la célèbre nuit de 4 août 1789, il fut également au premier rang parmi ceux qui se dépouillèrent volontairement de leurs privilèges et de leurs titres au profit des idées nouvelles. Il fut persécuté, emprisonné pendant la Terreur, et ne sortit, de son cachot qu'après la chute de Robespierre. Désintéressé des événements politiques , il se tourna vers des visées plus hautes, et se consacra à l'étude de l'homme. « C'est une étude puissante, écrivit-il, qui s'empare souverainement de l'âme, la relève quand tout l'abat, la repose quand tout l'épuisé et
l'établit dans les régions sereines où rien ne pénètre que la lumière. » Il fut nommé, en 1799, par le Directoire, membre du Comité d'instruction publique. L'avènement du Consulat ne le trouva point hostile et lors de la création du Sénat, Bonaparte l'inscrivit sur la liste des premiers membres de cette Assemblée. Pourtant il n'approuvait point ses doctrines et il le considérait comme urç des chefs de la secte dangereuse des idéologues, parce que au Sénat comme à l'Institut, les principes belliqueux étaient rangés à un degré tout à fait inférieur. Il fut donc délaissé, malgré son incontestable talent d'écrivain et ses hautes facultés de penseur. Il eut le tort de trop se souvenirdecet abandon et de proposer le2 avril 1814 la déchéance de l'Empereur, au Corps dont il faisait partie. Ses Eléments d'idéologie constituent une œuvre puissante. Elles expriment dans un beau et sévère langage, que la pensée est un fait commun à tous les hommes, mais quel qu'en soit le mode, qu'on s'en rende compte ou qu'on pense d'une manière instinctive, la pensée, ajoute : t-il, se réduit à sentir. On peut appeler indifféremment d'après lui, les pensées sensations ou sentiments. Il montre qu'on sent de quatre manières différentes : actuellement, par le souvenir, par la comparaison, par les désirs. Ces quatre genres de facultés se rapportent à quatre facultés : la sensibilité, la mémoire, le jugement* la volonté. C'est à l'aide de ces quatre moyens que l'homme peut constater sa propre existence et t celle des êtres qui résident autour de lui. Il procède de Locke et de Condillac et il a cherché à mettre la vigueur scientifique dans ses raisonnements.
Destutt de Tracy est le père du, comte de Tracy (1781-1864), qui fut élève de l'Ecole polytechnique,
prit part à la bataille d'Austerlilz, fut aide de camp du général Sebastiani, servit en Espagne de 1808 à 4814, fut fait prisonnier avec le corps d'Augereau, après des actions d'éclat. Rentré en France, il se livra complètement à l'étude des sciences, de la philosophie et de l'agronomie . Il a publié en 4857 des Lettres sur F agriculture qui sont une œuvre remarquable comme style, doctrine et pratique; il a fait faire de grands progrès au métayage dans le département de r Allier.
Deyeux (Nicolas). — Né à Paris en 4753, mort à Passyen 4837. Il fut le pharmacien de Napoléon qui eut rarement recours à son intervention, car il n'eut jamais le temps de se droguer. Deyeux profita des loisirs qu'il avait pour s'occuper de recherches scientifiques et pour étudier spécialement les différentes espèces de lait et la composition du sang des ictériques. Ces travaux le firent nommer membre de l'Institut.
Didot. — La famille des grands imprimeurs et libraires Didot, remonte à François Didot né en 4689, mort en 4759 et qui était originaire de la Lorraine par son père Denis Didot, marchand à Paris. Les savantes et grandes traditions des Estienne, Elzévir, Manuoe,etc, se sont perpétuées dans cette génération nombreuse et féconde dont le nom brille encore aujourd'hui à, la veille de l'année 1889, d'un vif éclat. François Didot est le premier qui ait mis son nom en évidence. Il a eu une nombreuse lignée. Le grand Didot est Firmin Didot; c'est celui qui appartient à la période qui nous occupe. Né à Paris en 1764, il mourut en 1836. Il était le fils de François- Ambroise Didot et le frère de Pierre Didot dit l'aîné. Il se distingua de bonne heure par son goût pour
les lettres (il est l'auteur des deux tragédies cornéliennes représentées à Paris : La Reine de Portugal et la Mort d'Annibal). Il a fait faire de grands progrès à l'art de la typographie. C'est lui qui grava et fondit les beaux caractères qui ont servi à l'impression des éditions dites du Louvre. En 4795, il a rendu un signalé service aux sciences mathématiques, en imaginant de fixer les types mobiles qu'il employait pour l'impression des Tables de logarithmes de Callet, et de les faire arriver ainsi peu à peu à une correction absolue, procédé qui lui fit découvrir la stéréotypie, mot qu'il créa pour caractériser son invention. C'est à lui que l'Empereur Alexandre I er dit en 4844, lors d'une visite qu'il fit à son imprimerie, le mot célèbre, en s' étonnant de la rapidité d'une presse nouvelle : « Vous avez là aussi votre artillerie, non moins puissante que la nôtre. »
Dillon (Marie de Lacroix). — Né en 4760, mort àParisen 4807. On lui doit le premier pont enfer qui ait été construit en France (le Pont des Arts à Parisien 4798 et qui est resté le type de l'élégance et de la légèreté. Ingénieur très habile, il fut chargé par Napoléon d'établir des ponts à bascule dans tous les départements. Il allait prendre la direction de la construction du Pont d'Iéna, lorsqu'il mourut.
Dolomieu. — Il fut un géologue et un minéralogiste de génie. Son véritable nom était Gratet. Il était natif de Dolomieu (Isère) où il vit lejouren 4750. Ilmourut à Paris en 4802. Il eut une vie très agitée et remplie d'événements dramatiques. Admis dans Tordre de Malte, dès le berceau, il faisait son noviciat sur les galères des chevaliers, lorsqu'à l'âge de dix-huit ans, il tua en duel un de ses camarades dont il avait reçu une offense. Condamné à mort, conformément
aux Statuts de Tordre, mais gracié par le grand maître, il recouvra la liber ce au bout de neuf mois et fut envoyé à Metz à vingt-deux ans pour y rejoindre un régiment de carabiniers dans lequel il avait été nommé officier à l'âge de quinze ans. Là il se lia avec Thirion, pharmacien distingué, rencontra la Rochefoucauld, de l'Académie des Sciences et se consacra à la géologie. Il fit partie de l'Expédition d'Egypte, et c'est sur son conseil et avec son intervention amiable que Bonaparte dut pouvoir, sans coup férir, prendre possession de Pile de Malte que les chevaliers abandonnèrent à la France. Après deuxannées de séjour en Egypte, il s'embarqua pour retourner en France, à cause du délabrement de sa santé. -Le vaisseau fit naufrage sur les côtes du golfe de Tarente au moment où la Galabre venait de se révolter contre la France à l'instigation du Roi de Naples. Dolomieu fut fait prisonnier et conduit dans un étroit cachot où il resta plus de deux années, souffrant la faim et la soif, privé de tout. Gomme il disait un jour à son geôlier qu'il allait succomber, si on ne lui donnait pas les choses les plus indispensables : « Qu'importe que tu meures, répondit celui-ci. — Je ne dois compte au Roi que de tes os.» Dans cette horrible situation, il n'écrivit pas moins un de ses plus beaux ouvrages, l'introductidn à la Philosophie minèralogique qui parut en 4802. Des morceaux de bois noircis à la fumée de sa lampe, des fragments de papier gris, les marges d'une Bible, tels étaient les instruments qu'il employait pour recueillir sa pensée. Il ne fallut pas moins que l'intervention de l'Institut de France, de la Société royale de Londres, de l'Académie de Stockholm, du roi d'Espagne et surtout l'effet de la victoire de Marengopourle faire relâcher.
— ^ — ii ■
Sa mise en liberté fut même une des premières conditions imposées par Bonaparte au Roi de Naples.
Dombasle {Matthieu de). Né à Nancy en 4777, mort dans cette ville en 4843. Nous devons retenir son npm ici, parce qu'il a été un des premiers à fonder une fabrique de sucre de betterave ainsi qu'une distillerie d'eaù-de-vie de mélasse. Les événements politiques qui suivirent Tannée 4812, ne lui permirent pas de faire prospérer ces industries nouvelles. A peu près ruiné dans ces deux entreprises, il se tourna vers l'agriculture sur le progrès de laquelle il devait exercer une action si décisive par la création de l'Institut agronomique de Rovilie, les perfectionnements apportés à la fabrication des charrues, par son enseignement agricole, la publication de ses ouvrages.
Dubois {le baron Antoine). — Célèbre accoucheur né à Gramat (Lot) en 1756, mort à Paris le 31 mars 1837. 11 partit pour l'Egypte avec Larrey et Desgenettes, et comme eux il participa à la gloire scientifique de cette expédition. Rentré en France, ii se livra avec ardeur à l'enseignement de l'art des accouchements, art qu'il a délivré d'une foule de pratiques dangereuses, qu'il a dégagé de vaines superfluités et qu'il a ramené à la simplicité de quelques points fondamentaux, et rendu accessible à l'intelligence des élèves sages-femmes qu'il formait à la Maternité. Il fut créé baron après la naissance du Roi de Rome. Il avait été désigné par Gorvisart à Napoléon, comme le plus capable d'assister l'Impératrice à défaut de Baudelocque qui venait de mourir. C'est à lui à qui l'on attribue la réponse fameuse faite à l'Empereur : « Est-ce qu'à cinquante ans un honimfi nant encore avoir des enfants? — Certaine-
ment, Sire ! — Et à soixante ans ? — Quelquefois ! — Et à soixante-dix ans? — Toujours! »
Dubois est l'inventeur du forceps qui porte son nom et il a attaché son nom à la Maison de santé située faubourg Saint-Denis, à Paris.
Duhamel (Guillot). — Né à Nicors (Manche), mort en 4816. — Métallurgiste et savant de grand mérite, inventeur de la cémentation de l'acier. 11 était professeur de métallurgie à l'Ecole des Mines, lorsqu'il fut privé de sa place à l'époque de la Terreur. Bonaparte la lui fit rendre en 1797, et plus tard il le fit nommer inspecteur général des mines, en même temps qu'il fut nommé membre de l'Institut.
Dulong [Pierre- Louis). —Né en 1785, mort en 1838. Il devait devenir unphysicien de premier ordre dans la seconde partie de sa carrière; mais il débuta de bonne heure par être un chimfete très habile. Elève de Berthollet et de Thenard, à sa sortie de l'Ecole Polytechnique, il se signala par la découverte du chlorure d'azote, dans la préparation duquel il perdit un œil et deux doigts de la main droite. C'était en 1842. Dulong avait vingt-sept ans. Deux ans après, il devait se signaler par ses travaux sur l'acide hypophosphoreux.
Dupuis (Charles-François) (1742-1809). — Auteur de l'Origine de tous lesculles, ouvrage athée, matérialiste, qui ne voit dans les divinités, les mythologies, les traditions religieuses de tous les peuples, que la représentation symbolique des astres ou des forces de la nature. Nous devons marquer son nom dans cette galerie scientifique, bien qu'il ait été plutôt un écrivain et un érudit qu'un savant et un créateur, à cause de la forme scientifique qu'il a donnée à ses ouvrages. Rappelons queDupuis fut élu président dp
Sénat en 1804. N'oublions pas surtout qu'il eut part à l'invention du télégraphe aérien, dont il avait trouvé l'idée dans les livres du mécanicien Guillaume Amontons. Dès 1778, il correspondait ainsi de Belle ville à Bagneux avec son ami Fortin. Ce n'est qu'au commencement de la Révolution que cette belle découverte fut perfectionnée et rendue publique.
Filatures. — L'introduction des premières fabriques de ce nom date de l'année 4800. C'est un liégeois Lieven Zowans, qui le premier fit connaître en France les immenses progrès que la filature mécanique avait faits en Angleterre à la suite de l'invention de l'admirable machine d'Arkwrigt sur laquelle repose toute la filature moderne. De grandes manufactures s'élevèrent à Rouen, à Lille, à Mulhouse. Napoléon fit créer un cours de filature au Conservatoire des arts et métiers et il ne craignit pas de le faire confier à un Anglais, afin de nous initier vite et bien à des procédés inconnus chez nous. Il en sortit des élèves instruits et habiles.
Les succès obtenus dans la filature du coton firent penser qu'il ne serait pas impossible d'obtenir des résultats identiques pour la chanvre et le lin. Un grand nombre de mécaniciens français et étrangers furent vivement excités à s'occuper dé cet objet par l'offre que fit Napoléon, en 1805, d'un million de francs de récompense à celui qui trouverait le meilleur système de machines. Le problème fut résolu à peu près en 1810 par un français Philippe de Girard, puis perfectionné et résolu tout à fait au moment de la chute de Napoléon qui n'eut pas le temps de faire verser le montant de la récompense nationale qu'il avait instituée au glorieux inventeur. Les gouvernements qui suivirent eurent l'ingratitude de
ne point exécuter les promesses de Napoléon. Philippe de Girard a procuré des millions à son pays et il est mort dans la misère.
F/eurieu (Charles-Pierre Claret de). — Né à Lyon le 2 juillet 1738, mort à Paris le 18 août 1810. Il fut successivement capitaine de vaisseau, ministre de la marine et des colonies, grand officier de la Légion d'honneur, intendant général de la maison de l'Empereur, Gouverneur du Palais des Tuileries, membre de l'Institut et du Bureau des Longitudes. Il est surtout connu par ses travaux qui ont contribué à l'avancement de l'hydrographie en particulier et de la géographie en général. Son Neptune du Catégat à la Baltique, avec un atlas de 65 feuilles, l'occupa pendant 25 ans et lui coûta plus de 200,000 francs que Napoléon remboursa à sa veuve.
Fourcroy. — Né à Paris le 15 juin 1755, mort le 16 décembre 1809. C'est un des fondateurs de la chimie moderne avec Lavoisier, Berthollet, Guyton de Morveau et les autres. Il fut un des promoteurs de la réorganisation du Muséum d'histoire naturelle et des Écoles de médecine et il prit une part active à la fondation de l'École normale et de l'École polytech nique. Il fut nommé conseiller d'État par le premier Consul, s'occupa activement de la création des établissements d'instruction publique dans les départements, et malgré tous ces devoirs multiples, il n'interrompit jamais ni ses leçons du Muséum, ni ses travaux de laboratoire. Lorsqu'il mourut subitement, Napoléon venait de lui donner le titre de comte avec le brevet d'une dotation de 20,000 francs de rente. Dans la distribution des chaires de chimie, il avait celle de chimie générale à l'Ecole polytechnique.
Fourier (Jean-Baptiste- Joseph, baron). C'est un des grands géomètres du xix e siècle. Il fut membre de l'Institut, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences et l'un des Quarante de l'Académie française. Né à Auxerre le 21 mars 1768, il mourut à Paris le 16 mai 1830. C'est en 1789 qu'il termina son premier mémoire sur la résolution des équations numériques, problème qui l'occupa toute sa vie et sur lequel il a répandu la lumière de son génie. Il fit partie de l'Expédition d'Egypte et se lia particulièrement avec Monge et Desaix et Kléber dont il prononça les éloges devant l'armée française et la population du Caire. Napoléon le nomma préfetde l'Isère en 1802. Il conserva cette place jusqu'en 1815.
Fourier (Charles). — Né à Besançon le 7 avril 1772, il mourut à Paris le 8 octobre 1837. C'est le créateur de la théorie sociale qui porte le nom de fouriérisme, qui base le progrès de l'humanité sur l'association et qui loin de combattre les passions humaines s'en sert pour les faire aboutir au bien de l'homme. Il crut un moment pouvoir obtenir le concours de Napoléon qu'il appelait « ce nouvel Hercule capable d'élever l'humanité sur les ruines de la barbarie ». Mais le projet n'eut pas de suite et la théorie des quatre mouvements et des destinées générales publiée en 1808 resta sans écho.
La théorie sociale de Fourier est la plus originale qui ait été conçue. Il a voulu appliquer au monde moral la découverte de Newton dans le monde physique, celle de l'attraction universelle. Chez lui c'est l'attraction passionnelle qu'il met en jeu.
François de Neufchateau. — Né en 1750 à Saffais dans les Vosges, mort à Paris en 4828, François de Neufchateau a été un poète aimable et élégant, un
littérateur de second rang, mais ingénieux et délicat, un homme politique juste, droit, ayant su conserver au milieu de tous les excès et les événements une physionomie tranquille et sereine. Nous lui devons de la reconnaissance pour les encouragements, qu'il adonnés à l'agriculture, les ouvrages qu'il a publiés sur le semage et la récolte des grains, sur la manière d'étudier et d'enseigner la culture des champs, et les exemples qu'il a donnés en la pratiquant lui-même. Il fut ministre de Napoléon qui le créa comte et le combla d'honneurs.
Gall {te docteur François-Joseph). — Né dans le grand duché de Bade à Tiefenbrunn en 1758, mort à Paris en 1828. Bien que Gall soit Allemand, nous devons lui accorder une place dans ce livre, parce que, après avoir vainement essayé de propager ses doctrines à Vienne, Dresdr», Berlin, Hambourg, Iéna, Amsterdam. Copenhague, c'est à Paris qu'il a pu les développer et leur faire donner le sacre de l'entraînement public, mais non point cependant la consécration de la science. Le système qu'il a créé, qu'il a appelé craniologie et auquel Spurzheim a préféré le nom de phrénologie qui lui est resté, consiste dans la possibilité de reconnaître les instincts, les penchants, les talents et les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête. Quand le D r Gall vint s'installer à Paris aprèa 1805, on prévint Napoléon que son cours avait été interdit en Autriche. « Qu'importe, répondit l'Empereur, si c'est de la science, la France doit en profiter, si ce sont des inepties l'Institut en fera justice. »
Les idées de Gall, très séduisantes, firent beaucoup de bruit. Elles sont à peu près abandonnées
l'établit dans les régions sereines où rien ne pénètre que la lumière. » Il fut nommé, en 1799, par le Directoire, membre du Comité d'instruction publique. L'avènement du Consulat ne le trouva point hostile et lors de la création du Sénat, Bonaparte l'inscrivit sur la liste des premiers membres de cette Assemblée. Pourtant il n'approuvait point ses doctrines et il le considérait comme un des chefs de la secte dangereuse des idéologues, parce que au Sénat comme à l'Institut, les principes belliqueux étaient rangés à un degré tout à fait inférieur. Il fut donc délaissé, malgré son incontestable talent d'écrivain et ses hautes facultés de penseur. Il eut le tort de trop se souvenir decet abanionet deproposer le2 avril 1844 la déchéance de l'Empereur, au Corps dont il faisait partie. Ses Eléments d'idéologie constituent une œuvre puissante. Elles expriment dans un beau et sévère langage, que la pensée est un fait commun à tous les hommes, mais quel qu'en soit le mode, qu'on s'en rende compte ou qu'on pense d'une manière instinctive, la pensée, ajoute-t-il, se réduit à sentir. On peut appeler indifféremment d'après lui, les pensées sensations ou sentiments. Il montre qu'on sent de quatre manières différentes : actuellement, par le souvenir, par la comparaison, par les désirs. Ces quatre genres de facultés se rapportent à quatre facultés : la sensibilité, la mémoire, le jugement* la volonté. C'est à l'aide de ces quatre moyens que l'homme peut constater sa propre existence et, celle des êtres qui résident autour de lui. Il procède de Locke et de Condillac et il a cherché à mettre la vigueur scientifique dans ses raisonnements.
Destutt de Tracy est le père du, comte de Tracy (1781-1864), qui fut élève de l'Ecole polytechnique,
prit part à la bataille d'Austerlilz, fut aide de camp du général Sebastiani, servit en Espagne de 1808 à 1814, fut fait prisonnier avec le corps d'Augereau, après des actions d'éclat. Rentré en France, il se livra complètement à l'étude des sciences, de la philosophie et de l'agronomie. Il a publié en 4857 des Lettres sur V agriculture qui sont une œuvre remarquable comme style, doctrine et pratique; il a fait faire de grands progrès au métayage dans le département de r Allier.
Deyeux (Nicolas). — Né à Paris en 4753, mart à Passyen 4837. Il fut le pharmacien de Napoléon qui eut rarement recours à son intervention, car il n'eut jamais le temps de se droguer. Deyeux profita des loisirs qu'il avait pour s'occuper de recherches scientifiques et pour étudier spécialement les différentes espèces de lait et la composition du sang des ictériques. Ces travaux le firent nommer membre de l'Institut.
Didot. — La famille des grands imprimeurs et libraires Didot, remonte à François Didot né en 1689, mort en 1759 et qui était originaire de la Lorraine par son père Denis Didot, marchand à Paris. Les savantes et grandes traditions des Estienne, Elzévir, Manuce,etc.,se sont perpétuées dans cette génération nombreuse et féconde dont le nom brille encore aujourd'hui à la veille de l'année 1889, d'un vif éclat. François Didot est le premier qui ait mis son nom en évidence. Il a eu une nombreuse lignée. Le grand Didot est Firmin Didot; c'est celui qui appartient à la période qui nous occupe. Né à Paris en 1764, il mourut en 1836. Il était le fils de François- Ambroise Didot et le frère de Pierre Didot dit l'aîné. Il se distingua de bonne heure par son goût pour
les lettres (il est l'auteur des deux tragédies cornéliennes représentées à Paris : La fxeine de Portugal et la Mort d'Annibal). Il a fait faire de grands progrès à l'art de la typographie. C'est lui qui grava et fondit les beaux caractères qui ont servi à l'impression des éditions dites du Louvre. En 4795, il a rendu un signalé service aux sciences mathématiques, en imaginant de fixer les types mobiles qu'il employait pour l'impression des Tables de logarithmes de Catlet, et de les faire arriver ainsi peu à peu à une correction absolue, procédé qui lui fit découvrir la stéréotypië, mot qu'il créa pour caractériser son invention. C'est à lui que l'Empereur Alexandre I er dit en 1814, lors d'une visite qu'il fit à son imprimerie, le mot célèbre, en s' étonnant de la rapidité d'une presse nouvelle : « Vous avez là aussi votre artillerie, non moins puissante que la nôtre. »
Dillon(Marie de Lacroix). — Né en 1760, mort àParisen 1807. On lui doit le premier pont enfer qui ait été construit en France (le Pont des Arts à Parisien 1798 et qui est resté le type de l'élégance et de la légèreté. Ingénieur très habile, il fut chargé par Napoléon d'établir des ponts à bascule dans tous les départements. Il allait prendre la direction de la construction du Pont d'Iéna, lorsqu'il mourut.
Dolomieu. — Il fut un géologue et un minéralogiste de génie. Son véritable nom était Gratet. Il était natif de Dolomieu (Isère) où il vit lejourenl750.Ilmourut à Paris en 1802. Il eut une vie très agitée et remplie d'événements dramatiques. Admis dans Tordre de Malte, dès le berceau, il faisait son noviciat sur les galères des chevaliers, lorsqu'à l'âge de dix-huit ans, il tua en duel un de ses camarades dont il avait reçu une offense. Condamné à mort, conformément
aux Statuts de l'ordre, mais gracié par le grand maître, il recouvra la liberté au bout de neuf mois et fut envoyé à Metz à vingt-deux ans pour y rejoindre un régiment de carabiniers dans lequel il avait été nommé officier à l'âge de quinze ans. Là il se lia avec Thirion, pharmacien distingué, rencontra la Rochefoucauld, de l'Académie des Sciences et se consacra à la géologie. Il fit partie de l'Expédition d'Egypte, et c'est sur son conseil et avec son intervention amiable que Bonaparte dut pouvoir, sans coup férir, prendre possession de l'Ile de Malte que les chevaliers abandonnèrent à la France. Après deux années de séjour en Egypte, il s'embarqua pour retourner en France, à cause du délabrement de sa santé. Le vaisseau fit naufrage sur les côtes du golfe de Tarente au moment où la Calabre venait de se révolter contre la France à l'instigation du Roi de Naples. Dolomieu fut fait prisonnier et conduit dans un étroit cachot où il resta plus de deux années, souffrant la faim et la soif, privé de tout. Gomme il disait un jour à son geôlier qu'il allait succomber, si on ne lui donnait pas les choses les plus indispensables : « Qu'importe que tu meures, répondit celui-ci. — Je ne dois compte au Roi que de tes os.» Dans cette horrible situation, il n'écrivit pas moins un de ses plus beaux ouvrages, l'introductidn à la Philosophie minéralogique qui parut en 4802. Des morceaux de bois noircis à la fumée de sa lampe, des fragments de papier gris, les marges d'une Bible, tels étaient les instruments qu'il employait pour recueillir sa pensée. Il ne fallut pas moins que l'intervention de l'Institut de France, de la Société royale de Londres, de l'Académie de Stockholm, du roi d'Espagne et surtout l'effet de la victoire de Marengopourle faire relâcher.
Sa mise en liberté fut même une des premières conditions imposées par Bonaparte au Roi de Naples.
Dombasle {Matthieu de). Né à Nancy en 4777, mort dans cette ville en 4843. Nous devons retenir son nom ici, parce qu'il a été un des premiers à fonder une fabrique de sucre de betterave ainsi qu'une distillerie d'eaù-de-vie de mélasse. Les événements politiques qui suivirent Tannée 4812, ne lui permirent pas de faire prospérer ces industries nouvelles. A peu près ruiné dans ces deux entreprises, Use tourna vers l'agriculture sur le progrès de laquelle il devait exercer une action si décisive par la création de l'Institut agronomique de Roville, les perfectionnements apportés à la fabrication des charrues, par son enseignement agricole, la publication de ses ouvrages.
Dubois (le baron Antoine). — Célèbre accoucheur né à Gramat (Lot) en 1756, mort à Paris le 34 mars 1837. 11 partit pour l'Egypte avec Larrey et Desgenettes, et comme eux il participa à la gloire scientifique de cette expédition. Rentré en France, il se livra avec ardeur à l'enseignement de l'art des accouchements, art qu'il a délivré d'une foule de pratiques dangereuses, qu'il a dégagé de vaines superflu ités et qu'il a ramené à la simplicité de quelques points fondamentaux, et rendu accessible à l'intelligence des élèves sages-femmes qu'il formait à la Maternité. Il fut créé baron après la naissance du RoideRome.il avait été désigné par Gorvisart à Napoléon, comme le plus capable d'assister Plmpératrice à défaut de Baudelocque qui venait de mourir. C'est à lui à qui l'on attribue la réponse fameuse faite à l'Empereur : « Est-ce qu'à cinquante ans un homme peut encore avoir des enfants ? — Certaine-
ment, Siré ! — Et à soixante ans ? — Quelquefois ! — Et à soixante-dix ans? — Toujours! »
Dubois est l'inventeur du forceps qui porte son nom et il a attaché son nom à la Maison de santé située faubourg Saint-Denis, à Paris.
Duhamel (Guillot). — Né à Nicors (Manche), mort en 1816. — Métallurgiste et savant de grand mérite, inventeur de la cémentation de l'acier. Il était professeur de métallurgie à l'Ecole des Mines, lorsqu'il fut privé de sa place à l'époque de la Terreur. Bonaparte la lui fit rendre en 1797, et plus tard il le fit nommer inspecteur général des mines, en même temps qu'il fut nommé membre de l'Institut.
Duhng (Pierre- Louis). —Né en 1785, mort en 1838. Il devait devenir un physicien de premier ordre dans la seconde partie de sa carrière; mais il débuta de bonne heure par être un chimiste très habile. Elève de Berthollet et de Thenard, à sa sortie de l'Ecole Polytechnique, il se signala par la découverte du chlorure d'azote, dans la préparation duquel il perdit un œil et deux doigts de la main droite. C'était en 1812. Dulong avait vingt-sept ans. Deux ans après, il devait se signaler par ses travaux sur l'acide hypophosphoreux.
Dupuis (Charles-François) (1742-1809). — Auteur de Y Origine de tous les cultes, ouvrage athée, matérialiste, qui ne voit dans les divinités, les mythologies, les traditions religieuses de tous les peuples, que la représentation symbolique des astres ou des forces de la nature. Nous devons marquer son nom dans cette galerie scientifique, bien qu'il ait été plutôt un écrivain et un érudit qu'un savant et un créateur, à cause de la forme scientifique qu'il a donnée à ses ouvrages. Rappelons queDupuis fut élu président du
Sénat en 1801. N'oublions pas surtout qu'il eut part à Tin vention du télégraphe aérien, dont il avait trouvé l'idée dans les livres du mécanicien Guillaume Amontons. Dès 1778, il correspondait ainsi de Belleville à Bagneux avec son ami Fortin. Ce n'est qu'au commencement de la Révolution que cette belle découverte fut perfectionnée et rendue publique.
Filatures. — L'introduction des premières fabriques de ce nom date de l'année 1800. C'est un liégeois Lieven Zowans, qui le premier fit connaître en France les immenses progrès que la filature mécanique avait faits en Angleterre à la suite de l'invention de l'admirable machine d'Arkwrigt sur laquelle repose toute la filature moderne. De grandes manufactures s'élevèrent à Rouen, à Lille, à Mulhouse. Napoléon fit créer un cours de filature au Conservatoire des arts et métiers et il ne craignit pas de le faire confier à un Anglais, afin de nous initier vite et bien à des procédés inconnus chez nous. Il en sortit des élèves instruits et habiles.
Les succès obtenus dans la filature du coton firent penser qu'il ne serait pas impossible d'obtenir des résultats identiques pour la chanvre et le lin. Un grand nombre de mécaniciens français et étrangers furent vivement excités à s'occuper dé cet objet par l'offre que fit Napoléon, en 1805, d'un million de francs de récompense à celui qui trouverait le meilleur système de machines. Le problème fut résolu à peu près en 1810 par un français Philippe de Girard, puis perfectionné et résolu tout à fait au moment de la chute de Napoléon qui n'eut pas le temps de faire verser le montant de la récompense nationale qu'il avait instituée au glorieux inventeur. Les gouvernements qui suivirent eurent l'ingratitude de
ne point exécuter les promesses de Napoléon. Philippe de Girard a procuré des millions à son pays et il est mort dans la misère.
Fleurieu (Charles-Pierre Claret de). — Né à Lyon le 2 juillet 1738, mort à Paris le 18 août 1810. Il fut successivement capitaine de vaisseau, ministre de la marine et des colonies, grand officier de la Légion d'honneur, intendant général de la maison de l'Empereur, Gouverneur du Palais des Tuileries, membre de l'Institut et du Bureau des Longitudes. Il est surtout connu par ses travaux qui ont contribué à l'avancement de l'hydrographie en particulier et de la géographie en général. Son Neptune du Catégat à la Baltique, avec un atlas de 65 feuilles, l'occupa pendant 25 ans et lui coûta plus de 200,000 francs que Napoléon remboursa à sa veuve.
Fourcroy. — Né à Paris le 15 juin 1755, mort le 16 décembre 1809. C'est un des fondateurs de la chimie moderne avec Lavoisier, Berthollet, Guyton de Morveau et les autres. Il fut un des promoteurs de la réorganisation du Muséum d'histoire naturelle et des Écoles de médecine et il prit une part active à la fondation de l'École normale et de l'École polytech nique. Il fut nommé conseiller d'État par le premier Consul, s'occupa activement de la création des établissements d'instruction publique dans les départements, et malgré tous ces devoirs multiples, il n'interrompit jamais ni ses leçons du Muséum, ni ses travaux de laboratoire. Lorsqu'il mourut subitement, Napoléon venait de lui donner le titre de comte avec le brevet d'une dotation de 20,000 francs de rente. Dans la distribution des chaires de chimie, il avait celle de chimie générale à l'Ecole polytechnique.
Fovrier (Jean-Baptiste- Joseph, baron). C'est un des grands géomètres du xix e siècle. Il fut membre de l'Institut, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences et l'un des Quarante de l'Académie française. Né à Auxerre le 21 mars 1768, il mourut à Paris le 16 mai 1830. C'est en 1789 qu'il termina son premier mémoire sur la résolution des équations numériques, problème qui l'occupa toute sa vie et sur lequel il a répandu la lumière de son génie. Il fit partie de l'Expédition d'Egypte et se lia particulièrement avec Monge et Desaix et Kléber dont il prononça les éloges devant l'armée française et la population du Caire. Napoléon le nomma préfetde l'Isère en 1802. Il conserva cette place jusqu'en 1815.
Fourier (Charles). — Né à Besançon le 7 avril 1772, il mourut à Paris le 8 octobre 1837. C'est le créateur de la théorie sociale qui porte le nom de fouriérisme, qui base le progrès de l'humanité sur l'association et qui loin de combattre les passions humaines s'en sert pour les faire aboutir au bien de l'homme. 11 crut un moment pouvoir obtenir le concours de Napoléon qu'il appelait « ce nouvel Hercule capable d'élever l'humanité sur les ruines de la barbarie ». Mais le projet n'eut pas de suite et\& théorie des quatre mouvements et des destinées générales publiée en i808 resta sans écho.
La théorie sociale de Fourier est la plus originale qui ait été conçue. Il a voulu appliquer au monde moral la découverte de Newton dans le monde physique, celle de l'attraction universelle. Chez lui c'est l'attraction passionnelle qu'il met en jeu.
François de Neufchateau. — Né en 1750 à Saffais dans les Vosges, mort à Paris en 1828, François de Neufchateau a été un poète aimable et élégant, un
littérateur de second rang, mais ingénieux et délicat, un homme politique juste, droit, ayant su conserver au milieu de tous les excès et les événements une physionomie tranquille et sereine. Nous lui devons de la reconnaissance pour les encouragements, qu'il adonnés à l'agriculture, les ouvrages qu'il a publiés sur le semage et la récolte des grains, sur la manière d'étudier et d'enseigner la culture des champs, et les exemples qu'il a donnés en la pratiquant lui-même. Il fut ministre de Napoléon qui le créa comte et le combla d'honneurs.
Gall {le docteur François-Joseph). — Né dans le grand duché de Bade à Tiefenbrunn en 1758, mort à Paris en 1828. Bien que Gall soit Allemand, nous devons lui accorder une place dans ce livre, parce que, après avoir vainement essayé de propager ses doctrines à Vienne, Dresde, Berlin, Hambourg, Iéna, Amsterdam. Copenhague, c'est à Paris qu'il a pu les développer et leur faire donner le sacre de l'entraînement public, mais non point cependant la consécration de la science. Le système qu'il a créé, qu'il a appelé craniologie et auquel Spurzheim a préféré le nom de phrénologie qui lui est resté, consiste dans la possibilité de reconnaître les instincts, les penchants, les talents et les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur cerveau et de leur tête. Quand le D r Gall vint s'installer à Paris après 1805, on prévint Napoléon que son cours avait été interdit en Autriche. « Qu'importe, répondit l'Empereur, si c'est de la science, la France doit en profiter, si ce sont des inepties l'Institut en fera justice. »
Les idées de Gall, très séduisantes, firent beaucoup de bruit. Elles sont à peu près abandonnées
aujourd'hui. Cependant Flourens a porté sur elles le jugement suivant : « Il faut distinguer essentiellement dans Gall, l'auteur du système de la phrénologie, et l'observateur profond qui nous a ouvert avec génie l'étude de l'anatomie et de la physiologie du cerveau. »
Gasparin(Adrien-E tienne-Pierre, comte).- Le comte Adrien de Gasparin, grand agronome, pair de France, ancien ministre de l'intérieur et de l'agriculture souslerègnede Louis-Philippe, né à Orange en 1783, mort dans la même ville le 7 septembre 1862, est le fils aîné du conventionnel Gasparin. On sait que ce dernier fut d'abord envoyé à l'armée du Nord pour en surveiller les opérations. Il y provoqua un décret d'accusation contre Dumouriezet déjoua ses tentatives d'embauchage des troupes. De retour à Paris, il fut nommé membre du Comité de Salut public et envoyé à Toulon pour surveiller le siège de cette ville. Il trouva la mésintelligence, et c'est alors qu'il entra en rapport avec Bonaparte, examina son plan d'attaque, l'approuva et le défendit contre quelques-uns de ses collègues au risque même de sa tête. La maladie le força de quitter le siège de cette ville et il mourut en 1793 à Orange où il sétait retiré avant d'en apprendre le succès. A Sainte- Hélène, Napoléon se souvint du concours de Gasparin et il légua dans son testament à ses fils et petits-fils une somme de cent mille francs, pour l'avoir protégé à cette époque difficile de sa vie.
Sonfilsaîné,le comte Adrien deGasparin embrassa d'abord la carrière des armes, fit comme officier de dragons une campagne en Italie et fut attaché en 1806 à l'état-major de Murât qu'il suivit dans la campagne de Pologne. Forcé par suite d'une blessure de
quitter le service, il rentra dans la vie privée et s'adonna à l'étude des sciences naturelles et de l'agriculture, qu'il ne quitta que pendant quelques années pour faire une apparition de 1831 à 1839 dans la politique, comme préfet de Lyon, pair de France, ministre de l'intérieur, ministre de l'agriculture. En 1810, il fit paraître un premier mémoire Sur le croisement des races et en 1811 un second mémoire sur la Gourme des cheoaux. C'était un début qui promettait beaucoup et depuis lors jusqu'au dernier moment de sa vie, il ne cessa un seul instant de travailler pour les progrès de l'agriculture et de composer un grand nombre d'ouvrages agronomiques au nombre desquels il faut surtout citer son Cours d'agriculture dont le dernier volume paru après sa mort a été publié par les soins de J. A. Barrai. C'est aussi sur l'initiative de ce dernier qu'une souscription publique fut ouverte en 1862 pour élever un monument à ce savant illustre et à ce grand homme de bien qui sut marquer son passage au pouvoir par des mesures tout à fait humaines. En effet le comte de Gasparin apporta en 1836 des améliorations notables dans l'organisation des hospices, dans la législation des aliénés, dans le régime des prisons. Ce fut lui qui notamment supprima la chaîne des forçats et ordonna leur transport au bagne dans des voitures cellulaires. Aussi sa statue qui se dresse sur la place d'Orange depuis le 7 septembre 1864 est bien méritée.
Le comte Adrien de Gasparin a laissé deux fils quisesont illustrés, l'aîné, le comte Agénor de Gasparin mort en 1876 dans la politique, les lettres et la philosophie; le second, le comte Paul de Gasparin qui vit toujours, dans lçs études agrologiques
qu'il a enrichies de méthodes analytiques nouvelles et ingénieuses.
Gay- Lussac (Auguste-Louis). — Né à Saint-Léonardle-Noblat, petite ville du Limousin, formant aujourd'hui le département de la Haute-Vienne, le 6 décembre 1778, mort à Paris le 9 mai 1850. Son père Antoine Gay était procureur du Roi, et possédait une terre nommée Lussac. Pour se distinguer de plusieurs membres de sa famille, il ajoutait habituellement ce nom au sien. Le jeune Gay-Lussac était destiné à illustrer cette double appellation que les Prussiens devaient travestir d'une si étrange façon en 1871, lorsqu'ils donnèrent Tordre de traduire en allemand les dénominations des rues des villes d'Alsace et de Lorraine. C'est ainsi qu'à Mul house, la rue Gay-Lussac prit le nom de Rue du Joyeux-Lussac (Froklick Lussac straat) !
Gay-Lussac entra à l'Ecole Polytechnique en J797. . En 1800, il en sortit avec le titre d'élève ingénieur des Ponts et Chaussées. Il préféra abandonner cette carrière et se consacrer aux recherches physiques et chimiques auprès de Berthollet. Nommé peu à près répétiteur deFourcroy à l'Ecole Polytechnique, il se fit connaître bientôt comme professeur clair et éloquent dans les occasions qu'il eut de le remplacer. Sa première découverte concerne la dilatation des gaz. Il démontra qu'ils se dilatent, quand ils sont entièrement privés d'eau, de la 267 e partie de leur volume à degré pour chaque degré centigrade d'augmentation dans la température.
Le 2 août 1804, il fit une première ascension aérostatique avec Biot du Jardin au Conservatoire des arts et métiers pour vérifier s'il n'y avait pas une diminution de la force magnétique à de grandes
altitudes. Les deux jeunes savants s'élevèrent à une hauteur de 4000 mètres et affirmèrent que l'aiguille aimantée se comportait à cette élévation comme au niveau du sol.
Le 16 septembre 1804, c'est-à-dire vingt-trois jours après, Gay Lussac entreprit seul une seconde ascension pour vérifier le fait. Il s'éleva à 7016 mètres et constata qu'à cette hauteur une clef approchée de l'aiguille aimantée la déviait comme sur la terre. Cette grande hauteur devait être dépassée quarantesix ans plus tard, le 27 juillet 1850, par Barrai et Bixio qui atteignirent 7049 mètres après avoir sup porté une température de 39 degrés au-dessous de zéro et avoir vu le mercure de leurs thermomètres à minima se congeler.
Gay-Lussac, en 1807, fut chargé de vérifier expérimentalement les principaux résultats de la théorie analytique de la capillarité. A cette époque Humphry Davy venait de s'immortaliser par la décomposition de la potasse et de la soude à Taidede la pile. Napoléon s'empressa de mettre à la disposition de l'Ecole polytechnique les fonds nécessaires pour en construire une de dimension colossale. Successivement Gay-Lussac entreprit des recherches sur l'acide chlorhydrique oxygéné, sur les alcools, sur les modes d'analyse animale et végétale, l'iode que Courtois venait de découvrir par hasard (1814), le bleu de Prusse, le cyanogène, l'acide prussique, etc. Esprit philosophique, il a fait faire de grands progrès à U science, en se servant de la physique et de la chimie pour les aider, les compléter Tune et l'autre mutuellement. Il a démontré comment la plus simple qui est la physique éclaire la plus complexe qui est la chimie, et de sa méthode sont nées toutes ces
admirables études physico-chimiques qui ont rendu tant de services à la physiologie, à la médecine, à l'industrie. En 1809, il avait épousé une jeune Iingère dans les mains de laquelle il avait vu un livre de chimie, en faisant quelques emplettes. Il n'en fallut pas plus pour le décider au mariage. Cette union fut exceptionnellement heureuse et on rapporte que peu de jours avant de mourir Gay-Lussac disait à celle qui avait été pour lui une admirable compagne: « Aimons jusqu'au dernier moment, la sincérité des attachements est le seul bonheur. »
Geoffroy Saint-Hilaire {Etienne). — Très grand naturaliste, né à Etampes en 1772, mort à Paris en 1844. Lorsque le 10 juin 1793, un décret de la Convention nationale organisa renseignement au Muséum d'histoire naturelle et créa douze chaires dans cet établissement, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire fut désigné comme professeur d'histoire des animaux vertébrés. Il hésitait à accepter, ses études ayant porté jusqu'alors plus spécialement sur la minéralogie. Daubenton lui dit : « La zoologie n'a jamais été professée à Paris. Tout est à créer. Osez entreprendre, et faites que dans vingt ans on puisse dire : la zoologie est une science et une science toute française. » Geoffroy Saint-Hilaire céda. Il n'avait que vingt-un ans. On sait avec quelle ampleur il a répondu à l'attente de son conseiller. En 1798, il partit pour l'Egypte comme membre de la Commission scientifique qui accompagna Bonaparte. De retour en France, en 1801, il reprit sa place au Muséum et devint membre de l'Institut en 1807. Les travaux d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire sont très nombreux. Ils se rattachent tous à une idée tout à fait supérieure, celle d'unité de composition organique.
Voici sur Etienne Geoffroy Saint-Hilaire et son action comme savant dans l'Expédition d'Egypte, un document du plus haut intérêt et peu connu. C'est le discours composé par Jomard qui fui son compagnon dans cette campagne scientifique et militaire, et prononcé à l'inauguration de la statue élevée au grand naturaliste, le dimanche il octobre 1857, sur l'une desplaces publiques d'Etampes, dans le département de Seine-et-Oise. Il y a dans cette oraison funèbre des impressions tout à fait personnelles et vécues, sur Napoléon et l'Egypte, qu'il est curieux et instructif de lire. Pour bien apprécier les grands hommes et les grands événements, il faut surtout entendre le récit des savants qui ont eu le privilège de les voir de près et de pouvoir porter un jugement rassis à cinquante-huit ans de distance. On lira ce morceau avec une réelle curiosité, car Jomard a été le dernier survivant de cette admirable et féconde Expédition d'Egypte.
« Messieurs, il appartenait à d'autres qu'à moi de vous entretenir des œuvres d'Etienne Geoffroy Saint- Hilaire, de ses découvertes et de ses doctrines scientifiques : je n'ai à vous parler, dans ce moment, que du compagnon de voyage en Egypte et du collaborateur à l'œuvre de l'Expédition, c'est-à-dire de ce que j'ai su par moi-même et de ce que j'ai vu de mes yeux.
» Quand il partit de France, il y a plus d'un demisiècle, en compagnie de son frère chéri, le capitaine du génie, Geoffroy-Château, il n'était ni le plus jeune, ni le plus âgé de nous tous ; mais déjà il était un maître, et l'Institut d'Egypte le compta dans ses rangs dès le premier jour : il fut même l'un des sept qui en formèrent le noyau, A cet âge heureux de
vingt-six ans, quand l'ardeur de la jeunesse se joint à la force d'une haute intelligence, et d'une raison déjà éclairée par l'étude et la science acquise; quand on marche sous la bannière d'unMonge etd'unBerthollet, et à la voix d'un homme tel que le vainqueur de l'Italie, qui bientôt va fonder une dynastie nouvelle ; quand on foule une terre comme l'Egypte, si pleine de souvenirs et de merveilles; enfin quand on a dans sa mémoire ce qu'un philosophe comme Aristote a écrit sur la nature du Nil et ses productions, on est presque sûr de marcher de découvertes en découvertes : aussi, voyez ce qu'a créé la jeunesse de Geoffroy Saint-Hilaire, cette fécondité d'écrits préludant si bien aux savants travaux de l'âge mûr et d'un âge plus avancé.
» Par une modestie peu commune, un désintéressement rare chez les écrivains, Etienne Geoffroy Saint: Hilaire a volontairement restreint sa part dans la Description de V Egypte, et, tout en la bornant ainsi, il a pourtant notablement contribué à l'œuvre commune, et a marqué parmi les vingt principaux auteurs des Mémoires. Et, dans le même temps, que de travaux plus considérables encore il méditait; il achevait même pour l'avancement des sciences!
» Vous parlerai-je de l'homme au cœur chaud et généreux, des sentiments d'amitié qui l'ont constamment uni à ses compagnons de voyage, et surtout aux célèbres naturalistes de l'Expédition, Savigny etDelille, ses émules et ses amis? Qui fut plus obligeant et m âlleur que lui dans les rudes épreuves qui font recueil et le danger, et parfois le charme des voyages; aussi nous disait-il dans nos fraternelles réunions des jardins de Gassim-Bey, dans nos douces causeries sur la patrie absente, sur la dégé-
nération de l'Egypte et dans ces terribles jours de la révolte du Caire, comme plus tard, au retour dans la patrie : Forsan et hœc olim meminisse juvabit.
» Représentez-vous un moment Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, suivi de son fidèle ïendelti, parvenu avec nous à Philae, au delà des cataractes, aux limites de l'Empire romain sur le Nil. Pendant qu'on gravait les noms des voyageurs sur les monuments, arrivait l'étonnante nouvelle du départ pour l'Europe de notre chef suprême. L'armée semblait comme aban lonnée aux chances du sort, sans guide, sans protection, à la merci de toutes sortes d'ennemis, en présence de tous les dangers; chacun de se récrier, de douter du présent et de l'avenir, d'oublier, en ce jour critique, et la gloire passée, et les moissons déjà cueillies; bientôt peut-être on allait entendre le cri de la plainte et du désespoir : quelle est l'attitude de notre jeune philosophe? Loin d'imiter ce découragement, il s'écrie avec un admirable sang-froid : « Je l'avais prévu, mes amis, je vous l'avais annoncé; » comme s'il eût deviné que la France appelait à son secours le génie réparateur, ou comme s'il eût su les nouvelles secrètes que le général en chef avait reçues d'Italie et de France! Etienne Geoffroy Saint- Hilaire avait, en effet, engagé au Caire un pari, le jour même, où chacun songeait à un simple voyage dans les provinces, où Fourier le croyait, où tous en Egypte, excepté Kléber et un bien petit nombre ignoraient l'événement.
» Qui ne sait qu'il déploya la même sérénité, la même abnégation, le même courage, et lors des aventures dramatiques du brick POiseav, et pendant ce long siège d'Alexandrie, enfin lorsque que ses collections avec celles de ses collègues les naturalistes,
et toutes les nôtres, furent menacées par l'ennemi de confiscation défendant à la fois l'honneur national, l'intérêt des sciences et la cause de la civilisation?
» Etienne Geoffroy Saint-Hilaire se montrait infatigable dès avant le voyage de la Thébaide, comme depuis, comme pendanttout le cours de l'expédition. Ce n'était pas seulement à l'Institut du Caire qu'on le voyait, assidu travailleur, entretenir ses collègues de ses observations toujours pleines de sagacité, notamment sur des points qui déjà faisaient pressentir sa Théorie des analogues. Mais on l'a vu encore parcourir le Delta et les provinces et visiter les bords de la mer Rouge.
» Il n'était pas loin des déserts qui séparent l'Afrique de l'Asie, lorsque le général Bonaparte alla reconnaître, découvrit, et signala, lui-même, les vestiges de Y ancien canal des deux mers; découverte singulière qui a été le premier, le véritable point de départ de tout ce qui se voit et se fait aujourd'hui. Il était écrit, dans la destinée de ce grand homme, que chacun de ses pas serait marqué par une pensée élevée, par quelque chose d'extraordinaire.
» Ombre d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, s'il vous était donné d'assister au spectacle de ce qui se passe aujourd'hui en Egypte, combien vous vous réjouiriez avec nous de voir un homme de l'Orient, un prince musulman, assez éclairé pour vouloir doter l'Europe chrétienne d'un bienfait attendu depuis des siècles, pour tenter de faire communiquer ensemble la Méditerranée avec le golfe arabique ; que dis- je? toutes les mers du Nord et de l'Occident avec la mer des Indes et les mers de l'Australie î Et combien vous seriez heureuse encore de voir l'ardeur
scientifique qui pousse les voyageurs, les naturalistes, a la recherche des sources du Nil jusque sous les feux de l'Equateur! Vous applaudiriez sans doute aux généreux efforts du protecteur de ces glorieuses entreprises.
» Et nous, à qui il a été donné d'avoir assez vécu pour joindre en ce jour solennel un modeste laurier à ceux qui ceignent votre front, nous appe'ons la jeunesse à suivre vos traces, à imiter les grands exemples qu'ont laissés vos illustres compagnons de voyage, nos maîtres et nos guides, justement honorés comme vous par un monument de la reconnaissance nationale : Monge et Berthollet, Fourier et Conté, Denon et Larrey, et vous, Bertrand, dont le nom est devenu le symbole de la fidélité. Vénérés et glorieux noms, qui consacrent pour toujours le souvenir de l'Expédition d'Egypte à la fin du siècle dernier î »
Gilbert (François- Hilaire). — Agronome et vétérinaire, membre de l'Institut, né en 1757, mort en 1800. Il est connu surtout pour avoir organisé sous le Directoire les Etablissements agricoles de Sceaux, Versailles et de Rambouillet et pour les efforts qu'il fit pour acclimater en France les mérinos d'Espagne.
Girard (Philippe de). — Créateur de la machine à filer le lin, né à Lourmain ( Vaucluse) en 1775, mort à Paris en 1845. Génie profond, inventif, fécond, il commença par créer les lampes hydrostatiques à niveau constant, pour lesquelles il imagina les globes de verre dépoli, dont l'usage est devenu depuis universel. Il apporta vers la même époque (1804), des modifications à la machine à vapeur qui lui valurent une médaille d'or en 1806. Napoléon
ayant proposé en 1810, un prix de un million pour l'inventeur de la meilleure machine pour transformer le lin en toile, Philippe de Girard se mit à la besogne et résolut le problème en quatre mois. Le prix ne fut pas décerné par la Commission (toutes les commissions ne sont bonnes qu'à cela) qui élargit le problème et multiplia les difficultés. Philippe de Girard se remit à l'œuvre et, en 1813, il avait résolu complètement le problème. Cette fois-ci ce furent les événements qui firent ajourner le concours et détruisirent toutes les espérances du malheureux chercheur. Arrêté pour dettes au milieu de sa filature et conduit à Sainte-Pélagie, il offrit ses métiers au Gouvernement de Louis XVIII; mais l'alliance anglaise préoccupait trop la nouvelle dynastie pour qu'elle pût s'engager en faveur de l'industrie française. Philippe de Girard accepta alors les offres généreuses de l'empereur Alexandre I er et alla fonder, près de Varsovie, une filature qui devint bientôt assez prospère pour donner naissance à une petite ville qui a pris le nom de Girardoff. Philippe de Girard est mort pauvre, bien qu'il ait enrichi la^ France de beaucoup de millions. C'est seulement en 1853 que le Gouvernement accorda à sa famille une pension annuelle de 12.000 fr. ne représentant pas le quart des intérêts annuels du capital promis. Cependant M. Charles Dupin, président du Jury à l'Exposition de 1849, avait dit dans son Rapport au Président de la République : « La promesse de Napoléon que n'a tenue aucun des régimes postérieurs attend l'arrêt de votre justice. C'est le vœu du jury que la patrie paie enfin sa dette d'honneur et de reconnaissance. »
Grobert. — Né à Alger en 1757, mort après 1814.
Il fit partie de l'expédition d'Egypte en qualité de commandant de l'artillerie. Il fut nommé inspecteur des Revues militaires en 1803; lorsque l'invasion de 1814 arriva il eut le commandement du bataillon des Invalides, attaché à la Garde nationale de Paris, et il se conduisit vaillamment. Il était très expert en art militaire. C'est lui qui disait à Bonaparte, en Egypte, que « les Pyramides ne devaient pas être admirées parce qu'elles ne constituaient pas des monuments parfaits et qu'elles seraient désavouées par les artistes les plus médiocres, représentant, non les efforts de l'art, mais la patience et la fatigue d'une nation asservie. » Bonaparte le crut-il ou dédaigna-t-il son opinion? — Dans tous les cas, l'histoire sait qu'il y répondit par la magnifique apostrophe à ses soldats : « Du haut de ces pyramides, n'oubliez pas que dix mille ans vous contemplent! »
Quyton dé Morveau (Low s- Bernard baron). — Né à Dijon le 14 janvier 1837, mort à Paris le 2 janvier 1816. Guyton de Morveau est un des créateurs de la nomenclature chimique. Il entra à l'Institut lors de sa formation et fut l'un des fondateurs de l'École Polytechnique, où il professa la chimie minérale, avant d'en devenir le directeur. En 1800, Napoléon le fit nommer administrateur général des Monnaies, et en cette qualité, il contribua énergiquement à l'établissement du nouveau système monétaire. Il a fait faire quelques progrès aux ascensions aérostatiques .
Hachette (Jean-Nicolas-Pterre). — Géomètre de grand talent, mais non de génie. Né en 1769, la même année que Napoléon, mort en 1834. En 1792, il fut employé par Guyton-Morveau pour ses expériences aérostatiques à Meudon et à la bataille de Fleurus,
et dès la création de l'École polytechnique, en 1794, il devint l'adjoint de Monge pour la géométrie descriptive et il le suppléa pendant son séjour en Egypte. En 1810, Napoléon le fit nommer professeur à la Faculté des sciences et plus tard il devint membre de Tlnstitut. Il est connu surtout par la publication de la Correspondance sur l'École polytechnique, recueil où sont consignés les principaux travaux des professeurs et des élèves. On lui doit aussi des perfectionnements utiles apportés à la théorie des surfaces et des courbes à double courbure.
Halle. — Né à Paris en 1754, mort le 11 février 1822. Halle s'est illustré dans la science médicale et l'hygiène. Durant la Révolution, il resta complètement indifférent à la politique, cependant il ne craignit pas d'aller soigner les malades dans les prisons et daller défendre Lavoisier devant la Convention. Dès sa fondation, il fit partie de l'Institut. Il suppléa Corvisart aux Tuileries comme médecin ordinaire de Napoléon et le remplaça comme professeur au Collège de France. Il contribua puissamment à la propagande de la vaccine et la défendit devant l'Académie des sciences.
Hassenfratz. — Né à Paris en 1755, mort en 1827, il fut un savant minéralogiste et un ardent révolutionnaire jusqu'en 1795, époque à laquelle il devint professeur à l'Ecole des Mines à la création de cet établissement et sut conserver sa chaire jusqu'à la rentrée des Bourbons en 1814. Il avait d'abord été directeur du laboratoire de chimie de Lavoisier et dans un voyage qu'il avait fait en Allemagne, avant 1789, il y avait étudié l'art pratique des mines dont il fit sa spécialité. Son ouvrage de Sidérotechnie ou moyen de traiter les minerais de fer, est un excellent livre.
SÔUS NAPOLÉON 205
Haûy (René-Just). — Savant de génie, né à Saint- Just (Oise), le 28 février 1743, mort à Paris le 3 juin 1822. Il est le fondateur de la minéralogie expérimentale, et c'est lui qui a établi le principe suivant sur lequel sa base est établie : « La forme cristalline élémentaire d'un corps dépend de la composition chimique de ce corps, et les formes, si différentes en apparence, des cristaux qu'il peut fournir, résultent simplement du mode d'empilement des cristaux primitifs. » C'est Haûy qui a donné l'essor à la chimie minéralogique et qui a conçu la liaison intime entre la composition chimique de chaque corps et la forme des cristaux élémentaires auxquels il donnait naissance.
Haûy était entré à l'Académie des sciences en 1783 et fit partie de l'Institut à sa création. Bonaparte avait voulu l'emmener en Egypte; mais d'une nature timide, casanière, il déclina cet honneur et cette peine et préfera continuer à Paris sa brillante carrière, au Muséum d'histoire naturelle et à l'Institut. C'est Haûy qui a formé l'admirable collection de cristaux qui appartient à l'Ecole des Mines de Paris.
Haûy (Valentin). — Célèbre instituteur des aveugles, frère du minéralogiste Just Haûy, né à Saint- Just (Oise) en 1745, mort en 1822, la même année que ce dernier. On avait entrevu la possibilité d'apprendre aux aveugles la musique et la géographie au moyen de notes et de cartes en relief. Jlaûy généralisant cette idée, l'appliqua à toutes les parties de l'enseignement élémentaire. Il fit imprimer des livres en gros caractères, très sensibles au toucher et apprit ainsi à un jeune aveugle, la lecture, le calcul et les premiers principes de la géographie et de
la musique. L'Académie des sciences à laquelle il présenta son élève en fut émerveillée. Il obtint du gouvernement en 1784 avec les fonds nécessaires une maison rue Notre-Dame des Victoires, au no 18, pour y faire l'éducation de douze élèves. En 1786,1e nombre en fut porté à cent vingt. Un arrêté des Consuls, de Tan XI, réunit l'institution des aveugles à celle des Quinze-Vingts. Bonapartefit décerner à Valentin Haùy une pension annuelle de 2000 fr. avec l'autorisation d'établir une institution privée rue Sainte- Avoye, sous le nom de Muséum des aveugles.
Huzard (Jean- Baptiste). — Vétérinaire et agronome de grand mérite, né en 1755, mort en 4838. Il entra, étant encore enfant, à l'Ecole d'Alfort, et sous la direction de Bourgelat, il devint répétiteur à seize ans et professeur à dix-huit ans. En 1792, il fut chargé de choisir les chevaux pour, la remonte de l'armée et il remplit ces fonctions avec de remarquables aptitudes. Il devint directeur de l'école d'Alfort, puis inspecteur des écoles vétérinaire auxquelles Napoléon attachait une grande importance. Huzard y fit introduire renseignement de l'agriculture et il prit en même temps une part active à l'acclimatation en France des moutons mérinos d'Espagne et à l'amélioration de l'espèce chevaline. Dès 1795 il fut compris dans l'organisation de l'Institut.
Jacquard {Joseph- Marie). — Né à Lyon le 7 juillet 1752, mort le 7 août 1834, Jacquart est l'inventeur des métiers à tisser qui portent son nom et qui constituent une des plus belles inventions de la mécanique industrielle moderne. C'est en 1790, qu'il conçut l'idée d'un métier supprimant l'opération du tirage, à laquelle il n'avait pu résister à son début dans cette industrie, où il s'était ruiné. Le manque d'ar-
gent l'empêcha de réaliser son invention, malgré le dévouement de sa femme qui fut une admirable compagne pour lui et qu'il eut le malheur de perdre prématurément en 1793. Il se mit à travailler le jour et la nuit pour se consoler, taillant avec son couteau les poulies et les bobines de la mécanique dont il avait eu l'idée quelques années plus tôt. 11 la termina en 1800 et en ût recevoir le modèle à l'Exposition de l'industrie en 1801. Le jury lui décerna une médaille de bronze. C'est vers cette époque qu'il inventa aussi une machine à fabriquer les filets de pêche. Mandé à Paris par Carnot qui était alors ministre de l'intérieur, il fut placé au Conservatoire des Arts et Métiers pour y réparer les machines de tissage, avec un traitement de trois mille francs. Une cessa de perfectionner son métier à tisser, et malgré tous les obstacles et les persécutions, il parvint à faire comprendre aux ouvriers qu'il leur rendait le plus grand des services par son inventionenles arrachant au supplice, aux difformités des métiers antiques. Il trouva dans Napoléon un aide puissant. En 1804, par décret impérial il reçut une pension de trois mille francs avec promesse d'une prime de cinquante francs par chaque métier qu'il établirait. A force de persévérance,il sut triompher de tout ce qui s'opposait à la vulgarisation de son métier et dès 1812, la ville de Lyon en comptait un grand nombre. Le mouvement ne devait plus s'arrêter et les ouvriers tisseurs qui avaient voulu le jeter dans le Rhône sous prétexte qu'il ruinait leur industrie, le traitèrent en bienfaiteur.
Janvier {Aristide). — Né à Saint-Claude (Jura) en 1751, mort en 1835. Horloger mécanicien, comme beaucoup de ses compatriotes, il ne tarda pas à de-
venir très habile, et fut choisi par Louis XVI en 1784 pour lui donner des notions dans cet art. Pendant la Révolution, il fut chargé de former une Ecole d'horlogerie, et il créa une pendule à équation pour indiquer l'heure précise dans chaque chef-lieu des départements. En 1789, il avait construit une pendule planétaire, approuvée par l'Académie des sciences et qui fut placée plus tard par Tordre de Napoléon dans le Salon vert du palais des Tuileries où elle resta jusqu'aux incendies de mai 1871. Aristide Janvier est l'un des auteurs du Manuel de l'horloger publié en 1827 dans la collection Roret.
Jomard. — Né à Versailles en 1777, mort le 23 septembre 1862. Il fit partie de la première promotion de l'Ecole polytechnique en 1794 et fut désigné par Monge pour suivre l'Expédition d'Egypte. Il fut chargé de la direction des travaux géodésiques destinés à fournir les éléments de la carte du pays. A son retour il fut chargé de diverses missions. Il fut rappelé à Paris en 1803 par Napoléon, pour mener à bonne fin la publication qui devait préserver de l'oubli les découvertes scientifiques de la Commission d'Egypte.
Jouffroy d'Arbans (le marquis de) .— Epris d'amour pour la mécanique dès sa plus tendre enfance, le marquis de Jouffroy, né en 1751 à Roche-sur- Rognon (Haute-Marne), mort à Paris, aux Invalides, d'une atteinte de choléra en 1832, conçut l'idée d'appliquer la vapeur à la navigation fluviale, en visitant la pompe à feu de Chaillot qui venait d'être installée par Périer. Il parvint à faire marcher sur le Doubs en juin 1776 uu bateau muni d'un appareil qui imitait les procédés des oiseaux aquatiques et qu'il nomma le palmipède, EJa 1883, il lui substitua
les roues à aube et lança le 15 juillet de cette annéelà un bateau pourvu de ce nouveau système qui remonta la Saône jusqu'à l'île Barbe. Malgré ce succès constaté, il ne trouva pas de capitalistes et il dut s'en tenir là. Ilémigraà l'époque de laRévolution et reyinten France au monientduConsulat.Ilassista alors aux essais de Fulton et ne songea qu'en 1816 àrevendiquer publiquement le mérite de cette découverte. Ses droits ont été établis par Arago et reconnus d'ailleurs par Fulton lui-même.
Jussieu (Antoine- Laurent de). — Né à Lyon en 1748, mort à Paris en 1835, il est le neveu de la famille des Jussieu. Créateur de la science des classifications, il est l'auteur de la méthode naturelle en botanique. C'est en 1788 qu'il a commencé la publication du monument scientifique qui a fait sa réputation : De gênera plantarum securtdum ordines naturales disposita . Dans cet ouvrage, il a distribué 20.000 plantes connues alors en 100 ordres et ces 100 ordres en 1754 genres. Pour constituer ces genres et ces ordres, il a subordonné les caractères les uns aux autres d'après la généralité, l'importance et la fixité qu'ils présentent. Nommé directeur du Muséum par la Convention, ses mauvais yeux l'empêchèrent de faire partie de l'Expédition d'Egypte. Il prit place à l'Institut dès sa fondation et fut nommé en 1806, par Napoléon, membre de l'Université.
La Bergerie (Jean- Baptiste Rougier, baron de) — Agronome éminent, né en 1757, mort en 1836. Riche propriétaire, il s'occupa d'abord d'agriculture pratique. Ayant pris une part active à la Révolution française, mais traqué pendant la Terreur, Carnot le chargea de missions spéciales pour le mettre à l'abri de tout danger. En 1800, Bonaparte le nomma
préfet de l'Yonne où il resta jusqu'en 1811. Il devint membre correspondant de l'Institut et s'employa surtout à organiser et à développer les Sociétés dé* partementales d'agriculture. Il est l'auteur d'une excellente Histoire de Vagriculture française publiée en 1815 et l'un des meilleurs traducteurs et versificateurs des Géorgiques de Virgile.
Lacépède (comte de) — Né à Agen le 26 décembre 1756, mort à Epinay près de Saint-Denis le 6 octobre 1825. Il débuta de bonne heure dans la carrière scientifique par la publication, en 1788, quelques mois avant la mort de Buffon de l'Histoire des quadrupèdes ovipares, suivie Tannée suivante de Y Histoire des serpents. Il accepta avec empressement les idées nouvelles de la Révolution française, bien qu'il appartînt à une très ancienne noblesse. Nommé professeur au Muséum, il y obtint un grand succès auquel il dut de faire bientôt partie de l'Institut. De 1798 à 1803 il fit paraître son Histoire des papillons et son Histoire des cétacés. Napoléon qui recherchait partout les hommes de science pour les mettre dans son Gouvernement, le nomma sénateur en 1799, titulaire delà sénatorerie de Paris en 1804, ministre d'Etat la même année, puis grand chancelier de la Légion d'Honneur. 11 se fit dans ces diverses fonctions la réputation d'un administrateur aussi habile qu'intègre et bienveillant, en y employant les qualités de méthode, d'ordre et d'exactitude qu'il mettait dans les sciences.
Lacroix (François-Sylvestre). — Né à Paris en 1765, mort en 1843. Il a beaucoup contribué à populariser les mathématiques par son enseignement et ses ouvrages ; mais il n'a point fait de découvertes importantes. Successivement professeur à PEcole militaire,
à l'Ecole normale, à l'Ecole polytechnique, au Collège de France, à la Faculté des sciences de Paris, il était quand il mourut le doyen du corps professoral en France.
Laennec— Né à Quimper en 1781, mort à Kerlouance le 13 août 1826. jEn 1805, il démontra d'une manière irréfutable la véritable nature des kystes hydatides, et quelques années plus tard, il fit une découverte du plus haut intérêt, celle de l'auscultation qui, ajuste titre, a immortalisé son nom. C'est Laennec qui a ouvert une voie toute nouvelle dans la science de l'exploration médicale, surtout pour les maladies du cœur, des poumons, pour les épanchements thoraciques. Avec un tact admirable et une précision toute mathématique, Laennec a montré à distinguer des bruits d'abord confus, puis à les isoler, les analyser et à donner à chacun d'eux un nom, uncaractère, une valeur symptomatique. L'instrument acoustique qu'il a inventé et désigné sous le nom de stéthoscope a permis de perfectionner beaucoup sa méthode exploratrice.
Lagrange (Joseph-Louis). Illustre géomètre né à Turin en 1736, mort à Paris le 10 avril 1813. Son père qui avait joui d'une assez grande fortune s'était ruiné dans des entreprises hasardeuses. Lagrange considérait philosophiquement ce malheur comme l'origine de tout ce qui lui était arrivé ensuite d'heureux. « Si j'avais eu de la fortune, disait- il, je n'aurais probablement pas fait mon état des mathématiques; et dans quelle carrière aurais-je trouvé les mômes avantages? » Lagrange, en effet, a imprimé les -traces de son génie à toutes les branches des mathématiques, depuis la trigonométrie sphérique, à laquelle il donna la forme analytique qu'elle a
conservée, et qu'il enrichit de théorèmes nouveaux, jusqu'à la mécanique céleste dans ce qu'elle a de plus élevé.
Lorsque le Piémont fut réuni à la France, un commissaire extraordinrire de la République fut envoyé à son père, alors âgé de quatre-vingt-dix ans, pour le complimenter au nom du Directoire. Napoléon nomma Lagrange successivement sénateur, grand officier de la Légion d'honneur, comte. Après sa mort, ses restes furent transportés au Panthéon. Son éloge fut prononcé par Laplace au nom du Sénat et par Lacépède au nom de l'Institut.
Lalande [Jérôme). Né à Bourg-en-Bresse le 11 juillet 1732, mort à Paris le 4 avril 1807. Astronome de très haut mérite, mais non de génie. Il a beaucoup fait pour augmenter la popularité de cette science, mais il ne Ta pas beaucoup enrichie par ses découvertes. Il eut des démêlés avec Napoléon, qui n'aimait point ses excentricités et se refusait à approuver l'athéisme dont il faisait volontiers parade. Il le traita môme trop durement à ce sujet, ainsi que nous l'avons rapporté à la page 87. Il eut l'air de se soumettre à la volonté de Napoléon, mais au fond il ne se résigna point. C'est lui qui disait : « Je suis toile cirée pour les injures et éponge pour les louanges. »
Lamarck. — Né en 1744, mort le 48 décembre 1829. Naturaliste de génie, le promoteur de la doctrine appelée depuis lors transformisme. C'est lui' qui substitua le premier la dénomination juste d'animaux sans vertèbres à celle d'animaux à sang blanc attribuée improprement aux insectes et aux vers par Linné. Membre de l'Institut et professeur au Muséum d'histoire naturelle, disciple aimé de Buffon, il ne prit aucune part aux événements politiques de
son temps et resta confiné dans la science. Le nom de Lamarck a beaucoup grandi depuis sa mort; il est considéré à juste titre comme ayant apporté un esprit très révolutionnaire et très fécond dans les études naturelles.
Lamblardie (Jacques-É lie-François). — Né à Loches en 1747, mort à Paris en 1797. C'est lui qui vint proposer à Monge rétablissement de l'École centrale des travaux publics. Monge approuva son idée et la présenta à la Convention qui décréta la création de cette École qui devint en 1795 l'École polytechnique. Lamblardie en fut un des premiers professeurs. C'était un ingénieur hydrographe des plus distingués et comme tel, il établit les écluses des ports de Dieppe et du Tréport et construisit le pont à bascule du port du Havre.
Lancret (Michel-Ange). Né en 1774, mort à Paris en 1807. Ingénieur très distingué, il fut désigné par Napoléon pour faire partie de l'Expédition d'Egypte, à sa sortie de l'École polytechnique. Il y rendit de grands services comme ingénieur. Il devint membre de l'Institut du Caire, puis commissaire près de la Commission chargée de la publication du grand ouvrage qui devait comprendre tous les documents historiques et scientifiques recueillis en Egypte. Il fut le collaborateur heureux de Monge dans les théories générales sur les surfaces et les courbes à double courbure.
Laplace (Pieme-Simon, marquis de). Grand physicien et grand géomètre, fils de paysan, né à Beaumont-en-Auge (Calvados), le 28 mars 1749, mort à Paris le 5 mars 1827. Il prit part à l'organisation de l'École polytechnique, de l'École normale. Membre de l'ancienne Académie des Sciences, il fit partie de
l'Institut lors de sa création. Il avait commencé par professer les mathématiques dans sa ville natale; ayant exécuté de nombreux travaux scientifiques en 1784, il avait succédé à Bezout, comme examinateur du corps de l'artillerie. Il présidait en 1796 la députation chargée de présenter au conseil des Cinq-Cents le rapport sur les progrès des sciences. Bonaparte lui confia le ministère de l'intérieur après le 18 brumaire, mais il reconnut bientôt qu'il apportait dans ses fonctions Yesprit des infiniment petits et au bout de six semaines, il le remplaça par son frère Lucien. Laplace qui était un savant de génie, mais un médiocre homme d'État, garda toujours rancune à Napoléon, malgré que celui-ci le fit entrer au Sénat en 1799. Il vota la déchéance de l'Empereur en 1814. Aussitôt la Restauration le fit pair de France et marquis.
Laplace a abordé avec autant de bonheur que de hardiesse le sublime problème de Tordre éternel des cieux, nié par Euler et dont Newton doutait., Ses recherches ont établi que les orbites des planètes varient continuellement; que leurs grands axes tournent incessamment autour du soleil, pôle commun ; que leurs plans éprouvent un déplacement continu; mais qu'au milieu de ce désordre apparaît un élément important de chaque orbite : la longueur de son grand axe dont dépend la révolution péridioque et qui maintient Tordre perpétuel.
Larrey (Dominique- Jean, baron). — Né à Baudéan près de Bagnères-de-Bigorre en 1766, mort à Lyon en 1842. On raconte qu'ilcommença ses études médicales à Tâge de treize ans; après les avoir terminées à Toulouse, sous la direction de son oncle, le D r Larrey, il vint à Paris en 1787. Il entreprit alors
un voyage en Amérique en qualité d'aide-chirurgien , et à son retour en France en 1792, il fut nommé aide. major à Tannée du Rhin. Il fit partie de l'Expédition d'Egypte et devint chirurgien en chef de la grande armée qu'il suivit partout jusqu'à Waterloo où il fut blessé et fait prisonnier. Il serait long de rappeler sa vie et ses éclatants services. On l'ajustement appelé l'Ambroise Paré des temps modernes. Il peut être regardé comme l'organisateur de la chirurgie militaire en France et le système qu'il a établi a servi de modèle à la plupart des armées européennes. C'est lui qui a créé les ambulances volantes; il a simplifié les pansements, généralisé l'emploi du linge fenêtre, adopté les appareils inamovibles dans les fractures, exposé les premières indications précises du trépan et les soins à donner aux phénomènes consécutifs des plaies de tête. Larrey a été une véritable providence pour le soldat. Napoléon avait pour lui une estime toute particulière et dans son testament daté de Longwood, île de Sainte-Hélène, en date du 15 avril 1821, il lui rendit un hommage immortel aussi juste que mérité en écrivant : « Je lègue au chirurgien en chef Larrey cent mille francs. C'est l'homme le plus vertueux que f ai connu. » Il fut membre de l'Institut de France, de l'Académie de médecine, de l'Institut d'Egypte et de presque tous les corps savants de l'étranger. Il a laissé un très grand nombre de travaux et d'écrits et il a prononcé de magnifiques discours aux obsèques des chirurgiens Pelletan et Dupuytren et du célèbre médecin Broussais.
Son frère Claude-François-Hilaire Larrey (né à Baudéan en 1774, mort à Nîmes en 1819), d'abord chirurgien-major, puis chirurgien-chef de l'Hôpital
civil et militaire de Nîmes, a beaucoup contribué à propager la vaccine dans son département. — Son fils, le baron Félix-Hippolyte Larrey, né à Paris en 1808, est une des gloires de la chirurgie moderne. En 1831, il fut le collaborateur de son père le baron Larrey qui avait été appelé à Bruxelles pour y organiser le service de santé de l'armée belge; il entra à l'armée du Nord et assista au siège d'Anvers comme aide-major de l'ambulance de la tranchée. Nommé chirurgien en chef de l'armée d'Italie en 1859, il rendit les plus grands services par son esprit d'organisation et les précautions qu'il fit prendre pour prévenir les effets désastreux de l'encombrement, cause première des épidémies. Lors de la bataille de Solférino, son cheval fut atteint d'un coup de feu en plein poitrail et il courut les plus grands dangers, en se multipliant dans tous les rangs de l'armée. Il fut alors nommé commandeur de la Légion d'honneur. Comme son père, il est l'auteur d'une quantité considérable d'inventions chirurgicales et d'écrits; comme lui il appartient à l'Institut et à l'Académie de médecine. Comme lui, enfin, il mérite bien de la patrie, de la science et de l'humanité.
Lassus (Pierre). — Chirurgien né en 1741, mort en 1807.11 faut noter surtout de Pierre Lassus sa Pathologie chirurgicale publiée en 1806. Médecin des deux filles de Louis XV, il suivit les princesses en exil pendant les années les plus ardentes de la Révolution, et il profita de ses voyages pour étudier dans les hôpitaux de l'étranger les opérations des meilleurs maîtres, se lia avec eux et rassembla ainsi un grand nombre de documents chirurgicaux. Quaud il rentra en France, il fut nommé membre de l'Ins-
titut, devint le secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, et sur la recommandation instante de Fourcroy, Napoléon le nomma professeur de médecine légale, puis de pathologie externe à la Faculté de médecine de Paris.
Lebon (Philippe). — Né à Brachay (Haute-Marne) en 1769, la même année que Bonaparte avec lequel il avait une grande ressemblance physique, Philippe Lebon, l'inventeur de l'éclairage au gaz, mourut assassiné, dans les Champs-Elysées, en 1804, le jour du couronnement de Napoléon, sans qu'on aitjamais pu découvrir les meurtriers. Il avait de Bonaparte la même figure pâle, méditative, illuminée par des yeux de feu ; les mêmes cheveux tombants et plats sur le front ; le même habit boutonné et à. grands revers; la même taille mince, plus élevée, mais un peu courbée par l'habitude du travail assis. Philippe Lebon avait pris le 21 septembre 1799 un brevet d'invention pour de nouveaux moyens d'employer les combustibles, soit pour le chauffage, soit pour l'éclairage et d'en recueillir divers produits. Il donna à ses appareils le nom de thermolampes et invita tout Paris à venir apprécier les résultats de son invention. Le succès fut énorme, bien que la lumière ne fût pas brillante comme aujourd'hui et que l'odeur fût nauséabonde. Lebon se remit à l'œuvre et Bonaparte lui fit concéder une forêt de pins sise à Rouvray près du Havre pour qu'il pût entreprendre ces applications sur une grande échelle. La mort qui le surprit si dramatiquement interrompit ces intéressantes recherches qui ne furent reprises en France que bien plus tard, vers 1820, lorsque l'Angleterre eut mis en pratique les procédés de Lebon. Cependant le 21 décembre 1811 un
décret de Napoléon, contresigné par M. de Montalivet, ministre de l'intérieur, avait accordé une pension de 1 200 francs à Françoise-Thérèse -Cornélie de Brombilla, veuve du malheureux inventeur.
Le Gallois. — Médecin expérimentateur du plus haut mérite, né en 1774, mort en 1814. Il est connu par ses belles recherches sur le principe de la vie, notamment sur celui des mouvements du cœur. Il fut nommé médecin deBicètre par Napoléon, en 1813.
Legendre (Adrien-Marie). — Géomètre célèbre, né à Paris de parents peu aisés, le 18 septembre 1752, mort à Auteuil le 9 janvier 1834. Ses Eléments de géométrie consWiumi un chef-d'œuvre. Publiésen 1794 le succès en fut énorme et vint assurer à son auteur l'existence matérielle et le mit pour toujours à l'abri du besoin. Nommé successivement membre de l'Académie des sciences, examinateur à l'Ecole polytechnique, Legendre qui était d'une excessive réserve fut un des rares savants que Napoléon oublia presque tout à fait. Cependant, en 1808, à la création de l'Université, il en fut nommé conseiller titulaire.
Légion d'honneur. — La Révolution française avec raison avait supprimé tous les ordres de chevalerie. Bonaparte dans un but de gouvernement crut devoir en rétablir un dans l'institution de la Légion d'honneur (mai 1802,) avec lebutde récompenser les services civils aussi bien que les services militaires pour les confondre dans la même gloire, comme la nation les confondrait dans sa reconnaissance. Cette proposition souleva une vive opposition à son début et fut si médiocrement accueillie que les premiers Légionnaires n'osèrent pas tout de suite porter en évidence leur ruban. Quoi qu'il en soit, cette distinction devint très recherchée et sa popularité n'a cessé
de nattre. Napoléon, dans tous les cas, ne s'en est jamais servi que pour récompenser des actions d'éclat, de grands mérites, des illustrations de tous les genres. Mais depuis... Quantum mutât a ab Mât
Lebreton (Jacques- A lexandre-Exupère) . — Né à Paris en 1784, mort en 1857. Il fut un très habile médecin accoucheur, appartenant à l'école du célèbre Antoine Dubois. Il est connu par ses études expérimentales sur les applications fréquentes et nécessaires du forceps. C'est en 1810 qu'il publia son premier travail sur ce sujet. Son Manuel opératoire pour chaque espèce oV accouchement est resté classique.
Lefèvre-Gineau. — Né en 1754, mort en 1829. Mathématicien et physicien, son titre principal est d'avoir fait partie de la Commission chargée de l'établissement du système décimal. Il fut nommé par Napoléon l'un des quatre inspecteurs généraux de l'Université. Il a été un des premiers professeurs de physique expérimentale au Collège de France.
Lelièvre [Claude-Hugues). — Chimiste, né à Paris en 1752, mort en 1835. Il est l'auteur d'un grand nombre de recherches sur les mines qui lui ouvrirent les portes de l'Institut. Napoléon pour le récompenser de ses beaux travaux pour extraire la soude du sel marin, le nomma inspecteur général des centres miniers de France.
Lemonnier (Pierre-Charles). — Né à Paris en 1715, mort en 1799. Il fut l'astronome privilégié de Louis XV qui lui donna une collection d'instruments et lui fournit les moyens d'avoir un observatoire particulier. En 1735, il indiqua la correction à faire à la valeur observée du diamètre vertical de la lune; en 1738, il fixa la hauteur du pôle à l'Observatoire de Paris; en 1743, il corrigea la
valeur adoptée avant lui pour la diminution séculaire de l'obliquité de Pécliptique. De 1766 à sa mort, il a donné une infinité d'observations utiles à connaître pour les éclipses, les passages, etc. Il mourut au moment où Monge faisait des démarches auprès de lui pour le comprendre dans la commission scientifique de l'Expédition d'Egypte.
Leroy (Julien- David). — Né à Paris en 1728, mort en 1803, architecte et ingénieur, Leroy s'est illustré par ses belles publications sur les ruines des monuments grecs et la création des Naupotames, navires destinés ; à naviguer sur la mer comme sur les fleuves. Napoléon eut la velléité de s'en servir pour franchir le Pas-de-Calais avec son armée.
Leroy (Jacques- Agathange). — Médecin, né en 1734, mort en 1812. Il était à 25 ans, pharmacien en chef aux armées, il se consacra plus spécialement à la médecine. Il est connu par ses essais sur l'usage et l'effet du garou et son Traité des maladies aiguës.
Leroy {Alphonse}. — Accoucheur très habile, professeur à la Faculté de médecine de Paris, né en 1742, mort en 1816. Il est le premier qui ait pratiqué la section de la symphise pubienne, ce qui lui valut beaucoup d'ennemis. Il a fait faire des progrès incontestés à la pratique des accouchements et s'est beaucoup occupé des questions de nutrition, de médecine maternelle et des maladies infantiles.
Leroy (Charles-François- Antoine). — Mathématicien éminent, né en 1780, mort en 1854. Il devint de bonne heure professeur à l'Ecole polytechnique vers laquelle Napoléon poussait les jeunes gens qui montraient des dispositions spéciales. Il est l'auteur d'un Traité de Stéréotomie*
Lycée. — L'origine des lycées date du mois de mai
1802. Le premier Consul ordonna la création de 32 établissements portant ce nom emprunté à l'antiquité, et qui devaient être des pensionnats où la jeunesse casernée et retenue pendant les principales années de l'adolescence devait subir la double influence d'une forte instruction littéraire et d'une éducation mâle, sévère, suffisamment religieuse, tout à fait militaire, au son du tambour, modelé sur le régime de l'égalité civile. Il voulut y établir l'ancienne règle classique qui assignait aux langues anciennes la première place, ne donnait la seconde qu'aux sciences mathématiques et physiques, laissant aux Ecoles spéciales le soin d'achever renseignement des dernières. Bonaparte avait raison en cela comme dans le reste, dit M. Thiers. L'étude des langues mortes n'est pas seulement une étude de mots, mais encore une étude de choses. C'est l'observation de l'antiquité avec ses lois, ses mœurs, ses arts, son histoire, sa morale si fortement instructive. Il n'y a qu'un âge pour apprendre tout cela, c'est l'enfance. La jeunesse une fois venue avec ses passions, avec son penchant à l'exagération et au faux goût, l'âge mûr avec ses intérêts si positifs, la vie se passe sans qu'on ait donné un moment à l'étude d'un monde mort comme les langues qui nous en ouvrent l'entrée. Pour encourager les familles à confier leurs enfants aux Lycés, Bonaparte créa un grand nombre de bourses.
M aleville (Pierre- Joseph, marquis de). -Né en 1778, mort à Paris en 1832. Bien qu'il ne fût pas un des approbateurs du coup d'Etat du 18 brumaire, Napoléon ne refusa pas de l'accepter comme un des commissaires chargés avec Portalis, Tronchet, Bigot de Préameneu, de préparer un projet de Code civil.
222 HISTOIRE DBS SCIENCES
Il se montra dans les délibérations, défenseur des maximes du droit romain, de la puissance paternelle, du régime dotal, de la faculté de tester, adversaire de l'adoption et du divorce. Il contribua à donner à nos lois ce caractère scientifique et autoritaire qu'elles possèdent à un trop haut degré pour gouverner justement les hommes dont la nature et les passions sont essentiellement variables.
Malte-Brun. — Géographe, le fondateur de la Géographie scientifique, né à Trye (Jutland-Danemark) en 1775, mort à Paris en 1825. Il se livra d'abord à la poésie, puis à la politique et embrassa avec ardeur les idées nouvelles de la Révolution française et prit la plume pour les soutenir. Condamné à un exil perpétuel, il se réfugia en France et en 1803, il s'associa avec Mentelle et Herbin pour la publication de la Géographie mathématique, physique et politique de toutes les parties du monde, magnifique ouvrage en 16 volumes avec atlas. C'est alors que Malte Brun qui s'appelait Malte-Conrad Bruny francisa son nom pour signer cet ouvrage dont le tiers seulement, mais la partie la plus remarquable, celle qui est consacrée à la géographie mathématique lui appartient. « Il n'y a que deux Français qui sachent la géographie, disait-on de son temps, Napoléon le Corse, pour l'avoir apprise dans ses courses victorieuses à travers le monde, et Malte- Brun le Danois. » — Malte-Brun est le père de V. A. Malte-Brun qui, né en 1816, a continué dignement les traditions dont il avait la garde.
Malus {iï tienne- Louis). — Né en 1775 à Paris, mort en 1812. Il fit partie de l'Expédition d'Egypte et il y rendit de grands services, comme militaire et comme savant. Il est célèbre surtout par ses travaux d'opti-
que, sur les phénomènes de réflexion de la lumière et les moyens de reconnaître la polarisation d'un faisceau lumineux. Membre de l'Institut du Caire et de l'Institut de France, il fut aussi un des membres de la Société d'Arcueil fondée par Laplace, Monge, Berthollet, etc.
Méchain. — Né à Laon en 1744, mort en Espagne vers le 20 septembre 1804. Astronome, membre de l'Académie des Sciences, directeur de l'Observatoire. Il fit des études mathématiques sous la direction de Lalande. Nommé ingénieur hydrographe du Dépôt des cartes de la Marine à Versailles, il s'adonnait pendant la nuit à ses goûts pour l'astronomie. Son grand titre de gloire est d'avoir repris, en 1791, la mesure du méridien terrestre pour l'établissement du système métrique.
Mentelle (Edme). — Géographe et historien, né à Paris en 1730, mort en 1815. Il fut compris sur la liste des savants auxquels la Convention accorda des encouragements pécuniaires; il devint membre de l'Institut dès la création de ce corps. Tous ses ouvrages furent classiques de son temps. Le remaniement complet des cartes de l'Europe a enlevé de la valeur à ses livres ; mais on ne peut lui enlever le mérite d'avoir, le premier, donné un grand développement aux études géographiques et cherché à combiner la géographie avec l'histoire.
Son frère François-Simon Mentelle fut un ingénieur des plus remarquables. Né à Paris en 1731, il mourut en 1799 à Gayenne qu'il habitait depuis 1763. Ses travaux sur la Guyane ont été les premiers à faire connaître les ressources encore mal employées de cette colonie française.
Messier (Charles). — Astronome né à Badonvillers
(Lorraine) le 26 juin 1730, mort à Paris le 11 avril 1817. Il fut un des plus féconds et sagaces observateurs de son temps. Le nombre des comètes qu'il a enregistrées est tellement considérable que son nom devint synonyme de collection d'étoiles. « On appelle Messier en français, a écrit Lalande, celui qui est préposé à la garde des moissons ou des trésors de la terre. Ce nom semble naturellement se lier avec celui de M. Messier, notre plus infatigable observateur, qui, depuis plus de vingt ans est comme préposé à la garde du ciel et à la découverte des comètes. Charles Messier n'a composé aucun ouvrage, tous ses écrits sont disséminés dans la Connaissance des temps et les Mémoires de l'Académie des Sciences et de l'Institut de France dont il était membre. Il n'a publié à part qu'une brochure qui fit quelque sensation sous le titre de : Grande Comète qui a paru à la naissance de Napoléon le Grand.
Mimerel (Pierre- Auguste- fiemï). — Né en 1786, mort en 1869. Lancé de bonne heure dans les affaires industrielles, sous le règne de Napoléon il fonda à Roubaix, beaucoup plus tard et seulement sous l'influence de Napoléon III, une filature de coton qui prit un développement considérable et servit de modèle à tous les établissements du même genre qui se sont créés dans le nord de la France et ont constitué une des richesses de cette région.
Ministère des manufactures et du commerce. — C'est sous le règne de Louis XIV que s'élevèrent en France les premières manufactures. Grâce aux encouragements et au génie de Colbert et malgré les réglementations exagérées dont il les entoura, elles prirent un développement considérable. Louis XIV par son inepte intolérance vint leur porter par la ré-
vocation de l'Edit de Nantes, un coup funeste, en forçant à s'expatrier la plupart de nos industriels. La Révolution française rendit à l'industrie sa liberté naturelle et la Convention prit les mesures les plus efficaces pour ramener en France les enfants et les petits-enfants de ces exilés. Napoléon voulut qu'un ministère spécial fût consacré à l'extension de nos fabriques et le Ministère des Manufactures et du Commerce fut créé.
Mirbel (Charles- François Brisseou de).— Grand botaniste, né à Paris en 1776,mort en 1854. Il s'est illustré par de nombreux travaux d'anatomie et de physiologie végétale ; il appliqua le premier le microscope à l'étude des tissus des plantes et c'est lui qui a fait connaître la structure de l'ovule ainsi que le développement de ses diverses parties. Il fut directeur général des Jardins et des Serres sous l'Empire. Membre de l'Institut en 1808, il devint bientôt après professeur à la Faculté des sciences de Paris.
Molard (Pierre-Claude). — Né aux Cernoises (Jura) en 1758, mort à Paris en 1837. Il fut d'abord directeur des machines léguées à l'Etat par Vaucansonet devint en 1801 administrateur en chef du Conservatoire des Arts et Métiers, à la fondation duquel il avait pris une grande part. En 1815, il remplaça Napoléon à l'Institut de France, lorsque l'Empereur eut donné sa démission, dégoûté qu'il était des palinodies de la majorité de ses collègues. Molard avait l'esprit très inventif ; il est le créateur d'un grand nombre de procédés industriels et de machines : métier à tisser le linge damassé, moulin à meules plates pour concasser le grain, machine à forer les canons de fusil, pétrins tournants pour la panifica-
tion, plans parallèles dont Malus se servit pour ses expériences sur la réfraction de la lumière.
Son frère François-Emmanuel Molard (1774-1829) fut aussi un ingénieur de haut mérite. Il fut d'abord sous-directeur de l'Ecole des aérostiers de Meudon, puis directeur de l'Ecole des Arts et Métiers de Compiègne transportée plus tard à Châlons-sur-Marne en 1805.Puisen 1811, il reçut la mission d'organiser un établissement du même genre à Angers, qu'il quitta pour prendre la sous-direction du Conservatoire des arts et métiers, à Paris où, à côté de son frère, il appliqua les plus heureuses inventions industrielles.
Monge (Gaspard). — Né à Beaune en 1746, mort à Paris en 1818. Grand géomètre, principal fondateur de l'Ecole polytechnique, organisateur de l'Institut du Caire, Gaspard Monge est resté le type du savant accompli, de l'ami dévoué, du chef de famille excellent. En dehors, il a éprouvé trois grandes passions, pour Berthollet, pour Bonaparte et pour ses élèves. Il embrassa avec enthousiasme la cause de la Révolution. Après le 10 août 1790, l'Assemblée législative lui confia le pro te feuille de la marine, qu'il conserva jusqu'en avril 1793 sans cesser son enseignement public. Son passage aux affaires fut signalé par un redoublement d'activité dans tous les ports de France. Il fit partie en 1795, de la commission chargée de choisir les chefs-d'œuvre cédés par le pape à la France. Il retourna à Rome l'année suivante, pour y coopérer à l'établissement de la République. C'est là qu'il se lia avec Bonaparte d'une amitié désintéressée que rien ne put altérer. Membre de l'expédition d'Egypte, il fut l'âme de toutes les recherches scientifiques. C'est lui qui trouva l'explication du mirage, phénomène totalement inconnu
en Europe et qui présentant aux yeux des soldats harassés et mourant de soif la vaine apparence d'une nappe d'eau qui fuyait à mesure qu'ils approchaient, les égarait loin des colonnes et causait la mort de beaucoup d'entre eux. Il explora les ruines de Péluse dont il reçut plus tard le nom comme titre de noblesse. A son retour en France, il consacra son temps à mettre en ordre tous les documents rapportés et il reprit ses fonctions de professeur à l'Ecole polytechnique. Il eut souvent à défendre ses élèves contre les préventions de Bonaparte; on le vit lutter sans succès pour qu'ils ne fussent point casernes, et abandonner souvent son traitement et sa pension de retraite aux élèves sans fortune. Déjà sous la Convention, Malus, Biot et quelques autres de leurs camarades avaient eu à encourir la colère du gouvernement. « Si vous renvoyez ces élèves, dit Monge au Consul, je quitte l'Ecole. » Plus tard en 4804 les Polytechniciens refusèrent leurs félicitations au nouvel Empereur. « Eh bien, Monge, dit Napoléon, vos -élèves sont presque tous en révolte contre moi; ils se déclarent décidément mes ennemis. — Sire, répondit Monge, nous avons eu bien de la peine à en faire des républicains ; laissez-leur le temps de devenir impérialistes. D'ailleurs, permettez-moi de vous le dire, vous avez tourné un peu court. » Une bonté naïve jointe à un penchant prononcé à l'enthousiasme, était le trait saillant de son caractère. Il fut l'ami intime de Berthollet, esprit plus froid. Après la première abdication il se laissa entraîner dans la réaction et quand Napoléon l'apprit : « Tout le monde m'abandonne, même Berthollet, dit-il, sur qui j'avais le droit de tant compter ! » Berthollet, eut un grand chagrin de sa faiblesse et au retour de l'Ile
d'Elbe, il supplia Monge de faire une démarche auprès de l'Empereur pour obtenir son pardon. « Que l'Empereur me sourie, s'écriait-il, ou je me tuerai. » Berthollet fut admis aux Tuileries pendant les Cent jours. Napoléon lui accorda un sourire en passant auprès de lui et ce fut tout.
Les efforts de Monge ont porté spécialement sur le perfectionnement des méthodes. C'est pour cela que son influence sur le progrès des sciences mathématiques a été considérable. Son œuvre comprend trois découvertes principales : 1° la création de la géométrie descriptive ; 2° la découverte de la loi appelée principe des relations contingentes ou principe de continuité ; 3° la solution de la question difficile de l'intégration des équations aux différentielles partielles.
On a nommé Monge avec raison le père de la géométrie moderne. N'oublions pas d'ajouter que c'est lui qui pendant les guerres de la première République eut l'idée d'aller chercher le nitre ou salpêtre dans les caves, dans les écuries, dans les décombres des vieux murs. A cette époque, quand il était à la marine, il consacra une partie de ses journées à visiter les fonderies pour activer la fabrication des canons dont on avait tant besoin et ses nuits à composer des notices explicatives pour diriger les ouvriers.
Monge aimait tellement Napoléon que le moindre revers essuyé par son incomparable ami l'anéantissait. C'est ainsi que la longueur du siège de Saint- Jeand'Acre faillit lui coûter la vie, qu'il eut une attaque d'apoplexie à la nouvelle des désastres de Russie et que la chute de l'Empire lui enleva ses facultés intellectuelles et le conduisit promptement à la mort.
Mongez (Antoine). — Né à Lyon en 1747, mort à Paris en 1835. Archéologue de plus haut mérite, commissaire du gouvernement auprès de l'administration des monnaies en 1792, membre de l'Institut en 1796. Il a été un des promoteurs du système monétaire moderne. Son frère Jean- André Mongez (1751-1788) rédigea à partir de 1779 Le Journal de physique et fit partie en 1785, comme aumônier et comme naturaliste de l'expédition de La Pérouse et partagea le sort du célèbre marin.
Montalembert (Marc-René y marquis de). — Célèbre comme ingénieur militaire et pour ses travaux sur l'art des fortifications. Garnot avait une grande idée de sa valeur, et il l'appela souvent à venir au Comité des opérations militaires pour l'aider de ses conseils. Le marquis de Montalembert perfectionna le système de Vauban pour la fortification des places, inventa des affûts perfectionnés pour l'artillerie de terre et de mer. Son ouvrage capital est un chef-d'œuvre. Publié sous le titre de Fortificationperpendiculaire, il forme 11 vol. in-4° avec 164 planches et il coûta à son auteur une grande partie de sa fortune pour payer les frais de cette luxueuse publication. Le marquis de Montalembert était membre de l'Académie des sciences depuis 1747 ; quand elle fut supprimée et comprise dans la réorganisation de l'Institut, il fut proposé; il se retira devant la candidature de Bonaparte qui -estimait ses talents sans partager ses idées militaires surl'art défensif que Montalembert prétendait supérieur à l'art offensif.
Montgolfier (Joseph- Michel). — Né à Vidalon-les- Annonay (Ardèche) le 26 août 1740, mort à Balaruc le 26 juin 1810. Inventeur de l'aérostat dit montgolfière. Esprit ingénieux, chercheur, réservé, modeste
et indépendant,tourmenté spécialement par ses études sur l'hydraulique et la navigation aérienne, il fut, comme Watt pour la vapeur et bien d'autres pour leurs découvertes, mis par une expérience vulgaire sur la voie qui conduit au but désiré. La vue d'une chemise que Ton chauffait au dessus de la flamme qui se gonflait et tendait à s'élever, fut pour lui l'occasion décisive. Il fut secondé par son frère Etienne (4745-4799) dans la réalisation de son rêve. Après une expérience faite à Avignon par Joseph, sur un parallélipipède de taffetas, les deux frères parvinrent à enlever un ballon de grandeur médiocre, puis un autre plus grand. Les deux frères saisirent l'occasion de la réunion des Etats du Vivarais à Annonay pour répéter publiquement leur essai. Il réussit à souhait et les Etats consignèrent dans leur procès-verbal le 5 juin 1783, cette découverte dont l'honneur de vait rejaillir sur la province et tout le nom français.
C'est Etienne qui vint à Paris rendre compte à l'Académie des sciences des moyens qu'ils avaient employés pour s'élever dans les airs. L'Académie jugea que la découverte élaitcomplète quant au principe, et elle plaça le 20 août 4783 par acclamation, les deux frères sur la liste de ses correspondants, et leur accorda comme à des savants auxquels on doit un art nouveau qui fera époque dans l'histoire des connaissances humaines, le prix de 600 livres fait pour l'encouragement des sciences. Depuis la postérité ne les a pas séparés.
Napoléon frappé par les avantages qu'on pourrait tirer de l'usage des aérostats dans l'art de la guerre et de l'utilité qu'en avait tirée notamment le général Jourdan, à la bataille de Fleurus pour observer les
mouvements de l'armée , ordonna qu'une Ecole d'aérostiers militaire serait fondée à Meudon près de Paris.
Au point de vue du développement pris par les fabriques de papier, n'oublions pas d'enregistrer le nom du père des frères Mo ntgolfier qui possédait à Vida- Ion une belle usine que ses enfants et ses descendants ont continué à faire prospérer jusqu'à nos jours. C'est Etienne Montgolfier qui est le créateur du papier grand monde et du papier vélin.
Montyon (Jean- Baptiste Antoine Auget, baron de). — Né à Paris le 23 décembre 1733, mort en 1820. Nous ne pouvons omettre le nom de ce célèbre philanthrope, bien qu'il ait été peu entraîné vers les idées de la Révolution et qu'il soit resté hostile à l'empire, car chez lui tous ces sentiments ont été éteints par ses fondations littéraires,-scientiflques et charitables. Extrêmement riche, l'esprit cultivé, très bon, il a su faire la part de tous et il a distribué plus de cinq millions, (somme énorme pour l'époque) pendant la période qui nous intéresse. C'est ainsi qu'on le voit établir des prix annuels pour le mémoire qui présenterait les moyens de simplifier les procédés de quelque art mécanique, pour le moyen qui rendrait moins malsaines les opérations industrielles, pour une question de médecine utile et un perfectionnement dans l'art chirurgical. Ajoutons à cela les dons importants faits à chacun des hôpitaux de Paris pour être distribués en gratifications et secours aux pauvres sortant de ces établissements. Il est bien certain que les largesses du baron de Montyon ont eu une action bienfaisante sur le progrès des sciences.
Morel-Vindé (de) Charles Gilbert. — Né à Paris en 1750, mort en 1842. Agronome distingué. En 1807,
il publia son Mémoiresur les béliers mérinos; en 1813, son Etude sur la monte; en J815, son Traité de V agnelage. En 1808, il avait été élu membre correspondant de l'Institut. Son éloge a été prononcé à la Société d'agriculture de France en 1859, par J. A. Barrai.
* Niepce (Joseph-Nicéphore). — Né à Chalon-sur- Saône en 1765, mort dans la même ville en 1833. Nicéphore Niepce est incontestablement l'inventeur et le père de la photographie, cette merveilleuse découverte qui a pris un développement si grand dans la vie sociale et dont les applications multiples nous préparent bien des surprises futures. De plus, c'est sous le premier Empire, ainsi qu'on va le voir, qu'apparaît le premier essai de cette invention baptisée désormais du nom générique de photographie (dessin obtenu par la lumière), quels que soient le moyen, le mode, le perfectionnement employés pour sa production.
Nicéphore Niepce fut d'abor.l admis en 1792 en qualité de sous-lieutenant dans le 42 e régiment d'infanterie. Il fit avec ce titre les campagnes de Sardaigne et d'Italie, lorsqu'une maladie et une myopie confirmée l'obligèrent à donner sa démission. D'ailleurs, il était tourmenté par les recherches scientifiques; la place qu'on lui donna dans l'administration ne put lui complaire, comme employé du gouvernement dans le district de Nice. Il y renonça et revint dans sa ville natale avec sa femme, son fils et son frère aîné. Là il monta un petit laboratoire et se consacra à quelques inventions mécaniques qui reçurent les encouragements de Carnot. Ses recherches sur la fécule colorante du pastel attire: ont l'attention de la commission chargée de l'examen des
substances propres à la teinture qui était présidée par Berthollet.
La lithographie venait d'être imaginée en lSlâ par Senefelder, Nicéphore Niepce y porta tout de suite son esprit ingénieux et y trouva deux choses à perfectionner : la pierre et l'encre. Il remplaça la première par une plaque d'étain, et il eut, en 1813, l'idée géniale de supprimer l'encre et de demander à la lumière du soleil de faire elle-même le dessin. De là, c'est à-dire de cette vue de l'esprit et de cette époque, date véritablement la création de la photographie. Mais pour arriver à des résultats pratiques, il fallait des connaissances profondes en chimie. Nicéphore Niepce n'hésita pas à consacrer ses veilles et ses ressources à les acquérir.
On savait déjà que le chlorure d'argent, blanc dans l'obscurité, noircissait rapidement à la lumière. Niepce en conclut la possibilité de reproduire les dessins et les gravures, en rendant le papier translucide et en appliquant les dessins ou gravures sur une surface recouverte d'une couche de chlorure d'argent. Les parties noires retenaient la lumière et laissaient blanches les parties correspondantes au chlorure d'argent. Il obtint ainsi une épreuve dite négative qui par une seconde opération amenait ' l'original, mais qui était aussitôt détruite par la lumière elle-même qui noircissait à leur tour les blancs réservés et l'on n'avait plus qu'une surface toute noire. C'était Saturne dévorant ses enfants et chaque essai était la représentation du rocher de Sisyphe, sans cesse monté et redescendu. Il fallait donc, après avoir contraint le soleil à dessiner le contraindre à'ne pas détruire son œuvre. Nicéphore Niepce chercha et il eut le bonheur de trouver qu'une couche de bi-
334 HISTOIRE DES SGIENGES
tume de Judée, naturellement noir, blanchissait dans les parties qui recevaient l'impression d'une source vive de lumière et que ces parties devenaient insolubles en les plongeant dans l'essence de lavande. La photographie ce jour-là fut inventée définitivement et tout ce qui y a été ajouté ne sont que des perfectionnements ingénieux, des développements nouveaux, des applications originales, mais qui découlent toutes de ridée-mère de Nicéphore Niepce.
Le problème ainsi résolu en principe, Niepce recouvrit de bitume une plaque métallique, exposa cette plaque au foyer de la chambre obscure, lava ensuite la partie influencée par la lumière dans un bain d'essence de lavande, puis répandit un acide sur le métal mis à nu. L'acide ayant creusé les endroits dénudés, il enleva le bitume et il lui resta une image gravée en relief, prête à servir pour tirer des gravures. Ce jour-là aussi sont nés les clichés photo-typographiques si perfectionnés de nos jours et qui servent couramment à l'imprimerie.
A ce moment le peintre Daguerre, inventeur du Diorama, entra en relation avec Nicéphore Niepce et s'associa avec lui pour apporter dans cet art nouveau quelques perfectionnements importants, tels que l'emploi de l'iode pour mieux fixer sur les plaques les images produites dans la chambre noire. Les reproductions ainsi obtenues furent appelées pendant quelques années Daguerréotypes; mais on revint bientôt au mot plus juste de photographie.
Nous ne serions pas complet si nous n'ajoutions pas quelques renseignements indispensables sur Niepce de Saint-Victor, cousin germain de Nicéphore Niepce, né à Saint-Cyr, près de Chalon-sur-Saône, en 1805, mort à Paris en 1870. Après s'être adonné
SOUS NAPLOÉON 235
d'abord comme son illustre parent à des recherches chimiques sur la teinture des draps et les moyens de raviver les couleurs, il se consacra plus spécialement aux recherches héliographiques. En 1847, il adressa à l'Académie des sciences un très remarquable mémoire sur l'action des vapeurs, et le 25 octobre de la même année, il annonça à ce corps savant qu'il avait obtenu, à l'aide d'une couche d'amidon, des essais de photographie sur verre qui venaient faire disparaître tous les inconvénients de la photographie sur papier trouvée par Talbol, en 1845.
Niepce de Saint-Victor ne s'arrêta pas là. 11 sut appliquer ses notions sur la teinture pour chercher les moyens de reproduire les images avec leurs couleurs naturelles. Il est parvenu par la photographie à obtenir le bleu, le jaune, le vert et le noir. Il s'est encore beaucoup occupé de gravure photographique, et c'est lui le premier qui a fourni la méthode propre à transporter sur acier un cliché photographique. Il est aussi l'inventeur d'un vernis spécial aux plaques et il a un des premiers signalé la possibilité d'obtenir des photographies à l'électricité.
Oberkampf (Christophe- Philippe). — Illustre manufacturier, né à Weissembach (Bavière) en 1738, naturalisé français, mort à Jouy-en-Josas, près de Versailles en 1815, introducteur en France de l'impression des tissus, fondateur de la première filature de coton. Venu à Paris à l'âge de dix-neuf ans, avec un capital de 600 francs, il n'hésita pas, après avoir obtenu, en 1759, par édit royal le droit d'établir un atelier de fabrication, de se mettre à l'œuvre. Il loua dans la vallée de la Bièvre, une masure abandonnée, et c'est là que tout seul d'abord, il jeta les bases d'une industrie qui devait exonérer la
France d'un lourd tribut payé à l'étranger. Oberkampf n'avait pour modèles que des étoffes perses ou des indiennes dont le trait était imprimé, les sujets étant colorés au pinceau, opération dispendieuse et longue. Il construisit lui-même ses métiers, perfectionna les procédés inventés par son père pour l'impression à la planche et l'impression mécanique au rouleau, se fit à la fois, constructeur, dessinateur, imprimeur, teinturier, graveur, et put au bout de peu de temps vendre ses premiers produits. Il s'entoura d'ouvriers dont il fit l'éducation et après avoir triomphé de mille difficultés et de tous les obstacles, il dessécha les marécages autour de son habitation et établit une grande manufacture qui compta bientôt plus de mille personnes. En 1787, un édit de Louis XVI érigea les ateliers d'Oberkampf en manufacture royale ; en 1790 le conseil général de la Seine décida qu'une statue serait élevée à l'homme dont l'initiative avait eu des résultats si fructueux pour le pays; mais Oberkampf refusa, comme il avait refusé les titres de noblesse. Au commencement de 1804, Bonaparte qui voulait tout voir par ses yeux, vint visiter la manufacture de Jouy et décora Oberkampf en lui disant : « Vous et moi, nous faisons une bonne guerre aux Anglais, mais je crois que la vôtre est encore la meilleure. » Nous étions à Tépoque du blocus continental. En 1806, le jury de l'Exposition décerna une médaille à Oberkampf. Pour achever son œuvre et pousser jusqu'au bout la concurrence à l'Angleterre, il fonda à cette époque la filature de coton d'Essonne, la première qui ait fonctionné en France. Le coton reçu en balles étaittissé dans cette manufacture et transporté à Jouy pour en sortir à l'état d'indienne ou de toile perse.
En 1815, les alliés, pour se venger de la brillante guerre industrielle que leur avait faite Oberkampf, détruisirent ses ateliers et ruinèrent de fond en comble Oberkampf qui mourut peu après, réduit à la misère.
Olivier {Guillaume- Antoine). — Voyageur et naturaliste, né aux Arcs près de Toulon en 1756, mort à Lyon en 1814. Reçu docteur en médecine à dixsept ans, il se consacra à l'histoire naturelle et sur la demande de son condisciple Broussonnet fut chargé, en 1783, de la partie concernant les productions naturelles pour la statistique de la généralité de Paris. En 1800, il fut admis à l'Institut et nommé peu après professeur de zoologie à l'Ecole vétérinaire d'Alfort par Bonaparte. Il reprit ses travaux sur l'entomologie et les continua jusqu'à sa mort. Il avait visité l'Asie Mineure, la Perse, l'Egypte, la Turquie et rapporté de tous ces pays des matériaux précieux pour son Dictionnaire d'histoire naturelle des insectes, papillons, crustacés, etc.
Orbigny [Claude- Marie Dessolines d') . — Chirurgien français, né en mer en 1770, mort à La Rochelle en 1856. Il entra de bonne heure dans le service chirurgical de la marine et fut chargé en 1799, par Napoléon, d'aller inspecter les prisonniers de guerre en Angleterre. A partir de cette époque il exerça son art à Nantes, puis à La Rochelle. 11 a laissé un certain nombre d'écrits sur les sciences, notamment un avis sur les propriétés nuisibles de la colchique d'automne publié en 1803. Il est surtout connu comme père d'Alcide et de Charles d'Orbigny qui ont enrichi l'histoire naturelle de publications et de collections extrêmement remarquables.
Or fila.— Né à Mahon (île Minorque) en 1787, mort
938 HISTOIRE DBS SCIENCES
àParisenl863. Il vint à'Paris étant très jeune et très pauvre. Dès ,1811, il ouvrit un cours libre de chimie rue Croix-des-Petits-Champs. Grâce à sa parole élégante, aux soins qu'il donnait à ses leçons et à ses expériences, il obtint bientôt un grand succès. Distingué par Vauquelin, qui devinait en lui des aptitudes singulières de vulgarisation, il fut désigné à Napoléon comme une gloire future de la chimie. En 1813, il fit paraître ,1a première partie de son célèbre Traité des poisons tirés des règnes, minéral, végétal et animal. Il le termina en 1815 sous le titre, de Toxicologie générale. Cet ouvrage est resté le meilleur titre à la renommée qu'il ne devait cesser d'acquérir.
Parmentier (Antoine-Auguste). — Né à Montdidier en 1737, mort à Paris le 17 décembre 1813. Bien que l'honneur de l'introduction définitive de la pomme de terre revienne au règne de Louis XVI, nous devons rattacher Parmentier, comme agronome à la période révolutionnaire et napoléonienne, car pendant quarante ans, il ne cessa pas de recommander dans une foule de brochures, dans les journaux et dans les revues du temps, le précieux tubercule qui devait devenir la première richesse agricole de l'univers. De plus, Parmentier a propagé encore Tusage du sirop de raisin qui a rendu tant de services pendant les guerres de la République et de l'Empire, la confection de soupes économiques pour les soldats, la création des biscuits de mer, divers perfectionnements apportés à la mouture et au blutage du blé. N'oublions pas d'ajouter qu'il contribua à répandre l'usage de la vaccine et qu'il rétablit Tordre dans 1* service des pharmacies des hôpitaux de Paris pour lesquelles il rédigea le Code pharmaceutique (1802).
Pelletan (Philippe-Joseph). — Célèbre chirurgien,
né à Parisien 1747, mort en 1829. Son ouvrage capital date de 1810, c'est sa clinique chirurgicale, publiée en trois volumes et dont la renommée devint européenne. Elève de Desault, il le remplaça à THôtel-Dieu. Napoléon qui l'avait approché à l'Institut l'avait jugé en disant de lui : « Desault en sait davantage, mais Pelletan le sait mieux. » Son fils Pierre Pelletan (1782-1845). après avoir passé par l'Ecole polytechnique, et être devenu préparateur du
. physicien Charles, ouvrit en 1800 un cours privé de chimie générale. Il commença ensuite sa médecine sous les yeux de son père et devint médecin duValde-Grâce en 1813, après avoir fait comme chirurgien militaire les campagnes de 1805 à 1807. Son principal ouvrage est un Traité élémentaire de Physique générale et médicale.
Pelletier (Bertrand). — Né à Bayonne en 1701, mort à Paris en 1797. A dix-sept ans il débarqua dans la capitale pour y étudier la chimie et il devint bientôt le préparateur de Darcet au Collège de France . Appelé en 1791 à faire partie de l'Académie des sciences, il fut compris dans la réorganisation de l'Institut et fut successivement membre du bureau de consultation des arts, inspecteur des hôpitaux, commissaire des poudres et salpêtres, membre du conseil de santé des armées et professeur à l'Ecole polytechnique. Il a contribué puissamment aux progrès de la chimie par ses belles recherches sur le phosphore et les phosphores métalliques. Son fils Pierre-Joseph Pelletier né à Paris en 1788, mort
. en 1842, a suivi les traces de son père, et s'est illustré par des découvertes de premier ordre dans l'industrie et les matières médicales. Il faut citer celle de la plupart des bases salifiables végétales et no-
tamraent du sulfate de quinine, une des plus belles conquêtes de la chimie et de la thérapeutique modernes, qu'il fit en collaboration avec Caventou.
Perler [Jean-Constantin). — Célèbre mécanicienne à Paris en 1742, mort en 1818. C'est lui qui a établi en 1788 la pompe à feu de Chaillot pour l'élévation de l'eau de Seine et qui servit en même temps à une importante fabrication de canons et à l'exploitation de diverses branches de l'industrie. Il devint membre de l'Académie des sciences et il a attaché son nom à un nombre considérable de machines pour la grande industrie.
Perler [Claude). — Industriel et financier français né à Grenoble en 1742, mort à Paris en 1801. Il succéda à son père dans la direction de nombreux établissements industriels du Dauphiné, acquit une fortune considérable et prit une part active à la Révolution française et au grand mouvement du progrès. Il contribua à la fondation de Li Banque de France ; c'est lui qui en rédigea les statuts. Il marquapar ses vastes entreprises, son génie des affaires, son influence (il avait été membre du Corps législatif en 1799), l'importance financière et politique de sa famille qui se composait de deux filles et de huit garçons. Parmi ceux-ci il faut citer : 1° Augustin Périer (1773-1833) qui passa par l'École polytechnique et fonda dans l'Isère de nombreuses industries ; 2° Antoine-Scipion Périer (1776-1821) qui s'attacha plus spécialement à l'étude de la chimie. Il rétablit les forges de Chaillot, introduisit les forges à la Catalane dans le Dauphiné, appliqua le premier dans les mines d'Anzin les machines à vapeur et contribua à introduire l'éclairage au gaz." Il fut l'un des fondateurs de la première Compagnie d'assurance à
Paris, de la Caisse d'épargne et de la Banque de France qui le compta au nombre de ses régents; 3° Casimir Périer (1777-1832) (le grand Périer) qui avant de devenir un homme d'État fut un financier des plus habiles et un commerçant des plus entreprenants; 4° Camille Périer (1781-1844). Il fut successivement élève de l'École polytechnique, auditeur au Conseil d'État, intendant de Salzbourg, en 1809, et préfet de la Corrèze de 1811 à 1814.
Pinel {Philippe). — Né au château de Rascas, commune de Saint-André (Tarn) le 20 avril 1745, mort à Paris le 25 octobre 1826. Reçu docteur à Toulouse en 1773, Philippe Pinel qui se destinait à succéder à son père, médecin lui-même, alla à Montpellier pour se perfectionner dans l'art médical. Pour subvenir à ses besoins, il donna des leçons de mathématiques et prit le parti de se rendre à Paris pour demander à un enseignement particulier mieux rétribué, les ressources nécessaires à son existence. Arrivé dans la capitale, il se lia avec les hommes les plus éminents de son époque et traduisit en français le Traité de médecine pratique du médecin anglais Culley. Cette publication le mit en évidence et lui donna assez d'autorité pour se poser en chef d'école en fondant sur la structure organique des parties malades la nomenclature des malades. Il fut un des premiers à déclarer que la médecine est susceptible de former un ensemble régulier de doctrine et qu'on peut lui appliquer une méthode analogue à celle des autres sciences physiques. Philippe Pinel est ainsi un des ancêtres de la médecine scientifique et expérimentale de nos temps modernes.
Philippe Pinel auparavant s'était consacré à l'étude des maladies mentales, et en 1793 il avait été nommé
34* HISTOIRE DBS SCIENCES
médecin en chef de Bicêtre. C'est là qu'il a acquis son plus beau titre à l'immortalité en opérant une véritable révolution dans le traitement des fous. On peut dire que Pinel a rendu à l'humanité un service signalé en brisant les chaînes dont on chargeait les aliénés, et en substituant à des usages aussi cruels qu'absurdes, la méthode de la bonté, de la douceur, de la justice, de la fermeté, tempérée par la patience. Il entra à l'Institut en 1803. Professeur de physique médicale, puis de pathologie, à la Faculté de médecine de Paris, pendant toute la durée de' l'Empire, ses cours furent suivis avec frénésie, bien qu'il eût la parole lourde et saccadée. Mais son enseignement était extrêmement clair et original. Sous la Révolution, il n'avait pas craint de donner asile à Condorcet, traqué par la Terreur. Philippe Pinel fuyait les honneurs et l'intrigue et n'aimait que la science et Thumanité.
Poisson (Siméon- Denis). — Né à Pithiviers en 1781, mort à Paris en 1840. Analyste et géomètre distingué, de très bonne heure il montra des aptitudes brillantes, et fut l'élève favori de Lagrange et de Laplace à l'École polytechnique où il était entré le premier de sa promotion. A sa sortie, il suppléa ses maltreset les remplaça plus tard dans leurs chaires, sans les surpasser, ni même les atteindre dans leur enseignement et leurs travaux. En 1811, il publia son Traité de mécanique réédité bien des fois dans ( la suite et qui est resté sa meilleure œuvre. Poisson appartient à l'école des savants qui n'ont pas le don de l'invention, mais qui excellent à analyser et à traduire en formules les découvertes pratiques. Poisson avait l'habitude de dire : « La vie n'est bonne qu'à deux choses : à faire des mathématiques et à les professer. »
Portai (Antoine). — Célèbre médecin né à Gaillac (Tarn) le 5 janvier 1742, mort à Paris le 23 juillet 1832, comblé d'années et des faveurs de la fortune. Successivement chargé d'enseigner l'anatomie au Dauphin, professeur de médecine au Collège de France, au Jardin des Plantes, médecin du comte de Provence, membre de l'Académie des sciences, de l'Institut, il eut sous tous les régimes une brillante clientèle parce qu'il était très versé dans la connaissance des maladies organiques. Son titre de gloire le plus certain repose sur son ouvrage traitant de diverses maladies avec le précis des expériences sur les animaux vivants. Dès 1801, il n'hésita pas à entreprendre au Collège de France des vivisections qui lui donnèrent les résultats les plus remarquables dans ses recherches de physiologie pathologique et qui furent approuvés par Napoléon qui croyait peu à la médecine qu'il considérait comme trop conjecturale, mais qui mettait sa foi dans les expérimentations.
Portails (Jean- Etienne-Marie) . — - Le grand Portalis, né à Bausset (Var), mort à Paris en 1807. D'abord avocat distingué, original, il introduisit dans le barreau d'Aix une nouvelle manière de plaider qui lui valut des réprimandes. — « Vous avez plaidé avec esprit, lui dit le bâtonnier; mais il faut changer votre méthode qui n'est point celle du barreau. — Monsieur, lui répondit le jeune Portalis, c'est le barreau qui a besoin de changer d'allure et non pas moi. » Successivement avocat, auteur d'ouvrages remarquables sur la jurisprudence, administrateur de la province d'Aix, député de Paris et des Bouches-du-Rhône, membre du Conseil des anciens, après le coup d'État du 18 brumaire, il fut remarqué
par Bonaparte pour ses talents de jurisconsulte. En 1800, il fut nommé commissaire du Gouvernement près du Conseil des prises et il fut l'un des rédacteurs chargés de la composition du Code civil. On lui doit spécialement le discours préliminaire et les exposés des motifs, si remarquables par la science profonde, la clarté, l'élégance du style, entre autres ceux du mariage, de la propriété, des contrats aléatoires. L'esprit de méthode règne dans ce monument de notre législation, qui a vieilli dans les détails, mais qui présente toujours un ensemble solide. Son corps a été inhumé au Panthéon.
Pouchet (Louis- Ezéchiel). — Manufacturier né à Gruchet (Seine-Inférieure) en 1748, mort à Rouen en 1819. On lui doit des perfectionnements remarquables dans le système de la filature de coton à la mécanique et notamment des améliorations aux machines d'Arkwright.
Il parvint à diviser les machines du manufacturier anglais en petits fiioirs mis en mouvement par une seule manivelle n'exigeant que quelques heures d'apprentissage. Son système de numérotage des cotons filés et autres fils fit sensation en 1810, époque à laquelle il fut exposé dans un mémoire inséré dans les Annales des arts et manufactures.
Pouchet prit une grande part à toutes les réformes scientifiques de la Révolution et de l'Empire. C'est ainsi qu'on le voit pousser à la mise en activité du système décimal des poids et mesures, apporter une active collaboration dans la création du nouveau titre des matières d'or et d'argent et dans les études de métrologie terrestre qui captivait le monde savant en 1798.
Louis-Ezéchiel Pouchet est le père du célèbre na-
oai
turaliste et hétérogéniste A. Pouchet (1800-1872), le créateur du Muséum d'histoire naturelle de Rouen, l'auteur des lois fondamentales de l'ovulation spontanée, connues en physiologie sous le nom de Lois Pouchet. Son petit-fils Georges Pouchet continua dignement les traditions scientifiques de ses ancêtres.
Prieur [de la Côte-d'Or). — Né en 1763, mort en 4831. C'est un des conventionnelsqui ont pris le plus de part aux grandes fondations scientifiques de la Convention (École polytechnique, Institut de France, Conservatoire des Arts et Métiers, système métrique décimal). 11 fut aussi un des plus actifs collaborateurs de Carnot dans l'organisation des quatorze armées de la République. Il fit partie des Cinq-Cents et il en sortit en 1798 pour prendre Tannée suivante sa retraite comme colonel du génie. Il ne s'occupa plus que d'industrie et de science et déclina les offres de Napoléon qui l'avait vu avec regret quitter l'armée, car Prieur (de la Côte-d'Or) était pour lui l'idéal de l'officier savant, exact, brave et non téméraire.
Procédés d' Appert. — Tous les ouvrages biographiques sont muets sur l'homme utile et modeste qui le premier a indiqué un moyen pratique de conserver presque indéfiniment la plupart de nos aliments. Cependant la postérité a été moins ingrate que l'histoire et elle a conservé le nom d' Appert aux conserves alimentaires préparées d'après les procédas qu'il a indiqués. On sait que ces procédés ingénieux consistent à mettre les substances animales ou végétales que l'on veut conserver (viandes, poissons, bouillons, légumes frais, fruits, jus et compotes de fruits, etc.) dans des bouteilles que Ton
bouche très hermétiquement et qu'on expose ensuite, pendant un laps de temps suffisamment long, à la température de l'eau portée à 100 degrés centigrades. On possède d' Appert un livre curieux et fort instructif, quoique purement technique et sans aucune prétention scientifique. La seconde édition porte la date de 1811 avec le titre suivant : « L'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales, par Appert, propriétaire à Massy {Seine-et-Oise), ancien confiseur et distillateur, » Nous savons qu'Amand Savalle, le père de la distillerie moderne fut son ami et son collaborateur dans le perfectionnement de quelques-uns de ses procédés. De plus, en 1810, une commission avait été instituée à l'instigation de Napoléon, parle Ministère de l'Intérieur pour examiner la valeur des procédés d* Appert appliqués à l'approvisionnement des armées et des expéditions militaires lointaines. Gay-Lussac fit partie de cette commission et s'attacha plus à trouver l'explication scientifique du procédé qu'à faire ressortir tout le parti qu'on pouvait en tirer. « On peut se convaincre, dit-il, en analysant l'air des bouteilles de M. Appert dans lesquelles les substances ont été bien conservées, qu'il ne contient plus d'oxygène et que l'absence de ce gaz est par conséquent une condition nécessaire pour la conservation des substances animales et végétales. Gay-Lussac était uniquement dominé, comme tous les savants l'étaient à cette époque, par le rôle considérable que joue l'oxygène dans la nature. Il le fait intervenir comme le prtmum movens de la putréfaction et des fermentations et l'existence des germes vivants dans l'atmosphère n'est pas mentionnée dans le rapport de Gay-Lussac. Cependant Spallanzani, trente années auparavant >
avait su mettre en lumière la signification générale du phénomène qui produit l'altération des infusions et des substances alimentaires par des germes auxquels l'air sert de véhicule et qui une fois enfermés dans un endroit restreint se développent dans les substances qu'ils transforment et par cela même altèrent complètement. C'est en tuant ces germes par l'eflet de la chaleur portée au degré de l'eau bouillante qu'on les stérilise et qu'on protège les aliments. Cinquante années plus tard, après le Rapport de Gay-Lussac, et l'invention si heureuse d' Appert, en 1860, M. Pasteur devait apporter l'explication théorique de ce fait pratiquement appliqué, mais resté incompris et inexpliqué jusqu'à cette époque.
Prony (baron de). — Né à Chamelet près de Lyon, en 1755, mort à Paris le 31 juillet 1839. Grand ingénieur, esprit original et fécond. Après avoir collaboré à la construction du pont de la Concorde, à Paris, à la réparation du port de Dunkerque, il fut chargé par l'Assemblée constituante de la direction générale du cadastre. L'introduction du système métrique ayant pour corollaire naturel la substitution de la division centésimale du cercle à la division sexagésimale, il fallut combiner de nouvelles tables. La Convention sur le rapport de Carnot, invita Prony, en l'an n, à composer ces tables sur le plan le plus vaste. Ce travail énorme,fut terminé en trois ans. Deux exemplaires calculés séparément de ce grand ouvrage sont déposés manuscrits à l'Observatoire de Paris. Ils forment dix-sept volumes grand in-folios et attendent toujours leur impression d'un Gouvernement libéral. Prony déclina l'honneur de se rendre en Egypte. Mais Napoléon qui avait la plus grande confiance dans
les talents de son collègue de l'Institut le chargea de la régularisation du cours du Pô, de l'amélioration des ports de Gênes, d'Ancône, de Venise, de Pola et de l'assainissement des Marais-Pontins. Prony est l'inventeur du flotteur à niveau constant qui rend tant de services à l'hydraulique physique.
Richard {Louis-Claude- Marie). — Né à Versailles en 1754, mort à Paris en 1821. Après avoir fait un voyage à la Guyane, aux Antilles et au Mexique, il se consacra en France aux études botaniques et fut nommé professeur à l'Ecole de Médecine. Ses études sur les Conifères sont du plus haut intérêt. Son fils Achille Richard (1794-1852) lui a succédé dans sa chaire et a beaucoup concouru à l'étude des plantes exotiques.
Richard-Lenoir. — Ce double nom célèbre appartient à deux personnes différentes; mais il synthétise un même labeur et des créations de deux industriels puissants, dont le premier (Richard) a été plus que le second (Lenoir) l'instigateur de l'œuvre commune. Richard né à Epinay-sur-Odon (Calvados) le 16 avril 1765, mort à Paris en 1839, était fils de paysan et sans instruction. Après avoir subi des fortunes diverses dans le commerce et avoir été enfermé pour dettes dans la prison de la Force, il se noua d'amitié et d'intérêt avec Lenoir - Dufresne, d'Alençon, et avec lui il trouva le moyen de fabriquer les étoffes de tissus de laine et de coton autrement dit des basins. Ses établissements acquirent peu à peu, à Paris, rue de Charonne, en Picardie, en Normandie, etc., une importance considéra ble. Napoléon vint visiter ceux de la capitale, et plus tard après la mort de Lenoir, lorsque Richard, par suite des événements politiques, ne trouvant plus
à vendre ses produits, se trouva à la veille de la ruine, ce fut l'Empereur qui lui fit un prêt de 1500,000 francs. En 1810, Richard-Lenoir qui avait conservé, selon la promesse faite, le nom de son associé, fut fait chevalier de la Légion d'honneur et nommé membre du grand conseil des manufactures de France.
Ripault (Louis-Madeleine). — Il fut pendant longtemps le Bibliothécaire de Napoléon, malgré des opinions très avancées qu'il ne dissimulait point. Une partie de ses fonctions consistait à faire chaque jour une analyse des ouvrages nouveaux qui paraissaient. Il s'en acquittait avec un rare talent. Mais c'était un maniaque. Professant une admiration enthousiaste pour Marc-Aurèle dont il devait écrire plus tard l'histoire philosophique, il le proposait sans cesse en modèle à Napoléon qui en riait en disant plaisamment : « Jamais les Anglais ne me laisseront le loisir d'écrire des pensées philosophiques. » Ripault, comme membre de la Commission scientifique de l'expédition d'Egypte et de l'Institut du Caire, a rendu de grands services à l'égyptiologie.
Robiquet (Pierre-Jean). — Né à Rennes en 1780, mort à Paris en 1840. Il commença ses études chimiques dans une pharmacie deLorient, puis à l'Ecole centrale de Rennes, et dans la capitale sous la direction de Vauquelin. Attaché à l'armée d'Italie comme pharmacien militaire en 1799, il en profita pour se lier avec Scarpa et Volta. A son retour en France, il passa par le Val-de -Grâce et acheta une officine où il exécuta de très beaux travaux sur les alcaloïdes de beaucoup de plantes : asparagine, la codéine, etc. C'est lui qui a trouvé les principes des lichens avec lesquels on prépare l'orseille. Il a
250 HISTOIRE DBS SCIENCES
fondé une fabrique de produits chimiques devenue célèbre et importante qui existe toujours à Paris.
Rochon. — Astronome et physicien, membre de l'Institut à sa fondation. On lui doit la lunette qui î
porte son nom, le diasporamètre, de beaux tra- I
vaux sur la polarisation de la lumière, des fanaux '
perfectionnés pour les navires. Il travailla activement à faire dessécher tous les terrains que la t Seine couvrait d'eaux stagnantes, près de Neuilly. >|
Romme (Charles). — Né en 1744, mort en 1805.
Par ses travaux, ce savant a beaucoup contribué aux progrès de la navigation maritime. Il inventa une méthode nouvelle et beaucoup plus expéditive pour mesurer les longitudes en mer. Il aida aussi au perfectionnement de la fabrication du salpêtre. Il a publié en 1800 un livre excellent sous le titre de La Science de l'homme de mer, et en 1805 il a fait paraître ses Tableaux des vents, des marées, des courants. Il fut membre de l'Institut à sa création. Son frère Gilbert Romme, célèbre Conventionnel, a été un mathématicien distingué et l'un des créateurs du Calendrier républicain.
Roux (Philibert- Joseph). — Chirurgien, né en 1780, mort en 4854. Il fit ses débuts dans l'armée qu'il quitta après le traité de Campo-Formio. Il vint à Paris et se perfectionna en suivant les leçons der Bichat et fut nommé peu après chirurgien en chef adjoint de l'hôpital Beaujon. En 1810, il épousa la fille du baron Boyer, premier chirurgien de Napoléon; grâce à cette alliance, il passa à la Charité où il trouva un champ plus vaste pour employer toute l'étendue de son savoir chirurgical. Il a été un des praticiens les plus audacieux de ce siècle, surtout dans la chirurgie réparatrice. On cite de lui,
entre autres cas, celui d'une jeune fille qui avait une plaie au côté gauche du visage et à laquelle, au moyen de sept opérations successives, il était parvenu à refaire un visage presque régulier. Il inventa l'opération connue sous le nom de staphylorrhaphie, ou suture du voile du palais divisé accidentellement ou congénitalement.
Rumford (Benjamin-Thomson, comte de). — Nous devons une place à Rumford quoique né en Amérique le 26 mars 1753, non seulement parce qu'il a été un savant et un inventeur des plus ingénieux, mais surtout parce qu'il a choisi la France pour y terminer sa vie dans la retraite et le culte des sciences françaises. Il est mort à Auteuil en 1814 le 21 août. Il est l'inventeur des lampes et des cheminées qui portent son nom et des modifications heureuses apportées à la cuisson des aliments. Napoléon l'avait en grande estime, malgré son origine anglaise, bien que né en Amérique. Rumford a fait une remarque de génie dans l'étude des couleurs. Il a démontré que celles qui s'harmonisent le mieux et qui juxtaposées produisent sur l'œil l'effet le plus agréable sont les couleurs supplémentaires. L'illustre chimiste Ghevreul a beaucoup développé cette théorie.
Sabatier (Raphaël-Bienvenu). — Chirurgien né à Paris en 1752, mort en 1811. Nommé médecin en chef de l'Hôtel des In valides, puis médecin à l'armée du Nord, il fut attaché à la Faculté de Paris, y occupa ensuite la chaire de médecine opératoire. Napoléon le nomma un de ses chirurgiens consultants. Il appartenait à l'Institut depuis sa fondation. Il avait la main extrêmement sûre et fut un opéra teur de premier ordre.
Sage (Balthazar-Georges). — Né en 1740, mort en 1824. Chimiste et minéralogiste. Sage fut plus attaché aux anciennes idées qu'aux nouvelles qu'il n'accepta jamais qu'avec une extrême répugnance. Il fit partie de l'Institut à sa création. Nous devons lui donner une place dans cette nomenclature parce que en 1807, il a eu la vision du grand rôle que joue l'électricité dans la machine terrestre et humaine. C'est à cette époque aussi qu'il a publié ses Recherches et conjectures sur la formation de V électricité métallique.
Savalle (Amand). — Né à Can ville (Seine-Inférieure) le 3 mars 1791, mort à Lille (Nord) le 17 avril 1864. Inventeur de la rectification des alcools et des appareils à rectifier. De très bonne heure il se lia avec Cellier-Blumenthal, Derosne et les grands industriels de la fin de l'Empire, tous enfants de leurs œuvres et qui devaient donner à notre pays ce grand élan qui nous emporte vers le progrès indéfini. Lorsque Amand Savalle eut l'idée de son premier appareil, à peine produisait-on par an cent mille hectolitres d'alcool mal épuré. Peu à peu les nouvelles colonnes distillatoires se répandirent partout, en France comme à l'étranger, et en 1888, chez nous, la production a atteint plus de deux millions d'hectolitres, dont les deux tiers sont obtenus à l'état très pur par le système Savalle. C'est Napoléon qui pour ainsi dire a donné naissance à cette énorme richesse, en prodiguant à l'industrie nouvelle du sucre indigène les plus puissants encouragements. La distillerie est la sœur de la sucrerie. Et toutes les deux datent du premier empire. Comme les Deles sert, les Périer, les Savalle ont une dynastie qui a sans cesse perfectionné les inventions de l'ancêtre.
Le fils d'Amand Savalle, Désiré Savalle mort le 10 octobre 1887, a introduit le raffinage de l'alcool et créé le magnifique établissement de la Madone à Puteaux prèsParis, que le petit-filsM. Albert Savalle, ou Savalle III comme on rappelle dans le monde industriel, dirige aujourd'hui.
Savigny {de). — Naturaliste né à Provins en 1777,
mort à Paris en 1851. Il fit partie de l'Expédition
d'Egypte, comme adjoint à Etienne Geoffroy Saint-
Hilaire et devint membre de l'Institut du Caire.
Avant de quitter la France, il avait publié une
Histoire naturelle des Dorades de la Chine, ouvrage qui
l'avait placé à un bon rang parmi les naturalistes.
A son retour il fit paraître une Histoire mythologique
et naturelle de llbis, avec six planches, travail où
Ton trouve pour la première fois une description
exacte de cet oiseau. Il fit paraître successivement
ses études et ses observations sur le système des
oiseaux d'Egypte et de Syrie, sur les annélides des
côtes d'Egypte. Il devint membre de l'Institut, et
fut atteint de cécité à la suite d'une maladie d'yeux
contractée dans les sables d'Afrique.
Saint-Simon (Claude-Henri, comte de). — Né à Paris en 1760, mort en 1825, l'un des plus proches parents du duc de Saint-Simon, l'auteur des fameux mémoires sur le règne de Louis XIV et la Régence. Il avait dans l'esprit la hardiesse de son illustre parent et il résolut de faire plus encore que la Révolution française en travaillant au perfectionnement universel de la civilisation. Il publia en 1802 ses Lettres d'un habitant de Genève, en d808 son Introduction aux travaux scientifiques du xix e siècle. En 1814 il fit paraître son ouvrage sur la Réorganisation de la Société européenne et sa fameuse brochure sur
La nécessité et les moyens de rassembler les peuples de V Europe en un seul corps politique, en conservant à chacun son indépendance nationale. Sa doctrine qui ne fut pas comprise au début se résume aux points suivants : Améliorer par la science le sort de l'humanité, surtout de la classe la plus "pauvre et la plus nombreuse; réorganiser la Société en prenant le travail pour base, proscrire l'oisiveté; n'admettre que les producteurs dans la société nouvelle dont les savants, les artistes et les industriels doivent constituer la seule aristocratie; associer les travailleurs, généraliser les ressources sociales. C'est un magnifique programme dont l'élaboration durera encore pendant longtemps. Saint-Simon peut être considéré comme le père du grand mouvement industriel qui a animé le xix e siècle.
Say (Jean- Baptiste). — Né à Lyon en 1767, mort à Paris en 1832. On peut le considérer comme le fondateur de l'économie politique expérimentale. C'est lui le premier, en effet, qui a séparé cette science de la politique pure; il en a créé la nomenclature. Par sa Théorie des Débouchés, il a démontré la solidarité économique des diverses industries, des diverses provinces d'un Etat, des diverses provinces d'un pays. Eliminé du Tribunal, nommé, par Napoléon, inspecteur des droits réunis dans l'Allier, il refusa ces fonctions parce qu'il était complètement opposé aux impôts de consommation. Il se tourna vers l'industrie et introduisit en France, dans les départements de l'Oise et du Pas-de-Calais, des filatures de coton. En 1812-, il céda ses filatures à un associé et reprit les études économiques qu'il professa avec éclat à l'Athénée, au Conservatoire des arts et métiers, au Collège de France.
Son frère Louis-Auguste Say est l'introducteur du raffinage du sucre à Nantes où il dirigea pendant longtemps un établissement important. Né en 1774, mort en 1840, il a beaucoup écrit aur l'économie politique.
Seguin [Armand). — Né à Paris en 1765, mort en 1835. On lui doit de très-beaux travaux chimiques sur les moyens de tanneries cuirs en trois semaines. Il établit des tanneries d'après ses procédés et devint le fournisseur général des armées de la République. Il gagna une fortune si considérable, qu'il put participer sans difficulté à l'avance de 2 millions qu'Oùvrard fit au premier consul en 1799 et à celle de 150 millions faite en 1804. Napoléon qui n'aimait pas les gaspilleurs, le soumit à d'énormes restitutions sur ses profits exagérés. Le mémoire d'Armand Seguin sur la manière nouvelle de tanner les cuirs, date de 1796. C'est un excellent modèle d'exposé scientifique d'une application industrielle.
Sicard (abbé). — Habile instituteur des sourdsmuets, digne successeur de l'abbé de TEpée, né en 1742, mort en 1822. Exilé au 18 fructidor (1796), il rentra en France au 18 brumaire (1799). Il appartenait à l'Institut depuis 1795. Chaptal l'autorisa à établir une imprimerie dans la* cour de l'Ecole des Sourds-Muets dont il était le directeur et il le protégea autant qu'il put. Il contribua à le faire élire de l'Académie française en 1803 et à le faire nommer chanoine de la Cathédrale de Paris et membre de l'administration des hospices. Mais l'abbé Sicard était peu ordonné, avec une grande facilité de caractère et une ignorance complète des affaires. De graves embarras d'argent troublèrent sa vie à diverses reprises. Napoléon qui avait horreur du
désordre, refusa de venir à son secours. C'était injuste, mais Chaptal ne put lui faire entendre raison et l'abbé Sicard dut faire les plus grands sacrifices pour reconquérir un peu de repos. Sa méthode diffère de celle de l'abbé de l'Epée qui avait traduit les choses par des signes e.t ensuite les signes par des mots. Sicard adopta la méthode suivante; il enseigna à ses élèves matériellement les mots qui expriment les choses et les leur fit traduire ensuite par des gestes convenus.
Société d'Arcueil. — Société formée dans le but d'accroître les forces individuelles, par une réunion fondée sur une estime réciproque, et des rapports de goûts et d'études, mais en évitant les inconvénients d'une assemblée trop nombreuse. Créée par Berthollet à Arcueil en 1804, cette Société se réunissait tous les quinze jours chez Berthollet même. On répétait les expériences récentes qui paraissaient mériter cet honneur ou exiger une constatation nouvelle. Cette société libre a compté parmi ses membres : Laplace, Biot,. Alexandre de Humboldt, Thenard, Descotils, Gay-Lussac, Malus, Arago,
Chaptal, Dulong, Poisson, Bérard. Elle a laissétrois volumes de Mémoires remarquables. Elle a disparu avec Berthollet en 1822 et la maison où elle se tenait est occupée aujourd'hui par un collège de Dominicains. On y trouve peu de vestiges du se- !
jour de Berthollet ; les peintures de son cabinet de- i
travail et de la serre où se tenaient les séances, attribuées à Isabey et rappelant la campagne d'E- {
gypte ont disparu. On voit encore dans le jardin le banc et la table de pierre où Napoléon venait I
s'asseoir et causer avec Berthollet et ses confrères, ]
Le modeste monument que la veuve de Berthollet
lui a fait élever dans le cimetière d'Arcueil est entretenu par la commune.
Société d'encouragement pour l'industrie nationale. — Fondée en 1789, réorganisée en 1801, reconnue Etablissement d'utilité publique par ordonnance du 21 avril 1824, la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, association de savants, manufacturiers, de fonctionnaires, de propriétaires, a rendu tout de suite de grands services aux inventeurs que lui adressait Napoléon pour avoirsonavis. C'est ainsi qu'elle a soutenu Jacquart, les créateurs des sucreries indigènes, Philippe de Girard, etc. Dès l'année 1802, elle a commencé la publication d'un Bulletin qui n'a jamais cessé de paraître et qui constitue une mine sans prix de renseignements pour l'histoire des inventions.
Sucre de betterave. — En 1747, le chimiste Margraff, de Berlin, expérimenta sur de la betterave, en coupant des racines en tranches minces, les desséchant et les réduisant en poudre. Sur cette poudre, il versa de l'alcool, soumit le mélange à l'ébullition, le filtra et le renferma dans un flacon. Au bout de quelques semaines, il s'était formé des cristaux présentant tous les caractères physiques du sucre de canne. En 1787, dans le domaine royal de Kunern, en Silésie, Achard, un prussien, petitfils d'un français réfugié en Allemagne à la suite de la révocation de l'Edit de Nantes, reprit en grand l'expérience de Margraff, et obtint des résultats suffisants pour donner de belles espérances. Malgré cela, la fabrication du sucre de betterave aurait disparu sans l'intervention de la France. Nous étions à l'époque du blocus continental, en 1806, le sucre de canne était hors de prix. Les industriels et les
savants encouragés par Napoléon se livrèrent avec ardeur à la recherche d'une plante indigène qui pût remplacer la canne. Les travaux de Margraff et d'Achard furent repris; mais les débuts furent peu satisfaisants. Chose curieuse à noter, l'Institut ne fut pas favorable aux premiers essais entrepris. La commission nommée pour donner son opinion déclara même qu'on ne pouvait pas attendre une extraction courante de sucre de la betterave. Mais Napoléon n'étant pas de ceux qu\m décourage facilement, redoubla d'instances auprès des chercheurs et l'arrêt académique était à peine prononcé que deux savants, les professeurs Gottling et Fouques avaient trouvé des procédés que Benjamin Delessart perfectionna et mit en pratique en grand. 6e dernier avait déjà fondé en 1806, à Passy, une filature de coton. On peut le considérer comme le .véritable créateur de la fabrication du sucre de betterave. Toutefois le succès ne fut pas instantané. Il fallut six ans de recherches, de tentatives pour aboutir. Enfin le 2 janvier 1812, Delessert put annoncer à Chaptal qu'il avait complètement réussi. Celui-ci en parla aussitôt à l'Empereur. Napoléon fut enchanté. « Il faut aller voir cela, partons. » Et, en effet, il partit immédiatement. Pendant les six années qui venaient de s'écouler, Napoléon avait eu l'opinion contre lui. Le public ne croyait pas à la possibilité de consommer du sucre extrait de la betterave et les caricatures même s'étaient exercées contre les désirs de l'Empereur. Nous avons eu sous les yeux une image coloriée de l'époque figurant le Roi de Rome présentant une betterave à son cheval de bois avec cette légende : « Mange, papa dit que c'est du sucre! »
Benjamin Delessert n'eut que le temps de courir à Passy. Quand il arriva, il trouva la porte de la fabrique déjà occupée par les chasseurs de la Garde impériale qui lui ferment le passage. Il se fait reconnaître, il entre. L'Empereur avait tout vu. 11 était entouré des ouvriers, fiers de cette visite. L'émotion était au comble. L'empereur s'approche de Delessert et détachant la croix d'honneur qu'il portait sur sa poitrine, il la lui remet. Le lendemain le Moniteur Universel annonçait « qu'une grande révolution dans le commerce français était consommée. » Le journal officiel avait raison. La science venait de créer une richesse nouvelle. Bientôt Chaptal, Mathieu de Dombasle et Crespel fondèrent des usines pour la fabrication du sucre de betterave, et nous voyons Derosne, Cellier— Blumenthal, Amand Savalle qui devait porter si haut la distillation des alcools français, s'appliquer à créer et àpei* fectionner l'outillage sucrier. L'Empereur . multiplia les encouragements, les récompenses personelles. Dans son entourage, il poussa ses amis, ses anciens compagnons d'armes retirés à la campagne à cultiver des betteraves riches en sucre ; il établit des concours, des primes. Nous avons eu entre les mains un sucrier d'argent provenant de la succession du maréchal Marmont et délivré au duc de Raguse en prix pour des cultures de Ghâtillon-sur-Seine, dans la Gôte-d'Or. L'inscription portait ces mots : Concours de betteraves, premier prix de l'Empereur au maréchal Marmont. Novembre 1812.
Napoléon avait compris aussi que le développement de la production du sucre indigène était favorable auplus haut degré aux intérêts agricoles avec lesquels l'industrie de la betterave est en étroite con-
renversé plus de choses que la Révolution de 89 qui n'est, au reste, qu'un des actes de ce drame immense des luttes de l'humanité. Le progrès, fils légitime des savants qui de 1769 à 1821 ont fondé les sciences modernes, est l'œuvre véritable et immortel des grands hommes de l'Institut de France, de l'Expédition d'Egypte, de l'Ecole polytechnique, du Mu séum, de l'École normale, de la Légion d'honneur.
On a reproché à Napoléon ses victoires, ses batailles perdues, le sang répandu dans les plaines de l'Europe. Mais il a au moins racheté j>ar un amour véritable de la science et les fondations les plus utiles, sa passion extrême de domination. Est-ce que les conquérants, nos contemporains, pourront opposer à leurs affreuses guerres des services aussi manifestement rendus à tous les peuples? La comparaison n'est pas soutenable. Les hommes de guerre du xix e siècle resteront bien petits auprès de Napoléon, n'ayant aimé ni la science, ni les savants, s'étant astreints à l'art seul de détruire, et demeurant plus près d'Attila que de César ou d'Alexandre.
Aucun homme, dans aucun pays, dans aucun j
temps n'a été aussi grand dans les choses de la «
guerre unies aux choses de la paix. Ni Périclès, ni i
Alcibiade, les Scipions, Annibal, Charlemagne, Gengis-Khan, Charles-Quint, Condé , Turenne, ,
Charles XII, Pierre le Grand, Frédéric II, le maréchal de Saxe, ni aucun des généraux de la Révo- | lution et de l'Empire, n'ont possédé des talents mi- J litaires comparables aux siens, en faisant même la \ part de l'époque. N'oublions jamais qu'il a fait flotter le drapeau tricolore sur l'Europe entière, qu'il a supprimé les nationalités à notre profit, abaissé les Rois, transformé l'univers, portant partout, avec
l'unité démocratique, la civilisation et le progrès, et que la France a compté cent trente départements pendant ses quinze années de règne. Ne diminuons pas Napoléon. C'est faire le jeu de la réaction et de tous nos ennemis. En écrivant ces conclusions, nous apprenons que le gouverneur d'Ulm pour complaire à Guillaume II et à M. de Bismark a ordonné de faire sauter le rocher historique du haut duquel le futur vainqueur de la Prusse assista, le 27 octobre 1805, au défilé des troupes ennemies, après la capitulation de la forteresse. C'est une vengeance mesquine et rétrospective, retardant sur le souvenir de toutes ces victoires merveilleuses qui vont avoir leurs centenaires successifs dans peu d'années. Apprêtons-nous plutôt à célébrer ces dates qui constituent notre patrimoine de gloire militaire.
Pour nous, homme de paix et de travail, ce qui complète le génie-de Napoléon, c'est qu'il a toujours eu la préoccupation des intérêts de la science et des savants. De loin comme de près il n'a cessé de suivre le mouvement scientifique et de l'encourager. Fait étrange et sans précédent chez un conquérant, c'est à l'instant même de ses angoisses les plus terribles que Napoléon revenait aux travaux de l'esprit. Le lecteur en aura la preuve un peu plus loin. Quand il a porté des jugements sur les découvertes nouvelles, il les a formulés toujours en appréciations brèves et caractéristiques d'un homme de génie à qui la nature a donné la rare faculté de saisir du premier coup d'œil les points culminants des objets.
C'est ainsi que le 27 vendémiaire an X (17 septembre 1802), après avoir reçu un volume de l'Exposition du système du monde, de Laplace, le général
Bonaparte écrivit à son auteur : « Les premiers six mois dont je pourrai disposer seront employés à lire votre bel ouvrage. » Ces mots, les premiers six mois enlèvent à la phrase la banalité d'un remerciement ordinaire et renferment une juste appréciation de l'importance et de la difficulté de la matière.
Le 5 frimaire an Xï (27 janvier 1803), la lecture de quelques chapitres de la Mécanique céleste, le second ouvrage que Laplace venait de publier, était pour Bonaparte : « une occasion nouvelle de s'affliger que la force des circonstances l'eût dirigé dans une carrière qui l'éloignait de celle des sciences. Au moins, je désire vivement, ajoutait-il, que les générations futures en lisant ce livre, n'oublient pas l'estime et l'amitié que j'ai portées à son auteur. »
Le 17 prairial an XIII (6 septembre 1805), le premier consul devenu Empereur écrivait de Milan : « La Mécanique céleste me semble appelée à donner un nouvel éclat au siècle où nous vivons. » Enfin, le 12 août 1812, Napoléon à qui le Traité du calcul des probabilités, le troisième ouvrage de Laplace, était parvenu, écrivait de Witepsk, la lettre que nous transcrivons textuellement :
« Il fut un temps où j'aurais lu avec intérêt votre Traité du calcul des 'probabilités. Aujourd'hui je dois me borner à vous témoigner la satisfaction que j'éprouve toutes les fois que je vous vois donner de nouveaux ouvrages qui perfectionnent et étendent la première des sciences et contribuent à l'illustration de la nation. L'avancement, le perfectionnement des mathématiques sont liés à la prospérité de l'Etat. »
Napoléon a même été parfois jusqu'à sacrifier sa gloire militaire pour protéger les savants et sauver
leur vie. Arago qui se complaisait dans ces souvenirs si honorables pour la science a raconté que la flottille du Nil commandée par le chef de division Perrée, aurait probablement éprouvé une défaite, près de Chebréys, si Bonaparte ne fût accouru pour mettre fin à la fusillade de la nuée d'Arabes, de fellahs et de Mameluks qui couvraient les deux rives du fleuve. Le général, en se jetant dans les bras de Monge qui venait de débarquer, lui adressa des paroles que l'histoire doit enregistrer : « Vous êtes cause, mon cher ami, que j'ai manqué mon combat de Chebréys. C'est pour vous sauver que j'ai précipité mon mouvement de gauche vers le Nil, avant que ma droite eût tourné suffisamment vers le village, d'où aucun Mameluk, sans cela, ne se serait échappé ! »
Arago prétendait qu'il avait vainement cherché dans ses souvenirs un témoignage d'amitié qui pût être mis en parallèle avec celui que nous avons rapporté. En manquant volontairement un combat pour sauver Monge, il est certain que le général Bonaparte fit à son ami le plus lourd de tous les sacrifices, en Egypte pour ne pas laisser tomber la tête du grand géomètre sous le yatagan des Arabes. A Paris, un peu plus tard, il commit une indiscrétion qui aurait pu amener l'insuccès du coup d'Etat de Saint-Cloud. « Engagez vos deux gendres à ne pas aller aux Cinq-Cents, dit Bonaparte à Monge, la veille du 18 Brumaire; demain nous tenterons une opération qui pourrait certes bien se terminer par une lutte violente; il y aura peut-être du sang répandu. » Au retour d'Egypte, Monge et Berthollet firent le voyage de Fréjus à Paris avec Bonaparte, et dans sa voiture. Leurs vêtements dataient de deux ans,
et étaient complètement usés. Là où le général n'était pas reconnu, les paysans, quand ils voyaient descendre les deux savants, ne manquaient pas de s'étonner que des individus ainsi faits se fassent avisés de courir la poste avec six chevaux.
Le moyen le plus assuré de conquérir l'affection et la reconnaissance d'un homme de cœur, c'est d'être favorable à ses amis. Napoléon ne le méconnut pas. Il accueillait les demandes que Monge lui adressait pour des savants dans l'adversité avec un grand empressement. Souvent la concession d'une faveur était entourée de formes qui en doublaient le prix.
— Vous avez plusieurs fois voulu me faire de riches cadeaux, dit un jour Monge à l'Empereur. Je ne l'ai pas oublié, mais vous vous souviendrez aussi que je ne l'ai jamais accepté. Aujourd'hui, au contraire, je viens vous demander, sans hésiter, une forte somme.
— Gela m'étonne, Monge. — Parlez, je vous écoute.
— Berthollet est dans l'embarras, continua l'auteur de la Géométrie descriptive; lui qui calcule si bien, quand il s'agit d'analyses chimiques, s'est jeté dans des constructions de machines, de laboratoires, dans de grandes dépenses relatives, à des jardins destinés à des expériences. Ses prévisions ont été dépassées. Mon ami doit cent mille francs.
— Je ne veux pas vous priver du plaisir de les lui offrir; vous recevrez demain un bon de cent mille francs sur ma cassette.
Dans la nuit, Napoléon changea d'avis ; au lieu d'un bon, il en envoya deux : cent mille francs étaient destinés à Berthollet, et cent mille francs à Monge.
Cette fois le géomètre ne fut pas libre de refuser. Les termes de la lettre d'envoi n'en laissaient pas la possibilité. L'ancien général de l'armée d'Orient ne voulait pas consentir à créer une différence entre les deux moitiés du savant Monge-Berthollet, que les soldats avaient si singulièrement réunis en Egypte.
Après Waterloo, le grand vaincu de lai destinée habitait le palais de l'Elysée. Dans un de ses entretiens intimes avec Monge, François Arago a raconté que Napoléon développa les projets qu'il avait en vue. L'Amérique fut d'abord son point de mire. 11 croyait pouvoir s'y rendre sans difficulté, sans obstacle et y vivre librement. « Le désœuvrement, disait-il, serait pour moi la plus cruelle des tortures. Condamné à ne plus commander des armées, je ne vois que les sciences qui puissent s'emparer fortement de mon âme et de mon esprit. Apprendre ce que les autres ont fait ne saurait me suffire. Je veux dans cette nouvelle carrière, laisser des travaux, des découvertes, dignes de moi. Il me faut un compagnon qui me mette d'abord et rapidement au courant de l'état actuel des sciences. Ensuite nous parcourrons ensemble le nouveau continent, depuis le Canada jusqu'au Cap Horn, et dans cet immense voyage nous étudierons tous les grands phénomènes de la physique du globe, sur lesquels le monde savant ne s'est pas encore prononcé. »
Monge, transporté d'enthousiasme, s'écria : « Sire, votre collaborateur est trouvé : je vous accompagne 1 » Napoléon remercia son ami avec effusion. Il lui fit comprendre, non sans peine, qu'un septuagénaire ne pouvait guère se lancer dans une entreprise si pénible, si longue, si fatigante. « Sire, répliqua Monge, j'ai votre affaire avec la personne
d'un de mes jeunes confrères, dans Arago. »
Monge exposa au futur auteur de Y Astronomie populaire, sous les plus vives couleurs, tout ce que la proposition avait de glorieux pour son objet, et plus encore à cause de la position du personnage illustre et infortuné au nom duquel elle était faite. Une somme considérable devait dédommager Arago de la perte de ses places ; une autre forte somme était destinée à l'achat d'une collection complète d'instruments d'astronomie, de physique, de météorologie. La négociation n'eut point de résultat. Elle avait eu lieu à l'instant même où l'armée anglaise et l'armée prussienne réunies au lendemain de Waterloo s'avançaient à marches forcées sur la capitale. Arago pensait que Napoléon avait commis une faute irréparable en venant à Paris s'occuper des questions oiseuses, intempestives de la Chambre des représentants, au lieu de rester à la tête des troupes pour les rallier et faire en France, sur les bords de la Seine, un dernier et solennel effort. 11 déclara à Monge qu'il n'avait pas dans ce moment, lui, simple savant et patriote, assez de liberté d'esprit pour s'occuper du capHorn, des Gordillières, de températures, de pressions barométriques, de géographie physique, dans un moment où la France allait perdre peut-être son indépendance et disparaître de la carte de l'Europe. Ce refus catégorique d'accompagner l'Empereur en Amérique, de devenir collaborateur d'un si grand homme dans des recherches scientifiques variées frappa de stupeur l'illustre géomètre. Jamais il n'avait placé d'avance une telle résolution dans le cercle des possibilités. Il la regarda comme l'effet d'une aberration momentanée dans l'intelligence d'Arago et il alla demander de nouveau à par-
tir. Dans l'intervalle les événements s'étaient précipités. Napoléon allait devenir le prisonnier de l'Angleterre. Ici le domaine cesse de nous appartenir. La science n'est point persécutrice comme la politique. Waterloo avait frappé mortellement le savant, et le capitaine. Rien n'est plus glorieux et plus délicat pour la mémoire de ces deux hommes immortels que l'aveu touchant de Monge lui-même : « J'ai quatre passions : la Géométrie, l'Ecole polytechnique, Bonaparte et Berthollet. » Au moment de s'embarquer sur le Bellérophon, Napoléon s'écria : « Dites bien à Carnot que c'est un homme adorable ! » Un peu plus tard, à Sainte-Hélène, faisant un jour devant son entourage, le dénombrement des principaux personnages de la République et de l'Empire, avec lesquels il avait eu des relations charmantes, il dit sans chercher à déguiser son émotion : « Quant à Monge, il m'aimait comme on aime une maîtresse, et je le lui rendais bien. » - Voilà des paroles très propres à ramener au souvenir de Napoléon, ami des sciences et des savants, des sympathies qui ne peuvent ou ne veulent aller au potentat et à l'homme de guerre.