‹ Histoire des sciences sous Napoléon BonaparteChapitre 5 sur 26 · AU PRINCE NAPOLEON · texte numérisé non relu

AU PRINCE NAPOLEON

GRAND CROIX DE LA LÉGION D'HONNEUR MEMBRE DE L'iNSTITUT DE FRANCE

Monseigneur,

Je ne suis pas de ceux qui oublient, et j'aime à rappeler ici en plein jour, la tendre et respectueuse affection que mon père a constamment ressentie pour votre personne.

Permettez-moi d'inscrire votre nom sur la première page de ce livre, qui vous revient de droit et de fait, car héritier direct du Grand Empereur, vous avez comme lui encouragé les Sciences. Imitant son exemple, vous vous êtes entouré des plus nobles esprits de votre époque, et comme il l'a été, vous êtes membre de cet illustre Institut de France

qui demeure la plus vivante synthèse intellectuelle de l'Univers.

Votre gloire dans l'histoire sera d'être resté un cœur libre et ouvert, d'avoir été calomnié, peu écouté, car semblable à la prophétique Cassandre, vous présagiez souvent aux incrédules les dangers des événements qui se préparaient. <

C'est un républicain de vieille date qui vous présente un salut de regret, de sympathie, de gratitude. Je vous l'adresse de la France que vous avez agrandie, en contribuant à lui donner la Savoie, sol natal de mon aïeul paternel, le lieutenant Barrai, compagnon d'armes de Junot. Je vous l'envoie avec ferveur, car je sais aussi qu'en 1870, vous avez combattu contre le parti de la guerre ; qu'en 1 S7 1 , vous avez lutté contre la confiscation de Metz, la ville livrée, mais non vaincue {virgo invicia, sed violata), qui a bercé l'enfance de mon père et que mon père adorait.

Vous avez pieusement servi la patrie, et c'est avec une conscience calme et fière, que vous avez pu proclamer n'avoir jamais conspiré contre son repos, son indépendance, l'intégrité de son territoire-

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Cet hommage du citoyen au Prince proscrit, ira vous trouver sur la terre d'exil. Il vous répétera que les Français ne savent pas encore employer, vite et bien, cette forme idéale de Gouvernement — la République — à l'exercice de la vraie liberté, à l'application sainte de la trop irresponsable justice, à la grandeur morale et matérielle du pays, — à donner, à pardonner. Sans maître supérieur, nous sommes tous maîtres et despotes, tyrans les uns des autres, esclaves et victimes des ambitions individuelles.

Vous savez par expérience que le sentiment du devoir accompli et le travail persévérant, sont les suprêmes consolateurs. Il n'y a rien au delà dans ce monde fugitif. Et s'il est possible de trouver un apaisement aux tristesses contemporaines et aux persécutions des hommes, on peut le faire en racontant les grandeurs des temps écoulés.

J'ai cherché cette consolation en exposant l'admirable mouvement scientifique qui est né avec Bonaparte, et qui, sous son influence personnelle et immédiate, a pris un développement si extraordinaire pendant le Consulat et le premier Empire. Jamais dans le passé,

on n'avait vu une telle floraison de savants illustres et de découvertes fécondes. L'histoire des Sciences sous le règne, de Napoléon manquait à l'enseignement. J'ai entrepris de l'écrire à l'instant où le système républicain prédit à la France à Sainte-Hélène, dirige nos destinées ; au moment précis où le chef de l'Etat est le petit-fils de celui même qui fut le protecteur des débuts, le conseiller constant, le collaborateur de la dernière heure et l'ami fidèle du Vainqueur d'Iéna.

J'ai voulu, sur le point de terminer mon ouvrage, revoir Anvers et Waterloo, qui ont été les dernières étapes militaires de Carnot et de Napoléon.

A Anvers, j'ai salué la statue de l'Organisateur des premières victoires de la Révolution. Il n'en a pas à Paris. Je me suis rappelé aussi que ses dépouilles mortelles étaient toujours dans le cinletière de Magdebourg.

J'ai considéré cet abandon comme une ingratitude qu'il fallait faire cesser en rapprochant sous le dôme des Invalides les restes de ces deux hommes qui incarnent si glorieusement la lutte contre l'étranger.

A Waterloo, j'ai contemplé, avec une in-

dicible émotion, la vaste plaine où succomba dans un effort suprême, Celui qui avait porté si loin et si haut le renom français. J'ai maudit la trahison de la destinée, ayant pour complices les Prussiens de Blûcher. Je me suis rappelé les injures des hommes, et j'ai senti que je devais seulement chercher une justice et un reconfort dans l'intimité sereine des sciences et des savants que Napoléon a tant aimés.

Je vous prie, Monseigneur, d'accepter la publique dédicace de ce livre, qui est une oeuvre patriotique et non départi, et de croire à mon dévouement respectueux et complètement désintéressé.

Georges Barral.

Ecrit à Mont-Saint- Jean

dans la plaine de Waterloo

le 5 mai 1889.

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