CHAPITRE PREMIER
DISSENTERS OU DISSIDENS , SÉCÉDERS OU SÉPABATISTES d'aIÎ- OLETEBRE, d'ÉCOSSE, DES ÉTATS-UNIS d'amÉRIQUE^ PURITAINS, PRESBYTÉRIENS^ INDÉPENDANS , CONGRÉGATION ALIS TES , ETC.
Quand TAngleterre , au seizième siècle, se détacha de rÉglise catholique, le régime épiscopal y fut maintenu; et, pour capter Tadhésion d'une foule de gens qui ne jugent guère des choses que par l'extérieur, on conserva plusieurs rites catholiques, tels que le signe de croix en baptisant , la génuflexion en recevant la cène, l'usage du surplis; maisces usages furent réprouvés , conune étant des restes de papisme , par ceux qui rejetaient Fépîs-
copat.
Artisans, militaires, femmes, enfans, chaque séparatiste se croyait capable et même chargé de réformer l'Eglise, d'expliquer la Bible , de prêcher. Des soldats , à qui on voulait interdire cette faculté, déclarèrent que, si on les empêchait de prêcher, ils refuseraient de combattre. De ces réformateurs, les uns, soutenant que la magistrature même devait être abolie , voulaient une théocratie^ et pas d'autre monarque que le roi Jésus. Ils rejetaient les symboles , les confessions de foi , les noms de saints , les dénominations des jours de la semaine et des mois , comme étant d'origine païenne. Dans leur langage ils employaient, à tort à travers, le style figuré de la Bible. D'autres , persuadés que le dimanche n était établi que d'après les traditions papistes , voulaient qu'on chômât le jour du sabbat; et, regardant comme perpétuelle la défense de se nourrir des viandes suffoquées, ils auraient cru faire un péché en mangeant du boudin. Ces opinions, et d'autres non moins étranges, étaient répandues et adoptées par des personnes dont l'ignorance dégénérait quelquefois en extra-* vagances criminelles. A Walton, sur la Tamise, un soldat prédicant entre à l'église, avec une lanterne contenant cinq chandelles allumées, il intime aux assistans lobligation de l'écouter, parce qu'il est messager du Très-Haut. Le dimanche est aboli , et il éteint une chandelle; les dîmes sont abolies , il en éteint une seconde; le sacerdoce et la magistrature sont abolis, il éteint la troisième et laqua-
DISSENTERS, itc. 3
trième ; la Bible même est abolie , il éteint la cinqi|ième« A Douvres , une femme coupe la tête à «on fils t parce qu elle en a reçu Tordre de Dieu , coomie Abraham. A York , en 1 647 , une autre cruciQe sa mère , et sacrifie un veau et un coq. Quelques frénétiques veulent tuer leurs chats , patree qu'ils ont pris des souris le jour de diman* che ; mais pour lie pas, comme les chats, violer le précepte, Texécution est différée jusqu'au lundi, Henri VIII, qui, après avoir écrit contre Luther en faveur de l'Eglise catholique, l'avait quittée pour laisser un libre cours à ses pencha ns impudiques , s'efiS^rça de donner à sa nouvelle Église une forme régulière. Alors les partisans de la réforme inclinaient au luthéranisme , et sous Edouard YI au calvinisme. Marie , qui lui succéda , favorisait les Catholiques. Les persécutions exercées sous ces trois règnes, eurent une direction analogue à la disparité des doctrines ; les évéques anglicans , qui voulaient faire prévaloir leur liturgie, éprouvèrent une forte résistance. Pour se soustraire à leurs vexations, sept ou huit cents &nigrans se réfugièrent en Hollande, en Suisse, en Allemagne, et surtout à Francfort- sur-le-Rhin, où leurs querelles religieuses choquèrent les Luthériens. Ceux-ci , à leur tour, persécutèrent les fugitifs , parce qu'ils étaient sacramentaires. C'est ainsi quïls appelaient ceu;c qui niaient jia présence réelle ^
^ Histoire eocl^asticfue par Mosheim, traduite par
dépendans OU Niveleiirs en matière civile. Sôus le nom de Dissenters ou Dissidens , de Non Conformistes ^ on comprend tous ceox qui ne sont pas de l'Eglise anglicane , mais surtout les Presbytériens, les Indépendans, lesljaptistes; quelquefois on restreint l'acception de ce mot aux lAciétés qui rejettent lepiscopat, sans y comprendra es Catholiques 5 les Juifs , les Quakers.
Mâclaine reproche à Bapin Thoyras d'avoir confondu les Brownistes , qui permettent à tout individu de prêcher, avec les Indépendans , qui ont des ministres approuvés ^ Cependant on lit dans Sinclair , qu'à Hamilton , en Ecosse , les Indépendans ,^qui à la vérité, ne sont là qu'au nom- .bre d'environ cinquante , officient tour à tour.
Les CoDgrégationalistes d'Amérique ne veulent pas être appelés Indépendans ^ quoiqu'ils en aient à peu près adopté le régime. Le terme congrégationaliste est encore très-équivoque; il y a des Congrégationalistes unitaires, calvinistes, universalistes, faopkinsiens.
Les dénominations de Puritains, de Presbytériens, présentent la môme ambiguité. On appela Puritains tous ceux qui, rejetant la liturgie et les cérémonies anglicanes, se séparèrent sous prétexte d'établir lin cfulte plus pur. Une secte du moyen âge , celle des Cathares , avait le même
^ Ses notes sur Mosheîm, tom. v, pàg« 578, édition française dTverdun , en six vol. in-8®, , 1776. -
DISSëNTERS, rrc. 7
nom; en grec Ka^cepoç, signifie pur, innocent.. Cette qualité , qui , en flattant l'amour - propre ^ donnait une couleur de sainteté , augmenta leur parti y dont le premier chef, selon Selden , fut le comte de Huntingdon , petit-neveu du , cardinal Polus ; mais quant à la dénomination , le fameux Antoine de Dominis^ archevêque de Spalatro, paraît être le premier qui employa le terme de Puiitains\ que Tusage appliqua plus spécialement à une classe de sectaires opposés à FÉglise anglicane. Calvinistes rigides et ennemis jurés des Catholiques , les Puritains perdirent ensuite leur nom , en s^distribuant sous divers chefs Indépendans, PresbytérienSyCongrégatioualistes. Maisdans chacune de ces sociétés issues du puritanisme^ régnait une divergence d'opinions qui , successivement y modifièrent leur système. Thomas Edward, ministre à Londres, dans son livre intitulé La Gangrène y comptait cent quatre-vingts erreurs ou blasphèmes , qui , dans l'espace de trois ans , depois 1640 , avaient scandalisé l'Angleterre ^.
Les Indépendans ou nouveaux Puritains , avaient la même doctrine que les Presbytériens y sous le nom desquels ils se cachaient souvent ; mais leur régime était différent , ils portaient plus loin qu eux les opinions démocratiques y ne vou-
^ De republicâ occlesiasticâ , autore M. Â. de Domînis , ÎD^l. Londini» i&io, tom. ii, pag. SgS et 974*
^ Honora Reggî, pag. 34*
lant ni*roiSy ni pairs, mais en tout l'égalité. A la déDomination dlndépendans, ils préfèrent actuel* lement celle de Gongrégationalistes.
Les Presbytériens d'Angleterre formèrent leur première corporation l'an 1572, à Wandsworth, comtédeSurrey, quelques années avant l'organisation de ceux d'Ecosse, auxquels leur existence n'est pas connexe.IIs composaient les deux tiers de la totalité des Dissenters à la fin du règne de la reine Anne. Actuellement leur nombre, comme Presbytériens, est diminué. Dans le dix-septième siècle, jusqu'en 1 645 et même plus tard , ils fréquentaient les temples anglicans ; c'était un moyen de s'agiter contre des persécutions que l'Église établie n'épargnait à aucune classe de Dissidens. Deux espèces d'êtres infâmes qui abondent dans tous les siècles et tous les pays , les espions , les dénonciateurs , faisaient des battues continuelles* On vit des Catholiques et des Presbytériens traînés ensemble sur des claies à Smithfield , où tour à tour , à diverses époques, on fit périr des innocens de toute religion existante eii Angleterre.
Le dissentérisme s'accrut beaucoup , lorsqu'en 1 662 fut publié l'acte d uniformité , le jour de la Saint - Barthélémy : plus de deux mille ministres , communément appelés théologiens barthélemites , et parmi lesquels se trouvaient des hommes sa vans , furent expulsés pour n'avoir pas voulu s'y soumettre ; ils préférèrent la persécution et la perte de leurs bénéfices plutôt que d'abau-
DISSENTERS, etc. 9
donner leurs opinions. Sous Charles II, violateur de ses promesses, et qui fit cette Sairit^Barthélemjr^ des milliers de Dissenters de toutes les croyances périrent en prison ^ L'un d'eux , Bunyan , auteur célèbre de l'ouvrage Pilgrim Progress , fût douze ans captif à Bedford.
Les mesures de rigueur dirigées conti'e les Dissenters leur défendaient de s'assembler pour le culte au nombre de plus de cinq ; la première fois sous peine d'amepde , la seconde fois sous peine de prison, la troisième fois ils étaient bannis^ et, s'ils rentraient , ils devaient subir la peine capitale. Les cachots regorgeaient de ces malheureux ; la terreur régnait dans les familles à tel point , qu'on y craignait de prier en commun quand on était plus de cinq personnes, et même de bénir les mets avant le repas. Cette Saint- Barthélémy perpétue chez les Dissenters des souvenirs qui ne s'effaceront jamais ^.
Le régime ecclésiastique des Presbytériens écossais leur fut apporté de Genève par Jean Knox , appelé par eux Y apôtre de t Ecosse. Les ruines encore subsistantes de monumens catholiques en ce pays , rappellent les déclamations furibondes de Knox , qui criait : Détruisez les nids , les oiseaux disparattront. Thomas Bellamy , auteur de l'ouvrage singulier, intitulé : Philanax angU*
^ Publics characters, de 1801 à 1802 , pag. 5a5 et suw. 2 Nightingale A portraiture ùf cathoUcism , pag. 4^5, en note.
eus , prétend que les Presbytériens sont des rebelles. Il s'escrime contre Luther et les autres patriarches luthériens et calvinistes de la réforme^ contre sa sainteté Calvin , qui eut , dit-il , pour légats à latere , Knox , Goodman , Buchanan , et Bèze , le Tibulle de Genève.
Les Presbytériens de toute espèce n'ont que des ministres, des anciens et des diacres ; ils détestaient Tépiscopat. La haine devint plus acerbe lorsqu'on entreprit de leur faire accepter la liturgie anglicane. Cette tentative causa de grands troubles. jPour la repousser, fut rédigé le Coyenant, ou pacte solennel , qui , proclamé et accepté dans toute l'Ecosse avec la rapidité de l'éclair , fit trembler le gouvernement anglais ; des explosions sanglantes en furent plusieurs fois le résultat. Le docteur Scharp , archevêque de Saint-André , fut tué dans sa voiture en 1669.
L'Eglise écossaise porte invariablement le titre de Kirk of Scotland. Le mot kirk :, qui , suivant l'opinion la plus commune , est d'origine saxonne , signifie la même chose que church. L'existence de cette Église fut sanctionnée par l'acte d'union des deux royaumes, en 1706. Elle est la dominante; de sorte que les épiscopaux, en Ecosse , son^ euxmêmes Dissenters. L'Eglise écossaise est aujourd'hui divisée en arrondissemens , nommés Prèsbjrtères , au nombre de soixante-neuf ; et Sjnodes , au nombre de quinze. L'assemblée générale se tient annuellement en mai , à Edimbourg. Chacune de$
DISSENTERS, etc. H
assemblées particulières â droit de citer tout membre de rÉglise , de l'admonéter , de l'exclure ou de le suspendre de la participation à la cène ; mais il a droit d'appel à l'assemblée supérieure. Ainsi le régime presbytérien est aristocratique ; ce qui le difîerentie des Gongrégationalistes , des Inàé^ pendans , dont le gouvernement est purement démocratique. Ceux-ci soutiennent que chaque con^ grégation a une juridiction complète sur ses membres,'sans dépendance d'évêques , . de synodes/ de toutes assemblées ecclésiastiques , composées de députés. Les Presbytériens, moins stricts que jadis sur le dogme , paraissent moins attan chés au calvinisme que Jes Ipdépendans, et ad^ mettent plus de latitude dans leurs opinions religieuses.
En 1732 , un grand schisme dans l'Église écossaise fit naître la secte des Burghef^ et Anti-Burghers, qui seront l'objet d'un chapitre particulier. A des époques plus récentes ont éclaté des divisions nouvelles. L'introduction d'une musique réformée causa une fermentation générale, et produisit des scènes bizarres. Chaque assemblée était partagée en deux factions, l'une chantant les psaumes à l'ancienne musique , l'autre à la nouvelle; une troisième partie se composait de curieux attirés par la singularité du spectacle. Les deux factions se portaient en force au temple le dimanche; et dès que le ministre du haut de la chaire avait annoncé le psaume , elles entonnaient chactme à
la DES SECTES RELIGIEUSES.
sa manière. De là un tapage horrible , on donnait, on recevait et Ton rendait des soufflets. C'est du moins ce qui arriva en plusieurs endroits. Le magistrat d'Edimbourg se déclara en faveur dé la nouvelle musique , et pour apaiser le tumulte , il nomma un comité de ministres , au nombre desquels était Hugues Blair, à qui ses talens oratoires ont acquis de la célébrité.
Les Anglicans croyent que rattachement au gouvernement politique devrait attacher à TÉglise anglicane ; et partant de ce point, ils ont une tendance à regarder comme hostile toute société qui n'est pas de leur croyance. Blackstone stigmatise le dissentérisme comme^un crime et ceux qui le professent comme des demi-chrétiens ^ . Newton , évéque de Bristol , leur reproche 4être plus inlolérans que les Papistes , dont ils ont détruit et brûlé les églises en Ecosse. Il demande qu avant d'être admis à exercer un office public du culte , tout Dissenter soit tenu d abjurer ^ par un acte authentique y la doctrine des Antinoméens , des Levellers, des Républicains et autres ennemis du gouvernement. Les Dissenters lui paraissent pires que les Papistes , car ceux-ci veulent seulement , « dit-il , changer la religion de 1 état , tandis que les Dissenters veulent changer le gouvernement et la religion. En reconnaissant qu'ils sont estimables comme individus, il les trouve dangereux comme
^ Gonder, tom. u, pag. 497 ^^ ^'^^*
DISSENTERS, itc. ,1$
secte ^ Il faut leur rendre la justice , que dans Faffiaiire de Fémancipation des Catholiques y auxquels une tyrannie persévérante refusait des droits que leur assurent la nature et la justice 9 quoique les Presbytériens soient plus opposés aux Catholique^ qu'aux Anglicans , ils formaient des vœux en faveur des Catholiques. Quant à l'accusation de républicanisme, David Hume, apologiste des Stuarts, avoue cependant que la fermeté des Puritains a conservé des étincelles de liberté en Angleterre ; et cet esprit s'est perpétué dans les Presbytériens , qui tirent d'eux leur ori* gine. On a remarqué , parmi les sectaires qui ne sont pas de l'Église épiscopale, un grand zèle pour les libertés civiles, politiques, religieuses, et une tendance au républicanisme, parce qu'ils voient la i^oyauté unie à la tyrannie sur les^ consciences. Presque tous sont Whigs , c'est-à-diré du parti de l'opposition. Dans leur rang ont toujours figuré des hommes distingués , Milton , Daniel de Foé , Bunyan, Leland, Doddridge , Watts, Kippis, Price , Priestley, Gilbert Wakefield. Ce dernier, qui avait été Clergyman anglican , s'était fait Dissenter sans s'attacher à aucune des sociétés non conformistes , et même il écrivit contre l'utilité du culte public, comme l'a fait après lui, en Allemagne , Loefler , surintendant de Gotha.
^ The Works qf the R, The Newton , tom, i , of ap-pendix, n*". 2 et 3.
l4 D£S SECTES RELIGIEUSES.
Abraham Rees, éditeur de V Encyclopédie an* glaise y a été soixante ans ministre presbytérien à Londres. Les * Dissenters ne pouvant obtenir les degrés aux universités de Cambridge et d'Ox-ford , qui exigeaient les s^rmens anglicans , prenaient leurs degrés en ÉcoSe ou aux États-Unis.
La controverse entre les Dissenters et les An* glkàns s'étend aussi sur des articles dogmati- (|ues. Celle Iqui concerne la justification a été trèsânimée parmi les Presbytériens. Bull, dans son Harmonie apostolique , ftyant établi contre Luther et Calvin la nécessité des bonnes œuvres, on Faccusa de tendre an papisme ; ce qui ches& les Anglicans n'était qu'une guerre d'auteurs , devint chez les Dissenters une guerre d'église par la réimpression vers 1690, des ouvrages de Crîsp, que l'assemblée des théologiens de Westminster fit brûler comme tendant à Vantinomianisme ^ On discuta longuement isur la régénération , qui change radicalement les affections par l'influence du Saint-Esprit.!
Un autre objet de discussion!, dans ces derniers temps , a été d'examiner s'il est conforme aux principes du christianisme, de bénir les drapeaux militaires qui i^onduisent les hommes aux combats «t à la mort.
Les Presbytériens , dans leur assemblée de Tân
* An historical vi&w qf the state ofthe protestant dissenters in England , by Toulmin , in-8**., i8i5
DIS'SENTERS, «rc. l5
164s 9 avaient publié un écrit contre les Indépen* dans qui s'étaient séparés d'eux. Barwik^ en rappelant ce fait,< demande si lou peut excuser les Presbytériens d'Ecosse , qui, dans cette contrée, se sont séparés des évêques \ Son raisondement tourne contre son Eglise, J^emarquez que toutes les sectes en condaninantles scissions, en insistant sur le besoin et le devoir de l'unité , prononcent elles-mêmes leur sentence. Tous les Diasenters ne défendent, en opposant à,l!£glise anglicane, comme argument sans réplique, les motifs sur lesquels elle-même a. prétendu pouvoir se séparer de l'Eglise ciitliolique^ Est-il surprenant que les eiforls de l'Église anglicane, pour les ramener dans son giron , aient été jusqu'ici infruc* tueux ? Vainement auprès d'eux elle excuse la conservation de rits réputés papistes , en disant qu'elle ne considère pas comme essentiel l'usage de porter un surplis, de faire le signe de la croix au baptême, de s'agenouiller pour recevoir la. cène. Les sectes dissidentes, loin de se rapprocher, ont étendu leurs conquêtes à tel point, que le plus grand nombre des Anglais n'est pas Anglican. Cette Eglise , qui est une création du gouvernement y tremble pour ses dîmes 9 ses bénéfices et ses droits politiques. De là tant d'éfcrits pour et contre la conformité ; de là tant de clameurs sur Taccroissemènt progressif des Dissidens. En 1799,
^ A treatise on the church, etc. , pag. i5.
l6 DES SECTES BELIGIEUSES.
Tévéque de Salisbury sonna Talàrme par une lettre pastorale*. Sur-le-champ s'élancèrent dans Tarène^ pour le combattre > Wansey et d'autres athlètes. La discussion se ranima sur le droit de jugement j^rivé ^t sur la liberté de conscience^ comme étant violés pa^ l'Église anglicane.
Dans son apologie de* la non-conformité , Josiah C!onder distingue entre Tusage des symboles , et leur imposition. L'usage peut être utile, mais l'imposition lui paraît un attentat. Il appelle le symbole Athanasien , une production monstmeose, enfantée par un zèle perverti et une animosité anti*-chrétienne ^
Denx savàns Dissehters , Pye Smith , ministre à Homerton, près de Londres , et Wilks, dans tin sermon prêché à Paris , en 1817, ont livré de nouvelles attaques à l'Eglise anglicane , en lui contestant le droit d'imposer sa croyance ^. L'ouvrage du second nous révèle une fourberie qui n'appartient pas exclusivement à l'Angleterre, c'est que ,1e ministère emploie l'ascendant du clergé pour influencer les élections parlementaires ^. Le même auteur assure que les criminels traduits
^ On protestant non eonformUty, etc. , tom. i, pag. 100 et lai.
2 The reasons of the protestant religion , in-8®., London, i8i5, by John Pye Smith ^ et Non conformitjr a sermon delweredy etc., by Mark Wilks, 3«. édition, in-8**., London, 18 18.
3 Wilks , pag. 74.
DISSEIÇTEBS, etc. I7
aux assises sont plus nombreux chez les Anglicans que chez les Dissenters , avec quelques exceptions toutefois, et ces exceptions il les trouve chez les Catholiques ^
Les sectes nouvelles qui fourmillent dans les trois royaumes, font journellement de nouvelles brèches à langlicanisme. Elles prouvent la vérité de ce que disait lord Sydmouth : U Angleterre a une Eglise établie et un peuple sectaire. Les temples anglicans sont peu fréquentés ; on afflue dans ceux des Di.-senters, surtout des Méthodistes. Ils ont une activité infatigable, et dans leur extérieur tous les symptômes de la régularité. Leurs citations fréquentes des textes évangéliques contre les richesses et ceux qui les possèdent , sont des flèches lancées sur TÉglise anglicane; ils rappellent volontiers les persécutions exercées contre leurs ancêtres 7 quoique présentement ils soient fort tranquilles; au lieu de liturgies prescrites, ils préfèrent des prières extemporanées y cest-à^ dire improvisées , dans lesquelles TefFusion du cœur n'est pas restreinte par une formule de commande. Ils ont d'ailleurs adapté les heures des oïr fices aux besoins du peuple et à la possibilité de s'y rendre. Ces considérations expliquent assez bien les raisons de l'accroissement du disseutérisme. L'aversion de l'Église établie envers les Dissidens, collectivement considérés , fortifie leur
^ Wilks., pa^. 100
l8 DES SECTES RELIGIEUSES.
tendance à se rapprocher entre eux. Aussi n est-il pas rare de voir des personnes qui vont aux églises non conformistes sans préférence pour aucune , et de voir des ministres qui changent de religion , mais ce nest presque jamais au profit de l'anglicanisme
Dans ce grand nombre de sectes répandues sur les Iles britanniques , on ne voit plus figurer les Puritains ; ils n'appartiennent plus qu'à l'histoire. Seulement y dans les comtés occidentaux de la basse Ecosse , le voyageur Necker de Saussure retrouva encore parmi les classes inférieures de la société ce langage oriental, ces locutions mystiques et cette tendance au fanatisme religieux et politique , qui caractérisaient les Levellers et les Puritains \ Dès le temps de Charles II, dont la cour, à l'exemple du maître, était libertine et impie, par dérision on appelait puritain et mécontent quiconque blâmait la dépravation de la cour et l'orgueil des prélats , quiconque avait ou affectait une conduite régulière , comme de nos jours dans le même pays, on appelle les mêmes hommes des saints , des méthodistes , lors même qu'ils ne sont pas Méthodistes. Les ricaneurs croient aiguiser une épigramme ; les hommes sensés peuvent l'accepter comme un hommage.
Poursuivi en Europe , le puritanisme se réfugia
^ Voyage en Ecosse, etc., par Necker de Saussure, in-8o. Genève et Paris, 1821 , tom. 11, pag. i52 et suù^.
DISSENTERS, etc. I9
dans la Nouvelle-Angleterre et y vit éclore dans son sein des controverses dogmatiques, liturgi« ques et disciplinaires. Ou disputa sur Fobéissance aux magistrats , sur Femploi de la monnaie empreinte d'une croix , sur Fusage du voile pour les femmes dans les églises. Cet article fut débattu , surtout à Salem, où les adversaires du voile alléguèrent que Thamar, pour cacher sa luxure , était voilée. Alors les femmes qui jusque-là eussent été honteuses d'entrer sans voile à l'église, eussent été honteuses ensuite d'y paraître voilées.
Un des plus ardens missionnaires dans la Nouvelle-Angleterre , fut John Eliot , qui , débarqué à Boston en i63! , déployant un zèle infatigable envers les colons et envers les indigènes , fut surnommé Yapôtre des Indiens. En accordant à ses vertus, à ses talens, des éloges mérités, les historiens n'ont pas dissimulé son excessive antipathie contre les perruques et le tabac , dont Fusage lui paraissait très-criminel. Les têtes chauves s'échauffèrent , et , selon Fexpression d'un biographe , les perruques et la pipe triomphèrent ^ .
Les héritiers du système presbytérien et indépendant y portèrent, dès avant i64i, ce rigorisme qui s'est maintenu dans le Connecticut jusqu'à l'époque actuelle. Le voyageur Lambert imprimait en 1810 que, dans cette contrée, il est expressé-
^ Voy. Tarticle John Eliot dans le Biographical die-
tioiiary de William Allen.
^O DES SKCTES RELIGIEUSES.
ment défendu de donner des .chevaux aux personnes qui voyagent le dimanche ; mais les prévaricateurs, arrivés à Fauberge, prennent des chevaux, les sellent et partent. On agît à leur égard comme avec les Quakers anglais, qui disent aux collecteurs des taxes de guerre et des dîmes : Ami , tu peux prendre; mais je ne puis te donnera. Il fut un temps où une femme ne pouvait pas même embrasser son enfant un jour de jeûne , ni le dimanche qui commence le samedi au coucher du soleil. Les mêmes hommes qui, pour échapper à la persécution , avaient quitté l'Angleterre , devinrent persécuteurs en Amérique. Leur clergé exerçait une grande influence, particulièren^ent dans le Gonnecticut , quoique dans cet état il ne puisse ni élire, ni être élu. Cette influence se fit sentir, dans la législation de divers états , par des mesures intolérantes dirigées surtout contre les Catholiques. Par les lois de New-Haven, un prêtre (ca-
holique, car il ne s'agit pas de ministre) ne pouvait habiter le pays, il était banni ; et, s'il rentrait,
1 était puni de mort. Il était défendu d'accorder l'hospitalité à un Quaker j un Adamite ou autre hérétique. Si quelqu'un se faisait Quaker, il devait être banni; et s'il rentrait, puni de mort^. Ailleurs,
^ Travels through lower Canada and United States , London, by John Lambert, iD-8°., 1810, tom. m, pag. 86.
^ Voy. ces lois de New-Haven dans VInquisitor Trai-eUer, by Edward Ghurch, in-80., London, i8oi , pag. i5a et suw.
DISSENTERS, itc 21
)a peine capitale fi*appait également les Baptistes.- Plusieurs Quakers furent exécutés en 1692. Des procès pour sorcellerie retracèrent les délires sanglansde TËurope sur-cet objet. La même année ^ le grand jury de Massachusetts condamna au sup* plice Marie Osgood, de la ville d'Andover, qui , onze ans auparavant , ayant fait un pacte avec le démon , et renoncé à son baptême pour être baptiséepar le démon , lui avait promis de Tadorer et d'être à lui en corps et en âme ^
La peine capitale contre les Catholiques, les Quakers , les Baptistes et autres hérétiques , prouve que les Presbytériens, alors maîtres du terrain , se regardaient comme les seuls orthodoxes. Le terme d! hérétique 9L ua sens relatif, comme celui de Dissenterj qui suppose une Eglise établie et nationale. Ainsi aux Etats-Unis , où tous les cultes sont égaux , il n'y a pas de Dissidens.
La haine du despotisme, qui , dans les premiers temps, peupla le Maryland de Catholiques, la Pensylvanie de Quakers, la Nouvelle-Angleterre de Presbytériens , a maintenuchez tous la ferveur républicaine. Elle fut encore alimentée , chez ces derniers , par deux écrits dictés dans la colère. Les colonnes du sacerdoce renversées ^ et le PFhig indépendant y dont le second parait avoir été très-^ répandu dans ces contrées ^.
'* La collection historique de Boston, tom. vu, pour l'an 1800, pag. 241-
^ The pillars of priestcrnft shaken, par Baron, et
• Les CongrégationalTstes , secte mitoyenne entre les anciens Brownistes et les Presbytériens, suivent le système de discipline établi en 1708, sous le nom de Sajr-brook-'platformj qui est leur guide dans les affaires importantes. Chaque congrégation, disentils , est une partie de l'Eglise visible et militante ^ une société de saints unis, dans l'intention de rendre un culte public à Dieu , et de s'édifier mutuellement. Pour y être admis , il faut la foi en J.-C, le repentir du péché; reconnaître la .Trinité, la prédestination, la dépravation originelle, la rédemption particulière , la persévérance finale. Ils diffèrent des Indépendans , en ce que ceux - ci avaient des synodes qui décidaient et prescrivaient ; au lieu que chez les Congrégationalistes , ils sont seulement moniteurs ( advisorys ). Ils croyent que chaque Eglise est un corps organisé et muni de tout ce qui est nécessaire pour atteindre son but religieux , sans être sujette à aucune autre , attendu que le Nouveau Testament ne parle pas d'églises diocésaines, mais d'églises particulières. Ainsi chacune choisit son pasteur, elle exerce la plénitude de juridiction sur ses membres, quoique, pour l'avantage réciproque et pour terminer des différens, elles s'associent à d'autres , et qu'elles aient des assemblées deux fois Tannée. En 1810,
Yindépendant fVhigj attribué à Gordon, ou à Robert Cunyngham. The Anti- Jacobin , etc. , tom. i , pag. 628 etsuiv., et Lambert Trqç'cls, etc. , tom, 11, pag. 98.
DISSENTEBS, etc ^"i
on comptait environ mille congrégations dans les États-Unis , et douze cents ministres et candidats pour le ministère.
L'Église presbiytérienne des États-Unis date de rétablissement du presbytère de Philadelphie , en 1 704 9 c'est la secte calviniste la plus rapprochée des anciens Puritains ^ Leur synode d'York et Philadelphie, en 1769, écrivant en signe d'union aux Églises helvétique et genevoise, leur marquait qu'ils adoptent la confession de Westminster, rédigée en i647> ^^ approuvée par l'Église d'Ecosse. Elle enseigne la prédestination , sans prévision de la foi ni des bonnes œuvres. En 1771 , Huldric, autistes à Zurich , leur répondit au nom des Églises réformées de Suisse et de Genève ; il leur recommandait de ne pas rompre avec les Episcopaux , quoiqu'ils aient des rites différens^.
Une nouvelle lettre a été écrite aux Protestans français , par l'assemblée générale de l'Église près* by térienne des États-Unis , tenue à Philadelphie en mai 1828. Le rapport sur son état actuel en Amérique, annonce qu'elle comprend seize sy-^ nodes, divisés en quatre-vingt-dix presbytères, qui forment ensemble mille neuf cents oîxante-^
^ V, l'ouvrage tr'ès-intéréssant : Description des Etats- Unis , par M. Warden , ancien consul général, etc. , in-8®^ Paris, 1820, n^. 5, pag. 35 et suiv.
^ V, Ces pièces dans la Bihliotheca hagana, classis septimœ et ultiniœ , tom. vi, pag. 5i3 e^ smiV.
t^4 DES SECT£S RELIGIEUSES.
huit églises, desservies par mille deux cent quatrevingt-cinq pasteurs.
Les Protestans des Etats-Unis, en rappelant les époques de tyrannie de la pant des évêques anglicans contre leurs ancêtres, citent entre autres Tannée 1729 ^ L'esprit religieux, affaibli dans le Nouveau-Monde, se ranima, disent-ils , en 174^ et 1 744 9 surtout par les prédicateurs ambulans. Depuis un demi-siècle, le nombre des sectes exportées s'est accru par la multiplication de sectes indigènes. Leur nombre total s'élève à soixantetrois, selon Félix Beaujour, qui voit chez elle une corruption profonde, cachée sous l'ostentation des vertus. Les Américains ayant abandonné la voie de l'autorité , ne regardent guère , dit-il y les opinions religieuses que comme des opinions philosophiques. Voilà pourquoi ils en changent si aisément. Tel , en changeant de quartier , passe à une communion dont le temple est plus à sa portée. Ils ne sont pas indifférens sur la religion dans son acception générale ^ mais sur le choix ^. Les parens, fussent-ils très-relàchés, préfèrent de voir leurs enfans embrasser les sectes rigides , comme offrant plus de sécurité pour le salut. Les antipathies de secte sont extrêmement amorties. Dans plusieurs villes de Tétat de Massa-
^ BibUotheca , etc., et Daily c^ronic/e de Philadelphie, 7 mars 1829.
- Aperçu des États-Unift au 19* siècle, par M. Félix Beaujour, in-8**., Paris, i8i4» pag. i^ietsuw.
DISSENTËRS, ETC. '-»5
chusetts, les Congrégationalistes et les Baplisles se sont tellement rapprochés , qu'ils ont nommé , en 1822, un comité chargé de discuter et d'aplanir toutes les difficultés, afin de compléter leur réunion ; en attendant ils vivent très-bien ensemble , et les ministres respectifs se remplacent en cas de besoin. Le temps n'est pas éloigné, peut-être, où plusieurs de ces sectes se fondront les unes dans les autres.
Ces détails préliminaires ont paru indispensables pour fixer les idées des lecteurs , sur ce que dans les Iles britanniques et les Etats-Unis , on appelle Dissenters, Non Conformistes , Puritains, Presbytériens , Indépendans , Congrégationa^ listes , Sécéders.