‹ Histoire des sectes religieusesChapitre 2 sur 59 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

old disserters , angient dissiden s ou gaméroniers , ou mac-

millahites, brownistes.

La plupart des auteurs récens qui ont traité des sectes, gardent le silence sur les Caméroniens. Ils ne sont pas mentionnés , même dans le grand ouvrage de Baumgarten, imprimé en 1766 \ quoiqu'il y parle des opinions de Jean Caméron , Écossais, professeur calviniste à Saumur, en France , qui , trouvant trop dure la doctrine de Calvin , soutenait que la volonté de l'homme est déterminée , non par l'action que Dieu exerce immédiatement sur elle, mais par l'intervention des connaissances qu'il lui procure. Ce système , défendu par Amyrault, adopté dans des Eglises réformées, n'est, selon Mosheim, que l'arminianisme ou le pélagianisme déguisé^.

Dans John Evans et William Jones , écrivains

^ D. S. Jac. Baumgarten , Geschichte derreligious partheyen herausgegeben , von D. S. Semler , in-4°, , Halle ,

2 Mosheim, tom. v, pag. 382.

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anglais, on cherche en vain un article concernant Jes Caméroniens. Robert Adam a réparé cette

omission ^

Miss Adam dit qu'ils se perpétuèrent jusqu'à la révolution de 1 688 y et qu alors ils se soumirent au roi Guillaume. L'auteur de \ Histoire des cérémonies religieuses place cet événement deux ans plus tard. De leurs récits on pourrait conclure que depuis plus d'un siècle cette secte a disparu. L'un et l'autre se sont trompés. Remontons d'abord à l'origine des Caméroniens qui affectionnent le titre de The old scots presbjterians y anciens presbytériens écossais ,• ils le sont eflfectivement et ils prétendent avoir conser^^é intégralement la doctrine du presbytéranisme, telle qu'elle était sous Charles I^\ ; elle avait été ratifiée par les lois fondamentales de l'état, spécialement par rassemblée de Wetsminster, dont ils adoptent les décisions. Mais on y a dérogé depuis la révolution de 1688, et, comme ils rejettent les modifications qu'on leur a fait subir , on saisit ce prétexte pour les rendre odieux , en les appelant anti-gos^emment peopley comme s'ils étaient en révolte contre le gouvernement. Ils repoussent avec indignation cette qualification qui leur est inapplicable

Cette révolution de 1688 sanctionna la su-^ prématie royale, tant sur l'Eglise que sur l'état*

^ The religious world displayed, etc. , by Rob'. Adam » in-S"., Ëdimburg, tom. m, pag. 157 et suw.

et fixa les conditions auxquelles il fallut se soumettre pour être apte à posséder des emplois publics; ce qu'ils regardent comme contraire aux droits de la conscience. Us pensent que Tédifice social doit reposer sur une autre base ; mais , tranquilles et paisibles depuis plus d'un siècle, ils n'ont pris aucune part dans les troubles civils; cependant il n*en fut pas toujours de même.

^Angleterre a depuis long-temps le spectacle d^enthousiastes qui prêchent au milieu des champs, Jield'preachers. De ce nombre était Richard Caméron, qui a donné son nom à la secte dont il était ministre, et qui, en 1666 (1680, dit Adam), fut tué en combattant à la tête d'une révolte , à laquelle ses partisans donnent une autre dénomination; car suivant eux il défendait leurs libertés civiles et religieuses.

Les Caméroniens , faibles restes des Puritains , enthousiastes, en butte aux vexations, se réfugièrent dans les montagnes qui, ainsi que les marais , furent toujours l'asile des opprimés contre la tyrannie. De là ih furent appelés hommes^ des montagnes. La persécution les atteignit dans leurs retraites, et plusieurs, traînés sur la place publique d'Edimbourg, y subirent la peine du fouet et du pilori. Insensiblement Tenthousiasme refroidi diminua le nombre des adhérens«à la secte, et la restreignit à quelques familles qui prétendaient se distinguer par une

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probité et une dévotion plus rigides ^ Pour l'exercice de leur culte plusieurs fois ils furent réduits à tenir leurs assemblées religieuses en plein air, n ayant pas de temples ni de ministres, ce qui dura quelques années; mais, en 1706, M' Millau^ ministre à Balmaghie, épousa leur cause^ et , de pèi'e en fils, jusqu'à ces derniers temps , sa famille a fourni des ministres à la secte. De là le nom de Macmillanites, sous lequel on a désigné les Caméroniens.

Ce qu'on vient de lire montre qu'ils sont stricts Presbytériens, sans hiérarchie. En 1742, ils organisèrent leur administration sous le titre de Presbytère réformé. Actuellement ils en ont trois , un en Ecosse, un en Irlande, l'autre dans l'Amérique du Nord. Ces assemblées correspondent entre elles, comme églises sœurs, formées sur le même plan et réunies par les mêmes principes.

En Ecosse ils ont seize congrégations à Hamil ton , Laurieston , Douglas , Perth , Wamphray, Stirling , etc. , etc. , mais aucune n'est considérable. La plus nombreuse , celle de Stirling , est d'environ douze cents personnes ^. Six assemblées sont sous la direction du presbytère d'Irlande , et cinq sous la direction de celui d'Améri-

^ Hist. dé la conquête d'Angleterre par les Normands , par M. Thierry, in-8**. , Paris, iSaS , tom. m , pag 425.

^ Sinclair , tom. 11 , pag. i5o et 2o3 , tom. y, pag. 38^ ; tom. VII, pag. 459; tom. viii, p. 82; et rarticle Stirling, tom. xviii ,'ipag. 533 ; tom. xix, pag. ^5.

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que, entre autres à Pittsbourg, en Kentucky, où le voyageur Mellish en a trouvé ^

Brow^nistes. — La secte qui fait l'objet de cet article, eut pour fondateur, vers i58o, Robert Brown, né dans le comté de Rutland, en Angleterre, qui avait desservi pendant quelque temps une congrégation de Dissenters à Norwick. Puritain quant à la doctrine, ennemi de l'épiscopat ^, des synodes, des presbytères, il voulait que les Chrétiens fussent distribués en petites sociétés indépendantes, n'exerçant d'empire , l'une à l'égard de l'autre, que celui des conseils. Quoiqu'il admit des ministres , chaque membre avait la liberté de prophétiser dans l'assemblée , de discuter les points dogmatiques comme ceux de discipline; tout devait être décidé à la pluralité des voix ; ainsi les Brownistes donnèrent k leur organisation religieuse une forme complètement démocratique. Quelques-uns même disaient qu'il suffisait à leurs anciens d'être assis sur la selle pourvu que le peuple tînt la hride '.

Robert Brown consigna ses principes dans un écrit sur la f^ie et les mœurs des vrais Chrétiens *. Inquiété en Angleterre, il alla fonder à Middel-

^ . Tratfels in the United States , by John Mellish , tom. II. pag. 6i;

2 Honoré Réggi , pag. 36.

^ Collection of the Massachusetts historical society, in-8®. Boston, tom. v, pag. i8.

^ Life and manners qftrue Christian, iSSa.

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bourg, en Zélaade, une Eglise qui ne communiquait avec aucune autre société chrétienne.

Retourné dans sa patrie , Tau i582, il abandonna sa propre secte pour accepter un bénéfice de l'Eglise anglicane; il se vantait d'avoir été dans trente-deux prisons, dont plusieurs étaient si çbscures , qu'à midi il ne pouvait pas voir sa main. Sa dernière prison fut celle de Northampton, où il mourut en i63o, à l'âge de quatrevingts ans. On lui reproche un caractère hargneux , brouillon , et une vie déréglée.

L'historien FuUer dit qu'il eut une femme avec laquelle il ne vécut jamais, et une église où jamais il ne prêcha , quoiqu'il en tirât le revenu , et qu'en se déclarant opposé au paiement des dîmes , il perçut des dîmes.

Sous Elisabeth , à l'instigation de l'archevêque Bancroft, les Brownites furent persécutés avec fureur, dépouillés de leurs biens , arbitrairement jetés dans des cachots où beaucoup d'entre eux périrent de froid, de faim , de maladie , plusieurs furent pendus. Cependant leur nombre s'était accru , car, en 1 692 , il était de plus de vingt mille ; quelques-uns s'enfuirent en Amérique ^

Les Brownistes d'Amsterdam , à la fin du seizième siècle , avaient un ministre nommé Johnson , auquel succéda Ainswort . auteur d'un savant commentaire sur le Pentaleuque. Ceux de

^ Honoré Reggi, pag. 81.

Leyde avaient pour ministre John Robinson, le père des Indépendans , secte mitoyenne entre les Brownistes et les Presbytériens ; caries Brownistes étaient les Séparatistes rigides; les autres furent appelés Bobinsoniens ou Semi-Séparatistes ou Indépendans ^ Lorsque Robinson arriva en Hollande , Browniste inflexible , il développa leurs principes dans un ouvrage publié en 1619 ^, et combattit long-temps JSpwcop/w^ et ^rminius. Tout en reconnaissant les autres sociétés réformées pour de vraies Églises , il soutenait la nécessité de s'en séparer, et consentait à communiquer avec elles y seulement dans les sermons et les prières , mais non dans Tusage des sacremens et la discipline. Son aversion s'adoucit graduellement par des entretiens avec les ministres d'autres sectes. L'Eglise de Leyde s'affaiblit, parce qu'une partie des membres s'incorporèrent aux Calvinistes de Hollande.

Quelques-uns retournèrent en Angleterre , et d'autres, sous la conduite de Brewster, adjoint de Robinson, traversèrent l'Atlantique pour se réunir à ceux de leurs frères établis précédemment en Amérique. Quelques disputes religieuses amenèrent des défections parmi eux. Plusieurs, dit-on, devinrent athées, et d'autres se firent Quakers. Lorsqu'un prosélyte sollicitait son

^ William Jones , pag. 34-

^ Apologia pro exulibus Anglis qui Brownistœ i^ulgb appellantur , in-4" . , Lugd . -Ba t . , 1 6 1 9 .

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aggrégation aux BroWnistes, on exigeait préalablement une confession publique, dans laquelle il exposait l'état de sa conscience et des opérations de la grâce sur son cœur. Quant aux lemmes , on écrivait leur déclaration, qui ensuite était lue à l'assemblée; mais comme l'aveu de certaines faiblesses était un sacrifice pénible pour les deux sexes, la société modifia , en 1688, la sévérité de cette règle. En Angleterre, la secte se maintint mialgré la défection du chef; ensuite une grande partie s'unit aux Gongrégationalistes , aux Indépendans ; et il parait qu'en Europe elle est morte ou expirante ; mais elle subsiste encore en Massachusetts, où la Nouvelle-Pljmouth a été fondée par des Brownistes, qui, persécutés en Europe , persécutèrent aussi en Amérique ^

^ Collection of the Massachusett^s historical society, »'®. et 2™*. série, passiin et surtout 2™». série, tom. y, pag. Ï18.

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