‹ Histoire des sectes religieusesChapitre 17 sur 59 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

JEMIMAH OU GBMAIAIA WILKIUSOX. HALCYONS. GRRISTIAIIS OV CHRAYSTIANS. LES IMITATEURS DE JÉSUS-CBRIST ( T9E FOI^.- LOWERS OF CHRIST ).

Jemihah Wilkinson , quakeresse née en Rhode-- Island , manifesta un zèle précoce et ardent , qui , dès Tàge de vingt ans^ la fît admettre aux assem-* blées que tiennent les femmes de cette socjiété , toutes les semaines^ tous les mois y tous les trois mois.

En 178:2 y elle vint à Philadelphie avec deux compagnes et quatre hommes ^ devenus ses prosélytes ; elle y prêcha d^abord dans une maison par* ticulière : mais ayant obtenu Tusage libre d'une église méthodiste , et sur ce nouveau théâtre donnant plus d'essor a son zèle, elle pria et prêcha avec tant de componction , qu elle fit pleurer ses auditeurs \ Elle quitta ensuite Philadelphie , où revinrent, en 1787, quelques-uns de ses disciples, pour y propager sa doctrine. Voici ce qu on lit k ce sujet dans \ American muséum.

^ American muséum y tom. i, pag. 281.

M^ DES SECTES HELIGJEUSES.

Jemimah Wilkinson est Jésus-Chrîst incarné une seconde fois , dont le trône reste vacant au ciel jusqu'à ce qu'il aille Toccuper. Elle est Yami universel , Yami de tout le genre humain. Comme ridée d'un messie femelle est une incongruité, ses sectateurs ne veulent plus quon la nomme Jemimah Wilkinson ; car la femme qui portait ce nom est morte. Son âme est allée au ciel ; alors l'esprit divin, Jésus-Christ, est venu animer le corps de la défunte^ qui est ressuscité; et comme la dénomination des personnes appartient proprement à k substance spikîtuelle ^ son preûliei" nom est abrogé. Telle eât, sans douté, la raison pour Iâ<}uelle Yami universel affecte un habillement , dont les formés sont mélangées du costume tles deux sexes. Cette femme illettrée , mais douée d'une mémoire très-heureuse, est adroite; et ses impostures ont fait tin certain nombre de dupes.

Une lettre de Boston , vers la fin du siècle dernier, contenait «des détails analogues à ceux qu'on vient de lire. *

« Elle assUtia à ses intimes, qu*en octobre 1776 » elle fut attaquée d'une maladie dont elle mourut. 59 Son âmè monta au cîel, où elle continué dé rester ; » mais son cot^ fut aussitôt ranimé avec le pouvoir » et l'esprit du Chrisf, c'est avec ce corps qu'elle s'est » montrée comme prédicateur public. Elleauneré» » vélation immédiate pour tous les discours qu'elle » prononce , et elle est arrivée à un état d'absolue )) perfection. On rapporte aussi qu'elle prétend

6EMÀIMA. 2l47

M connaître Favenir', démêler les secrets du coear, » et guérir les maladies. Si quelque malade , qui » s'adresse à elle, ne guérit pas, elle l'attribue au » manque de foi. » ^

James Parker j et Sarah Richards , ses lietUenans ^ sont les deux témoins dont il est parlé au chapitre 1^ ^ de TApoMlypse. Celle-ci a Raphaël pour ange gardien ^.

Une apologie de Jemimah, insérée dans le même volume, ne détruit pas les allégations qu'on vient de lire ^ Liancourt, qui l'a vue à Friend- Mille, donne à ce sujet des détails dont on va li$^ quelques extraits»

« Un jour, dans une longue et dangereuse ma* ladie, elle eut ou feignit d'avoir une léthargie., telle que ses parens la crurent jmorte ; elle était depuis plusieurs heures dans cet état : od se préparait à l'enterrer, lorsqu'elle se leva Inrusquem^nt sur son. séant, demanda des habits , se dit res^^usr citée, et avoir abandonné, dans ce dernier accè^^ tout ce qu'elle avait de substance matérielle , vii^fx être soitie qu'avec la spirituelle , que comme uoe essence divine : elle se rendit à la prodiaîne^aseolblée, y parla en inspirée, ce qui lui procura d0s partisans.

» 3ieutôt désapprouvant quelques fi»ia^ de la

^ Apocal. , XI 9 3,

^ American muséum ,tom. i , pag. i65 et suw.

^ Ibid. , pag. oSi et éuit^, , pig. 333> 389» etc.

^8 DES SECTES B1^L,I<!ÎIEIJSES.

religion des Quakers , d'autres disent se montrant Tory au^commencement de la guerre de' la révolution, et favorisant ainsi le parti anglais, sous le prétexte de parler contre lli guerre, d'après la doctrine des Amis y elle fut admonestée dans une assemblée : c'est tout ce qu'elle voulait. Elle continua ses sermons; fut chassée des assemblées, ce qu'elle désirait plus particulièrement encore : et alors elle prêcha hautement l'abolition des assemblées de censure, la réforme du gouvernement de l'Église, la liberté pour chacun de prêcher à sa vo-r lonté , sans s'astreindre à en demander la permission, etc. Elle eut des prosélytes, mais aussi des ennemis dans tout ce qui était réellement Quaker attadié aux formes anciennes de leur religion : elle -fut donc mal reçue à Nevir-York et à Philadelphie.

' » Partout où elle alla , les Quakers la virent avec une sorte d'inquiétude , la traitèrent comme une ennemie de la religion ; tout ce qui n était pas Quaker la regardait comme une folle. Elle appela cette disposition des esprits persécution ^ elle%n avait besoin : ses partisans s'en prévalurent. Quand elle fîit sûre d'en avoir un assez grand nombre disposés à la suivre, elle leur proposa de fuir ces lieux d'intolérance , et d'aller s'établir dans une place où ils pussent suivre tranquillement leur culte, dégagé de la stupide inquisition que la malice des hommes y avait introduite contre la volonté de Dieu. X) Les environs du lac «S'eneca et du lac Crooked^

GEMAIMA. a49

furent choisis pour cet établissement; la compa-gnie de New-York , qui avait acheté ces terres des Indiens 9 traita avec ces Quakers réformés. Elle leur assura troi^ divisions , chacune de six milles carrés; elles devaient composer trois Townships, que Gemaima appela dans Tinstant Jérusalem. Trente familles y vinrent avec elle : elle en attendait trois ou quatre cents autres , dont une vingtaine seulement arrivèrent ;^et cette société , éparpillée dans les trois Townships 9 quelle croyait remplir, ne composa pas une population suffisante pour le quart d'un seul. Le prestige était déjà affaibli par labsence de Gemaima , et avec lui s'était évanoui le zèle d'aller peupler cette nouvelle Terre-Sainte. n Nous avons vu cette Gemaima , nous avons été à son meeting; il se tient dans sa maison; nous l'avons trouvée remplie d'une trentaine d'hommes, de femmes, d'enfans* Gemaima était débouta la porte de la chambre où elle couche , un tapis sous ses pieds , un fauteuil derrière elle , vêtue d'une espèce de robe de chambre d'homme blanche , d'une veste d'homme et un jupon de la même couleur; ses cheveux noirs, coupés courts , peignés avec soin , plats , seulement trois espèces de boucles , un col d'homme et une cravate de soie blanche , nouée avec une négligence affectée : elle prêchait avec plus de facilité, au moins dans l'élocution, que d'autres Quakers que j'ai entendus ; mais les mêmes répétitions, les mêmes phrases de mort, de péché, de repentance. C'est une femme, dit-on,, de qua<-

25o DES SECTES BELfGlEUSES*

rante ans : elle semble n'en avoir que trente, d'une Stature moyenne, d'une belle figure , d'une ^ande fraîcheur, de belles dents, de beaux yeux : elle étudie ses mouvemens en prêchant , vey t paraître simple, mais semble étudiée. Auprès d'elle, dans sa chambre, était son amie Rachel Millers y fille de vingt-huit à trente ans , son admiratrice , sa dévouée; c'est en son nom que s'achètent toutes les terres dont jouit Gemaima^ et qui sont dues à la séduction , à l'influence qu'elle exerce sur les esprits de ses sectaires, à son adresse à les capter.

V Gemaima , ou plutôt XAmi ( c'est ainsi qu'on l'appelle ) , parle pauvreté, renoncement aux biens de ce monde ; elle dit : Cest la maison oicje^ loge. Cependant cetle maison , toute construite qu'elle est de troncs d'arbres , est aussi bonne, aussi bien arrangée qu'elle puisse l'être ; sa chambre est propre avec recherche , et ressemblerait plutôt taiu boudoir d'une jolie femme qu'à la cellule d'une religieuse; miroir, montre, fauteuil, bon lit, bassinoire , écuelle d'argent ; son jardin bien tenu , sa springhouse ^ pleine de lait, de fi:t>mage, de beurre , de viande fraîche et de venaison.

» L'hypocrisie se manifeste dans ses discours, ses actions , son loaintien , sa manière apprêtée de se servir de ses jeux. £lle parle peu sans citer la Bi-

^ Petit bâtiment, très -commun en Amérique > où le beurre 9 la viande fraîche sont conservés. Il y passe touours un courant d'eau , ce qui le fait appeler Springhouse , maison de source.

GEMAIMÂ. 25l

ble j sans appeler à Vidée de la mort , à la nécessité de se réconcilier avec Dieu ; elle est haineuse pour tout ce qui nest pas de sa secte , brouille les familles^ enlève les successions aux héritiers naturels pour se les faire donner^ toujours sous le nom de sa compagne , qui reçoit les présens que lui -apportent les fidèles , pour soigner, pour entretenir cette respectable amie, qui, toujours en communication avec Jésus-Christ , dont elle est prophétesse, s'oublierait absolument si Ton ne pqttiait soin d'elle. Le nombre de ses sectaires est iimmniônt diminué depuis quelque temps.

» Elle ne peut séduire que ceux qui veulent absolument être séduits : ses actions sont telle^ ment en contradiction avec ses paroles , son maintien j son luxe , ( car elle en a un réel , en comparaison de ce qui l'entoure à cinquante milles à la ronde ) ; sa manière de vivre et de s habiller , si contrastans avec ses sermons sur le mépris des choses humaines ; son soin d'aliéner les enfans sur qui elle influe , des parens qui veulent les pré- «rerver des danger^ si opposés à la doctrine depaiit et d'amour universel qu'elle prêche sand relâche, font qu'après le premier moment de curiosité «Ue devient propiptement dégoûtante. Tant d'yeux , tant de bouches sont *déjà ouvertes sur ses impos-^ tures, qu'il est difficile de croire qu'elle puisse long-temps conserver des prosélytes»

» Des bruits fâcheux se sont répandus sur les mœurs de Gemaima ; on dit qu'une fiUe qui logeait

cbez elle , a déposé devant un juge de pair qu on jour y avertie par les cris d'un enfant , elle était accourue et avait vu la n^resse de Gemaima étouffer un enfant nouveau- né entre deux matelas ; cette déposition ei;iste. Le fait est si horrible , qu'il ne pourrait pas être cru d'une autre que d'une prophétesse ; on ne sait si cet enfant est ou le fruit d'un écart d une de ses filles d'honneur ^ ou celui d'une de ses propres visions. Si Ton n'était arrêté, pou|| ajouter foi à ce récit , que par le peu de suite qu'a eue cette déposition, il faudrait savoir que, dans ces pays nouveaux, la justice est raretbent et difficilement rendue; que personne n'est ou ne se croit intéressé à prendre les peines nécessaires pour faire poursuivre une telle déposition , à la* quelle encoi^e , dans tous les pays du monde , on échapperait très-aisément.

»Gk)mme les familles de Quakers n'ont pas rem* pli les trois townships arrhes par les premiers Settlers qui avaient follement suivi la prophétesse, les terres non habitées par les Quakers ont été rendues à la compagnie , qui les a revendues et les revend continuellement à qui veut en acheter. Beaucoup de Méthodistes, d'Anglicans, d'Anabaptistes y sont établis. Cependant l'établissement conserve toujours le nom de Friends-Settlement ( Settlement des Amis ). »

Le voyageur Ashe , qui visita les Etats - Unis en 1806 , assure que beaucoup de Quakers , longtemps zélateurs de la doctrine de Gemaima , la-

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vaient abandonnée à cause de ses impostures y de son immoralité , et s'étaient retirés h Lebanon. Francis Hall, dix ans plus tard, voyageant dans la même contrée, y recueillit, d'après la voix publique, l'anecdote suivante :

Gemaima ayant offert de prouver sa mission en marchant sur les eaux, ses sectateurs s'assemblèrent en grand nombre pour être témoins du miracle. Elle leur demande s'ils croyaient en elle. Ils répondent oui. Alors , dit-elle , le miracle p'est pas nécessaire ^ .

Halcyons. — Cette secte, née dans le siècle actuel aux Etats-Unis , a pour but de réunir toutes les sociétés qui professent la foi en Jésus-Christ , et de déraciner le Sectarianisme ; en conséquence, les Halcyons rejettent les confessions de foi , les catéchismes , les symboles. Ils admettent l'Ancien et le Nouveau Testament comme livres sacrés ; c'est un don du ciel pour aider la raison à se former une idée juste du caractère divin et des choses divines.

Adam était la figure de Jésus-Christ ; l'alliance avec Jésus-Christ est un pacte qui ne peut être détruit par une transgression, et aucune transgression ne peut ravir à l'homme son droit inné à la vie heureuse dans l'éternité; il île peut perdre que la vie naturelle et les bénédictions naturelles. Le premier office de Jésus-Christ sur la terre , fut

^ Traifels in Canada and the United States in 1816 and 1817, by Fr. Hall, in-8^, London, 18191 p. 200.

a54 DES SECTES RELIGIEUSES.

d'expliquer k l'homme les lois éternelles de la religion.

Les Halcyons haptisent , par immersion au par aspersion , suivant qu on le désire , et au nom de Jésus-Christ, qui, dans sa personne glorieuse^ retrace le Père , le Fils et le Saint-Eispriu Cette forme , qui parait être la même que celle des Swedenborgistes , entraîne la nullité du baptême.

Us ne se marient pas, Tunion conjugale étant à leurs yeux une loi purement humaine , mai& ils se choisissent un compagnon spirituel , spiritual mate. Le plan de leur conduite paraît être daccomplir le mystère d'iniquité.

Leur chef était un individu détestable. Il trahit ^ dit-on, la confiance d'un homme à moitié fou, qui l'avait envoyé à Philadelphie pour toucher , en son nom , une somme considérable^ et avec cet argent il acheta , près de Scioto-Rivers , une Taste étendue de terrain , où il invita ses adhérens à s'établir.

Cette secte n'est pas susceptible de s'augmenter^ et présentement elle est peu nombreuse.

Le Halcjon - Luminarjr ^ publié en i8ia et i8i3, sous la rubrique de New-York, quoiqu'il n'y ait pas été imprimé , mais importé, forme deux volumes in-8**. '.Il y a quelques Halcyons

^ A correct çiew of ihat part of the United States which lies west of the Alleghany mountains, in -8°. , Hartford, i8i4> pag. 5 ^^^ 12 , 4^ et 4^, by John Scher-

eHRISTIAN9. a55

dans le comté de Miamy, dan& la chaîne des AUeghany et à Marietta,

Christians, ou Chraystians. — La secte des ChristianS; née en 1808, dans letat de Vermont, ne s'est^fait remarquer que sept ou huit ans plus tard , lorsque ses adhérens furent répandus dans le New-Hampshire , le Massachusetts ^ et même en donnecticut. Ils croient y dit-on , à Tanéantissement des réprouvés.

Le père Grassi , jésuite missionnaire aux États- Unis, dans un ouvrage publié en 1818^ dit qu ils se prétendent plus iinîtateurs que les autres hommes des exemples de Jésus - Christ. Ils rejettent la Trinité. Cette assertion est-elle conciliable avec ce qu'il ajoute, qu'ils se croient illuminés par le Saint - Esprit ? Leurs assemblées ont lieu en plein air. Le ministère de la parole appartient à tous, sans exception , et plusieurs femmes sont devenues des prédicantes vojageuses. Mais elles conservent une décence quon ne trouve pas dans ces associations burlesques , si communes aux États - Unis , où des hommes et des femmes , en prêchant , grincent les dents, agitent leurs poings , contournent leurs bouches, et se livrent à d'autres extravagances. Les Christians ont introduit l'usage d'une con«

mcrhorn and Samuel Mills , in-8*. V, aussi The intellectual repQsitory for the new-church, în-8**., Londoo, 181 7, n°. 23, pag. 445;

fession publique y ce qui amène quelquefois le récit de turpitudes révoltantes '.

Les Christians sont aussi appelés Smithites , ou Sraitains , du nom de leur fondateur , Elias Smith , auteur d'un écrit qu'on n'a pu se procurer, qui les a abandonnés , et s'est , dit-on , établi pharmacien à Boston.

Les imitateurs de Jésus - Christ ( The foU lowers of Christ ). — En 1 8 1 7 , du Canada , vint , dans l'état de Yermont, un fanatique, qui^ afiectant des mœurs austères et jouant l'inspiré , parvint à séduire quelques familles. Plusieurs bandes de ses prosélytes, hommes, femmes, enfans, costumés d'une manière particulière , emportant leur mobilier, partirent sous sa direction pour aller s'établir sur les rives de l'Ohio. Dans le nombre était une femme jusque-là distinguée par une conduite honorable , mais qui, subjuguée par les déceptions du prophète, avait quitté, pour le suivre , ses enfans et son mari : c'était la Schurman de ce nouveau Labadie.

Ces sectaires rejetaient la qualification de monsieur ( sir-names ) , mangeaient debout ; les femmes se prosternaient pour prier, avec la figure retournée. La malpropreté était réputée une vertu , d'après l'exemple du prophète , qui , depuis sept ans , n'avait pas changé de linge ; ils faisaient ,

^ Nodzie varie sullo stato présente , etc. , par le père Grassi, jésuite, i*", édit., in-8°., Milan, 1819.

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