‹ Histoire des sectes religieusesChapitre 55 sur 59 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

MAMM1LLA1BES.

Dams tous les temps des hommes ont voulu écâr* ter ou étouflFer les remords en s'eflForçant de concilier leurs passions avec leurs devoirs. Les paradoxes les 'plus étranges , les sophisme» les plus grossiers ont été mis en usage pour faire illusion aux autres et s'aveugler soi-même ; telle est la source d'où découlent tant de-sectes qu'on accuse d'avoir caché sous un voile religieux les abominations de la lubricité.

A mesure que chez les nations modernes s'est étendu ce qu'cîn appelle si improprement la czViV Usation , les mœurs , sans être plus pures , ont été revêtues de formes moins grossières; et dès lors les aberrations de l'esprit humain ont contracté une teinte diflférente.

D'après l'ouvrage anonyme de Stoup , intitulé : La Religion des Hollandais j Bayle parle de la secte des Mammillaires ^ qui avait pris naissance à Harlem y chez les Mennonites. Un jeune homme ayant porté la main sur le sein d'une fille qu'il était prà&

5o4 D£S SKCT£S RELIGIEUSES.

d'épouser, et cette indécence ayant été déférée au tribunal ecclésiastique , on se divisa sur la peine à infliger. Les uns voulaient que le coupable fût excommunié ; les autres , en avouant qu'il avait pécbé, trouvèrent le châtiment trop sévère, et furent en conséquence appelés Mammillaîres. La même dénomination a été appliquée depuis en Italie à des hommes qui ont osé se constituer les apologistes du vice. A la fin du dix-septième siècle , le docteur Jacques Boileau , sous un titre pseudonyme, avait vengé les mœurs dans son traité De tactibus impudicis. La raison , la religion , les Pères de l'Église, les décret? des papes, sont les autorités sur lesquelles il asseoit ses décisions. Il rappelle entre autres qu'en i6i3, Aquaviva, général des Jésuites , défendit , aux théologiens de sa société , d'enseigner qu'il y «ût des fautes légères en ce qui concerne l'impureté \ et Sanchez même, qui avait soutenu cette doctrine, la rétracta.

François de Posadas, dominicain, mort en 17 1 3, a fait un ouvrage espagnol intitulé': Triomphe de la chasteté contre Ut luxure diabolique des MoUr nistes^j et c'est le Molinisme qui , trente ans après,

"* Marcelli Ancyrani disquisitiones , etc. , in - 8». , Paris, 1695, dissertatio tertia de tactibus ùnpudicis ^ an sint peccata mortalia i^el venialia.

2 Triumfos de la castitad contra la luxuria diabolica de los ntolinistas, Yoy. Continuacion a la histo^ ria eccL gênerai ^ etc., in- 8®., Madrid, 1792, tom. xni^ pag. i3o.

MAMMILLAIRES. 5o5

a tenté de justifier ces turpitudes, ou du moins d'en atténuer le crime.

En 1743, Foscari, patriarcKe de Venise, voulant prévenir des désordres , avait mis au nombre des cas réservés toute espèce de blasphème , et tout acte extérieur qui aurait pour objet de donner atteinte à la pureté des vierges dans les monastères. La mêmfe' îânnée parut en cette ville une dissertation latine , où , sous prétexte d'expliquer le vrai sens de la loi, on y met des restrictions qui tendent à l'anéantir. Sur le huitième cas , l'auteur demande §i la réserve peut frapper des actes véniels de leur nature , tels que de toucher les joues et le sein des vierges consacrées à Dieu , et qui ne peuvent être mortels qu'autant qu'ils sont accompagnés d'une intention coupable.

Il suppose , comme on le voit dans l'énoncé de la question , que ces actes, hors le cas de nécessité, peuvent être exempts de passion et d'intention perverse , comme si en pareil cas la main n'agissait pas sous la direction du cœur. Est-il croyat>le qu'un homme sensé, un prêtre, ait pu adopter une si grossière illusion? Je ne sais pourquoi le père Richard , dans son Dictionnaire des sciences ecclésiastiques j a craint de dire que le jésuite Benci était l'auteur de cette dissertation qui scandalisa tous les amis des bonnes mœurs. Il révolta surtout les confesseurs et les religieux qui regardaient avec raison, comme sacrilèges, les libertés

5o6 DES SECTES RELIGIEUSES.

OU plutôt le libertinage que Benci traitait de véniel.

Un excellent théologien, dont les écrits sont toujours consultés avec fruit, le père Concina, dominicain de Venise , qui avait douté s'il devait se borner à détester une telle doctrine ou la combattre, vint au secours de la chasteté et la vengea des attentats du père Benci , par deux lettres latines publiées en 1744 ' ^^ ^^^ furent réimprimées sur-le-champ à Rome et à Lucques^

Avant Benci , des maximes très-relàchées sur le même sujet avaient trouvé des apolojgistes dans quelques théologiens, dignes émules de Pétrone, tels que Caramuel, Filliutius, Diana, Tambourini. Celui-ci avait été combattu avec succès par un Jésuite d'une trempe bien différente , le sage père Elizalde, auquel Concina décerne de justes éloges. L'écriture , la tradition et renseignement invariable de l'Église , proscriront à jamais ces maximes hideuses. Qui .oserait, dit Concina, les énoncer en chaire , et cependant on ose les imprimer ? Y a-t-il deux morales , une pour la chaire , l'autre pour le confessionnal?

Certains théologiens, voulant atténuer la gravité de ces actes licencieux, les appellent sous-impudiques. Concina leur demande quel sort est ré-

^ Epistolœ theologico^moralesy ad Mus. et rev. épiscop. "N. N.y adçfersus librum inscription : Dissertatio in casus reservatos , etc. , in-8°. , Venetiae , 1744*

Page 1