‹ Histoire des sectes religieusesChapitre 57 sur 59 · CHAPITRE XXÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXÏ

QONSISTORIAUX.

Les sociétés secrètes ont toujours paru suspectes et dangereuses. Cette prévention s'attache également à celles qui , en Italie , ont une apparence de piété , parce qu'on les regarde comme dévouées à la cour de Rome. Quelques-unes datent de l'an 1796, époque de l'invasion par les Français , à la suite de laquelle furent supprimées beaucoup de corporations religieuses. Cette suppression ayant ôté à Rome les moyens de correspondance et d'influence politique , elle s'efforça d'y suppléer par la création de sociétés secrètes, la plupart sous la direction de ci-devant moines, dont le zèle mal réglé en assurait le succès par le tribunal de la pénitence.

Dans les états de Toscane et de Naples , les adeptes furent connus d'abord sous le nom de Défenseurs de la Joi et du cœur de Jésus. Ils avaient leurs statuts , leurs emblèmes, leurs signes de ralliement comme les Francs-Maçons. Aux arcîiives du ministère des relations extérieures , à V, 3:<

5l4 DES SECTES RELIGIEUSES.

Paris, on doit trouver à ce sujet des détails envoyés par l'agent de France en Toscane. Il est certain que ces sociétés furent toujours surveillées par les Français, persuadés qu'elles tendaient à soulever contre eux les peuples en les fanatisant. Divers faits viennent à l'appui de cette opinion.

L'Italie étant revenue, du moins en grande partie , à l'ancien système , on pouvait présumer que ces sociétés cesseraient d'exister , puisque le motif qui les avait créées n'existait plus ; mais il n'en fut pas ainsi.

Toutes semblent réunies et concentrées en une seule , à Rome , sous le nom de Consistoriali. On connaît leurs patentes, leurs emblèmes, leurs assemblées , leurs ramifications , quoiqu'on n'en ait pas pénétré tous les secrets ; car si le but était d'aviverla piété parmi les fidèles, tous les fidèles auraient droit d'en être membres.

Une circonstance remarquable , c'est que plusieurs princes d'Italie en sont les coryphées et les promoteurs : on connaît leur attachement à la cour romaine. On sait que, dans les lieux de leurs résidences , se tiennent quelquefois des assemblées de Consistoriali, qu'on entretient une correspondance régulière avec Rome, et avec des sociétés répandues dans les légations pontificales , à Parme et à Naples ; on délègue des émissaires , des {visiteurs y les uns laïcs, les autres ecclésiastiques, qui prennent des renseiguemens particuliers concernant les acquéreurs de biens nationaux, et concer-

CONSISTORÏADX. 5l5

nant le Jansénisme, dont on accuse surtout les prêtres et les évêques les plus distingués par la pureté de leur foi et de leurs mœurs.

On attribue aux Consistoriali la persécution dirigée en i8i 6 contre Tiburce Gartesi, évêque de Modène , vénérable octogénaire, qui , par sa vie exemplaire , sa prudence et la réunion des vertus les plus rares , avait conquis et conservé l'estime et l'amour de ses diocésains y dans les époques les plus critiques. En 1799, la puissance civile, irritée contre ceux qui s'étaient montrés favorables aux Français , les fit emprisonner. L'évêque , qui aurait désiré les sauver tous, obtint du moins l'élargissement de CQM% qui étaient membres de son clergé; sa charité épiscopale leur épargna de mauvais traitemens, et la prolongation de leur captivité.

Beaucoup de personnes étaient accusées d'être Jansénistes, et d'avoir innové dans les pratiques religieuses» De ce nombre étaient deux ecclésiastiques estimables, Moro,. et le chanoine Mediani, digne vicaire de l'évêque. Invités par le duc à repousser cette inculpation , ils justifièrent la conduite des accusés et leur conduite personnelle , et firent sentir combien il serait dangereux de rétablir des pratiques abusives qu'on avait réformées.

Au milieu de ces événemens, la persécution des fanatiques Consistoriali contre l'évêque devint plus furieuse ; ils criaient au scandale : leurs clameurs retentirent à Rome , et on obtint du pape ,

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OU plutôt le libertinage que Benci traitait de vé* niel.

Un excellent théologien, dont les écrits sont toujours consultés avec fruit , le père Concina, dominicain de Venise, qui avait douté s'il devait se borner à détester une telle doctrine ou la combattre , vint au secours de la chasteté et la vengea des attentats du père Benci , par deux lettres latines publiées en 1 744 > ^^ qui furent réimprimées sur-le-champ à Rome et à Lucques^

Avant Benci , des maximes très-relâchées sur le même sujet avaient trouvé des apologistes dans quelques théologiens, dignes émules de Pétrone, tels que Caramuel, Filliutius, Diana, Tambourini. Gelui-ci avait été combattu avec succès par un Jésuite d'une trempe bien difierente , le sage père Elizalde, auquel Concina décerne de justes éloges. L'écriture, la tradition et l'enseignement invariable de l'Eglise , proscriront à jamais ces maximes hideuses. Qui .oserait, dit Concina, les énoncer en chaire , et cependant on ose les imprimer ? Y a-t-il deux morales , une pour la chaire , l'autre pour le confessionnal?

Certains théologiens , voulant atténuer la gravité de ces actes licencieux, les appellent sous-impudiques. Concina leur demande quel sort est ré*

^ Epistolœ theologîco -morales y ad illus» et rev. épiscop* IV. N.f ad^ersus librum inscriptum .• Dissertatio in cams réservâtes , etc. , in-8°. , Venetiae , i744*

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