Diod., XIX
jusque dans Palibolhra. D'autres admettent qu'il franchit rindus, mais qu'il n'alla guère plus loin (Gutschmid). Il se pourrait même qu'il n'y ait pas eu de guerre, et qu'un arrangement ait prévenu les hostilités. Il est probable que, si Séleucos avait poussé jusqu'au Gange, le souvenir d'un si glorieux exploit n'eût pas été oublié, et que les conditions de la paix eussent été plus avantageuses pour lui. D'autre part, il n'est pas croyable qu'il ait cédé sans combat des provinces où Alexandre avait déjà fondé des colonies. Supposons donc qu'après quelques heurts qui laissèrent l'honneur sauf de part et d'autre, les belligérants préférèrent s'entendre à l'amiable. Sandracottos, qui, dans sa jeunesse, avait vu Alexandre, par»ît-il, et qui conservait pour le héros une sorte de culte, était à sa manière un philhellône. Il avait peut-être intérêt à eutretenir des relations amicales avec les Grecs, étant lui-même exposé à des révoltes intérieures dans ses nouvelles conquêtes du côté du Gange.
Quoi qu'il en soit, d'après Strabon, Séleucos céda à Sandracottos toute la rive droite de l'Indus, la Gédrosie (Beloutchistan), l'Arachosie (Afghanistan S.) et le pays des Paropamisades *, c'est-à-dire la partie orientale de la vaste région, connue plus tard sous le nom d'Ariane, qui va de la Bactriane (Afghanistan N.) à la mer Erythrée ou golfe Persique. Peut-être gardait-il sur ces provinces un droit nominal de suzeraineté, comme celui qu'il exerçait, théoriquement aussi, sur le royaume de Sophytès ; si bien qu'officiellement, chez les Grecs, Sandracottos pouvait passer pour satrape de Séleucos. En échange, ou en signe de vassalité, Sandracottos fit don à Séleucos de 500 éléphants, et la paix fut cimentée par une alliance ou des alliances de famille. Sur ce point, nous n'avons d'autres renseignements que quelques mots de Strabon et d'Appien. Strabon dit que Séleucos comprit dans le traité l'épigamie {eTziy ol^Iv. -Jus connubU).
1. Les monts Paropamisades s'appellent aujourd'hui Hindou-Kousch.
30 CHAI». I. — Li; règm: de séleucos i nicator
Cela ne signifie pas nécessairement, ni môme proprement, que celle convention ait (H6 réalisée alors par un mariage. Appien n'est pas plus précis. Séleucos, dit-il, « ayant franchi rindus, combattit Androcoltos, roi des Indiens du voisinage, jus(iu'au jour où il contracta avec lui amitié et alliance matrimoniale (xfioo^) » '. Un ne connaît pas à Séleucos d'autres femmes que Apama et Stratonice, ni d'autre fille que Phila, l'épouse d'Antigone Gonatas. On ne voit donc pas comment il aurait pu devenir ou le gendre ou le beaupère du roi hindou. Ce fut peut-être, au contraire, un fait remarquable et une preuve de sincère amitié, dans un pays où le régime des castes était si sévère, qu'une convention autorisant les mariages mixtes entre Hellènes et Hindous.
Si les hostilités et pourparlers consécutifs ont eu lieu, comme il y a des raisons de le penser, entre les années 306 et 302, Séleucos devait avoir hâte de terminer le différend, môme au prix de concessions pénibles, pour avoir les mains libres dans les affaires d'Occident, dont il ne pouvait plus se désintéresser. Il était de plus en plus évident qu'Antigone ne renonçait pas à reconstituer à son profit l'empire d'Alexandre. Gassandre et Lysimaque, directement menacés par lui, s'étaient alliés entre eux, puis avaient invité Ptolémée et Séleucos à se joindre à eux -. Ptolémée ne pouvait se consoler de la perle de la Syrie, et il voyait avec colère Antigone se bâtir une capitale sur TOronte. Séleucos comprit que, si Antigone sortait vainqueur de la lutte, Démétrios aurait bien vite retrouvé le chemin de Babylone. Gette coalition fut formée par correspondance secrète, comme un véritable complot : les alliés, « s'encourageant mutuellement par lettres, fixent le temps et le lieu du rendez-vous et mettent en commun leurs forces pour commencer la guerre » '.
Ge plan si bien concerté n'empôcha pas les mécomptes.