‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 185 sur 297 · SUITE DE LA GUERRE DE LA JUDÉE · texte numérisé non relu

SUITE DE LA GUERRE DE LA JUDÉE

Son exemple l'ut suivi. Dès qu'on sut que les Romains étaient en froid avec Démétrios, il fut méprisé non-seulement par les autres rois, mais par les satrapes ses subordonnés. Ptolémée, gouverneur de Gommagène, qui, c se fiant aux défenses naturelles du pays », affectait depuis longtemps des allures indépendantes, trancha aussi du souverain. Il avait même précédemment (164) poussé l'audace jusqu'à vouloir s'agrandir aux dépens d'Ariarathe IV de Gappadoce. Celui-ci l'avait ramené sur ses positions : mais, en bon ami des Romains qu'il était, il s'était bien gardé de l'en déloger '. Ainsi l'empire se disloquait, et la rébellion, en Gommagène, n'était plus qu'à quelques lieues d'Antioche.

Suite de la guerre de Judée.

En môme temps, Démétrios se laissait entraîner malgré lui à intervenir dans les conflits incessants qui désolaient la Judée. Dans ce pays, les haines des partis étaient terribles : le seul moyen de n'être pas opprimé était d'opprimer les autres. Depuis la trêve conclue avec Lysias, le parti des patriotes avait le dessus : il persécutait les philhellènes, qu'il traitait en renégats. « Ges hommes iniques et impies en Israël », comme les appelle la chronique des Machabées, vinrent trouver Démétrios pour lui demander aide et protection. Ils avaient pour porte-parole le grand-prêtre Alcimos, qui, nommé en 162 par Antiochos Eupator, n'avait sans doute pu prendre possession de sa charge. Démétrios donna ou confirma à Alcimos le titre de grand-prêtre et envoya Bacchide, gouverneur de Mésopotamie, pour l'installer à Jérusalem. Bacchide, chargé d'apprendre aux Juifs qu'ils avaient un maître à Antioche, eut soin d'emmener un corps

l.Diod., XXXI, 19 a.

(Je troupes imposant. Les patriotes n'osèrent bouger. Bacchide les berça de belles paroles, fit appréhender et traîtreusement mettre à mort une soixantaine de meneurs attirés par ses promesses; après quoi, laissant au grand-prôtre une garde suffisante, il revint à Antioche, croyant avoir pacifié le pays et assuré à Alcimos l'exercice du pouvoir.

Il connaissait bien mal les indomptables serviteurs de Jahveh. Aussitôt que Bacchide fut retourné en Syrie, Judas Machabëe rallia autour de lui les patriotes et expulsa l'intrus, l'impie Alcimos, lequel alla de nouveau porter ses doléances à Antioche. Démétrios envoya alors en Judée Nicanor, un général qui connaissait le pays pour y avoir été plus d'une fois battu. Nicanor chercha d'abord à s'emparer par ruse de la personne du Machabée. Il se fit battre encore à Capharsalama et se replia sur Jérusalem, oii il eut le tort d'exaspérer par des menaces le parti qu'il ne savait pas vaincre. De Jérusalem, il continua sa retraite jusqu'à Belhoron, où il reçut des renforts de Syrie. Se croyant alors, avec neuf mille hommes, en mesure de livrer bataille aux mille fanatiques du Machabée, il éprouva une défaite totale. Lui-môme resta sur le terrain, et les débris de son armée en déroute furent exterminés par la population accourue à l'appel dos trompettes nationales. La « journée de Nicanor » resta un des plus glorieux anniversaires du calendrier Israélite (févr. ou mars 461 a. G.) *.

Pour assurer un lendemain à ces succès inespérés, le Machabée, qu'on aurait cru moins diplomate, eut, d'après les historiens juifs, l'idée de s'adresser aux Romains. Tout le monde savait en Orient que l'alliance romaine conférait une sorte d'inviolabilité, et qu'il n'était pas très difficile d'obtenir cet enviable privilège. La grande République, occupée à démembrer pièce à pièce les royaumes riverains de la Méditerranée, faisait bon visage à quiconque voulait

1. Ici finit (chap. 15) la chronique de // Macc; celle de / Macc. se poursuit jusqu'en m Sel. = 136/5 a. C.

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se détacher d'un de ces Etats en dissolution. On ne saurait dire à quel moment ont commencé les négociations, qui étaient peut-être déjà engagées avant la victoire de Bethoron, et l'on hésite à affirmer l'authenticité du pacte qui s'ensuivit, — un traité d'alliance entre le peuple romain et la nation des Juifs, — à plus forte raison, du message par lequel le Sénat aurait signifié à Démétrios d'avoir à laisser les Juifs en paix '. On sait par maints exemples que la foi et le patriotisme, surtout réunis, n'ont guère souci de la vérité pure.

Quelle qu'ait été la valeur de ce pacte, dont les Romains ne paraissent pas avoir pris grand souci, Judas n'en eut pas le bénéfice. Démétrios, informé ou non, prévint l'ingérence romaine dans sa querelle en hâtant ses préparatifs. Un mois environ après la défaite de Nicanor, Bacchide, à la tête de 22.000 hommes, envahit la Palestine par le nord et marcha droit à travers la Galilée sur Jérusalem. Le Machabée voulut lui barrer le passage. Ses partisans eux-mêmes essayèrent en vain de fléchir son héroïque obstination. Sur trois mille hommes qu'il avait avec lui, il n'en resta bientôt plus que huit cents. C'est avec cette poignée d'intrépides qu'il soutint près d'Ashdod ou de Berzetho le choc de l'armée syrienne. Le Machabée se battit comme un lion, mais il fut écrasé sous le nombre et resta parmi les morts (avril 161?).

Le héros fut pleuré par Israël, qui ensevelissait avec lui toutes ses espérances. Pour le moment, la Judée était enfin soumise à l'autorité du roi de Syrie, et les philhellènes exultaient. Bacchide se faisait l'instrument de leurs vengeances, persuadé que rien ne valait, pour diriger ses coups, la perspicacité de la haine entre partis dissidents. Ces persécutions poussèrent de nouveau les Hasidim à la révolte; mais leur chef Jonathan, frère du ?>Iachabée, fut obligé de s'enfuir avec eux au désert et de vivre au jour le jour, entre les Macédoniens qui épiaient l'occasion de le saisir et les Bédouins

1. / Macc, 8, 22-28 (traité postérieur, interpolé à cette place, d'après H. Willrich, Judaica, pp. 71 sqq.). Joseph., XII, 10, 6.

qui lui avait'ut déjà lue son frère Jean. RacchiJe procdda mùlliodiqucment à la consolidation de l'autorité royale en Judée, élevant des fortifications sur les points principaux et enfermant dans la citadelle de Sion des otages pris dans les premières familles du pays. Néanmoins, il ne fut plus jamais question de revenir sur la concession faite par Lysias et de proscrire le culte national. On avait compris que le seul moyen de gouverner cet étrange peuple était de le laisser confondre, comme par le passé, le Droit avec la Loi religieuse et vivre à sa guise dans la pratique de ses observances rituelles. Le pays fut si bien pacifié que, lorsque Alcimos mourut, — d'une maladie mystérieuse, comme il convenait à un impie, - Bacchide ne jugea pas nécessaire de lui donner un successeur. Le j)ontificat, qui avait été jusque-là un# instrument de désordre, resta plusieurs années vacant. Quand Bacchide fut rentré à Antioclie (160), « la terre de Judée fut silencieuse durant deux ans ». Au bout de ces deux ans, Bacchide fut rappelé par les violences des fanatiques, dont les bandes étaient rentrées dans le pays. Mais enfin, Jonathan lui-môme offrit sa soumission, et Bacchide lui permit de s'installer non pas à Jérusalem, mais à Michma, oiî il continua à représenter, pour les fidèles du parti, une ombre de gouvernement national (158) '.

En somme, la force avait prévalu : Jahveh n'avait pas encore délivré son peuple, et tant de sang répandu n'avait fait que remettre les choses en l'état où elles étaient avant le néfaste caprice d'Antiochos Epiphane. Le joug était même plus pesant. Quoi qu'en disent les historiens juifs, l'avenir, qui devait émanciper enfin le peuple de Dieu, ne fut pas non plus signalé par des miracles, à moins qu'on ne considère comme marques de l'intervention providentielle les dissensions dynastiques et guerres civiles qui ruinèrent, en Judée comme ailleurs, l'autorité des Séleucides.

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