‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 184 sur 297 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Démétrios reconnu comme roi légitime par le Sénat romain. — Révolte de Timarchos, satrape de Médie, qui prend le titre de roi : exemple imité par Ptolémée irouverneur de Cominagène (162).

§ I. — Suite de la guerre de Judke. — Exécutions ordonnées à Jérusalem par Bacchide. — Nicanor battu et tué à Béthoron par Judas Machabée (161). — Mort de Judas, vaincu par Bacchide à Ashdod (161). — Soumission de la Judée (161-158).

§ II. — Les affaires d'Orient. — Timarchos défait et Babylone délivrée par Démétrios Soter : la Comraagène reconquise. — Brouille entre Démétrios et Ariarathe V de Cappadoce : Ariarathe V expulsé, et le prétendant Oropherne installé sur le trône de Cappadoce par Démétrios (158). — Arbitrage conciliant du Sénat romain. — Oropherne expulsé et Ariarathe V rétabli par Attale II.

§ III. — Coalition contre Démétrios. — Despotisme et misanthropie du roi. — Tentative manquée sur Cypre (154) : ressentiment de Ptolémée VI Philométor. — Sédition à Antioche. — Attale II suscite à Démétrios un compétiteur, (Alexandre) Bala, fils prétendu de Antiochos IV Épiphane (153). — Alexandre Bala présenté au Sénat, agréé par les Romains (152), soutenu par les rois de Pergame, de Cappadoce, d'Egypte, et même par Jonathan, frère de Judas Machabée. — Défaite et mort de Démétrios I (150).

Le nouveau roi avait trouvé jusqu'ici la tâche plus facile qu'il n'aurait cru. Maiatenant, il allait se trouver aux prises avec des embarras de toute sorte. Echappé de Rome sans l'aveu du Sénat, il avait à se faire pardonner son évasion, et il ignorait comment serait appréciée à Rome son intrusion violente, souillée par le meurtre de son rivai. L'ambassade romaine qui devait décider de son sort ne se pressait pas. Son homme de confiance, Ménocharès, vint lui dire à Antioche

qu'il avait rencontré les légats en Cappadoce, d'où ils allaient sans doute venir en Egypte. Démétrios se hâta d'envoyer à leur rencontre; mais les diplomates, toujours réservés, ne lui tirent pas l'honneur d'une visite. Les envoyés de Démétrios les joignirent en Pamphylie, sur le chemin de Rhodes. Le roi de Syrie passa de l'inquiétude à l'anxiété : il envoya de nouveau à Rhodes ses protestations et ses hommages. Heureusement pour lui, le chef de la mission, Ti. Sempronius Gracchus, le même qui, quelques années auparavant, avait fait un rapport favorable sur Antiochos Epiphane, était bien disposé à son égard. Le Sénat finit par reconnaître en fait Démétrios, qu'il eût été d'ailleurs difficile de remplacer, et le Séleucide témoigna discrètement sa gratitude — déguisée en reconnaissance pour le temps où il avait été hébergé à Rome — en envoyant à Rome une couronne d'or de 10.000 statères. Il ne pouvait pas moins faire, Ariarathe en ayant offert une du même poids et la faveur des Romains se mesurant à la valeur des cadeaux. Ses députés emmenaient aussi avec eux le meurtrier d'Octavius, Leptine, et un certain conférencier nommé Isocrate, lequel avait eu le tort d'approuver tout haut l'acte de Leptine et de dire qu'il faudrait traiter de même tous les ambassadeurs romains. Démétrios n'avait pas eu la peine de traquer le coupable. Leptine était un illuminé. Il était venu s'offrir lui-même au roi, se faisant fort d'aller démontrer au Sénat que les dieux euxmêmes lui avaient ordonné de faire justice d'Octavius. Quant à Isocrate, il devint fou ou simula la folie. Le Sénat accepta la couronne d'or, mais il renvoya ces deux fanatiques. Il trouvait plus habile de garder en réserve un grief dont on pourrait user au besoin. Il se contenta de répondre par une espèce de truisme, à savoir, « que le roi sera traité avec bienveillance, s'il agit de façon satisfaisante pour le Sénat dès le début de son règne » *.

1. Polyb., XXXII, 3-6. Diod., XXXI, 28-30. Appian., Syr., 47 (la couronne comme /aour/ipiov rr,? T.o~k rao' aixot^ ôtiTipeJa;).

Les Romains, on n'en saurait douter, avaient vu avec un certain dépit se terminer si vile les troubles que devait susciter la compétition de Démétrios et de son neveu. Ils avaient dû compter que la querelle dynastique se prolongerait, comme celle qui divisait en ce moment les Ptolémées, et atTaiblirait d'autant ce qui restait de puissance aux Séleucides. Les moyens de corriger cette erreur de calcul ne leur manquaient pas. Les guerres et les discordes intestines qui avaient constamment tenu en haleine le régent Lysias avaient fourni à des satrapes déloyaux l'occasion de détacher encore à leur profit des morceaux de l'empire. Un favori d'Antiochos Epiphane, le satrape de Médie Timarchos de Milet, — homonyme et peut-être descendant du tyran jadis expulsé de Milet par Antiochos II, — entendait bien ne plus se dessaisir de sa province. Il connaissait de près les Romains pour avoir expérimenté lui-même, au cours de plusieurs voyages qu'il avait faits à Rome sous le règne précédent, la vénalité des sénateurs à court d'argent. Son frère Héraclide, à qui Antiochos Epiphane avait confié la gestion des finances, avait été pour lui un précieux auxiliaire. Il envoya donc à Rome Héraclide, lequel, énumérant force griefs contre Démétrios, demanda pour lui le titre de roi. Le Sénat, expert en sous-entendus, fit une réponse évasive, mais dont l'effet fut immédiat. « Encouragé par le sénatusconsulte, Timarchos réunit une armée considérable en Médie et fit alliance contre Démétrios avec Artaxias, roi d'Arménie. Les peuples voisins, effrayés de ce déploiement de forces, grossirent le nombre de ses sujets : il s'avança jusqu'au Zeugma et prit possession enfin de la royauté » '. Maître de Babylone, il prit même le titre de Grand-Roi qui figure sur ses monnaies ^

1. Diod., XXXI, 27 a. A. von Gutschmid {Gesch. Ivans, p. 42) restitue dans le texte de Diodore (au lieu de Tiaip/w i'vexev aÙTôiv jîa^iXsa elvai, qui suppose la phrase mutilée) ÈÇcïvai xal aùxû) paaiXéa e'vai; et plus loin, (au lieu de rr,; ^autXeîaî), tfji; BaÊuXuvfaî.

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