CHAPITRE XII
Démétrios II [Théos] Nicator Philadelphe (145-138 + 129-125). Antiochos VI [Théos] Épiphane Dionysos (143-140). Tryphon [Diodotos] Autocrator (140-137).
A.NTiocHOs VII [SiDÉTÈs] Évergète (139-129).
Pacte entre Démétrios II et Jonathan : impopularité du nouveau roi et de son ministre Lasthène : insurrection d'Antioche, réprimée par les auxiliaires juifs.
§ I. — La guerre civile (145-139). — Diodote dit Tryphon ramène en Syrie Antiochos (VI), fils d'Alexandre Bala. — Démétrios battu et réfugié à Séleucie sur l'Oronte : Antiochos VI roi. — Concessions faites par Diodote à Jonathan. — Les troupes de Démétrios battues à Hazor par Jonathan. — Relations de Jonathan avec les Romains et les Lacédémoniens. — Jonathan trahi et mis à mort par Diodote (143) : son frère Simon lui succède. — Les Juifs alliés de Démétrios. — Expédition de Démétrios II en Orient (140-138) : vues rétrospectives sur les événements survenus dans la Haute-Asie : le royaume de Bactriane et les Parthes. — Démétrios battu et fait prisonnier par les Parthes (139/8) ; il épouse Rhodogune, fille de Mithridate I (Arsace VI). — Antiochos VI mis à mort par Diodote Tryphon, roi aÛToxpocTcop (140). — Soulèvement général contre Tryphon. — Antiochos VII, dit de Sidé, frère de Démétrios, épouse Ciéopâtre Théa et est proclamé roi à Séleucie (139). — Défaite et mort de Tryphon à Apamée (137).
§ IL — Le règne d'Antiochos VII Évergète (139-129). — Antiochos étouffe les rébellions en divers lieux. — Troubles et compétitions en Judée : Simon assassiné par son gendre et remplacé par son fils Jean Hyrcan (135?). — Intervention d'Antiochos VII : siège et prise de Jérusalem (134-132) : la liberté du culte reconnue par Antiochos « le Pieux ». — Les Romains, héritiers d'Attale III Philométor (133),
en guorre avec Aristonicos, bâtard d'Eumène II (133-130). — Expédition d'Antiochos VII contre les Parthes (130). — Succès d'Antiochos : Démétrios II relâché par Phraate II (Arsace VII). — Défaite et mort d'Antiochos VII (129).
§ III. — Restauratio.n et nouveau rkg.ne de Démétrios II (129-123). — Phraate II arrf^té par une invasion des Scythes. — Cléopfttre Théa refuse de reprendre la vie commune avec Démétrios II : ses enfants à Athènes (Antiochos VIII) et à Cyzique (Antiochos IX). — Jean Hyrcan sous la protection des Romains. — Affaires d'Egypte : Cléopâtre II, chassée par son frère-époux Ptolémée VII Évergète II, demande asile à son gendre Démétrios II (128). — Démétrios II s'apprête à envahir TÉgypte : révolte en Syrie; usurpation d'Alexandre Il Zabina (128), soutenu par Ptolémée. — Démétrios vaincu à Damas et mis à mort à Tyr (123).
La bataille de l'Œnoparas, qui valut à Démétrios II le titre de Nicator, l'avait débarrassé à la fois de son rival et de son protecteur. La mort de Ptolémée Philométor le dispensait d'exécuter la clause du pacte qui cédait la Cœlé- Syrie à l'Egypte. 11 fit même de son mieux pour attirer à lui ou désorganiser l'armée égyptienne; il ne put l'empêcher de regagner Alexandrie, mais il garda les éléphants qu'avait amenés son beau-père. Démétrios estimait qu'il n'avait aucune obligation envers Ptolémée Evergète II, qui avait toujours contrecarré les desseins de son frère Philométor et vécu sur le pied d'inimitié déclarée avec lui. La Cœlé-Syrie resta sous la domination des Séleucides, au grand déplaisir de Jonathan. Celui-ci, escomptant par avance le bénéfice du protectorat égyptien, assiégeait déjà la garnison syrienne enfermée dans la citadelle de Sion. La guerre faillit se rallumer entre les Séleucides et les Juifs. Démétrios, excité par les apostats et les philhellènes, se rendit avec son armée à Ptolémaïs et somma Jonathan de comparaître devant lui. Jonathan était trop prudent pour braver en face les victorieux. Sans abandonner le siège de Sion, il conduisit à Ptolémaïs une députation de notables et de prêtres, qui apportèrent au roi des assurances pacifiques et de riches présents.
La colère de Démdlrios s'apaisa comme par enchantement. Aussi imprévoyant que mobile, le roi accorda à Jonathan tout ce que celui-ci lui demandait, c'est-à-dire l'exemption de toutes dîmes et taxes, moyennant une somme ronde de trois cents talents, et l'annexion de trois toparchies ou cantons détachés de la province de Samarie ^ En ce qui concerne la clause financière, nous ne pouvons plus savoir si les trois cents talents que « promit » Jonathan étaient un tribut annuel, égal à celui que la Judée payait autrefois à Séleucos (Nicator?) ■, ou si c'était un rachat au prix de cette somme versée une fois pour toutes. Jonathan était fort capable de promettre plus qu'il ne voulait tenir, mais le roi put aussi croire qu'il ne faisait pas une mauvaise affaire en touchant le capital d'un revenu que les Ptolémées — s'il faut en croire Josèphe -avaient abaissé à vingt talents ^ J'incline à penser qu'il prit ce dernier parti, sauf à se raviser ultérieurement. N'étant pas sûr du lendemain, il vivait au jour le jour, et il avait besoin d'argent comptant. Au surplus, Jonathan et lui étaient de ceux que les engagements ne gênent pas.
Ce début n'annonçait pas chez le nouveau roi une main ferme et une politique suivie. Il n'était pas plus actif que son prédécesseur, et il était moins aimable. Il avait fait de Lasthène, l'aventurier crétois, son premier ministre et son conseiller ordinaire. C'était, dit Diodore, « un homme sans religion et sans conscience, qui poussa son maître aux actions les plus indignes » *. Il était comme le tuteur d'un roi à peine sorti de l'adolescence, et c'est bien ce soudard cupide et brutal que l'histoire doit rendre responsable de l'impopularité du régime [f]. Lasthène avait ses raisons pour
1. Joseph., XIII, i, 9. Jo3èphe et / Macc. (jusqu'en 133 a. C.) sont les sources suspectes, mais presque uniques, pour l'histoire de 1 époque, l'ouvrage de Polybe se terminant à l'an 146/5 a. C.