‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 209 sur 297 · Diod., ibid · texte numérisé non relu

Diod., ibid

3. Strab., loc. cit., Liv., Epit. 52 (Seleuceam confugit]. C'est de là qu'il reprend la lutte (ôpixtifievov è% xf,; ££>v£yxia;. Euseb., p. 2,o6 Schœne). La correction 2e>.£jx£'.av au lieu de Ki>.ixiav dans le texte de Josèphe (XllI, 5, 4j ferait disparaître ce « renseignement spécial >> (Th. Reinach), qu'il est peut-être bon de garder.

4. An 167 Sel. (Babelon, p. cxxxv). Peut-être Antiochos VI avait-il été associé au trône i}i erlremis par son père? Josèphe (XIII, 7, 1) donne à Antiochos VI le titre de Théos, absent des monnaies.

La guerre n'était pas finie cependant. Elle commençait par une surprise qui pouvait n'avoir pas de lendemain. En somme, le roi improvisé par Diodote ne régnait que sur la vallée de l'Oronte et celle du Jourdain. Tout le reste du royaume, le littoral méditerranéen, et à plus forte raison les provinces orientales, où Fébranlement n'avait pas eu le temps de se communiquer, obéissaient encore à Démétrios ou attendaient, pour faire défection, la suite des événements. Diodote se hâta de s'assurer le concours des Juifs, ces gens de bravoure légendaire et dhabileté consommée, qui étaient toujours au plus offrant. Il confirma Jonathan dans toutes ses dignités et possessions, le combla de présents et d'honneurs, et confia à son frère Simon la surveillance de toute la côte, « depuis rÉchelle de Tyr jusqu'à l'Egypte ». Les circonstances, par une série de compromis successifs, venaient de transformer le fougueux patriote juif en stratège hellénique, régulièrement autorisé à gouverner une province que les mêmes hasards le dispenseraient peut-être de restituer. Jonathan avait aussi le droit de faire des levées en Syrie et en Phénicie. Il s'empressa d'en user et d'aller installer son frère dans son commandement. Les villes maritimes, Ascalon entre autres, le reçurent avec de grandes démonstrations : Gaza, qui lui avait fermé ses portes, fut contrainte par le blocus et le ravage de son territoire à la soumission. La ville dut fournir des otages, que Jonathan envoya à Jérusalem.

Pendant que Jonathan continuait sa tournée du côté de Damas, les généraux de Démétrios avaient réussi à pénétrer dans la vallée du Jourdain. Ils étaient à Cadès, entre Tyr et la Galilée : avec de l'audace et la coopération des trois garnisons syriennes qui restaienten Judée,— à Gadara, Bethzour et Jérusalem-, ils pouvaient mettre en danger la souveraineté du grand-prêtre et ethnarque des Juifs. Jonathan accourut au plus vite : laissant son frère Simon devant Bethzour, qui finit par capituler, il poussa jusqu'à Hazor, au nord du lac de Génézareth. C'est là que se livra la bataille. Jonathan,

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fort maltraite au début de la journée, finit par reprendre l'ofTonsive et poursuivit rennemi, l'épée dans les reins, jusqu'à Cadès. Celte victoire brillante, mais cbèrement achetée, laissait Jonathan inquiet. Au dire des historiens juifs, dont le témoignage est ici particulièrement suspect, Jonathan, aussitôt rentré à Jérusalem, aurait envoyé une ambassade à Rome pour renouveler le traité passé naguère entre Judas Machabée et le peuple romain. Ce problématique traité n'avait guère plus servi jusqu'ici aux Juifs que l'amitié, plus légendaire encore, naïvement offerte dès le temps des Diadoques, paraît-il, par les Spartiates à leurs amis les Juifs, amitié que les envoyés de Jonathan avaient mission d'accepter et de constater officiellement en passant par Lacédémone et autres lieux à leur retour '. Sparte formait un bien petit appoint à l'alliance romaine : mais, puisque quelque écrit apocryphe, fabriqué peut-être à Alexandrie, avait persuadé aux Spartiates — isolés dans le monde grec comme Israël dans le monde oriental — qu'ils étaient parents des Juifs par Abraham, il ne fallait pas dédaigner cette sympathie spontanée, peu efficace, mais aussi peu exigeante. Sparte, pour avoir toujours résisté à la Ligue achéenne, avait été ménagée par les Romains; elle était maintenant, avec Athènes, la seule ville autonome, sous le titre de « cité fédérée », qui restât dans la Grèce désarmée et réduite en province romaine d'Achaïe (146).

Jonathan savait que ses démarches diplomatiques ne le dispensaient pas d'être vigilant. Il apprit sur ces entrefaites que les généraux de Démétrios marchaient sur la Judée avec une armée renforcée et comptaient le surprendre. Les Syriens furent surpris à leur tour de rencontrer Jonathan au nord du Liban, à Hamath (Epiphania) sur l'Oronte.

1. Les textes de la correspondance avec les Spartiates dans / Macc, 12, 5-23; 14, 20-23. Le grand-prétre Jason, chassé de partout, s'était réfugié en dernier lieu à Lacédémone (// Macc, 5, 7-iO). Une autre rédaction de la lettre de Jonathan dans Joseph., XllI, 5, 8. Voy. E. Schiirer, 1*, p. 237. H. Willrich, Judaica, pp. 62-83, y constate des anachronismes.

LA GUERRE CIVILE 3o7

Les deux armées s'observèrent pendant quelque temps, cherchant mutuellement à se tromper et à remplacer la bataille rangée par une surprise nocturne. A la fin, l'armée syrienne décampa de nuit, laissant ses feux allumés, de sorte que Jonathan ne put la poursuivre à temps et l'atteindre au delà de l'Éleuthéros. Après une incursion et une fructueuse razzia chez les Arabes Nabatéens, il entra en vainqueur à Damas et revint de là à Jérusalem.

Jonathan combattait officiellement pour la cause d'Antiochos VI, et son zèle était sincère dans une certaine mesure, car il était absolument d'accord avec son intérêt. Un roi mineur et contesté était un suzerain commode : les Hasmonéens commandaient en maîtres, soit pour leur compte, soit au nom d'Antiochos YI, dans toute la Syrie méridionale, depuis Damas jusqu'à Ascalon et Gaza. Ils s'occupaient maintenant à construire autour de Jérusalem une enceinte fortifiée et des ouvrages de défense sur divers points de la Judée. Mais Jonathan se crut trop facilement indispensable et ne se défia pas assez de la cour d'Antioche. Même loyal envers son pupille, Diodote Tryphon devait chercher à entraver l'œuvre de Jonathan; à plus forte raison, ambitieux et préoccupé de ses trahisons futures, ne pouvait-il manquer de considérer Jonathan comme un obstacle à ses desseins. Il songea donc à se défaire, par ruse ou par force, du dynaste juif avec lequel il aurait à compter le jour oii il voudrait consommer son usurpation. Une entrevue eut lieu à Bethséan (Scythopolis, au sud du lac de Génézareth) entre Diodote et Jonathan ; mais celui-ci y vint avec quarante mille hommes, et Diodote intimidé ne put que reprocher amicalement à son allié ce déploiement de forces oii perçait la défiance. Le régent se montra si empressé pour Jonathan qu'il décida celui-ci à le suivre à Ptolémaïs sans autre escorte qu'un millier d'hommes. A peine le prince juif y fut-il entré que les portes se refermèrent derrière lui : ses gens furent massacrés, et lui-même jeté en prison (143).

L'indignation fut grande en Israi'l, où le régent se préparait à conduire l'armée royale. Le peuple choisit Simon pour venger et sauver son frère. Simon se hâta d'achever les remparts de Jérusalem et de jeter une forte troupe de fidèles dans Joppé, d'où les habitants furent expulsés. Cependant Tryphon descendait de Ptolémaïs vers le sud, avec l'intention de pénétrer en Judée, comme d'autres l'avaient fait plus d'une fois avant lui, par la frontière d'Idumée. Il traînait avec lui le malheureux Jonathan, qui servait d'appât et de prétexte aux négociations avec Simon. Quand il eut extorqué à Simon la rançon du prisonnier sans le relâcher', fatigué et distrait son adversaire, il voulut atteindre Jérusalem à marches forcées ; mais une abondante chute de neige fit échouer son dessein. Alors il reprit le chemin d'Antioche par la vallée du Jourdain et dévasta en passant le pays de Galaad, où il mit à mort Jonathan.

En somme, l'odieux régent de Syrie avait tiré un médiocre parti de sa traîtrise ; les Juifs étaient exaspérés sans être affaiblis. Ils se retournèrent aussitôt du côté de Démétrios II, qui était maintenant assez diminué pour n'être plus à craindre et qui mettrait sans doute un haut prix à leur alliance. Les envoyés do Simon obtinrent en effet de Démétrios une charte royale qui confirmait Simon dans sa dignité de grand-prêtre et de prince ou ethnarque des Juifs, faisait remise à la nation de tous tributs arriérés, et l'en exemptait à l'avenir ^ Le peuple juif data de ce jour l'ère de l'indépendance. Simon est le premier qui ait battu monnaie au nom de « Jérusalem la Sainte ». 11 ne tarda pas à mettre le fait d'accord avec la théorie : il prit Gazara et investit la citadelle de Jérusalem, où la garnison syrienne tenait toujours. Le blocus dura longtemps, mais la famine eut raison

1. D'après Josèphe, Simon envoya 100 tal. dargent et deux fils de Jonathan en otages, sans être dupe de Trj-phon, mais pour ne pas être accusé de navoir pas tout fait pour délivrer son frère (XIII, 6, 5).

2. Le texte du traité dans l Macc, 13, 36-40. La date, 170 Sel. = 143/2 a. C, dans Josèphe (XIII, 6, 7).

des assiégés, plus que les machines avec lesquelles Simon battait les murailles. A la fin, les garnisaires se rendirent et eurent la vie sauve. Au mois de mai 142, Simon fit son entrée dans la citadelle, qui fut rasée avec la colline môme sur laquelle elle était assise, afin que rien ne dominât plus le Temple.

En reconnaissant l'indépendance de la Judée, Démétrios II se montrait généreux aux dépens de son rival. Pour lui, il n'espérait plus reprendre la Syrie par une attaque directe ; il y était trop impopulaire. Une sorte de trêve s'était établie, par le fait de leur impuissance mutuelle, entre les deux rois rivaux. Pendant que Antiochos VI et Tryphon étaient installés à Antioche, Démétrios gardait la Gilicie et les provinces d'Orient. Il semble même avoir conservé la possession de Séleucie sur l'Oronte, interceptant ainsi, comme jadis, au temps où la ville était au pouvoir des Egyptiens, les communications d' Antioche avec la mer *. Il était maître des côtes qui enserrent le golfe d'Issos, et il aurait pu continuer ou reprendre la lutte avec avantage, s'il n'en avait été détourné par les nouvelles alarmantes qui lui venaient de l'Orient. Les colons hellénistiques, foulés par la puissance croissante des Parthes, imploraient son secours.

Les choses avaient bien changé de ce côté depuis trois quarts de siècle. Au temps d'Antiochos le Grand, les Parthes n'étaient encore que campés entre la Médie et la Bactriane, tenus en échec à l'ouest par les Séleucides, à l'est par le royaume baclrien alors en pleine croissance. L'alliance contractée entre Antiochos III et Euthydème I avait porté ses fruits. Le fils d'Euthydème, Démétrios (180?), devenu le gendre du roi de Syrie et légitime possesseur de tout ce qui reconnaissait encore le protectorat des Séleucides entre le plateau d'Asie et 1" Indus, avait reculé

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