Cf. ci-des3us, pp
360 CHAP. Xll. — LES COMPÉTITIONS DYNASTIQUES
les frontières du royaume bactrien,à l'E. et au S. jusqu'aux monts Imaiis (Himalaya) et aux bouches de Tlndus; au N. jusqu'aux Sères et Phryniens ou Fauniens (les Huns?), c'est-à-dire jusqu'aux confins de la Tartarie chinoise '. H implantait la civilisation grecque dans ce Pandjab où Alexandre le Grand n'avait fait que passer, et les noms d'Euthydémia, l'ancienne Sangala sur l'Hydaspe, de Démétriade en Arachosic, attestent à la fois les conquêtes et la piété filiale du monarque bactrien.
Mais la fidélité et l'obéissance n'étaient pas des vertus grecques. Pendant que Démétrios méritait le titre d'Invincible (ANIKHTOÏ) gravé sur ses monnaies grecques et bilingues, un usurpateur lui enlevait la Bactriane (vers 175?), et malheureusement cet usurpateur, le « Grand-Roi Eucratide », était un rival digne de lui. Ces deux hommes, qui, paraissant chacun à son heure, eussent pu prolonger la fortune des armes grecques, ébranlèrent par leurs luttes la suprématie précaire de la race conquérante dans l'Extrême- Orient. Démétrios paraît avoir été réduit à la possession de l'Inde, d où il finit par être expulsé, à la suite d'une guerre acharnée *. Si Eucratide parvint à restaurer ainsi à son profit l'unité du royaume bactrien, ce ne fut pas pour longtemps. Son exemple avait suscité de toutes parts des révoltes et des usurpations ; il épuisa ses forces à lutter en Sogdiane, en Arachosie, en Drangiane, en Ariane, en Cophène, en Gandaritide, contre des prétendants et des roitelets qui nous ont laissé leurs noms sur leurs monnaies : Euthydème H, — peut-être frère ou fils de Démétrios, — Pantaléon, Agathoclès dit le Juste, Antimachos I dit le Dieu, Antimachos II Niképhoros, d'autres encore, un Antialcidas Niképhoros, un Lysias Anikétos, un Platon dit Epiphane, un Strabon,
1. Strab., XI, p. 516; cf. XV, p. 686. Justin., XLI, 6. 4. A. von Gutschnaid, Gesch. Irans, pp. 44-46.
2. Justin., loc. cil. (Eucratide, assiégé par Démétrios, quinlo mense liberatus Indiatn in potestatem redegit).
un Apollodote, un iMénandre. Il n'est plus possible de distinguer entre eux des groupes dynastiques et d'en fixer la chronologie. Nous possédons encore de quelques-uns de ces parvenus, comme Agathoclès et Antimachos, des monnaies ancestrales — en guise de proclamations populaires — portant les noms des rois dont ils se prétendaient les héritiers légitimes. On y voit figurer les noms d'Alexandre le Grand, Diodotos Soter, Euthydémos Théos, Anliochos Nicator, etc. [f]. De son côté, Eucratide légitimait aussi de son mieux son usurpation en mariant son fils Hélioclès avec la fille de Démétrios réconcilié, une Laodice qui se trouvait être la petite-fille d'Euthydème I et d'Antiochos le Grand. Il eut môme soin, pour plus de sûreté, d'associer au trône ce fils sur qui reposait l'espoir de sa dynastie. Mais ce fils était un monstre. Au retour d'une campagne dans l'Inde, Eucratide ne rentra pas à Zariaspa : il fut assassiné en route par son fils^ qui ne prit même pas la peine de cacher son forfait *. Le parricide, d'après Justin, déclarant « qu'il avait tué non pas un père, mais un ennemi de son pays [hostein), fit passer son char sur le corps sanglant et ordonna de le jeter à la voirie ». Si l'on ne veut pas renoncer à comprendre comment Eucratide, qui luttait alors contre les défections, contre les Barbares du Nord et les Parthes, avait pu être accusé de se trahir lui-même, on ne trouve qu'une explication quelque peu vraisemblable : à savoir, qu'Eucratide avait peut-être consenti à céder aux Parthes ou aux Scythes des provinces qu'ils avaient déjà envahies.
De pareilles convulsions auraient compromis l'existence d'Etats moins artificiels que la Bactriane. Hélioclès, qui osa prendre le surnom de Juste (AUaioç), fut le dernier roi du pays. Il ne parvint pas à évincer les compétiteurs qui se taillaient des domaines dans les lambeaux de l'empire bactro-indien. Tous ensemble trahissaient la cause de la civilisation hellénistique dont le souci avait rapproché jadis