Diod., XXXV
2. Joseph., XIII, 8, 4. Cf. les Spartiates attendant la pleine lune pour aller au secours des Athéniens ; scrupule ou prétexte (Herod., VI, 106).
3. Justin., XXXVIII, 10,6. Gh. Michel, 1158. Dittenb., OGIS., 255. 256.
rent le peu de discipline qu'il leur avait plu de garder jusque-là. Les simples soldats attachaient leurs chaussures avec des boucles d'or, « foulant aux pieds, dit pompeusement Justin, ce métal pour lequel les peu[)les se battent » '. On peut juger par là des exigences des généraux et de ce que coûtaient les gigantesques ripailles du roi. Non content d'imposer à ses nouveaux sujets de pareilles charges, Antiochos les obligeait à lui fournir des recrues. Les villes dans lesquelles Antiochos avait eu l'imprudence de disséminer ses forces furent bientôt lasses d'un tel régime. Elles s'entendirent sous main avec Phraate.
Celui-ci avait cru d'abord la partie perdue. Il avait essayé de traiter : mais, comme Antiochos exigeait que son frère lui fût remis sans rançon; que Phraate rendit tout ce qu'il avait pris au royaume de Syrie et payât tribut pour le reste de ses possessions; le Parthe avait pris le parti de se servir de Démétrios II contre Antiochos. Il avait donné ordre de reconduire l'ex-roi de Syrie à Anliochc, pour obliger son adversaire à se préoccuper de sauver son trône. Maintenant, il pouvait espérer un retour de fortune et prendre le temps de se raviser. Une vaste conspiration s'organisa : les villes devaient se soulever toutes le même jour et massacrer leurs garnisons syriennes, pendant que le roi des Parthes entrerait en campagne pour achever l'œuvre de destruction. A l'approche du printemps, au moment où la fonte des neiges allait ouvrir aux Syriens l'accès des montagnes qui barraient le chemin de l'IIyrcanie, le complot fut mis à exécution dans toutes les villes de la Médie, sauf probablement à Ecbatane, où Antiochos était en force et mieux gardé. Le roi se précipita aussitôt au secours du poste le plus voisin, mais il se heurta à l'armée de Phraate, forte de 120.000 hommes. Ses amis lui conseillaient d'éviter le combat et de se
1. Justin., XXXVm, 10, 3. Val. Max., IX, 1. Ext. 4. L'un et l'autre parlent de vaisselle d'argent, etc. — avai-o potius hosti praeda optabilis quam ulla ad vincendum strenuo mora (Val. M.); littérature suspecte.
LE RÈGNE d'aNTIOCHOS VII ÉVERGÈTE 383
jeter dans la montagne, où il pourrait braver la cavalerie parthe; mais « Antiochos n'écouta en aucune façon leurs discours, leur remontrant qu'il serait honteux pour des vainqueurs de redouter l'audace des vaincus ». C'était le langage d'un bon soldat, mais d'un mauvais général. Antiochos se battit comme un furieux, mais il fut à peu près seul à montrer du courage. Athénseos, celui de ses lieutenants qui s'était montré le plus dur pour les habitants, donna le signal de la fuite. Abandonné des siens, Antiochos fut tué sur le champ de bataille ou s'enfuit le dernier et se précipita du haut d'un rocher pour ne pas tomber vivant aux mains de l'ennemi (févr.? 429 a. G.) *. Telle fut la fin, après environ neuf ans de règne, d'AnliochosYII Evergète, nature ardente et loyale, esprit quelque peu chimérique, qui n'avait pas eu le temps d'atteindre à sa maturité. Par une sorte de fatalité, qui n'est pas imputable seulement à la nature, le royaume des Séleucides n'était depuis longtemps gouverné que par des princes à peine sortis de l'adolescence et novices au métier de rois.
Ce ne fut pas simplement une défaite, mais l'anéantissement de l'armée vaincue. Sauf les Juifs, qui avaient dû obtenir leur congé durant l'hiver et que Hyrcan avait ramenés en Judée, des trois cents et quelque mille hommes qui étaient partis d'Antioche, personne ne revint en Syrie. Les fuyards durent être massacrés de divers côtés ou moururent de privations, comme cet Athénaeos, à qui personne ne voulut ni ouvrir sa porte ni faire l'aumône d'un morceau de pain, et le peu de soldats réguliers que le vainqueur jugea à propos d'épargner fut incorporé à l'armée parthe. Les princes royaux, enfants de Démétrios II, Séleucos et Lao-
1. Diod., XXXV, lo-n. Justin., XXXVIII, 10. Joseph., XllI, 8, 4. Euseb., I, p. 255 Sch. Appian., Syr., 68 (iauxàv IxTewev) : le mode de suicide dans Aelian., Hist. anim., X, 34. L'à^e qu'Eusèbe donne à Antiochos [cujus anativitale unni erant XXXV) est inadmissible. Il serait né en 164, alors que son père était encore otage à Rome et n'a pu — d'après l'hypothèse admise plus haut, p. 323 — épouser sa sœur Laodice qu'en 162 au plus tôt.
dice, étaient parmi les prisonniers. Phraate les traita honorablement et témoigna de son respect pour la famille royale en faisant à Aniiochos des fun<''raillcs dignes d'un roi. Pour ôlrc tout à fait respectueux, il aurait pu se dispenser d'apostropher le cadavre et de dire, en guise doraison funèbre, que Antiochos VII était un présomptueux ivrogne, qui, « dans ses grandes beuveries, avait espéré avaler jusqu'à la dernière goutte la royauté des Arsacides » '. Les provinces orientales étaient délinitivement perdues pour les Séleucides.
§ ni.
Restauration et nouveau règne de Démétrios II (129-125).
Quand la nouvelle du désastre parvint à Antioche, ce fut une désolation inexprimable. Il n'y avait pas de maison qui ne fût en deuil, et la ville retentissait de gémissements. On pouvait s'attendre à voir prochainement les Parthes abreuver leurs chevaux dans l'Oronte, car la Syrie était maintenant sans défense. Le vainqueur se proposait en effet, au dire de Diodore et de Justin, d'envahir la Syrie, qui, en l'état actuel des choses, lui serait une proie facile. Il se repentit alors d'avoir relâché Démétrios, et il lança à sa poursuite quelques escadrons qui ne purent le joindre *. Heureusement, Phraate se trouva arrêté par des embarras imprévus. Les Scythes qu'il avait appelés à son aide étaient arrivés trop tard pour lui être utiles; mais ils n'en exigèrent pas moins le loyer de leur peine, et, comme Phraale refusait de les payer, ils se mirent à dévaster son territoire. Il fallut engager contre eux une guerre en règle, guerre qui devait coûter la vie à Phraate et mettre l'empire parthe à deux doigts de sa ruine '. Il n'est pas probable cependant
1. Justin., XXXVIII, 10, 10. Posidon. lib. XVI, ap. Athen., X, p. 439 e. Cf. cidessus, p. 378.