‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 234 sur 297 · Joseph., XIII · texte numérisé non relu

Joseph., XIII

La criti(|ue nioderiie, qui, frappée des anachronismcs dont fourmillent presque tous les documents de ce genre, les déplace pour ne pas les récuser tout à fait, renvoie celui-ci soit au temps d'Antiochos Vil, en 13*^/2 a. C, soit au temps d'Antiochos IX Cyzicène '. On n'a jamais pu retrouver, à une date quelcon(iuc, le préteur Fannius, qui est censé avoir présidé la séance où fut rédigé le SC. en question. Mais ceci importe peu, au point de vue des vraisemblances historiques. A quelques dates qu'elles soient attribuées, les récriminations des Juifs ont toujours été les mêmes, et les Romains y ont toujours répondu par de bonnes paroles, non suivies d'effet*. Josèphe lui-même n'ose pas dire que le SG. ait intimidé le roi de Syrie. Démélrios, écrit-il, « voulait faire la guerre à Hyrcan ; mais il n'en eut ni le temps, ni l'occasion, les Syriens et les soldats l'ayant en haine à cause de sa méchanceté ». Il est possible cependant que la crainte d'une ingérence de la part des Romains, qui, après la défaite d'Aristonicos (130 a. C), étaient maintenant maîtres de l'Asie Mineure, ait été pour quelque chose dans l'abstention de Démétrios II, car il était d'humeur combative, et il s'engagea bientôt après dans une querelle plus dangereuse avec son beau-frère Ptolémée Evergète II (129).

Vingt-sept ans s'étaient passés depuis la bataille de l'Œnoparas, où Ptolémée VI Philoraétor avait été enseveli dans sa victoire ^ Depuis lors, son frère Ptolémée VII Evergète II dit Physcon s'était désintéressé des affaires de Syrie. Toute son activité avait été employée à se maintenir sur le trône

1. Voy. les discussions et la bibliographie d'icclles dans E. Schûrer, I*, pp. 262-263. II. Willrich, Die Urkunden der Romer und Spartiaien im erslen Makkabiierbuch (in Judaica, pp. 62-85). Cf. ci-dessus, p. 376, 2.

2. Le mot de Justin : facile lune Romanis de alieno largientibus (XXXVI, 3, 9), ne s'applique pas seulement à cette époque.

3. Voy. ci-dessus, p. 345, et Hist. des Latjides, II, pp. 56-87. Je rectifie seulement une opinion émise en 1904 {op. cit., pp. 56-62) : il est maintenant acquis que Eupator ne fut pas égorgé par Evergète II en 145. Associé à son père Philométor en 153, il mourut avant lui, en 130. .\insi s'explique qu'il figure avant les dieux Philooiétors sur les listes cultuelles.

malgré l'antipatliio des Alexandrins, malgré la haine de sa propre femme Cléopàtre (II), veuve de son frère, et la réprobation qu'inspiraient partout — sauf à Rome — ses vices et ses crimes. Ptolémée Philométor, une première fois expulsé par lui, avait fini par l'obliger à se contenter de la Cyrénaïque. A la mort de ce frère, Evergète II était accouru au plus vite de Cyrène à Alexandrie pour reprendre enfin cette couronne d'Egypte qu'il avait possédée, perdue, regrettée, et qu'il avait eu, dit-on, l'eiïronterie d'offrir à Cornélie, mère des Gracques, en un moment où il ne l'avait plus. Le fils aîné de Philométor, (Ptolémée) Eupator, était, suivant toute probabilité, mort avant son père ; mais il restait du mariage de Philométor avec Cléopàtre (II), outre la reine perpétuelle de Syrie, Cléopàtre Théa, un fils cadet, connu (ou plutôt deviné) sous le nom de (Ptolémée) Néos Philopator. La reine-mère Cléopàtre (II) souhaitait évidemment de régner sous le nom de son fils mineur, mais les Alexandrins ne voulurent pas risquer une guerre civile. Ils abandonnèrent sa cause quand ils la virent défendue par des Juifs bien en cour, Onias et Dosithée. S'il est vrai, comme l'affirme Josèphe, que « Ptolémée Philométor et sa femme Cléopàtre avaient confié leur royaume tout entier aux Juifs et nommé Onias et Dosithée commandants de toute la milice », il n'est pas étonnant que le régime souhaité par Cléopàtre ait été irrémédiablement impopulaire.

Cléopàtre dut accepter, comme régent ou comme roi, en tout cas comme époux, son boau-frère Evergète, qui, suivant l'exemple donné jadis par Ptolémée Kéraunos, simplifia aussitôt la situation en égorgeant, le jour de ses noces, le fils de son frère et de sa nouvelle épouse, Néos Philopator. Depuis lors, Evergète II régna par la terreur, provoquant par les scandales de sa vie et écrasant par ses mercenaires toute velléité d'opposition, si bien qu'au bout de quelques années de ce régime, au dire de Justin, il dut faire appel à des étrangers pour repeupler Alexandrie. Le jour vint pour-

tant où les Alexandrins se veng^^rent du Kakergète, du roi Bedaine (f^ÛTxtov), autrement que par des sarcasmes. Les soudards du tyran ayant cerné dans un gymnase et brûlé vifs ou massacré des jeunes gens appartenant sans doute à des familles suspectes, l'indignation populaire éclata enfin. Le peuple mit le feu au palais, et Physcon dut s'enfuir à Cypre, avecCléopàtre la jeune, la fille de l'autre Cléopàtre (II), qu'il avait substituée comme épouse à sa mère. Les Alexandrins se serrèrent alors autour de la reine répudiée, dont les rapprochait une haine commune (132/1 a. G.). Ce qui suit est un drame digne des Atrides, dont on parcourt avec une certaine défiance les péripéties dans les textes de Justin, de Diodore et deTite-Live *. Comme Physcon se doutait que les Alexandrins se chercheraient un roi pour compléter le couple royal obligatoire, il manda près de lui un « fils aîné » — sans doute un bâtard — qu'il avait laissé à Cyrène et le mit à mort. Puis, il eut l'effroyable idée de se venger de sa sœur et ex-épouse en tuant un fils, Memphitès, qu'il avait eu d'elle et qu'il avait emmené en guise d'otage à Cypre ; après quoi, il expédia le petit cadavre découpé en morceaux à l'adresse de la reine à Alexandrie. Cet horrible cadeau fut présenté à Cléopàtre au moment où elle célébrait dans un banquet l'anniversaire de sa naissance. C'est de cette façon que le « philologue », l'élève d'Aristarque, utilisait ses souvenirs classiques, imitant, selon Diodore, la légende de Médée, ou plutôt celle de Set- Typhon enfermant dans un coffre les morceaux du corps d'Osiris. On peut soupçonner qu'il est entré aussi de la légende dans ce tissu d'horreurs.

Nous avons des renseignements moins circonstanciés, mais plus sûrs, relativement à la guerre civile qui s'ensuivit. Evergète II ne tarda pas à rentrer en Egypte, où, tout compte fait, il n'eut guère à lutter que contre Alexandrie et Thèbes. Son général Hégélochos battit l'armée alexandrine,

1. Justin., XXXVIII, 8, 11-15. Diod., XXXIII, 13, XXXIV, U. Liv., Epit. 59. Gros., V, 10. Voy. Histoire des Lagides, II, pp. 71-76.

commandée parMarsyas, et fil prisonnier le chef des rebelles. Evergète, pour essayer, une fois en sa vie, de la clémence, épargna Marsyas, à la grande surprise de son entourage. Il rentra ainsi dans sa capitale, réellement instruit par l'expérience et, on le vit par la suite, décidé à ciianger de méthode. Mais Gléopàtre (II), qui n'augurait rien de bon de cette douceur inaccoutumée, s'enfuit et chercha un asile auprès de son gendre Démétrios II, le roi de Syrie (129/8). Elle avait eu soin d'emporter avec elle l'argent du Trésor royal.

Démétrios II trouvait enfin ce qu'il cherchait depuis son retour, une occasion de faire la guerre, une guerre qui promettait d'être lucrative et qui ne risquait pas — il pouvait du moins l'espérer — de lui mettre les Romains sur les bras. Il allait envahir l'Egypte, comme jadis Antiochos Epiphane, mais pour une plus juste cause; et il saurait bien tirer de sa belle-mère, quand il l'aurait rétablie sur le trône, la rémunération de ses services. Il oubliait ou ne voulait pas s'avouer qu'il était aussi détesté à Antioche que son adversaire pouvait l'être à Alexaîidrie, et qu'il risquait fort, une fois sorti de son palais, de n'y plus pouvoir rentrer. Du reste, tout valait mieux que de continuer à jouer le rôle d'esclave libéré, flétri du sobriquet de Sidéritès, bravé par les Juifs et haï jusque dans son intérieur. Démétrios prit donc le chemin de l'Egypte et poussa jusqu'à Péluse. A peine étaitil hors de portée que Antioche était déjà en révolte. Apamée suivit l'exemple de la capitale, et, la sédition gagnant de proche en proche, Démétrios dut abandonner son entreprise, ses soldats eux-mêmes refusant de lui obéir \

Les rebelles entrèrent aussitôt en relations avec Évergète, le priant « de leur donner quelqu'un de la race de Séleucos pour prendre possession de la royauté » ^. Ils songeaient

1. Justin (XXXIX, 1, 3) écrit, par inadvertance (?), que les habitants d'Antioche firent défection, duce Tryphone. Des érudits trop ingénieux veulent que Justin ait songé à Évergète II dit Physcon et aussi Tryphon. Mais duce n'a jamais voulu dire « à l'instigation de ».

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