‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 24 sur 297 · CHAP. 1. — LE RÉGNE DE SÉLEOCOS I NICATOR · texte numérisé non relu

CHAP. 1. — LE RÉGNE DE SÉLEOCOS I NICATOR

gueiro qu'il fit aux Athéniens de 296 à 294, pour les punir de l'avoir abandonné dans l'advorsité avec autant d'ompressoinenl qu'ils l'avaient adulé victorieux, il avait perdu tout ce qu'il possédait encore en Asie. Lysimaque avait pris pour lui les villes du lilloral, notamment Ephèse, dénommée in.iintonant Arsinoé; Séleucos avait mis la main sur la Cilicie et la Phénicie; Ptoléméc avait conquis Cypre et était prêt à la défendre. Démétrios s'en consolait aisément ; il allait devenir roi de Macédoine. Les fils de Cassandre, mort en 297, avaient hérité de tous les vices de leur père. Philippe IV ne fit que passer sur le trône : il mourut de phtisie, comme son père, au bout de quatre mois de règne (297). Il eut pour successeur son frère Antipater, qui assassina leur mère Thessalonice par jalousie pour son frère Alexandre. Celui-ci appela à r<iide Démétrios; puis, réfugié en Epire, il acheta le secours de Pyrrhos on lui faisant abandon des provinces occidentales de la Macédoine et revint avec son allié pour détrôner Antipater, lequel s'enfuit en Thrace auprès de son beau-père Lysimaque. Grâce aux bons offices de Lysimaque, les deux frères consentirent à régner en commun. Ils avaient oublié l'appel imprudent fait à Démétrios par Alexandre. Démétrios arrivait à marches forcées du fond du Péloponnèse et n'entendait pas s'être dérangé pour assister à une réconciliation. 11 eut bien vite pris son parti : sous prétexte de prévenir les complots de son astucieux protégé, il le fit assassiner dans un banquet et se proclama roi de Macédoine (294). Antipater s'enfuit de nouveau chez Lysimaque, et Démétrios ne songea plus qu'à agrandir son nouveau royaume, avec le vague espoir de recommencer les prouesses d'Alexandre le Grand. Après avoir étouffé une conspiration à Athènes, intimidé et rançonné les Béotiens, il profita des embarras de Lysimaque aux prises avec les Gètes et un instant captif des Barbares pour lui arracher quelques territoires et l'obliger à abandonner la cause de son gendre Antipater (292) ; puis il engagea la lutte contre

Pyrrhos, qui avait, du reste, commencé les hostilités en portant secours aux Béotiens révoltés et en envahissant la Thessalie.

On eût cru que ces deux coureurs d'aventures, Démétrios et Pyrrhos, allaient engager un duc! à mort, d'autant plus que Démétrios, polygame par vocation, venait d'épouser la femme de son rival, Lanassa, tille du fameux Agathocle de Syracuse. Trop fière pour supporter les concubines de son mari, Lanassa, réfugiée à Corcyre, avait offert elle-même sa main au Poliorcète. Mais Démétrios, après avoir repoussé une invasion de lEpirote en Macédoine, au moment de prendre l'offensive, se ravisa. Le conflit se termina par un coup imprévu. Les deux rivaux, également épris de conquêtes lointaines, firent la paix sur le pied du statu quo et s'apprêtèrent à s'élancer l'un sur l'Occident, l'autre sur l'Orient.

En Orient, Démétrios allait se heurter à une coalition. Ni Lysimaque, ni Séleucos, ni Ptolémée n'étaient d'humeur à se laisser déposséder : ils savaient à quoi Démétrios destinait la formidable armée et l'immense flotte qu'il était en train de réunir, épuisant et pressurant sans pitié la Macédoine et l'Hellade. Les coalisés gagnèrent Pyrrhos lui-même, qui se chargea de faire diversion en temps opportun. Pendant que Démétrios surveillait ses préparatifs, il fut tout à coup attaqué à l'est par Lysimaque, à l'ouest par Pyrrhos, et menacé au S. par la flotte de Ptolémée. Le plus grand danger était pour lui celui qu'il ne soupçonnait pas, sa propre impopularité, la désaffection des Macédoniens. Au moment de livrer bataille à Pyrrhos, il fut abandonné par ses soldats, qui acclamèrent Pyrrhos roi de Macédoine (287). Lysimaque arriva à temps pour partager avec le roi d'Epire les dépouilles du fugitif et avancer sa frontière jusqu'au delà du Nestos. L'année suivante, Pyrrhos fut expulsé de la Macédoine et de la Thessalie, et Lysimaque prit pour lui le trône que réclamait son gendre. Il trouva même dès lors

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(lii'Antipatcr, prétendant rvincé, mais toujours prétendant, n'était |)iiis qu'un hôte enconil)ranl ; et, se souvenant que c'était aussi un parricide, il ven^^ea la morale outragée en le mettant à mort. Pour no |)lus entendre les récriminations de sa fille Eurydice, il l.i ni il m j)rison.

Cette série de surprises allait cependant avoir un dénouement, imprévu comme le reste. Démélrios, roi en disponibilité et veut' de IMiila, qui n'avait jms voulu survivre à la honte dune telle chute, reparut avec son fils Antigone Gonatas et une armée de dix mille hommes sous les murs d'Athènes, qui venait de chasser ses garnisaires. La ville fut sauvée par l'intervention de Pyrrhos, qui jugea à propos de régler seul à seul avec Démétrios le sort du reste de l'Hellade. Démélrios resta en possession de la Grèce continentale, qu'il confia à son fils Antigone pour aller de nouveau tenter la fortune en Asie. 11 avait du convenir avec Pyrrhos, qui témoignait à Ptolémée une afl'ection filiale, de ne rien tenter contre les possessions égyptiennes, ni contre les Insulaires de l'Archipel, clients de Ptolémée. Aussi personne ne lui disputa le passage de la mer Egée. Il comptait probablement provoquer dans les villes du littoral, au détriment de Lysimaque, qui les avait traitées en despote, un revirement pareil à celui qui venait de lui enlever la Macédoine.

Tout alla bien d'abord. A Milel, il fut accueilli avec empressement. Il commença par épouser sa fiancée d'autrefois, Ptoléma'is, (jui y était comme reléguée avec sa mère Eurydice, loin d'Alexandrie. Ephèse suivit l'exemple de Milct. La Lydie, y compris Sardes, et la Carie se soumirent, moitié de gré, moitié de force (287). Mais le fils de Lysimaque, Agathocle, accourut avec une armée. Démétrios, au lieu de se replier sur sa flotte, voulut s'ouvrir un champ plus vaste du côté de la Haute-Asie et se lança à travers la Phrygie; puis, serré de près par son ennemi, il se rabattit brusquement sur le Taurus et se trouva bientôt enfermé

en Cilicie avec les restes de ses bandes, décimées par les privations et les maladies. De Tarse, il écrivit à Séleucos une lettre « pleine de lamentations sur son infortune » et faisant appel à la « compassion de son allié ». Séleucos fut, en effet, pris de pitié; mais les conseils de Patroclès le firent revenir sur son premier mouvement : il voulut allier la prudence à la générosité. Il alla au devant du condottiere, mais avec une escorte qui ressemblait à une armée. Démétrios, mis en défiance, ne l'attendit pas à Tarse : il se cantonna dans la montagne et, tout en renouvelant ses instances, se mit, pour vivre, à rançonner le pays. Enhardi par les hésitations de Séleucos et quelques coups de main heureux que Plutarque détaille longuement, il occupa Issos et lâcha ses bandes pillardes dans la Cyrrliestique. Séleucos comprit qu'il fallait en finir une bonne fois avec cette « bête fauve ». Démétrios, malade, abandonné de ses mercenaires, à qui Séleucos promit meilleure paye, et cerné au pied de l'Amanos, se livra enfin à son adversaire, en qui il espérait encore attendrir l'ex-époux de Stralonice. L'entourage de Séleucos prévint l'entrevue d'oii le captif attendait son salut : Démétrios fut conduit directement dans la Ghersonèse de Syrie et interné dans une résidence voisine d'Apamée sur l'Oronte (286). 11 y fut traité en roi, pourvu d'un luxueux train de maison et libre de recevoir ses amis, mais il n'en devait plus sortir. Séleucos repoussa les suggestions de Lysimaque, qui lui offrait de l'argent s'il voulait mettre à mort son prisonnier; mais il résista de même à toutes les sollicitations d'Antigone Gonatas, des villes helléniques d'Asie, de Pyrrhos et de Ptolémée lui-même, qui intercédaient pour Démétrios. 11 avait trop conscience du service qu'il rendait à l'humanité autant qu'à lui-même. « Ce qui exalta le nom de Séleucos chez tous les hommes, dit Pausanias, ce fut, entré autres choses, la capture de Démétrios » ^ Il promit cepen-

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