‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 262 sur 297 · Strab., XI, p · texte numérisé non relu

Strab., XI, p

2. Lucian., Macrob., 15 'EivaTpoxV?.;). Phleg. ap. Phot. [FHG., IIF, p. 606, 12 : £ivaTpoj/iT,;). Appian., Mithrid., 104 (SîvTp'.xo;, père de Phraate 111 [Arsace XII]). Cf. Gutschmid, Gescfi. Irans, pp. 79-83.

sentir. Ces dissensions intestines fournirent à Tigrane l'occasion de s'émanciper, sous prétexte d'alliance avec le parti du plus fort. 11 était pcut-ôtre encore l'allié d'Arsace X Artaban II (87-76) quand les Syriens l'invitèrent à prendre la place de ces Séleucides dont les discordes perpétuelles avaient lassé leur patience (84?) [f]. Ou espérait à Antioche que, sous un roi supposé ami des Parthes et apparenté au roi de Pont, la Syrie serait à l'abri des tentatives de ces dangereux voisins.

Cependant, quoique Justin vante l'accord unanime avec lequel la couronne de Syrie fut ollerte à Tigrane, cette espèce de coup d'Etat ne peut avoir été que l'œuvre d'un parti, et il dut y avoir des résistances. En effet, ce n'est guère qu'en 83 que l'Arménien put se considérer comme assis sur le trône des Séleucides. Appien parle de campagnes faites par Tigrane contre des Séleucides récalcitrants, campagnes qui aboutirent, suivant lui, à la défaite d'AntiochosX le Pieux et à l'occupation de la Cilicie, dernier refuge de la dynastie '. Appien passe pour être d'une érudition assez sûre, et son témoignage, inconciliable avec l'assertion formelle et circonstanciée de Josèpbe, signalée plus baul, est assez embarrassant en ce qui concerne Antiocbos le Pieux. Mais on ne saurait lui allouer le privilège de l'infaillibilité : dans la mêlée des homonymes, il a fait ailleurs, il a pu faire ici aussi des confusions. Il exagère, dans ce même passage, en disant que Tigrane régna sur la Syrie entière, depuis l'Euphrate jusqu'à la frontière d'Egypte. Dépourvu de flotte, Tigrane ne put môme forcer Séleucie sur l'Oronte, qui lui ferma ses portes ^. Il ne chercha pas à enlever la Cœlé-Syrie à Arétath III, ni le littoral de la Palestine aux Juifs, et il ne paraît pas que sa suzeraineté ait été reconnue d'emblée en Phénicie. Nous y retrouverons plus tard Cléopâtre Séléné, veuve d'Antiochos X Eusèbe, dans la ville hospitalière de

{. Justin., XL, 1. Appian., Syr., 48. 6» (cf. ci-dessus, p. 420). 2. Eutrop., VI, 14,2. Strab., XVI, p. Toi (cf. ci-après, p. 444, 1).

Ptolémaïs, et Tigrane occupé à l'aire campagne dans la région. On peut en dire autant de la Cilicie, un nid de pirates rebelle à toute autorité régulière, refuge ordinaire des factieux, des déconfits, des aventuriers de toute sorte, où Philippe I et maintenant Cléopàtre Séléné avaient trouvé un asile. La partie occidentale, la Cilicie Trachée, était depuis 102 province romaine : le reste était censé appartenir à Tigrane, qui, laissant la côte aux écumeurs de mer et marchands d'esclaves, prit à tâche de vider l'intérieur de ses habitants pour transplanter ceux-ci au-delà de l'Euphrate *. Il y fit probablement la chasse aux prétendants ; c'est du moins la façon la plus simple d'expliquer la disparition de Philippe I, qui dut être pris et mis à mort. Tigrane, on le vit en toute circonstance, ne se piquait pas de générosité : à la différence des Parthes philhellènes, il n'avait ni respect pour la dignité royale, ni pitié pour le malheur. Cléopàtre lui échappa, peut-être en se mettant sous la protection des Romains, pour qui, officiellement, Tigrane était un usurpateur. Elle conserva, pour elle et ses deux fils, comme un semblant de royauté, des droits qu'elle ne renonçait pas à faire valoir.

Tigrane ne considérait le royaume de Syrie que comme un appoint à ses possessions, et il avait mieux à faire pour le moment que de perdre son temps à en préciser les frontières. La Syrie dut à cette indifférence quatorze ans de repos ou d'apaisement relatif (de 83 à 69 a. G.) 2. Tigrane eut soin toutefois d'en confier le gouvernement à un vice-roi, Magadate, qui était un Oriental étranger au pays. Ce que voulait Tigrane, c'était utiliser contre les Parthes l'accroissement de force et de prestige qui lui était advenu. S'il ne put leur enlever la Médie, où il pénétra, dit-on, jusqu'à Ecbatane, il incorpora à ses domaines la vallée haute du Tigre, c'est-à-dire

1. Plut., LuculL, 21. Strab., XIV, p. 669. C'est en ce sens que Appien a pu dire de Tigrane : t.o/s ôè Ô!j.oû xai Ki>>'.x(aî {Syr., 48), et, plus exactement ailleurs : K:l.v.ixi tiva (Mithrid., 105).

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