POMPÉE A JÉRUSALEM
des remparts qui défendaient le mont Moriah du côté du nord. Au bout de Irois mois d'etîorts, une brèche s'ouvrit^ et les Romains donnèrent l'assaut « un jour de jeûne » (le Kippour), Les assiégés vaquaient à leurs devoirs religieux : ils se laissèrent égorger avec une résignation que Josèphe ne réussit pas à nous faire admirer. Pompée entra avec sa suite dans le Saint des Saints, mais il ne toucha ni aux vases sacrés, ni aux 2000 tal. que contenait encore le Trésor (63) *. Maintenant, Pompée était bien le maître. Il réorganisa la Palestine de façon à la ramener à son ancien état de division. Toutes les villes de la côte furent déclarées villes libres relevant de la province de Syrie ; de môme, les villes de la Galilée, de la Pérée, bref toute la région centrale jusqu'à Philadelphie du côté du désert. Pompée fut pour ces cités hellénisantes, ruinées pour la plupart par les Juifs, un nouveau Flamininus ; elles datèrent leur « liberté » de Fère pompéienne, qui commence pour elles soit en 63, soit en 62. La Judée proprement dite fut laissée à Hyrcan II, avec le titre de grand-prêtre; mais le pays et la ville de Jérusalem, dont Pompée eut soin de raser les murailles, durent payer tribut au peuple romain. Ainsi finit, après une durée d'environ quatre-vingts ans, l'indépendance du peuple juif, arrachée jadis par la force aux Séleucides, détournée de son but patriotique par l'ambition égoïste des Hasmonéens, compromise par leurs intrigues, étouffée enfin par les Romains, anciens alliés du Machabée et de ses successeurs, à la grande joie des peuples d'alentour. Les villes de l'Idumée et de la Phénicie allaient donc pouvoir enfin relever leurs ruines, sans avoir à craindre désormais ces odieux fanatiques qui auraient immolé à leur Jahveh le reste du genre humain,
1. Joseph., XIV, 3,4 ; 4, 1-3. Bell. Jud., I, 6,3. Strab., XVI, pp. 762-763. Dio Cass., XXXVII, 16. Les critiques les plus compétents sont d'avis que Josèphe s'est mépris sur le « jour de jeûne » (vT.Txeiaç T,[iépa), qui, pour Strabon signifiait le sabbat (Kpôvou T.iJiÉpa dans Dion Cassius), mais, pour un Juif, ne pouvait être que le Kippour. Le débat intéresse la chronologie, en ce sens que le Kippour tombe le 10 Tishri (octobre), tandis que le Sabbat ne comporte pas d» date fixe (Cf. E. Schurer, I*, p. 298, 23)..
4o0 CHAP. XV. — LA SVRIE PROVINCE ROMAINE
qu'une statue mettait en fureur et qui étaient pour la civilisation grecque des ennemis irréconciliables. Comme un fauve dompté, le Juif rentrait dans son repaire et laissait retourner à leurs coutumes traditionnelles des peuples qu'il avait ou expulsés ou circoncis. Pompée rebâtit liii-môme, par complaisance pour son afTi-anchi Démétrios, la ville de Gadara, détruite peu de temps auparavavant parles Juifs. Il fut maudit, comme un « drai^on malfaisant », par les auteurs du Psautier de Saloman.
Ayant ainsi assuré la tranquillité et l'ordre en Syrie, Pompée laissa le gouvernement de la nouvelle province à Scaurus avec deux légions et partit pour l'Asie Mineure, emmenant avec lui Aristobule et ses enfants, dont l'un, l'aîné, Alexandre, s'échappa en cours de route et revint plus tard fomenter de nouveaux troubles '. Pompée ne voulut pas se mêler des affaires de l'Egypte, assez embrouillées pour le moment et dangereuses à manier. Le roi Ptolémée Aulète, Lagide bâtard, intronisé dix-huit ans auparavant par les Alexandrins (80), n'avait jamais été reconnu officiellement par le Sénat, et, à Rome, le parti démocratique, stylé par César et Crassus, ne parlait que d'annexer l'Kgypte. Ptolémée, sous cette menace, achetait du répit en prodiguant à Rome les largesses et prenant une attitude servile qui le rendait odieux aux Alexandrins. Se sentant toujours à la veille d'être expulsé de sa capitale, il cherchait à provoquer une intervention romaine qui le protégerait contre les haines populaires, d'une part, contre les convoitises des démocrates romains, d'autre part. Nul n'était à ses yeux plus propre à jouer ce double rùle que le glorieux Pompée, qui précisément était en ce moment aux portes de l'Egypte. Aussi lui avait-il envoyé des cadeaux pour lui, de l'argent, - de quoi entretenir un corps de 8.000 cavaliers, —et des effets d'habillement pour toute l'armée -. Mais Pompée résista à