GOUVERNEMENT ET INSTITUTIONS DES SÉLEUCIDES
L'empire séleucide, agrégat de peuples hétérogènes : la colonisation hellénique. — Administration intérieure du royaume : divisions et subdivisions du territoire. — La condition des villes grecques d'Asie Mineure : leurs rapports avec les suzerains et les privilèges octroyés par ceux-ci, autonomie, immunité, inviolabilité, etc. — Apothéose décrétée par les cités reconnaissantes : les cultes locaux et sacerdoces des Séleucides divinisés, sans culte proprement et oflîciellement dynastique. — Les àp/ispsî; provinciaux et le budget des cultes. — La cour et les dignités auliques. — L'armée : les recrues indigènes elles mercenaires. — L'administration centrale : le premier ministre ou grand-vizir (ô ira twv r^poL-^iiÂxw/) et la gestion des finances. — Coup d'oeil rétrospectif.
Le chapitre ainsi intitulé, faute d'une étiquette plus modeste, ne peut contenir que l'inventaire des lacunes de nos connaissances. Les Séleucides régnaient sur quantité de peuples disparates, et ils ont dû accommoder aux mœurs de ces races diverses leur façon de gouverner. Ils n'ont pas pu, comme les Lagides, administrer leur empire d'après des règles uniformes, appliquées par une bureaucratie façonnée de longue date à faire pénétrer en tous lieux l'impulsion du pouvoir central. Gomme on l'a vu, la plupart des satrapes ou stratèges des provinces lointaines, investis d'une autorité autonome et presque souveraine, ont cédé à la tentation de se rendre indépendants dès que les circonstances favorisaient leur ambition, surtout quand ils avaient chance d'intéresser à, leur cause les nationalités dont la tutelle leur était confiée. Les Séleucides se trouvaient bientôt hors d'état de
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résister à ces tendances séparatistes, à cette poussée du sentiment national excité sur place par ceux qui voulaient l'exploiter. Ils essayaient, à l'exemple d'Alexandre, d'implanter dans les diverses parties de leur domaine des colonies grécomacédoniennes, orruîes de noms dynastiques, qui, isolées par l'orgueil de race, seraient autant de points d'appui pour la domination étrangère. Mais ni la Grèce, ni la Macédoine, épuisées par de longues guerres, ni les villes grecques d'Asie Mineure ne pouvaient fournir assez de colons pour peupler ces villes soi-disant helléniques et y consliluor un corps compacte, réfraclaire à la fusion avec l'élément indigène. Au bout d'un certain temps, la plupart de ces colonies n'avaient plus d'hellénique que le nom et tout au plus une aristocratie locale qui conservait, avec la langue grecque, le souvenir de ses origines. Elles ont suivi la destinée des provinces dans lesquelles elles étaient englobées.
Bon gré, mal gré, les Séleucides ont dû reconnaître comme vassaux et confirmer dans leur dignité usurpée, pour prévenir leur émancipation totale, les révoltés, Hellènes ou Barbares, qui avaient pu leur résister assez longtemps pour fonder des dynasties. En quoi consistait au juste le lien de vassalité, nous l'ignorons. Il devait être assez fragile. Il consistait sans doute en l'obligation de payer tribut et, le cas échéant, de fournir des contingents aux armées royales : mais le peu que nous savons des expéditions faites par les Séleucides dans la Haute-Asie autorise à penser que les tributs n'étaient guère recouvrés que par la force et que les contingents régionaux ont servi plus souvent à combattre qu'à aider les suzerains. C'est ainsi que le protectorat nominal des Séleucides a pour ainsi dire légitimé la désagrégation progressive, en attendant la dislocation totale, de cet empire branlant. En fait, nous n'avons aucun renseignement sur le régime intérieur des provinces du royaume de Syrie et sur la somme de vie locale qui a pu être laissée, au milieu de populations gouvernées à la mode orientale, aux colonies