Voy. ci-après, p
f)6 CHAP. II. — ANTIOCUOS l SOTEK
Perses, et Alrxandrc, moyonnant pont-Mro un tribut consenti dans une entn'vuc rapportt'e par Arrinn, avait respecté leur indépendance. Ils surent la maintenir contre Eumène, contre Antip^one, et môme contre leurs voisins du Pctnt.
L'Arménie aussi était autonome, sinon indépendante. On ne sait que peu de chose sur l'histoire de ses deux réj^^ions, la Petite-Arménie, à l'ouest de l'Kuphrate, et la Grande- Arménie, dont une partie, circonscrite par l'Euphrate et le haut cours du Tigre, porta le nom de Sophène. La Petite- Arménie était peuplée d'Araméens (Leucosyriens) mélangés à des Assyriens et peut-être à un vieux fonds aryen : la Grande-Arménie tenait de plus prés à la masse des peuples iraniens, et elle a servi comme d'intermédiaire entre la race sémitique et la race aryenne '. C'est par l'Arménie que le culte d'Anaïtis, déesse analogue aux Istar et Astarté, a pénétré jusque dans le mazdéisme. Vers 330, Alexandre avait donné la satrapie d'Arménie à Mithrinès, qui paraît avoir gouverné le pays jusqu'en 323. A cette date, Perdiccas y envoya ISéoptolémos T^Eacide, qui périt en 321 à la bataille livrée par lui et par Cratère à Eumène. Au partage de Triparadisos (321), l'Arménie ne ligure pas dans la distribution des satrapies. Elle devait être alors, la Sophène tout au moins, au pouvoir d'un dynaste ou roi nommé Artaontès ou Ardoatès, en qui on a proposé de reconnaître l'ancien satrape de Darius, Oronte, qui aurait ainsi repris possession de sa province. 11 donna asile à Ariarathe 11 et l'aida ensuite à fonder le royaume de Cappadoce (302?).
Entin, limitrophe de l'.Vrménie, la partie iN.-O. de la Médie ou Petite-Médie, sur la rive droite de l'Araxe et confinant à la mer Caspienne, était devenue un petit royaume indépendant sous Atropatès, d'où le nom d'xMiopalène (auj.
1. Les Arméniens parlent une langue iranienne; mais leurs traditions nationales les rattachent aux Sémites, Assyriens et Araméens (Arménie, de Aram?). Dans les inscriptions assyriennes, ils sont appelés Llrartu, les gens de l'Ararat.
AderbeiJjan). Ce satrape deMédie, rallié à la cause d'Alexandre, aurait été investi, d'après les historiens anciens, par Alexandre lui-même, et, aux grandes fêtes nuptiales de Suse (324), Perdiccas aurait épousé sa fille *. Au partage des provinces, en 323, il aurait conservé son domaine, qui ne lui aurait plus été contesté. Cette principauté, demeurée ainsi hors des atteintes de l'hellénisme, devint le refuge de la pure doctrine de Zoroastre et servit de point d'appui à. la réaction du génie iranien contre la civilisation occidenlale. Il suffisait que les Modes étendissent leur domination jusqu'à la mer Caspienne pour couper les communications que les Séleucides voulaient établir entre la. mer Caspienne et le Pont- Euxin, même, au dire de Pline ^ en creusant un canal entre le Bosphore Cimmérien et la Caspienne.
En somme, toutes ces provinces, peuplées de races hétérogènes, officiellement englobées dans l'empire d'Alexandre, ne reconnaissaient aux Séleucides qu'une suzeraineté nominale, à tout moment menacée par les ambitions et coalitions de leurs vassaux.
Pour achever le tableau de la situation assez embrouillée laissée par Séleucos à son successeur, il faudrait dénombrer toutes les colonies que le vieux roi avait multipliées durant trente ans et ajoutées à celles d'Alexandre. Elles constituaient autant de points d'appui pour la domination étrangère et comme une armée d'occupation du territoire asiatique. Appien ne compte pas moins de 16 Antioches, 6 Laodicées, 9 Séleucies, 3 Apamées et une Stratonicée fondées par Séleucos, qui les dota, pour le tourment des historiens et géographes futurs, de noms pris uniquement dans sa famille et indéfiniment répétés. L'historien a mieux à faire qu'à chercher les traces de ces implantations homonymes, qui font pendant à des douzaines d'Alexandries semées par Ale-
1. Arrian., VI, 29, 3. VII, 4, 5. Diodor., XVIII, 3, 3. Justin., XIII, 4, 13. Strab., XI, p. 523.
2. Plin., VI, § 31 (projet attribué à Séleucos Nicator) : ci-dessus, p. 41,2.
58 CIIAI'. 11. — ANTiOCnOS l sotek
xandie et nélaienl parl'ois que des changements de nom appliqués à des villes déjà existantes.
Les AiTAiREs d'Asif: Minelhe (280-274).
Au lendemain de la inoil de Séleucos, la situation de son héritier et successeur était singulièrement difficile. Surpris par les événements alors qu'il était sans doute encore dans la Ilaute-Asie, Antiochos I avait à conserver les conquêtes de son père et à le venger. Il ne put l'aire ni l'un ni l'autre. La Macédoine, déjà au pouvoir de Plolémée Kéraunos ainsi que la Thrace, élait do plus revendiquée par le fils du Poliorcète, Antigone Gonatas '. Antiochos n'avait plus rien à espérer en Europe, à moins qu'il ne voulût commencer une grande guerre. S'il en eut le dessein, il dut l'ajourner. Les villes grecques de l'Asie Mineure, qui avaient espéré redevenir libres après la défaite de Lysimaque, s'agitaient, encouragées par l'exemple de Byzance, d'Uéraclée, des dynastes mentionnés plus haut, qui bientôt traiteront d'égal à égal avec les rois de Syrie. Des séditions éclatèrent jusque dans la (Syrie) Séleucide ffj, et la flotte de Ptolémée était à portée de secourir au besoin les mécontents.
Antiochos envoya d'abord son stratège F^atroclès pour comprimer l'esprit de révolte en Asie Mineure. Patroclès, arrivant par la Phrygio, détacha une parlie de ses troupes, qu'il confia à IJermogènc d'Aspendos, avec mission de faire une ronde par le nord. Hermogène batailla contre quelques villes du littoral du Pont-Euxin, conclut un arrangement avec Héraclée et poursuivit sa marche en Hithynie. Mais là,
1. L'étyiuologie Tovaxâ; = né à Gonnos ou Gonnoi en Thessalie, est fort contestée depuis Niebuhr, attendu que, lors de la naissance d'Antigone (entre 322 et 319), la Thessalie n'appartenait pas à Démétrios; mais on ne la remplace que par des hypothèses invérifiables.
LES AFFAIRES d'aSIE MINEURE 59
il tomba dans une embuscade que lui tendit le vieux Zipœtès : son arme'e fut détruite et lui-môme resta sur le champ de bataille *. Encore une injure qui ne devait pas être vengée. Antiochos eut à lutter non seulement contre Nicomède, fils aîné et successeur de Zipœtès, mais contre Antigone Gonalas, prétendant au trône de Macédoine et allié du Bithynien. On comprend que de tels coups aient surexcité dans les villes grecques le désir de la liberté. Pergame était déjà indépendante de fait, depuis 283, sous son dynaste Philétœros de Tios, qui, maître de la citadelle et possesseur de 9000 talents confiés à sa garde par Lysimaque, se montrait prévenant, mais ferme, à l'égard d'Antiochos. Il se faisait des amis dans les alentours en prêtant de l'argent aux villes obérées - : il avait obligé de cette façon Antiochos lui-même, en rachetant à grands frais (ttoXIwv •^pïijj.àTwv) la dépouille de Séleucos des mains de son assassin ^ Le Séleucide, ne sachant plus où il avait encore chance d'être obéi, n'osait exiger la reconnaissance expresse de son protectorat. Cependant, les villes grecques, de leur côté, furent contenues dans leur ardeur d'indépendance par la crainte de rester isolées en présence d'un danger qui les menaçait toutes à la fois, l'invasion des Celtes ou Galales [f ].
Cette invasion, provoquée probablement par une poussée des Germains au nord du Danube, surprit le monde hellénique en pleine effervescence et y répandit la terreur. Il y avait plus d'un siècle que les Gaulois avaient pris Rome, et l'on avait entendu parler des efforts au prix desquels les. Romains avaient repoussé une invasion toute récente des Gaulois Sénones et Boïens (283/2). Dès l'an 280, l'avantgarde des Gaulois, sous la conduite de Cambaulès, pénétrait en Thrace. A sa suite, trois colonnes massives se lancèrent