‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 36 sur 297 · Liv., XXXVllI, 16. Cf. ci-après, p · texte numérisé non relu

Liv., XXXVllI, 16. Cf. ci-après, p

La PKRMIÈRK r.LERRE DE SyRIE (274-271).

La fin du règne d'Antiochos aurait pu être plus paisible que le début, si la présence des Egyptiens en Cilicie et en Cœlé-Syrie n'avait été pour le Séleucide un affront et une menace perpétuelle. Antiochos crut avoir trouvé un allié utile dans la personne de Magas vice-roi de Cyrène, fils de Bérénice, frère utérin et rival de Ptolémée IL Magas avait bien des raisons d'être inquiet pour son indépendance, qu'il avait réclamée trop tôt, et peut-être les armes à la main. Depuis la mort de son beau-père Ptolémée I (283) et surtout depuis le mariage de son frère Philadelphe avec l'impérieuse Arsinoé II (277), qui avait fait exiler sa devancière et s'entendait à supprimer quiconque gênait ses projets, Magas se sentait menacé, et les Cyrénéens, fiers de leur qualité d'Hellènes, redoutaient autant que lui la mainmise de l'Egypte sur la Gyrénaïque. Dans quel but Philadelphe avait-il enrôlé 4000 Gaulois qu'il avait fait venir de Macédoine, hôtes dangereux et propres aux besognes inavouables? Si l'on suit l'ordre des faits indiqué par Pausanias ', c'est dans ces conjonctures que Magas prit le titre de roi et se décida brusquement à marcher sur Alexandrie. Il aurait peut-être pris la ville au dépourvu, si un soulèvement des Bédouins de la Marmarique ne l'avait forcé à rentrer en toute hâte à Cyrène. Ptolémée, de son côté, ne put l'y poursuivre, parce qu'il avait failli être lui-même victime d'un complot tramé par ses Gaulois. Il ne se débarrassa de ces incorrigibles pillards, qui escomptaient le butin à faire en

1. Pausan., I, 1. Sur le point litigieux, à savoir si l'AvTiyovô; xiç sf^o; ToO <I>:Xa5:Xfoj qui a expédié les mercenaires gaulois à Alexandrie était un agent quelconque ou le roi de Macédoine, voy. maintenant A.-J. Reinach {Les Gaulois en Egypte, Rev. des Et. Ane, 1911, pp. 33-74), qui opte pour le roi de Macédoine, sans forcer la conviction.

Egypte, qu'en les exterminant. Mais, après cette tentative manquéo, Magas devait s'attendre à des représailles, se mettre en quête d'alliances, au moment où Antiochos songeait aussi à expulser l'Egyptien de la Gœlé-Syrie. Nous ne savons de quel côté vinrent les propositions d'entente entre les deux ennemis de Ptolémée Philadelphe; mais le pacte fut conclu et scellé par le mariage de Magas avec Apama, fille d'Antiochos et de Stratonice.

Cependant, il est possible, sinon même plus probable, que cette alliance ait précédé l'attaque de Magas sur Alexandrie, et que cette marche audacieuse ait été une diversion opérée pnr lui durant la guerre — la première des guerres dites de Syrie — engagée entre Ptolémée et Antiochos K En fait de chronologie, il n'y a dès maintenant d'assurée, par des textes récemment découverts - [f], que la date initiale des hostilités entre le Séleucide et le Lagide, Tan 38 de l'ère séleucide (274/3 a. Chr.).

Les belligérants avaient fait, chacun de leur côté, leurs préparatifs. On rencontre Ptolémée Philadelphe, à cette même époque, en Tan Xll de son règne (3 Athyr = 1 janv. 273 a. Chr.), à Héroonpolis (Pithom), aux environs de Péluse, s'occupant peut-être des canaux par lesquels ses navires pourraient au besoin passer dans la mer Rouge et prendre l'ennemi à revers dans le golfe Persique. En homme prudent, pressentant que les Romains vainqueurs de Pyrrhos (274) allaient maintenant porter leurs regards au delà de l'Adriatique, il leur envoya une ambassade en 273 et noua avec eux des relations amicales. Il ne laissa pas à Antiochos le temps de rassembler toutes ses forces. D'après le docu-

1. Sur cette guerre et les références y relatives, voy. Histoire des Lagides^ I, pp. 164-179. B. Niese (II, pp. 126-7) met le mariage de Magas et l'attaque consécutive contre Philadelphe après 279; Tinvasion de Philadelphe en Cœlé- Syrie en 273.

2. Stèle de Pithom, découverte en 1883 par E. .Naville, et texte cunéiforme publié en 1892 par J. N. Strassmaier {Z. f.AssyrioL, VII, pp. 226-234). Cf. les observations de C. F. Lehmann [ibid., p. 353).

ment chaldéen, en Adar 38 Sel. (mars 173), Antiochos partit de sa résidence de Sapardou (Sardes) au devant des troupes égyptiennes qui avaient envahi la Syrie, en donnant Tordre aux troupes qui se concentraient à Babylonc de l'y rejoindre avec les vinj^l éléphants fournis par le satrape de Hactriane. Pausanias dit, au contraire, que l'ofTensive lut prise par Antiochos, d'accord avec Magas. « Alors Ptolémée envoya vers toutes les régions sur lesquelles régnait Antiochos, chez les plus faibles, des pillards pour ravager le pays, chez les plus fortes, des soldats pour les contenir; si bien qu'Antiochos ne put jamais marcher contre TKgyptc ' ». Ce texte ne nous apprend h peu prés rien sur les incidents de cette guerre, sinon que les hostilités furent longues et dispersées en divers lieux. Plus inutilisables encore sont des documents comme la stèle de Mendès -, érigée huit ans plus tard, ou le panégyrique de Ptolémée par Théocrite, pompeuses énumérations de victoires où le souci de la vérité tient peu de place.

Quelques faits attestés, quoique en petit nombre et de date discutable, confirment cependant ce que la situation respective des belligérants permettait de prévoir. Il ne faut pas oublier que les points vulnérables de l'empire séleucide étaient les villes du littoral de la Syrie et de l'Asie Mineure, et que Ptolémée était maître de la mer. Sa flotte débarquait des équipages — les larrons de Pausanias — en Cilicie, en Lycie, en Carie, en lonie, prenait pied à Samos, à Milet, peut-être à Érythrœ, et, croisant le long du littoral, poussait les villes grecques à la défection. L'argent de Ptolémée, le souverain le plus riche de son temps, secondait ses armes et sa diplomatie. Il achetait ou entretenait ainsi l'alliance des Bithyniens, des Byzantins, des Héracléotes, des Sinopiens, qui pouvaient inquiéter le Séleucide sur ses frontières du

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