Pausan., X
bien n'y a-l-il là (jue des lictions et hyperboles laudatives ramassées par Lucien dans le po^ine épi({ue que Simonide de Magnésie avait consacré à la victoire d'Antiochos, celle-ci d'autant plus glorieuse que la vaillance aurait suppléé à l'insuflisance des moyens '? Antiochos, paraît-il, intimidé par le formidable aspect de l'armée barbare, songeait à négocier quand Ihéodolos de Hliudes releva son courage et lui remontra que ses seize éléphants pouvaient à eux seuls épouvanter les chevaux et disperser la cavalerie de l'ennemi. La défaite redoutée se changea en victoire; mais Antiochos eut le triomphe modeste, humilié qu'il était, au «lire de Lucien, d'avoir dû son salut à ses éléphants -.
Cette victoire de date inconnue (275?), dont le lieu est hypothétique et l'authenticité môme suspecte, dut refouler les Galates vers le nord. Peut-être iSicomède jugea-t-il plus avantageux alors de faire sa paix avec Antiochos que de renouer alliance avec les Barbares désemparés et de braver sans profil l'opinion soulevée contre eux. Les nomades se trouvèrent ainsi peu à peu refoulés dans le bassin moyen de l'Halys, dans une région qui empiétait à la fois sur la Gappadoce, la Phrygie, la Bilhynie, et qui devint plus tard la Gallo-Grèce ou Galatie. Droysen croit remarquer que, depuis lors, les colonies fondées par les Séleucides ou par les rois de Bithynie sont établies avec méthode, de façon à former comme un cordon de places fortes destinées à contenir les incorrigibles aventuriers. Mais il devait se passer bien des années encore avant que les Galates consentissent à échanger leur vie de mercenaires et de pillards contre une existence
1. Luciaa., Zeux. sive Anlioch., 11. Suidas, s. v. Si[xo)v£5t,;.
2. C'est peut-î'tre à cette bataille que Antioctios reçut au cou une blessure doat le guérit le médecin Mélrodore d'Amphipolis, honoré pour cette cure par la ville d'IIion (Ch. Michel, o26. Dittenb., OGIS., 220). Le ûls aîné et collègue d'Antiochos, « le roi Séleucos », fit aussi preuve de bravoure. J. Beloch {Gr. Gesch., III, 1, p. 612; fait descendre la date de cette bataille jusqu'à 270, sous prétexte que les Gaulois n'auraient pas tant pillé s'ils avaient été tout d'abord si complètement battus. .Mais cela prouve tout au plus que leur défaite a été exagérée.
LES AFFAIRES d'aSIE MINEURE 65
sédentaire et pacifique. En attendant, la reconnaissance des populations civilisées paraît avoir décerné à Antiochos le surnom quasi divin de Sauveur (Scor/ip), qui n'apparaît sur ses monnaies qu'à la fin du rogne, sans doute longtemps après que la voix publique ou quelque flatterie officielle l'eut mis en circulation.
Ce qui ne laisse pas d'être singulier, c'est que, dans un décret de la confédération ionienne conférant à Antiochos et à Stratonice les honneurs héroïques et les associant au culte d'Alexandre * , il n'est aucunement question de la grande victoire ni du prédicat qui en aurait immortalisé le souvenir. Par une lettre qu'une inscription nous a conservée, Antiochos confirme l'autonomie de la ville d'Érythrse : il l'exempte « de tous autres tributs et de celui perçu pour les Galates » {[tU] ^à FaXaTixà) ^ L'expression, équivoque par elle-même, est d'une concision qui contraste avec la prolixité de Fépître royale et qui semble voulue. On a vaguement l'impression que le roi touche un sujet délicat. Ici, l'homonymie, le fléau de l'histoire hellénistique, accroît encore la difficulté qu'il y a à dater les textes épigraphiques. En admettant qu'il s'agisse d'Antiochos I, on se demande si ces taxes étaient levées pour combattre les Gaulois, ou plutôt pour se garantir de leurs incursions en leur payant tribut. Il n'y aurait plus ou presque plus de doute, si la lettre était d'Antiochos II. Il serait avéré que les Séleucides, après avoir soi-disant écrasé les Gaulois, n'avaient pu protéger les villes grecques qu'avec leur argent et continuèrent longtemps à soudoyer les Barbares, système qui leur permettait, à l'occasion, d'enrôler parmi eux des mercenaires. Tite-Live assure que « même les rois de Syrie payèrent tribut aux Gaulois » et que le premier des Asiatiques qui le leur refusa fut Attale I de Pergame '.
1. Ch. Michel, 486. Dittenb., OGIS., 222 (date : vers 266 a. C).
2. Dittenb., SylL, 166. Cii. Michel, 37. Attribuée à Antiochos II par Dittenberger (qui s'est rétracté depuis, OGIS., 223) et par B. Niesc.