CHAPITRE III
ANTIOCHOS II THÉOS (261-246).
Antiochos II : son caractère : son expédition en Thrace : prise de Cypséla (260?).
§ I. — Deuxième guerre de Syrie (258-2b0?). — Préparatifs diplomatiques : l'ère d'Arados (2o9/8). — Démétrios le Beau, frère d'Antigone Gonatas, à Cyrène : projets d'alliance contre Ptolémée Philadelphe, déjoués par Bérénice, fille de Magas. — Stratonice, sœur d'Antiochos II, mariée à Démétrios II l'Étolique, fils d'Antigone. — Antiochos II libérateur de Milet et surnommé ©eo; (258) : Éphèse ralliée aux Séleucides. — Antiochos marie sa fille Stratonice à Ariarathe de Cappadoce, élevé à la dignité de roi (255 ?). — Intervention d'Antiochos dans les affaires de la succession de Bithynie : tentative sur Byzance (252?). — Situation de lempire séleucide en Extrême-Orient : défection de la Bactriane; le roi Diodotos Soter et les Diodotides. — Débuts du royaume des Parthes et de la dynastie des Arsacides. — Négociations en vue de la paix entre Ptolémée et Antiochos : mariage d' Antiochos et de Bérénice çEovTjçdpo;, fille de Ptolémée (250?).
§ II. — La vengeance de Laodice. — Culte institué en l'honneur de Laodice. — Laodice à Éphèse. — Bérénice à Antioche, mère d'un fils. — Mort d'Antiochos à Éphèse : Bérénice et son fils massacrés à Antioche : début de la guerre de Laodice ou troisième guerre de Syrie (246).
Déjà associé au trône depuis cinq ou six ans, après la mort de son frère aîné, et marié avec sa sœur Laodice, Antiochos II, maintenant fils unique, succéda sans compétition à son père. Sous son règne se continue — et désormais par larges emprises — le démembrement de l'empire des Séleucides. Il avait alors de vingt-quatre à vingt-cinq ans.
Phylarque, une des plus mauvaises langues de l'époque,
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le dépeint comme un crapuleux ivrogne, qui s'enivrait le matin, dormait le jour tout habillé et se réveillait le soir pour recommencer à boire avec ses favoris, les Cypriotes Aristos et Thémison, Tllercule du roi, qui gouvernaient à sa place. « Ses résolutions, dit-il, il les prenait rarement de sens rassis, le plus souvent en état d'ébriété » ^ Quel que soit le fonds de vérité déformé par cette caricature, nous aurons occasion de constater que le jeune monarque manquait plutôt de ténacité et de suite dans les idées que d'ambition et de volonté. Se trouvant en présence d'une sorte de ligue présidée par le roi d'Egypte, qui groupait contre lui les appétits et les craintes des roitelets de Pergame, de Bithynie, de Pont, d'accord avec les villes libres de Rhodes, de Byzance et d'Héraclée, il ne pouvait songer à venger la défaite et l'humiliation de son père. En revanche, il paraît avoir conçu le projet hardi de reprendre pied en Thrace, d'où il pourrait à son tour dominer les mers du nord, la Propontide et le Pont-Euxin. La Thrace, entre les prétentions théoriques d'Antigone de Macédoine et des Séleucides, était sans doute indépendante en fait, partagée en territoires autonomes, dans un état voisin de l'anarchie et exposée aux incursions des Galates établis sur les deux versants de l'Haemos. Antiochos II y fut probablement appelé, en libérateur plutôt qu'en prétendant, par des nobles thraces, comme Tiris et Dromichaitès, qui l'aidèrent à prendre Cypséla. Il s'était donc avancé dans l'intérieur des terres jusqu'à l'Hèbre, frontière des Etats d'Antigone. C'est le seul renseignement que nous ayons sur cette campagne et le seul point qu'on peut considérer comme acceptable — encore est-il contesté — dans les laborieuses combinaisons proposées par Droysen ^.
l.Phylarch., fr. 7 {FHG., I, pp. 535-336) : cf. Aelian., Var. Hist., II, 41. esjjLÎTuv MavceSôjv "Avt'.ô/oj ]îa(jiXéojî 'HpaxXf,? (Pytherm., fr. 2, in FHG., IV, p. 488). On s'accorde, depuis Niebuhr, à reconnaître ici Antiochos II et non Antiochos I.
2. Polyaen., IV, 16, 1. Voy. Droysen, III, pp. 303-309. Plaçant entre 263 et 260 la mort de Nicomède I de Bithynie, Droysen associe l'expédition de Thrace
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Nous ignorons absolument quoi avantage put tirer Antiochos (l'une expédition qui ris([uait de le mettre en conflit avec les alliés de Byzance, avec Antigone et les Thraces euxmêmes. Sans la possession ou l'amitié de Byzance, il devait renoncer à tous projets visant la mer iNoire. Si l'on ne veut pas môler ici le conflit qui paraît avoir éclaté plus tard, à propos de la succession de Bilhynie (vers 2^0), entre Anliochos II et les Byzantins, il faut admettre que le roi de Syrie s'aperçut à temps des complications qui allaient surgir, et que, somme toute, si ce ne fut pas une entreprise inconsidérée, ce fut une entreprise manquée. Ce qui est hors de doute, c'est que la Thrace ne fut pas annexée par Antiochos IL Lorsque, plus tard, Antiochos 111 éleva des prétentions sur la Thrace, il les fit dater « de la conquête de Séleucos ISicator ' ».
Deuxième guerre de Syrie (2o8-2o0?)
Il était plus opportun, sinon plus facile, de reprendre enfin la Cœlé-Syrie et les possessions égyptiennes qui cernaient de divers côtés les frontières de l'empire. Ptolémée Philadelphie semblait considérer comme définitivement acquises non seulement la Syrie méridionale, mais la Gilicie, oii il fondait les villes de Bérénice, Philadelphie, Arsinoé; la Paraphylie, où il bâtissait une Ptolémaïs; la Lycie môme, où l'on rencontre une Arsinoé Patara. Cependant, l'accommodement qu'on suppose intervenu ji la fin du rt'^gned'Antio-
(contre les Thraces et les Galates) à la guerre contre Byzance, et admet que « la Syrie prit enfin foruiellement possession du sud de la Thrare, c'est-à-dire d'une région allant jusqu'au territoire de Byzance d'un côté et, de l'autre, jusqu'aux frontières de la Macédoine ». Niese (II, p. 137-138) et R. Bevan (1, p. 176), en abaissent la date vers 235 (Niese) et 250 (Bevan). La prise de Cypséla attribuée à .\ntiochos Hiérax (Niebuhr, Ad. Schuiidt). 1. Polyb., XVIII, 34,5.
chos I ne pouvait être qu'une suspension d'armes imposée à la lassitude des belligérants. Antiochos II prit l'oilensive.
Sur cette deuxième guerre de Syrie, nous n'avons, en fait de renseignements, qu'un texte des commentateurs de Daniel, texte incontrôlable et qui doit toute sa valeur à ce qu'il est unique. « Antioclms », y est-il dit, « fit contre Ptolémée Philadelphe, le second souverain d'Egypte, nombre de guerres et combattit avec toutes les forces de Rabylone et de l'Orient ' ». D'où S. Jérôme (ou Porphyre) a-t-il tiré cette vague et hyperbolique information, on ne sait, et l'on récuserait volontiers son témoignage s'il n'apparaissait par la suite qu'il y eut vraiment hostilité perpétuelle entre les deux royaumes. Ici, tout est donc encore matière à conjectures; l'occasion, la date, les péripéties de cette guerre.
Le fait que l'ère d'Arados part de l'an 259/8 a. G. donne lieu de supposer que le roi de Syrie essaya d'entraîner à la défection les villes phéniciennes en concédant l'autonomie à la seule qui fût encore en son pouvoir ^. Peut-ôtre la mort de Magas de Gyrène (258) fut-elle l'occasion prochaine qui fit dégénérer l'hostilité des deux potentats en lutte ouverte. En effet, la reine Apama, sœur d'iVntiochos II, rompit alors le pacte par lequel sa fille Bérénice avait été promise à l'héritier présomptif de Ptolémée Philadelphe en vue d'amener pacifiquement la réunion de la Gyrénaïqueetde l'Egypte. Elle avait vu cet arrangement avec déplaisir; maintenant qu'elle était libre, elle fit offrir la main de sa fille à Démétrios dit le Heau, frère dAntigone Gonatas et, par sa mère Ptolémaïs, petit-fils de Ptolémée Soter. Nous ne saurions dire si ce prétendant était alors veuf d'Olympias, fille de Polyclète de Larissa, qui lui avait donné un fils, le futur Antigone II Doson ; mais il n'y avait pas là pour lui matière à scrupules. Démétrios s'installa à Gyrène, et, en attendant le