‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 5 sur 297 · LE PARTAP.E DE L EMPIRE D ALEXANDRE · texte numérisé non relu

LE PARTAP.E DE L EMPIRE D ALEXANDRE

comp(5titions scandaleuses, au cours desquelles on oublia sept jours durant, dit-on, le corps d'Alexandre, un compromis intervint qui laissait le titre de roi à Philippe Arrhidée, proclamé par l'infanterie, et donnait une demisatisfaction à la cavalerie, c'est-à-dire à l'aristocratie, en prenant des mesures pour que cette royauté fût purement nominale. Il fut entendu que, si Rhoxane donnait le jour à un (ils, ce fils serait associé au trône et héritier présomptif d' Arrhidée. En attendant, la présidence (irpoo-Tao-ia) de l'empire fut dévolue à Cratère, le plus populaire, le plus capable et le moins ambitieux des généraux, qui était alors en Macédoine [f]; et Perdiccas se fit investir du commandement en chef de l'armée, avec le titre de chiliarque, porté avant lui par Héphestion \

§ I L'hégémonie de Perdiccas (323-321).

C'était donc le système de l'empire indivis qui triomphait provisoirement. La combinaison adoptée était toute à l'avantage de Perdiccas, qui paraît avoir exercé dans le conseil une influence prépondérante et mené les négociations. De race royale, ambitieux et d'une énergie peu ordinaire, il comptait bien être en fait et rester le seul successeur d'Alexandre. Cratère était loin, et il serait probablement retenu en Macédoine par la mission que lui avait confiée Alexandre. Il avait dû, en effet, remplacer, comme régent de Macédoine, Antipater, tombé en disgrâce, paraît-il, pour avoir manifesté quelque répugnance à rendre les honneurs divins à Alexandre ^ Maintenant, le Conseil attribuait à

1 . Ceci était conforme aux préférences manifestées par Alexandre aux fêtes nuptiales de Suse, l'année précédente. Alexandre et Héphestion avaient épousé des Allés de Darius; Cratère, une nièce du Grand-Roi. Perdiccas avait eu pour lot une fille du prince des Mèdes Atropatùs.

2. Arrian., VII, 12, 4. Justin, XII, 12, 9. Suidas, s. v. 'AvTiuaxpoî.

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Anlipalrr le litre de o-:parr,vô; ajtoxpàTwp, qui aurait pu l'aire de lui le rival plutôt que le liculenanl de Cratère en Kuropo, Perdiccas cherchait ?i se rendre populaire dans l'armée, qui aspirait au repos, aux dépens de la mémoire d'Alexandre. Il faisait courir le bruit qu'Alexandre, d'après des notes trouvées dans ses papiers, caressait de vastes projets de conquête, de nouvelles expéditions que lui, Perdiccas, se garderait d'entreprendre. Il avait, du reste, sous la main les rois, Philippe Arrhidée et Alexandre, l'enfant que Rhoxane venait do mettre au monde ', et il commandait on leur nom. Mais il dut bientôt se convaincre que, s'il pouvait être le premier entre ses égaux, ses compagnons d'armes n'étaient pas disposés à subir sa tutelle. Ils avaient assez longtemps obéi : l'heure était venue pour eux de jouir de leurs victoires et de commander à leur tour dans un domaine qui fiit bien à eux. Ils consentaient à n'être que des satrapes, mais des satrapes à l'ancienne mode persane, c'est-à-dire des vice-rois tout-puissants et, en l'absence d'un Grand-Roi reconnu, irresponsables. Ptolémée n'avait pu faire prévaloir le système fédératif; mais, quand il prit possession de la satrapie d'Egypte, il était bien décidé à y régner et à n'y soulïrir aucune ingérence étrangère. On peut croire que sa pensée était celle de bien d'autres. L.i répartition des satrapies faite à Babylone en 323 fut le prélude du démembrement de l'empire : bon nombre de gouverneurs qui partaient ainsi ne devaient plus rendre de comptes que les armes i\ la main. Perdiccas fil d'ailleurs tout ce qu'il fallait pour précipiter la crise. Son premier acte fut de se débarrasser de son hyparque ou lieutenant Méléagre, exécuté comme auteur ou complice d'une sédition militaire (323). Il crut habile de pousser tout de suite à bout ceux qu'il savait capables de lui désobéir. Antigone dit le Borgne (Movô:iOaÂ;jio;), satrape de la Graude-Phrygie, refusa d'aller conquérir la Cappa-

i. Un mois (Justin., XIH, 2, 5) ou trois mois (Curt., X, G, 9) après la mort d'Alexandre, survenue le 28 ou 29 Daisios (= 13 juin 323?).

LE PARTAGE DE L EMPIFxE D ALEXAXDRE 5

doce au profit d'Eumène de Cardia, ex-secrétaire d'Alexandre, riiomme de confiance de Perdiccas. Léonnatos, désigné pour coopérer avec Antigone, aima mieux quitter son gouvernement de Phrygie Hellespontique pour aller aider Antipater à vaincre les Hellènes : il espérait supplanter ensuite le « stratège d'Europe » et devenir roi légitime de Macédoine en épousant la sœur d'Alexandre, Cléopâtre, qui, veuve du roi d'Epire, lui oflrait sa main. Ptolémée, dès son arrivée en Egypte, avait mis à mort l'ancien gouverneur, Gléomène, que Perdiccas avait voulu lui donner comme hyparque ou sous-gouverneur. L'année suivante, il retint à Memphis le corps d'Alexandre, que Perdiccas voulait faire conduire à l'oasis d'Ammon, ou peut-être à Aegae, confisquant ainsi à son profit le prestige attaché à ces précieuses reliques.

Perdiccas voulut faire des exemples. Léonnatos avait trouvé la mort au cours de sa folle équipée (322) ; mais il restait à punir Antigone et Ptolémée, deux rivaux et ennemis personnels du chiliarque. Perdiccas venait d'achever, brutalement, à sa manière, la soumission de la Cappadoce, qu' Antigone et Léonnatos avaient refusé d'entreprendre. Il avait fait mutiler et mettre en croix, à la mode perse, le roi vaincu, et il aurait exterminé la famille royale, si un neveu et fils adoptif d'Ariarathe — le futur Ariarathe II — n'avait trouvé un refuge dans les montagnes. La Cappadoce devint satrapie macédonienne, accrue de la Paphlagonie et diminuée de la Lycaonie, laquelle fut rattachée à la Phrygie. A la tête de l'armée qu'il ramenait de Cappadoce, Perdiccas s'était posté en Pisidie, à portée de la Grande-Phrygie et de l'Egypte^ les deux provinces gouvernées l'une par Antigone, l'autre par Ptolémée. Là, tout en intriguant pour son propre compte et modifiant ses plans suivant les nouvelles du jour, épousant puis répudiant Nicœa, fille d'Antipater, pour épouser enfin Cléopâtre et marier Arrhidée malgré lui avec Eurydice l'Illyrienne, petite-fille de Philippe, il cita Anti-

gone à comparaître dovanl iiii conseil do guerre qu'il présiderait avec les rois. Antigone promit do se justifier, gagna du temps et s'enfuit avec son fils Dométrios auprès d'Antipaler, qui, maître de la Grèce et devenu le beau-père de Cratère, ne craignait plus personne (322), Sans voir le mécontentement qui commençait à travailler son armée, sans se soucier de la diversion qu'opéraient sur ses derrières Antipater, Cratère et Antigone, débarqués en Asie Mineure, et comptant sur Eumène pour leur tenir tète, Perdiccas usa de la même procédure contre Ptolémée. Le Lagide comparut ou se fit représenter h. un colloque qui se tint en Syrie : sa défense fut écoutée et il fut absous (321). Mais Perdiccas s'obstina à le traiter en coupable : traînant avec lui les rois, il continua sa marche et envahit l'Egypte. Il y trouva le châtiment de son orgueil. Au premier échec, la désertion se mit dans ses troupes; ses généraux lui refusèrent obéissance et se mirent à l'abri de ses vengeances en le faisant assassiner (jui 11. 321).

On cite parmi ceux qui lui portèrent les premiers coups le commandant de la cavalerie, Sélcucos, qui devait fonder plus tard la dynastie des Séleucides '. Sélcucos n'était alors qu'un soldat de fortune comme tant d'autres. On ne songeait point encore à faire de lui un fils d'Apollon, et on laissait à ses flatteurs à venir le soin d'accumuler autour de ses origines les prodiges et les prophéties ^ Originaire, dit-on, de la petite ville d'Europos, fils d'Antiochos, un général de Philippe, et d'une mère appelée Laodice, il avait dû partir avec Alexandre, dont il avait à peu près l'âge ', pour l'expédition d'Asie. Il s'y était distingué, sans doute, mais pas assez pour figurer dans les premiers rôles, ceux-ci étant, du reste,

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