‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 76 sur 297 · Polyb., V · texte numérisé non relu

Polyb., V

130 CHAP. M. — ANTIOCllOS 111 LE GRAND

Molon, lo roi voulut renoncer à l'expédition de Syrie et marcher sur le Tigre; mais, cette fois encore, Ilermias s'interposa. Il s'obstina à répéter « qui! fallait employer des généraux contre les rebelles ; que le roi devait combattre en personne contre des rois et se réserver les luttes d'où dépendait le sort de tout le royaume ». Antiochos céda encore et envoya contre Molon l'Achécn Xénœtas comme (( stratège autocrate » ou généralissime, avec des pouvoirs illimités.

Cependant l'armée destinée à opérer en Gœlé-Syrie sous le commandement du roi se rassemblait à Apamée sur rOronte. De là, Antiochos s'engagea dans la vallée du Marsyas, un affluent de l'Oronte, qui coule resserré entre les pentes du Liban et de l'Antiliban. Une forte déception l'attendait à l'issue, barrée par les deux postes de Brochi et de Gerrha. Le stratège égyptien de Gœlé-Syrie, l'Etolien Théodotos, que l'on croyait surprendre, les avait déjà occupés et s'y était fortifié derrière des tranchées et palissades. Après quelques tentatives infructueuses, pendant lesquelles il reçut d'Orient des nouvelles alarmantes, Antiochos renonça à forcer le passage et retourna en toute hâte à Antioche.

En Orient, le stratège autocrate n'avait pas été plus heureux que ses prédécesseurs. Enivré de son titre sonore, Xénœtas se montrait arrogant avec son entourage, téméraire en face de l'ennemi. Arrivé à Séleucie, où l'avait rejoint Diogène, éparquc de la Susiane, et Pythiadès, gouverneur de la région riveraine du golfe Persique, il avait cru, sur la foi de transfuges, qu'il n'avait qu'à passer le Tigre pour provoquer dans l'armée de son adversaire une défection en masse. Laissant donc quelques troupes à Zouxis et à Pythiadès pour protéger la ville, il passa le fleuve à 12 kil. environ en aval du camp de Molon. Celui-ci, déconcerté par cette manœuvre qu'il avait vainement essayé d'entraver, leva le camp la nuit suivante et battit en retraite par la

route de MéJie. Au lieu de le poursuivre sans désemparer, Xénœtas passa la journée à faire traverser le tleuve à sa cavalerie, pendant que ses soldats s'abandonnaient à l'orgie. Mal lui en prit. Molon, tenu au courant de ce qui se passait, revint à marches forcées, et, au point du jour, il assaillit le camp syrien. Ce fut un massacre effroyable. Les uns, ivres-morts, se laissaient égorger sans parvenir à s'éveiller; les autres essayaient de se sauver à la nage de l'autre côté du Tigre, dont le courant emportait pêle-mêle des masses confuses d'hommes, de chevaux et de bagages. Xénœtas périt probablement dans cette débandade. Molon traversa ensuite le fleuve sans être inquiété, trouva abandonné le camp de Zeuxis et pénétra sans coup férir dans Séleucie, d'oii l'épistate ou intendant Diomédon s'était enfui. Connaissant le prix du temps, il se hâta de prendre possession de la Babylonie, des bords du golfe Persique et de la Susiane. La ville de Suse lui ouvrit ses portes ; mais le gouverneur Diogène se maintint dans la citadelle. Sans perdre son temps à l'assiéger, Molon laissa quelques escouades pour le bloquer et revint à Séleucie, où il réorganisa et grossit son armée. Bientôt, il fut maître de la rive gauche du Tigre et de toute la partie inférieure de la Mésopotamie \ C'est à ce moment sans doute que, pour couper court à tout accommodement possible, il prit le titre de roi (222/1). Nous avons encore des monnaies de bronze frappées à son effigie '.

En apprenant cette série de désastres, Antiochos convoqua de nouveau son Conseil. Il y retrouva les avis opposés d'Epigène et d'Hermias. Cette fois, Epigène l'emporta : les événements n'avaient que trop justifié ses prévisions. Hermias, après avoir insulté et calomnié son ennemi, suivant

1. Voy., dans Droysen (II, p. 741), le débat sur le texte de Polybe (V, 48, l6) : TT,v |ièv FlapaTO-auifav \i.é/p: itdXewî Eipiixo-J Ttatlaye, t-^-jV 6è M6ffOiroTajJ.[av Ëwç Aoûpuv. On ne connaît d'Europos (homonyme de la ville natale de Séleucos 1) que sur l'Euphrate et de Doura qu'en Assyrie.

Page 1