Polyb., V
ment les mauvaises nouvelles d'Occident, - la défection du vice-roi d'Asie Mineure, - et Hermias fut-il assez imprudent pour récriminer, pour rappeler qu'il avait prévu tout cela et qu'on avait eu tort de ne pas l'en croire. On savait de quoi était capable le terrible vizir pour restaurer son crédit ou pour prévenir une disgrâce. On lui trouvait des allures louches, et l'inquiétude gagnait l'entourage du roi. Le médecin Apollophano, « que le roi chérissait particulièrement, était anxieux au sujet du roi, et avait encore plus de soupçons et de craintes pour lui-même. Aussi, saisissant l'occasion, il se décide à parler au roi, le conjurant de ne plus rester insouciant et sans défiance devant l'audace d'Hermias, de ne pas attendre que celui-ci lui fasse subir un sort pareil à celui de son frère. Il lui dit que le danger était proche; aussi devait-il se hâter de se protéger, lui et ses amis. Le roi lui avoua que lui aussi détestait et redoutait Ilermias, ajoutant qu'il savait beaucoup de gré à Apollophane d'avoir osé, par sollicitude, l'entretenir de ce sujet » *. Apollophane, en effet, à la moindre indiscrétion, risquait sa tête.
Aussi effrayés l'un que l'autre, le roi et son médecin complotèrent ensemble, comme de vulgaires conspirateurs, la perte de leur tyran et réglèrent tous les détails de l'exécution. Surprendre Hermias, qui avait ses espions partout, n'était pas chose facile. Sous prétexte d'indisposition, de « certains vertiges », Antiochos garda la chambre, ce qui lui permit de congédier pour quelques jours la domesticité et de recevoir dans son appartement des conjurés introduits par le médecin, tous « prêts à l'action et s'associant dans une même haine contre Hermias ». Puis, il fut entendu que, par ordonnance de médecin, le roi avait besoin de faire une promenade matinale, dès l'aube, pour prendre le frais. Comme l'heure de cette sortie était inaccoutumée,