‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 93 sur 297 · Joseph., Ant. Jud., Xll · texte numérisé non relu

Joseph., Ant. Jud., Xll

viendrait paf5 de le reporter au rè^me d'Antiochos IV Épiphane. C'est un lamentable exemple des perplexités qui assaillent les érudits errant dans des périodes vides de documents et réduits à bâtir des hypolh(''ses sur un ou deux noms de femmes émergeant par hasard des ténèbres, sans rien qui les distingue d'autres homonymes connues ou possibles. Pour le dire en un mot, si l'Antiochis dont le mariage clôt la campagne d'Arménie est bien la sœur d'Antiochos 111, ce premier épisode de l'expédition trouve ici sa place : si elle est sa fille, par conséquent sœur d'Antiochos IV, ou quelque autre, le champ est ouvert aux conjectures. Ce qui est en question, c'est l'identité de la princesse, d'où dépend l'identité du roi lui-même [f].

Nous supposerons le problème résolu dans le sens qui paraît à la fois le plus vraisemblable et le moins compliqué, en retenant pour le règne d'Antiochos le Grand des faits que d'autres reportent à près d'un demi-siècle plus tard.

11 est probable que les guerres engagées depuis bientôt dix ans en Occident avaient fourni aux rois et dynastes émancipés de la tutelle des Séleucides l'occasion d'arracher encore quelques morceaux à un empire décrépit. Pendant que Antiochos bataillait contre Achaeos, le roi des Parthes, Arsace III, avait fait alliance avec ses voisins de Bactriane et d'Arménie et peut-être envahi la Médie, de concert avec l'Arménien. La coalition pouvait s'étendre à la faveur d'un premier succès et mettre en danger l'existence môme de la monarchie. Antiochos comprit qu'il devait la vaincre à tout prix, et il fit des préparatifs formidables. Justin parle d'une armée de 100.000 hommes de pied et 20.000 cavaliers, commandée par des généraux aguerris, Diogène, satrape de Médie, qui avait autrefois combattu contre Molon, INicolaos d'EloIie, passé du service de Ptolémée au service d'Antiochos, Panaîtolos, qui avait joué aussi un rôle dans la dernière guerre de Syrie, Nicomède de Cos, Polyxénidas de Rhodes (212).

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Antiochos se dirigea d'abord (au printemps 212), par la Commagène et la Cappadoce, vers TArménie méridionale ou Sophène, dont le dynaste avait du s'entendre avec le Parthe. Ce dynaste ou « roi d"xA.rsamosata » était alors Xerxès. Antiochos ayant mis le siège devant Arsamosata, Xerxès commença par s'enfuir : puis, craignant d'ôtre détrôné par son suzerain, il entra en pourparlers. Les « amis » dWntiochos conseillaient au roi de profiter de l'entrevue pour s'emparer de la personne de Xerxès et de donner la place de djTiaste à son neveu à lui, un fils « selon la nature » (xa-rà cpÛTiv) de sa sœur Antiochis, nommé Mithridate. L'expression employée par Polybe peut se traduire par « fils naturel » c'est-à-dire illégitime, ou mieux par « fils légitime et naturel » par opposition à fils adoptif. Le choix à faire entre ces deux explications n'intéresse que la vie privée d'Antiochis, à qui l'on ne connaît pas d'époux, et peut-être celle d'Antiochos, que l'on a soupçonné d'être à la fois le père naturel et le père adoptif du jeune Mithridate. Toujours estil que Antiochos, cette fois, n'acquiesça pas à la trahison proposée et préféra une solution pacifique. Il fit amitié avec Xerxès, lui remit la majeure partie de l'argent que le père de celui-ci lui devait à titre de tribut, contre 300 talents, i.OOO chevaux et 1.000 mulets que lui fournit son nouvel allié. Pour mieux cimenter le pacte, il donna à Xerxès sa sœur Antiochis, et gagna tous les cœurs, dit Polybe, par une magnanimité vraiment royale \ Polybe ne met pas en doute la loyauté d'Antiochos en cette affaire; mais d'autres ont eu le soupçon que le mariage conclu cachait un piège. Le fait est que Antiochos n'aurait pas fait de cadeau plus néfaste à son pire ennemi. « Au temps oii Ilannibal guerroyait contre les Romains », dit Jean d'Antioche, « Antiochos roi de Syrie, celui qui fut battu par le monarque égyptien Ptolémée, ayant marié sa sœur à Xerxès tyran d'Arménie,

1. Polyb., VllI, 2j. Il n"y a pas d"autre désignation que 'Avtîo/o; ô pioiXsûî, et le fragment a été classé au juger, à la date de 214 a. C. (ûindorf).

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se servit de cette sœur pour se déluire de lui et recouvra ainsi la royauté des Perses », c'esf-à-dire la souveraineté en Arménie, comme l'avaient eue jadis les Perses '. L'affirmation vient d'un auteur de basse époque, mais elle est nette. Il est fâcheux que Antiochos ait eu le profit d'un assassinat politique qu'il n'avait peut-être pas prémédité.

A partir de ce moment, nous perdons la trace d'Antiochos III et de son armée pendant quelques années. Il put, durant cet intervalle, revenir de temps à autre à Antioche, pour surveiller les agissements du roi de Peigame et régler des affaires intérieures. C'est ainsi que, entre 212 et 208, il prit la précaution d'associer au trône son fils aîné Antiochos. A partir de 208/7, les documents babyloniens mentionnent dans les datations non plus seulement le sàr Antiochos, mais les sârs Antiochos et Antiochos. Nous retrouvons le roi, vers 209, à Ecbatane, occupé à rançonner le pays et à dépouiller la citadelle royale des richesses qui avaient échappé aux déprédations successives d'Alexandre, d'Antigone le Borgne et de Séleucos I Nicator. Il enleva au temple d'Anahit (AivTi) les tuiles d'argent, les lingots d'or et d'argent qu'il y put trouver, et en fit pour près de 4.000 talents (environ 2o millions de francs) de monnaie à son effigie *. Il ne se doutait pas qu'un jour il périrait en voulant recourir de nouveau, en un autre sanctuaire, à ce moyen commode d'utiliser la piété des autres.

Le roi songea alors à reconquérir la Parthyène, perdue par Séleucos II, et la Bactriane, que Antiochos II avait dû abandonner à Diodotos. Entre la Médie et la Parthyène s'étend un désert sans eau où il était imprudent d'engager une armée. Le roi des Parthes, qui était'maintenant (depuis 216?) Arsace III, espérait que son adversaire n'oserait franchir cette barrière. Quand il apprit que Antiochos prenait

1. FGH., IV, p. 557. La date se trouve ici assurée par le synchronisme. On ignore si le meurtre de Xerxès suivit de prés le mariage.

2. Polyb., X, 27 (monnaie estimée ici en poids, non en valeur).

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le chemin d'ilécatompylos, il envoya des cavaliers pour combler les citernes alimentées à l'aide de conduits souterrains par les eaux des monts d'Hyrcanie : mais l'avant-garde syrienne, commandée par Nicomède de Gos, dispersa à temps les cavaliers, et l'armée arriva sans encombre à Hécatompylos. Arsace ne l'y avait pas attendue : il s'était enfui dans la montagne, du côté de l'Hyrcanie, qui faisait partie de son royaume.

Antiochos laissa reposer ses troupes durant quelques jours à Hécatompylos. Voyant qu'x^rsace abandonnait la partie, il se décida à le poursuivre. Il savait, par l'histoire des campagnes d'Alexandre, que le conquérant n'avait pas franchi sans difficulté les défilés qui conduisent d'Hécatompylos en Hyrcanie. Les gens du pays lui rapportaient en outre que les chemins étaient barrés par des abatis d'arbres et des quartiers de roche derrière lesquels les Barbares s'apprêtaient à faire bonne résistance. Mais il s'était trop avancé pour reculer. Parti de Tagpe, il s'engagea résolument, les frondeurs et archers en tête, les phalangiles en queue, dans la montée de 300 stades (55 à 56 kil.) qui conduisait au sommet du col du Labos (auj. Labout). 11 mit huit jours pour atteindre ce sommet. Ses troupes légères délogeaient les ennemis de leurs postes en escaladant des rochers plus élevés ; puis soldats et manœuvres déblayaient la voie pour faire passer les chevaux et les bagages. D'étape en étape, les Barbares se trouvèrent refoulés au haut du col, où s'engagea un combat acharné. Enfin, ils lâchèrent pied, et l'armée syrienne descendit en bon ordre à Tambrax, « ville non fortifiée, mais qui avait une résidence royale et de l'ampleur ». Là, Antiochos apprit que la plus grande partie des troupes ennemies s'étaient réfugiées non loin delà, dans la ville forte de Syrinx (Zadracarta?), qui était comme la capitale de l'Hyrcanie '. Il investit aussitôt la place et poussa

1. Ces villes de Tagae, Tambrax, Syrinx ne sont connues que par Polybe. On propose d'y reconnaître Tape, Talabroca et Zadracarta, citées par Strabon.

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vigoureusement le siège. La ville avait une enceinte protégée par un triple fossé. Il fallut combler les tranchées et creuser des galeries sous le rempart. Les Barbares, voyant l'assaut imminent, tuèrent les colons grecs qui se trouvaient dans la ville et sortirent à la faveur de la nuit : mais ils furent rejetés dans la place et prirent enfin le parti de se rendre à discrétion (209?) *.

Le fragment de Polybe s'arrête ici brusquement, et nous

ignorons si Antiochos vengea le meurtre de ses compatriotes.

Nous ne savons pas davantage par quelle voie il quitta les

bords de la mer Caspienne, et s'il réussit enfin à joindre

son introuvable ennemi le roi des Parthes. On avait cru,

sur la foi d'une mauvaise leçon de Justin, qu'Arsace avait

livré bataille au roi de Syrie, à la tôte d'une armée de

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