Polyb., X
2. Justin XLI, 5, 1 {Arsaces adversiis Antiochum Seleuci filium cenlum milibus peditum et XX milibus equitum inslruclum [au lieu de inslrucLus] mira virtule pugnavit).
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l'annexion de régions voisines, du côté de l'Inde. C'était un de ces aventuriers dont l'espèce n'est pas rare à l'époque, qui, servant et trahissant tour à tour leurs patrons, profitant de toutes les circonstances, ramassaient argent et honneurs dans la poussière des batailles. Au cours des pourparlers qui eurent lieu, comme nous le verrons, entre les belligérants, Euthydème se défendit d'avoir jamais trahi Antiochos ; il n'avait fait que déposséder les descendants du traître qui avait arraché la Bactriane à Antiochos II. Si on ne veut pas l'en croire sur parole, on est libre d'imaginer qu'il avait peut-être attaqué Diodotos II pour le compte du roi de Syrie, au temps où celui-ci venait d'abattre Molon, et qu'il avait ensuite gardé sa conquête pour lui.
Antiochos envahit donc la Bactriane (208). Euthydème ne se laissa pas surprendre. Il attendait l'ennemi au passage du fleuve Arios (Heri-Roûd) et avait fait occuper les passages guéables par un corps de 10.000 cavaliers. Ceux-ci, paraît-il, interprétaient leur consigne à leur façon. Ils ne surveillaient le fleuve que durant le jour; la nuit, ils se retiraient dans un casernement distant d'une vingtaine de stades (près de 4 kil.). Informé du fait, Antiochos marcha avec précaution durant deux jours ; puis, laissant le gros de son armée non loin du fleuve avec ordre de le rejoindre, il partit en avant avec ses troupes légères, franchit le fleuve avant le lever du jour et s'élança des premiers, avec plus d'ardeur que de prudence, sur les escadrons bactriens qui accouraient pour lui barrer le passage. La mêlée fut chaude : Antiochos eut un cheval tué sous lui et reçut au visage un coup qui lui brisa quelques dents. Il fut heureusement dégagé à temps par Pansetolos, qui força les Bactriens à reculer et les poursuivit l'épée dans les reins jusqu'au camp d'Euthydème. Celui-ci, effrayé, repassa les monts et se retira avec ses troupes à Zariaspa de Bactriane (Bactra), sa capitale.
Antiochos l'y suivit, et il est probable qu'il l'y assiégea, car Polybe, en un autre endroit, mentionne parmi les sièges
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célùbros celui de Uaclra. Mais il s'était fait illusion s'il avait cru tenir son adversaire à sa merci. Au bout de deux années d'efforts, harassé et inquiet, il prêta l'oreille aux propositions que lui fit faire Euthydème par l'intermédiaire de Téléas. Le roi de Bactriane représentait au roi de Syrie qu'il n'était pas un rebelle, ni un rival, mais une sentinelle avancée de la civilisation hellénique qu'il défendait contre les hordes barbares, et que leur sûreté à tous deux dépendait de leur concorde. Une guerre sans trêve « les mettrait l'un et l'autre en péril et laisserait le pays retourner à la barbarie ». Ces considérations firent impression sur Antiochos, d'autant plus qu'elles étaient raisonnables en soi et ménageaient son amour-propre. Des conventions furent échangées, et Euthydème envoya son fils Démétrios au camp syrien pour les ratifier. Le jeune homme plut à Antiochos, qui lui promit une de ses filles en mariage et reconnut à Euthydème le titre de roi. Le traité fut rédigé et signé : après quoi, Antiochos, bien pourvu de vivres et emmenant avec lui les éléphants fournis par Euthydème, s'achemina, en franchissant le mont Paropamisos (Hindoù-Koush), vers l'Inde (206) '.
Depuis le temps de Séleucos Nicator, la dynastie des Séleucides était restée en bons termes avec celle des Mauryas. Après la mort (vers 227?) d'.Açoka Piyadasi fils de Vindousara(Amitrochatès) et petit-fils de Tchandragoupta (Sandracottos), le zélé bouddhiste qui se flattait d'être l'ami des rois de Syrie, d'Egypte et de Macédoine, il dut se produire des compétitions ou un partage de famille qui démembrèrent son empire. Du moins, il n'est pas évident que le roi rencontré alors par Antiochos dans la vallée du Cophène (Caboul), Sophagasenos (Soubhagasena), soit identique au Jaloka, fils d'Açoka, que l'on connaît par les traditions bouddhiques. Antiochos arrivait avec des intentions équivoques : il ne savait peut-être pas bien lui-môme s'il traiterait le potentat
1. Polyb., X, 49. XI, 34 (uirepgaXàjv tàv KaûxsTov). Strab., XI, p. 513.
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hindou en ami ou en ennemi, en vassal ou en prince indépendant. Il comptait bien, en tout cas, le rançonner. Sophagasenos se hâta de mettre leurs relations sur le pied pacifique. Polybe dit que Antiochos « renouvela amitié avec le roi des Indiens» et qu'il reçut de celui-ci — à titre de présent ou de tribut — des éléphants et des vivres pour ses troupes, sans compter une grosse somme d'argent que Androsthène de Cyzique devait toucher plus tard et rapporter au roi. L'effectif des éléphants qu'emmenait l'armée syrienne monta depuis lors à cent cinquante.
Antiochos faisait comme une sorte de ronde armée autour de son empire. De la vallée du Caboul, oij aurait pu surgir un conflit désiré peut-être par le Bactrien, Antiochos descendit dans les provinces où il régnait encore sans conteste, en Arachosie (Afghanistan méridional), de là en Drangiane, puis en Garmanie, où. il prit ses quartiers d'hiver sur les bords du golfe Persique (206/5). Il s'y reposa des fatigues et des dangers heureusement surmontés qui lui valurent le nom de Grand chez les Grecs, de Victorieux (Nwà-rwp) chez les Orientaux. Polybe vante les résultats de cette série de campagnes. « Antiochos, dit-il, avait non seulement soumis à son obéissance les satrapes de la Haute-Asie, mais encore les dynastes en deçà du Taurus. En un mot, il avait affermi sa royauté par l'admiration qu'inspira à ses sujets son audace et son endurance. C'est par cette expédition qu'il parut digne de la royauté non seulement aux populations de l'Asie, mais encore à celles de l'Europe ^ »
Au printemps (20o), le roi songea à reprendre le chemin de l'Occident ; mais, arrivé à Séleucie sur le Tigre, il se ravisa. Il voulut utiliser sa présence dans ces régions pour faire une opération lucrative. Il y avait de l'autre côté du golfe Persique, sur la côte arabe, une riche cité marchande, fondée, dit-on, par des proscrits chaldéens, qui servait de
1. Polyb., XI, 34, 11-16. Appian., Syr., 1. 15. Antiochos paTiXeùî tiÉyai; clans les inscriptions (Michel, 467. 1229).
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port d'attache aux caravanes transportant les aromates et épices de l'Inde, à travers la péninsule arabique, jusqu'aux entrepôts de Gaza et d'Alexandrie. Antiochos pensa (|u il était bon de faire sentir sa puissance aux habitants de Gerrha. Un peu de piraterie ne lui déplaisait pas. Des bouches du Tigre, où il avait réuni une tlotle .suffisante, il cingla vers la côte d'Arabie. Les Gerrhéens, en bons commerçants, comprirent ce qu'il voulait. Ils lui écrivirent que « ils ne le supposaient pas venu pour leur enlever les biens à eux octroyés par les dieux, c'est-à-dire une paix éternelle et la liberté ». Suivaient sans aucun doute des propositions que le roi, après s'être fait traduire la lettre, déclara accepter. Une fois leur liberté confirmée, les Gerrhéens comblèrent Antiochos de présents : 500 talents d'argent, 1000 talents d'encens et 200 talents d'essence de myrrhe. Antiochos alla ensuite toucher à l'île de Tylos (Bahrein), où il dut rançonner de même les marchands de perles, et revint de là par mer à Séleucie (203/4) *. Chemin faisant, il attacha son nom à une nouvelle Antioche, en rebâtissant une Alexandrie qui avait été détruite par les inondations du Tigre et de l'Eulaeos et qui finit par s'appeler plus tard Charax (la Digue), cheflieu de la Characène '\
Antiochos rentra en Syrie avec la renommée d'un nouvel Alexandre, promu grand homme et glorieux dans tous les sens du mot. Sa réputation de bravoure était incontestée, et, depuis le début de son règne, à part quelques défaillances momentanées, il avait fait preuve d'une infatigable activité. Il dut se faire illusion lui-même sur la valeur réelle de ses