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LA CEINTURE

Comme la plupart des ornements, la ceinture est de la plus haute antiquité. Les Grecs et les Romains avaient des ceintures; les Juifs en portaient lorsqu’ils mangeaient l’agneau pascal, et leur grand-prêtre s’en ornait dans les sacrifices.

L’usage des ceintures a été fort commun dans nos contrées, mais les hommes ayant cessé de se vêtir de vêtements amples et flottants, et pris les justaucorps et le manteau court, l’usage des ceintures s’est restreint peu à peu aux magistrats, aux gens d’église et aux femmes.

Nos ancêtres attachaient à la ceinture une bourse, des clefs, etc. Cet ornement devenait ainsi un symbole d’état ou de condition dont la privation indiquait que l’on ne possédait plus.

C’est pour cela qu’autrefois, ainsi que chez «es

anciens, on attachait une marque d’infamie à la privation de la ceinture. Les banqueroutiers et autres débiteurs insolvables étaient obligés de la quitter.

D’autres symboles étaient attachés h la ceinture : l'histoire rapporte que la veuve de Philippe Ier, duc de Bourgogne, renonçât au droit qu’elle avait à sa succession, en quittant sa ceinture sur le tombeau du duc.

Les poètes ont chanté la ceinture de Vénus ou cest : Les anciens attachaient â cette ceinture magique le pouvoir d'inspirer de l'amour et de charmer les cœurs, de rendre aimable la personne qui la portait, même aux yeux de celui qui avait cessé d’aimer. Elle renfermait les attraits, le sourire engageant, le doux parler, etc. Ecoutons Homère :

Çythérée, h ces mots, d’une main complaisante, Détachant sa ceinture à Junon la présente.

Dans les plis onduleux voltigent enfermés Tous les puissants attraits, les désirs enflammés, I/amour, ses doux refus, sa ravissante ivresse,

Et les discours pressants vainqueurs de la sagesse.

Le Tasse nous donne une brillante description de la ceinture d’Armide.

Mais l’art et la nature, unissant leurs prodiges,

De sa riche ceinture ont tiré les prestiges;

Soumis aux lois d’Armide, et servant ses projets,

Ils ont su rassembler d’invisibles objets,

Donner des traits a Pâme, un corps a la pensée.

On y voit la pudeur craintive et menacée,

D’un cœur novice encor les battements confus,

Les dépits simulés, les attrayants refus,

Les langueurs du plaisir, ses larmes, son sourire, Le calme de l’amour et son fougueux- délire,

( Trad. de Baour-Loumian.)

Chez les Grecs et chez les Romains, c’était la coutume que le mari dénouât la ceinture de sa femme le premier soir de ses noces. Homère appelle cette ceinture : ceinture virginale . Elle était de laine de brebis, nouée d’un nœud singulier qu’on appelait le nœud d’Hercule. Le dénoûment de cette ceinture était pour le mari un heureux présage qui lui promettait autant d’enfants qu’Hercule en avait laissé en mourant.

Louis IX défendit aux femmes mal famées de

porter, suivant l’usage d’alors, des ceintures dorées. Des peines corporelles : le fouet, l’exposition publique étaient prononcées contre celles qui étaient en contravention à l’ordonnance. Malgré ces rigueurs, presque aucune n’obéit à l’ordonnance; c’est de là qu’est venu le proverbe : bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.

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