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SON HISTOIRE ET SA FABRICATION

On appelle porcelaine , une belle poterie fine k pâte grenue ne se laissant pas entamer par l’acier, translucide et susceptible de recevoir une couverte, vernis ou émail brillant et dur. Son nom lui vient de sa surface lisse et polie qui la fait ressembler k la coquille de Vénus, dite, en latin, porcelenna.

C’est du '1er septembre 1712 que datent les premières notions exactes qu’on put posséder en Europe sur la fabrication de la porcelaine de la Chine; elles émanaient des missionnaires catholiques envoyés dans ces contrées. Une première lettre, écrite par le père d’Entrecolles, faisait connaître, avec des détails pleins d’intérêt, les éléments qui composent les pâtes et les glaçures, et ces renseignements très-instructifs furent complétés par une seconde lettre écrite du même pays, en 1722, c’est-à-dire dix années plus tard; ils n’amenèrent aucun résultat immédiat.

Les chimistes et les fabricants de faïence, la plus belle poterie que l’on eût alors, cherchaient de nouvelles pratiques industrielles pour arriver à imiter la porcelaine ; on fit même venir des matières premières de Chine, mais elles avaient déjà subi diverses préparations mécaniques qui les avaient réduites en une poudre fine indéterminable; d’ailleurs la pâte de la porcelaine chinoise était composée de matières différentes, qu’il fallait re-

DES SUBSTANCES PRÉCIEUSES. 203 connaître et découvrir en Europe ; il fallait ensuite déterminer les proportions dans lesquelles il convenait de les mélanger ; à cette époque, les connaissances chimiques et minéralogiques, qui seules pouvaient soulever un coin du voile, n’appartenaient qu’k très peu de savants. Ces recherches n’aboutirent h rien, et le hasard, comme dans la plupart des découvertes, fit beaucoup plus en mettant du kaolin et du feldspath sous la main d’un homme de génie.

Aujourd’hui que les procédés pratiques h l’aide desquels on fabrique la porcelaine sont connus de tout le monde, les lettres du père d’Entrecolles, écrites de la Chine dans le premier quart du dixhuitième siècle, peuvent nous paraître contenir des détails suffisants, mais à l’époque de leur publication, ils étaient assurément trop obscurs pour jeter sur la nature intime de la porcelaine chinoise une lumière convenable. Les sources auxquelles

ce père a puisé, obscures en elles-mêmes par quelques endroits, ne pouvaient pas toujours être interprétées avec une entière exactitude, et nous devons regarder comme une bonne fortune qu’un savant, M. Stanislas Julien (1), ait bien voulu donner les moyens de présenter, d’une manière plus complète qu’on ne l’a fait jusqu’ici, la fabrication de la porcelaine chinoise, tant par la traduction exacte des documents publiés en Chine, que par les diverses collections qu’il a fait parvenir en France et qui ont été examinées par par MM. Salvétat et Ebelmen.

Les chroniques du Japon disent qu’en Fan 27 avant Jésus-Christ, la suite d’un prince d’un ancien État de la presqu’île de Corée vint s’établir au Japon et fonda la première corporation de fabricants de porcelaine. Vers la fin du dix-septième siècle, un prince japonais appela encore des ouvriers de la presqu’île de Corée.

La porcelaine japonaise a formé, dans les der-

(1) L’ouvrage qu’il vient de publier est la monographie la plus curieuse sur l’histoire et la fabrication de la porcelaine. Il se trouve chez Mallet-Bachelicr, quai des Àugustins, 55.

niers siècles, un des plus précieux articles d’exportation en Europe, où, à cause de ses excellentes qualités, elle attira tout d’abord l’attention des connaisseurs, et où, aujourd’hui encore, avec les élégants objets en bambou et la laque inimitable, on l’estime comme un des plus beaux articles d’industrie orientale.

La porcelaine du Japon se fait d’une argile blanchâtre, que l’on trouve en grande quantité dans ce pays. Quoique cette argile soit naturellement belle et nette, il faut la pétrir, la laver et la bien nettoyer, avant qu’elle soit à ce degré nécessaire pour rendre la porcelaine transparente. La peine extrême que cette sorte d’ouvrage demande a donné lieu h ce plaisant proverbe, que « les os humains sont un ingrédient qui entre dans la porcelaine. »

La porcelaine se fait au moule ou bien au tour; on moule les théières, les vases, les pots où se brûlent les parfums, les chandeliers, et pareils articles carrés ou ronds. Généralement on les forme d’abord grossièrement, et on les coupe en deux, puis on les mouille plusieurs fois avec une pâte très-claire de terre à porcelaine, et enfin chaque partie est pressée dans un moule, et quelquefois aussi on presse le moule contre l’objet. Les pièces

sont ensuite découvertes, mêlées avec la même pâte et collées ensemble,

La vaisselle appelée ronde, les tasses, les soucoupes, les assiettes et les plats sans nombre employés tous les jours par toutes les classes d’habitants, et formant les neuf dixièmes de toute la fabrication de porcelaine, se font à la main et sur le tour. Celui-ci se forme de deux disques superposés horizontalement et réunis par un axe de 2 pieds, qui ne traverse pas le disque supérieur sur lequel on pose la pâte, tandis que l’ouvrier fait tourner avec les pieds le disque, inférieur, ayant 3 pieds de diamètre. Il prend des deux mains la pâte posée sur le disque, et, le faisaut tourner, il appuie les deux pouces au fond et dans l’intérieur du vase qu’il façonne. C’est ainsi qu’il voit naître sous ses doigts l’ouvrage le plus délicat, et que, l’un après l’autre, il achève des milliers d’articles pareils en forme et en grandeur, comme s’ils sortaient du même moule. Pour former la base, le cercle intérieur des tasses et des soucoupes, celles-ci, étant peu sèches, sont posées de nouveau sur le disque, où, à l’aide d’un couteau, on enlève extérieurement ce qu’il y a de trop, puis on fait disparaître les fêlures et autres défauts, et l’on fixe, fi l’aide

d’une certaine colle, les anses et les becs, confecsionnés b part. Alors on fait sécher la vaisselle h l’ombre , jusqu’k ce qu’elle soit complètement blanche, et enfin on la met au four.

Le four se trouve ordinairement k l’intérieur de la maison ; on y superpose la vaisselle, et on allume avec du bois par la bouche qui est placée sur un des côtés. La cuisson étant arrivée k point, on laisse le feu s’éteindre et le four se refroidir peu k peu.

La vaisselle cuite s’étant suffisamment refroidie, on la retire du four, on la lave dans de l’eau fraîche et on la nettoie avec un torchon en coton.

Les tasses et les soucoupes, peintes intérieurement et extérieurement de raies circulaires, sont posées sur le disque, tournées, et le pinceau forme alors le cercle ; la vaisselle est ensuite découverte k deux reprises, bien séchée, et placée dans le four principal où elle est cuite pour la seconde fois.

Au sortir du four, lentement refroidi, les dessins paraissent sur la porcelaine bien cuite ; elle est "lavée une dernière fois, et l’ouvrage est terminé.

Chaque pièce, fût-ce la plus petite soucoupe, passe par les mains de soixante-douze ouvriers, depuis le moment où l’on prend la pâte jusqu’à ce qu’elle ait reçu la dernière façon.

Les fours principaux sont construits sur le penchant des montagnes, et juxtaposés, faute d’un terrain plat. On en voit ordinairement six ensemble. Les murs latéraux ont des ouvertures pour faire circuler la chaleur.

Les échafaudages où se place la \aisselle pièce par pièce, dans un carré oblong, sont en argile; le chauffage dure pendant quatre ou cinq jours et autant de nuits, et l’on a toujours grand soin que le bois ne s’entasse pas. Chaque jour consume environ vingt mille bûches. La cuisson de la porcelaine demande beaucoup d’expérience et d’adresse, et c’est de ces qualités que dépend le salaire de l’ouvrier. À côté de la bouche, les fours princi-

paux ont (les ouvertures grandes comme une balle à jouer, fermées avec des bouchons d’argile que l’on retire de temps en temps pour observer les progrès de la cuisson.

Pour préparer la couverte, on prend la couche supérieure de la pâte précipitée, qui est la plus claire, et on y mêle, dans des proportions qui diffèrent selon les fabricants, de la cendre de gousses de l’arbre yousi. La matière première de la couverte bleue est un article dont le nom n’est pas connu, et que l’on tire de la Chine. On la pulvérise également, et pour s’en servir on la mêle avec de l'eau. Avant la cuisson, cette couleur bleue est noire comme du charbon.

Les porcelaines qui sortent de nos fabriques se divisent aujourd'hui en deux principaux genres : la porcelaine dure et la porcelaine tendre.

La porcelaine dure a pour base le kaolin, terre

argileuse blanche, et le feldspath pur, ou pétunsé, qu’on remplace quelquefois par un mélange de craie, de sable et de feldspath.

Ces matières sont réduites en une pâte bien homogène, qu’on bat et qu’on laisse macérer ensuite très-longtemps; puis on façonne les pièces sur le tour ou par le moulage : les garnitures sont moulées à part et collées aux pièces avec de la pâte délayée dite barbotine. Les pièces fines et séchées subissent une première cuisson; elles forment alors ce que l’on appelle biscuit. Elles subissent ensuite une seconde cuisson de 30 à 40 heures, après avoir été recouverte d’un vernis dont le feldspath forme la base. Ces porcelaines sont souvent revêtues, de divers ornements, dorures, morceaux de peinture, couleurs unies, etc. Les couleurs sont appliquées soit sur la pâte, soit sur la couverte en les fondant avec celles ci, à la même température lorsqu’elles peuvent la supporter, ou bien en les faisant adhérer à l’émail à une température plus douce au moyen d’oxydes ou fondants métalliques. La moindre négligence dans toutes ces opérations peut déterminer des accidents ou des défectuosités; c’est pour cela que les belles porcelaines sont d’un haut prix.

La porcelaine tendre , diffère de la précédente par sa pâte plus abondante en fedspath, et par conséquent plus fusible, et par son émail dans lequel il entre de l’o/yde de plomb.

L'ancien Sèvres avait pour base argileuse une marne calcaire, et pour fondant une fritte composée de sable siliceux, de soude et de nitre ; on le reconnaît au glacé gras de sa couverte et à sa teinte jaunâtre. La porcelaine tendre à l’inconvénient de ne point aller sur le feu et de se rayer aisément.

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