‹ Histoire des substances précieusesChapitre 23 sur 30 · COURONNE · texte numérisé non relu

COURONNE

On croit que le mot couronne vient de corné , soit parce que les couronnes anciennes étaient en pointe et que les cornes étaient des marques de puissance, de dignité, d’autorité, d’empire; soit aussi parce que les mots cornu et cornua sont souvent pris dans la Sainte Écriture pour la dignité royale. Corne et couronne, en Hébreu, sont aussi souvent exprimés par le même mot.

La plupart des auteurs conviennent que la couronne était, dans son origine, un ornement du sacerdoce plutôt que de la royauté; les souverains la prirent ensuite parce qualors les deux dignités du sacerdoce et de l’empire étaient réunies.

Les premières couronnes furent consacrées aux divinités; elles étaient composées des plantes qui

faisaient partie de leurs attributs : celle de Jupiter était de chêne et quelquefois de laurier; celle de Junon de feuilles de cognassier ; celle de Bacchus de pampre et de raisin, de branches de lierre chargées de fleurs et de fruits; celle d’Apollon de roseau ou de laurier; celle de Vénus de roses et de myrthe; celle de Minerve, d’olivier; celle de Flore, de fleurs diverses ; celle de Gérés, d’épis ; celle de Pluton, de cyprès; celle de Pan, de pin ; celle d’Hercule, de peuplier, etc.

Les prêtres et les sacrificateurs portaient pendant les sacrifices des couronnes d’or, de branches d’olivier ou de laurier.

Les magistrats, dans les jours de cérémonie, portaient des couronnes d’olivier ou de myrthe ; les ambassadeurs, de verveine ou d’olivier.

Dans les festins, on composait les couronnes de fleurs, d’herbe et de branches de roses, d’if, de lierre et de quintefeuille. Les conviés portaient trois couronnes . l’une qu’ilsplaçaientd’abordsur le haut de la tête, l’autre dont ils se ceignaient le front, et la troisième qu’ils se mettaient autour du cou.

Les Romains avaient des coworwes militaires pour récompenser la valeur : on les appelait selon

DES SUBSTANCES PRÉCIEUSES. 495 la nature de l’exploit k récompenser : vallaires , muralleSy navalles ou r os traies, etc., et couronne civique que l’on décernait à celui qui avait sauvé la vie k un citoyen. Ces dernières étaient de chêne.

Les empereurs Romains portèrent, k l’imitation de Jules César, la couronne triomphale, qui était de laurier. Après leur apothéose, on leur donnait la couronne radiée, ou composée de rayons. La couronne impériale de Charlemagne était fermée en haut comme un bonnet et semblable k celle des empereurs d’Orient.

Au moyen âge, les empereurs d’Allemagne recevaient trois couronnes : celle de Germanie, qui était d’argent et qui se prenait k Aix-la-Chapelle; celle de Lombardie, dite couronne de fer , qui consistait en une bande d’or en forme de diadème antique, et qui était garnie intérieurement d’une bande de fer, provenant, croyait-on, d’un clou de la Passion. Napoléon reprit la couronne de fer lorsqu’il se fit couronner roi d’Italie, en 1805; il institua k cette occasion l’ordre de la Couronne de Fer; la couronne impériale qu’ils recevaient k Rome était surmontée d’une mitre qui ressemblait un peu k celle des évêques.

Les rois de France de la première race portèrent quatre sortes de couronnes : la première était un diadème de perles fait en forme de bandeau, avec des bandelettes qui pendaient derrière la tête ; la deuxième était la même que celle que portaient les empereurs; la troisième avait la forme d’un mortier ; la quatrième enfiu, était en forme de chapeau pyramidal, finissant par une pointe surmontée d’une grosse perle.

Les rois de la deuxième race avaient la tête ceinte d’un double rang de perles ou d’une couronne de laurier.

Ceux de la troisième ne portèrent qu’une seule espèce de couronne, composée d’un cercle d’or enrichi de pierreries et rehaussée de fleurs de lis. C’est depuis François Ier que la couronne fermée paraît avoir été définitivement adoptée. Elle se compose d’un cercle h huit fleurs de lis et de huit cintres qui le ferment et portent au sommet une autre fleur de lis d’or.

Les couronnes des autres rois de l’Europe sont analogues à celles des rois de France.

La couronne d’Angleterre est rehaussée de quatre croix, de la façon de celle de Malte, entre lesquelles il y a quatre fleurs de lis ; elle est cou-

verte de quatre diadèmes qui aboutissent à un petit globe surmonté d’une croix.

Celles des rois de Portugal, de Danemarck et de Suède, ont des fleurons sur le cercle, et sont fermées de cintres avec un globe croisé sur le haut.

La couronne des ducs de Savoie, comme rois de Chypre, avait des fleurons sur le cercle, était fermée de cintres, et surmontée de la croix de Saint- Maurice sur le bouton d’en haut.

Celle du roi d’Espagne est rehaussée de grands trèfles refendus, que l’on appelle souvent hautsfleurons , et couverte de diadèmes aboutissant à un globe surmonté d'une croix.

Celle du grand duc de Toscane est ouverte, à pointes mêlées de grands trèfles avec des fleurs de lis au milieu.

La couronne papale est composée d’une tiare et d’une triple couronne qui l’environne; elle a deux pendants comme la mitre des évêques. Le pape Hormisdas ajouta la première couronne h la tiare ; Boniface VIII la seconde, et Jean XXII la troisième.

La couronne impériale est un bonnet ou tiare, avec un demi-cercle d’or qui porte la figure du monde, cintrée et sommée d’une croix.

La noblesse porte sur ses armoiries des couronnes que l’on appelle couronnes de casques ou couronnes d’écussons. Elles ont différentes formes suivant les différents degrés de noblesse ou d’illustration. On en distingue six sortes principales :

1° La couronne ducale : cercle à huit grands fleurons ou feuilles d’ache;

2° La couronne de marquis : composée de quatre fleurons entre chacun desquels se trouvent trois perles en trèfle ;

3° La couronne de comte : cercle à dix-huit grosses perles ;

4° Celle de vicomte : cercle à quatre grosses perles ;

3° Celle de baron ou tortil : cercle sur lequel se trouve enroulés en six espaces égaux des rangs de perles en bande ;

6° Celle de Vidam : cercle surmontée de quatre croix pattées, c’est-à-dire dont les extrémités s’élargissent en forme de patte étendue.

Souvent, au lieu de couronnes, on met sur les armes un casque ou heaume. Pour les souverains il est placé de face, la visière ouverte ; pour les ducs et princes, la visière est ouverte à demi ; elle est fermée pour les marquis ; les comtes et les ba-

rons le placent de trois-quart, et les gentilshommes de profil.

Sous Napoléon Ier, les couronnes furent remplacées dans les armes de la noblesse de sa création par une toque surmontée d’un nombre distinctif de plumes.

Toutes ces couronnes varient et pour la forme des fleurons, et pour le nombre des perles, suivant les différentes nations; et même k l’exception des couronnes des ducs et pairs, elles sont ordinairement au choix de ceux qui les mettent sur le timbre de leurs armes (I).

(I) Voir pour plus de développement l'excellent ouvrage intitulé : Résumé des principes généraux de la science héraldique , dû a la plume claire et élégante de M. Oscar de NVatteville.

Page 1