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CHAPITRE Ier

Le Diamant.

Le Diamant . — Imperceptible différence des gemmes les plus précieuses et des matières les plus viles .

— Qu est- ce que le diamant ? — Curieux phénomènes de cristallisation. — Notion des formes cristallographiques dans l'antiquité. — Diamant obtenu par M. Desprelz de V Institut. — Expérience

\ de M. Gaudin. — Combustibilité du diamant. — Prévision de Newton. — Preuves qui démontrent que le diamant n'est que du charbon pur cristallisé. — Expériences de Lavoisier et de Clouet. — Art de polir le diamant. — Égrisée , — Taille du diamant.

— Qu est-ce que le carat ? — Evaluation de la valeur du diamant. — Son gisement. — Mines de dia-

mants. — Curieuse découverte de la mine de Vizapour. — Procédé pour la recherche des diamants.

— Curieux détails sur leur exploitation au Brésil.

— Nouvelle invention qui permet de connaître quelle sera la couleur du diamant après la taille. — Diamants parangons . — Histoire de quelque $ diamants.

Une chose bien propre à surprendre et qui peut paraître incroyable h ceux qui ne sont pas initiés aux curieux phénomènes de la cristallisation, c’est la différence qui se trouve dans des corps composés des mêmes éléments et qui ne diffèrent seulement que par la disposition de leurs molécules, c’est-à-dire des plus petites parties qui les constituent.

Il paraît étrange, par exemple, que les plus beaux bijoux, les rivières de diamants, les gemmes les plus précieuses qui ornent la couronne des souverains, ne soient que du charbon, de l’argile, du sable, en un mot des matières grossières que nous foulons aux pieds lorsque nous marchons dans les voies publiques.

Rien n’est comparable au rayonnement limpide

et onctueux de ces gemmes, ruisselant dans l’espace comme du feu liquide.

C’est surtout en leur imprimant un mouvement de rotation aux douces lumières des salons qu’elles resplendissent de tout leur éclat.

L’élite du monde parisien a pu admirer des phénomènes de ce genre dans les splendides salons de M. Lardner, savant aussi bien qu’homme du monde. Une fois, entre autres, où toutes les merveilles de la science étaient exposées aux regards éblouis, nous avons vu, grâce h l’obligeance du duc de Brunswick, qui possède une collection des plus rares et des plus précieuses en ce genre, et k l’illustre savant populaire, M. Babinet, de l’Institut, l’inventeur de l’optique minéralogique, tout ce que la lumière, se jouant dans les gemmes, peut produire de plus radieux et de plus étonnant.

Peu d’études donnent lieu k tant de surprises que celle qui nous occupe.

Voyons d’abord ce que c’est que le diamant.

Le diamant est du charbon pur cristallisé; c’est

le plus brillant et le plus précieux des minéraux. Ordinairement, il est sans couleur; quelquefois cependant, il présente des teintes roses, jaunes, bleues, vertes, brunes ou noires, plus ou moins belles.

Il est le plus souvent transparent, et quelquefois complètement opaque, quoique jouissant d’un éclat extraordinaire.

Son éclat a quelque chose de gras et d’onctueux à l’œil ; il est phosphorescent dans l’obscurité, après avoir été exposé au soleil ; c’est le plus dur de tous les corps. Ce qui ne l’empêche pas de se casser assez facilement, lorsque l’on agit dans le sens de ses lames, c’ est-h-dire de son clivage.

J’ai dit que le diamant est du charbon pur cristallisé.

Qu’est-ce donc que cette cristallisation, phénomène si curieux qui met entre deux corps composés d’un même élément plus de différence qu’entre des corps composés des éléments les plus opposés, qui transforme un charbon noir, sale et pulvérulent, en un diamant transparent.

d’une dureté et d’un éclat sans pareil, et d’un prix au-dessus de toute comparaison?

Pythagore et Platon avaient, sans aucun doute, la notion des formes cristallographiques, lorsque dans leurs écoles, ils énonçaient ce bel axiome, que la nature se livre h des opérations géométriques dans les profondeurs de la terre, et que Dieu géométrise sans cesse. C’est le commentaire de l’Ecriture qui nous enseigne que le Créateur a tout fait avec poids , nombre et mesure.

IY.

La cristallisation peut s’obtenir de trois manières : par la dissolution, la fusion et la volatilisation.

Si l’on fait fondre ou dissoudre ou vaporiser un corps, et qu’on le laisse ensuite redevenir solide, lentement et tranquillement, chose surprenante, les molécules de ce corps, c’est-à-dire les plus petites parties que l’on puisse imaginer, s’attirent comme si elles avaient de l’intelligence pour former un solide régulier et symétrique.

La glace et ces belles arborisations que l’on admire quelquefois pendant l’hiver sur les vitraux

des fenêtres ne sont autre chose que de l’eau cristallisée.

Que l’on fasse dissoudre un corps dans un liquide, puis évaporer convenablement la dissolution, et qu’on l’abandonne ensuite h elle-même, bientôt on apercevra les cristaux se déposer au fond et sur les parois du vase et présenter des facettes d’un poli et d’un brillant si remarquables, qu’on les dirait travaillées par la main du lapidaire. C’est ainsi que l’on obtient le sucre candi, l’alun, etc.

Au lieu de faire dissoudre un corps, faisons-le fondre dans un creuset, abandonnons-le ensuite à un refroidissement lent et tranquille, et, au moment où la surface supérieure commencera à se solidifier, perçons la croûte qui se forme, renversons le creuset sens dessus dessous pour en faire sortir les parties intérieures qui sont encore liquides, alors nous aurons de même de magnifiques cristaux. En traitant le soufre de cette manière, on verra les parois intérieures du creuset tapissées d’une multitude de belles aiguilles dorées qui ne seront que du soufre cristallisé.

On peut encore obtenir la cristallisation d’un corps en le réduisant en vapeur dans un vase où

cette vapeur puisse revenir k l’état solide par un refroidissement suffisant. En volatilisant , par exemple, de l’indigo dans un creuset couvert, on obtiendra k la partie supérieure du creuset des cristaux sous forme d’aiguilles d’un bleu magnifique.

Une question se présente naturellement ici.

Puisqu’il est si facile de faire cristalliser les corps et d’imiter ainsi la nature, pourquoi ne fait- on pas des diamants k volonté? U y a tant de charbon !

On ne fait pas de diamants k volonté, parce que l’on n’a jamais pu fondre ou dissoudre le charbon, ou le volatiliser dans un creuset d’une manière satisfaisante; cependant, la science n’a pas dit son dernier mot. Il y a quelque temps, un de nos physiciens les plus distingués, M. Despretz, de l’Institut, a produit par l’arc d’induction, et par de faibles courants galvaniques, après trois mois d’une action lente et continue, du carbone cristallisé en octaèdres noirs , en octaèdres incolores translucides, en lames incolores et translucides, dont l’ensemble a la dureté de la poudre de diamant, et

qui disparaît dans la combustion sansrd.$zdw sensible.

M. Gaudin, qui a étudié avec un grand soin l’action de ces produits sur les pierres dures et particulièrement sur les rubis, écrivait à M. Despretz :

« Dès que j’ai été en possession du petit fil de platine, long de un centimètre, mis dè côté par vous, comme chargé d’un grand nombre de cristaux microscopiques de forme octaédrique, j’ai ratissé ce fil avec le plus grand soin. Sur le milieu de mon plan en cristal de roche, après avoir dépoli sur ce même plan avec de l’alumine h l’eau trois rubis fixés avec de la gomme laque, et avoir bien nettoyé le plan, une quantité imperceptible d’huile ayant été ajoutée h la poudre, j’ai reconnu aussitôt un travail franc, tout à fait semblable à celui de la poudre de diamant très-fine.

» Au bout de quelques minutes, le damassé des rubis avait disparu, toutes les saillies avaient été nivelées; les rubis présentaient, en un mot, une surface parfaitement plane et brillante, telle que je ne l’ai jamais obtenue qu’avec de la poudre de diamant. »

Il est donc certain que les produits obtenus par M. Despretz, et examinés par M. Gaudin, sont des diamants microscopiques.

Le patient et ingénieux expérimentateur estparvenu à fondre et h volatiliser parle feu électrique, toutes les pierres précieuses, tous les minéraux.

Par une puissante pile (600 éléments de Bunsen), il a volatilisé brusquement du charbon de sucre pur ; revenu à l’état solide, ce charbon volatilisé brusquem nt est resté tendre et friable.

Ce même charbon de sucre pris en poudre, et à l’aide du feu électrique rassemblé en globule et fondu, n’a pas plus de dureté que le graphite, lorsqu’il est revenu h l’état solide.

Depuis les expériences de l’illustre physicien, ces phénomènes sont répétés chaque année à la Sorbonne, soit au cours de physique, soit au cours de chimie (chaque expérience revient au moins à 400 francs).

Il faut donc une fusion ou une volatilisation lente, pour faire du diamant ou de la poussière de diamant.

Il est probable que, dans peu, la science découvrira quelque procédé pour la cristallisation en grand du carbone ; alors nous verrons fonctionner des manufactures de diamants, comme nous voyons aujourd’hui les manufactures de glace, de porcelaine, etc.

Il est très-naturel de demander comment on a pu s’assurer que le diamant n’est que du charbon pur, et que la différence de ces deux corps n’existe que dans la disposition des molécules.

C’est Newton qui, le premier, entrevit la nature du diamant. Ayant observé que les corps les plus combustibles sont ceux qui réfractent le plus la lumière, et que sous ce rapport le pouvoir du diamant est des plus considérables, il en conclut qu’il devait aussi être un des plus combustibles :

Et pour comble d’honneur, ce Newton qui, des mondes

Dirigea dans les cieux les sphères vagabondes,

Jetant un coup d’œil sûr dans l’avenir lointain,

Devina son essence et prédit son destin.

(Delille.)

Ce que le génie de Newton avait deviné par les lois de la réfraction, l’expérience ne tarda pas k le confirmer.

Vers la fin du dix-septième siècle, la combustibilité du diamant fut opérée pour la première fois à Florence, en le soumettant au foyer d’une

DES SUBSTANCES PRÉCIEUSES. il

forte lentille. Elle fut renouvelée en soumettant ce corps h un feu violent et longtemps soutenu; on le vit alors brûler sans résidu, avec une légère flamme formant autour de lui comme une espèce d’auréole.

La combustibilité du diamant était démontrée, mais sa composition restait a déterminer.

Bientôt les expériences de Lavoisier firent disparaître toute indécision. En brûlant du diamant sous une cloche ne renfermant que de l’oxygène, il obtint un produit identique à celui de la combustion du charbon pur, c'est-k-dire de l’acide carbonique.

Clouet confirma les expériences de Lavoisier par un autre procédé. Ayant enfermé un diamant dans l’intérieur d’une petite masse de fer très-pur, et ayant soumis les deux corps k un feu convenable, avec les précautions voulues, il obtint un culot d’acier fondu, dans la formation duquel le diamant avait tenu lieu de charbon.

De nombreuses expériences achevèrent de prouver d’une manière irréfragable que le diamant est du carbone ou du charbon pur.

Dans l’antiquité, on ne croyait pas que le diamant fût combustible. Pline prétendait, suivant l’opinion de son temps, que le diamant ne pouvait pas même être chauffé par le feu le plus ardent. C’est sans doute pour faire allusion à cette propriété aussi bien qu’à sa dureté qu’on lui avait donné le nom d 'adamas, qui veut dire indomptable.

Au moyen âge, et maintenant encore, quelques personnes attribuent au diamant et à d'autres substances précieuses des propriétés merveilleuses. Bartholomée l’Anglais, dans son livre Des propriétés des choses, s’exprime ainsi : «Cette pierre vault moult à celluy qui la porte, contre ses ennemis et contre forcenerie, et contre malvais songes et fantômes, et contre venin et contre les diables, etc. » Il est inutile de dire que ces croyances sont sans fondement.

Avant 1456, l’art de polir le diamant n’était

pas connu; on le portait brut. Le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, est le premier qui ait possédé un diamant taillé.

C’est la dureté du diamant qui fait qu’on est resté si longtemps avant de trouver le moyen de le tailler; car aucun corps ne peut ni le rayer ni l’user. C’est h la taille cependant qu’il doit sa plus grande beauté et ses plus brillants jeux de lumière :

Et de sa croûte épaisse enlevant les débris,

L’art en le polissant en rehausse le prix.

Les rois, les potentats, ainsi que la victoire,

D’un diamant fameux se disputent la gloire;

Son éclat de leur trône accroît la majesté;

Il pare la grandeur, il orne la beauté.

Un jeune homme de Bruges, Louis de Berquem, sortant k peine des classes, et qui, né d’une famille noble , n’étant nullement initié au travail de la pierrerie, remarqua par hasard que deux diamants, frottés fortement l’un contre l’autre, finissaient par s’user et par former une poussière fine que l’on nomme égrisée. 11 prit deux de ces gemmes, les monta sur du ciment,

les égrisa l’une contre l’autre, et ramassa soigneusement la poudre qui en provint.

Par le moyen de cette poudre et de certaines roues de fer qu’il inventa, il parvint h tailler et h polir parfaitement les diamants.

Les ouvriers qui font l’égrisée sont munis de deux maillets, dans chacun desquels est enclavé un diamant; ils les frottent l’un contre l’autre, et la poussière qui s’en détache tombe dans une petite boite nommée l’égrisoire. La valeur de cette poudre est d’environ 1,500 fr. l’once anglaise.

Depuis Berquem, on taille le diamant au moyen d’une plate-forme horizontale en acier, que l’on fait tourner rapidement; cette plate-forme est couverte d’égrisée délayée dans de l’huile. On appuie contre elle la partie du diamant que l’on veut tailler jusqu’k ce qu’elle soit suffisamment usée.

Dans les grands ateliers destinés k la taille des diamants, les ouvriers sont assis le long des murs, et devant chacun est une plaque de métal circulaire qui tourne avec une grande vitesse dans une direction horizontale; un levier, dont l’extrémité est enduite d’un amalgame au milieu duquel le

diamant est enclavé, retient la pierre contre la meule.

L’amalgame est d’abord mis dans un petit poêle chauffé, et quand il est lisse, on y insère le dia-v rnant, qui ne laisse en dehors que le point destiné à la taille.

L’ouvrier prend ensuite dans une boîte une petite pincée de poudre fine qu’il place sur la meule, en y mêlant quelques gouttes d’huile.

Amsterdam est une des villes les plus renommées pour la taille des diamants. Sur une population juive de 28,000 âmes, 10,000 se livrent exclusivement à cette industrie. La Compagnie générale des Diamantaires possède plusieurs machines d'une force de cent chevaux, mettant en mouvement 450 meules, et occupe plus de 1,000 ouvriers.

On n’emploie que deux sortes de tailles pour les diamants : la taille en rose pour les diamants trop peu épais, et la taille en brillant.

La taille en brillant est beaucoup plus estimée que l’autre, parce que le diamant étant taillé sur

tous ses côtés suivant des facettes mieux disposées pour réfracter la lumière, brille d’un plus grand éclat.

Tandis qu’un diamant en rose de 1 carat coûte 80 fr. et quelquefois 125 fr., un en brillant coûte 240 fr. et quelquefois 288.

On sait que le carat est le poids ordinaire de la fève d’un arbre originaire d’Afrique nommé carat. Cette petite fève rouge, avec un point noir, a servi aux sauvages du pays k peser l’or; transporté ensuite dans l’Inde, le carat a servi k évaluer le poids des diamants. Il varie si peu d'un pays k un autre qu’on peut le considérer comme universel ; il répond k vingt centigrammes et demi .

Les diamants reconnus impropres k la taille sont employés k faire de l’égrisée qui, comme on le sait, sert k tailler et polir les autres diamants, garnir les outils avec lesquels on grave les pierres fines, ou k couper le verre.

Les très-petits diamants, susceptibles d’être taillés, valent au lot jusqu’k 230 fr. le gramme, mais k peine pèsent-ils 5 centigrammes ou un quart de carat environ, que leur prix augmente beaucoup.

La valeur approximative des diamants bruts susceptibles d’être taillés est en raison du carré du poids, c’est-à-dire du poids multiplié par luimême. Le prix d’un diamant de 1 carat, par exemple, étant de 50 fr., celui de 2 carats sera de deux fois deux multiplié par cinquante, c’est-àde 200 fr. ; celui de 3 carats de trois fois trois, multiplié par 50, ou de 450 fr.

Les diamants travaillés sont supposés avoir perdu la moitié de leur poids primitif pour arriver à l’état de perfection où ils se trouvent lorsqu ils sortent des mains du lapidaire j par conséquent, on connaît leur prix en doublant leur poids, l’élevant au carré et le multipliant ensuite par 50. Ainsi, pour un diamant travaillé pesant 3 carats, on multiplierait le carré de 6 ou 36 par 50, ce qui donue pour produit 1,800 fr.

On n’a encore rencontré le diamant que dans des matières de transport dont l'âge ne peut être

fixé, mais que l’on regarde comme assez moderne.

Ces matières, qui portent au Brésil le nom de cascalho , sont formées de cailloux roulés de quartz , liés entre eux par une matière argileuse, et parmi lesquels on trouve des fragments de diverses roches, avec du fer oîigîste, du fer magnétique, des topazes, des silicates en cristaux roulés, du bois pétrifié et une assez grande quantité d’or et de platine.

Le diamant se trouve disséminé en petites quantités dans ces dépôts, et presque toujours enveloppé d’une couche terreuse qui y adhère plus ou moins fortement et qui empêche de le reconnaître avant d’avoir été lavé.

Depuis les temps les plus reculés jusqu’au commencement du dix-huitième siècle, l’Inde fut en possession de fournir tous les diamants; on les tirait principalement des mines situées dans les royaumes de Golconde et de Vizapour, dans l’in- 'doustan.

• • • • • • • . Quelle arène féconde

Aux champs de Vizapour, aux rochers de Golconde, Dans les flots détrempée et retrempée encor,

Laissa du sable avare échapper le trésor !

On attribue au hasard la découverte de la fameuse mine de Golconde, la plus riche que l’on connaisse. Elle se trouve dans le lieu le plus sec et le plus stérile du royaume.

Un berger, dit-on , conduisant son troupeau dans un lieu écarté, aperçut une pierre qui jetait de l’éclat ; il la prit et la vendit pour un peu de riz h quelqu’un qui n’en connaissait pas mieux la valeur.

Elle passa ainsi en différentes mains et tomba enfin dans celles d’un marchand connaisseur qui sut l’exploiter ; et bientôt chacun s’empressa de fouiller dans l’endroit où le diamant avait été ramassé.

On cherche ces gemmes dans les veines des rochers; plus de trente mille ouvriers sont occupés à ce travail. Le roi se réserve les diamants au-dessus de 1 0 carats ; mais souvent on le trompe : les mineurs les avalent et trouvent ensuite le moyen de les vendre aux Européens.

En 1778, des mines de diamants furent découvertes au Brésil ; le gisement y est entièrement semblable à celui des mines de l’Inde. En 1824, une découverte semblable eut lieu en Sibérie. Telles sont les trois régions privilégiées pour ces gemmes incomparables.

Depuis la découverte des mines du Brésil, ce pays a presque seul le privilège du commerce du diamant, qui s’élève à peu près k six ou à sept kilogrammes par an, comptant plus d’un million de francs de frais d’exploitation.

Comme les diamants sont ordinairement enveloppés d'une couche terreuse qui les dérobe à la vue, leur recherche est assez difficile.

Dans l’Inde, on commence par laver le sable qui est présumé contenir ces gemmes. La plus grande partie des matières terreuses se trouve ainsi enlevée ; le reste est répandu sur une aire bien battue, où des hommes nus font la recherche des diamants en plein soleil, sous la surveillance d’inspecteurs.

Les détails qui suivent sur l'exploitation des

diamants au Brésil sont extraits du Chamber’s Journal.

On sait que le diamant se trouve au milieu des matières argileuses, auxquelles les Brésiliens donnent le nom de cascalho .

Le territoire le plus riche en diamants est celui qui s’étend du village d’Itambe, dans la province de Minas-Geraes, jusqu’à Sincora, sur la rivière de Peruagrassu (Bahia), entre le 20% 19r et le 13° de latitude sud. On trouve surtout ces pierres précieuses aux embouchures des rivières Doces, Arassuaky, Lequitinhonha, etc. Cette dernière est une des plus fertiles en diamants de tout le pays ; aussi est-elle depuis bien des années en exploitation. Dès que la sécheresse, qui dure ordinairement depuis le commencement d’avril jusqu'au milieu d’octobre, a fait baisser les eaux, on détourne la rivière dans un canal formé au-dessus du lit primitif, en construisant une digue avec des sacs de sable. L’eau qui reste est pompée ; la vase est creusée à une profondeur de deux à trois mètres, et transportée dans l’endroit où plus tard aura lieu le lavage. Tant que la sécheresse dure, on continue de recueillir le cascalho , afin d’en avoir une quantité suffisante pour occuper les nègres

pendant la saison des pluies. On peut déterminer d’avance le nombre de carats contenus dans une quantité donnée de terre diamantifère. Pourtant il arrive quelquefois qu’on trouve des terres contenant plus de diamants et en même temps de l’or.

Lorsque l’arrivée des pluies met fin à la récolte du cascalho, les travaux commencent dans les lavoirs. Les auges ou canœs sont disposées côte à côte, et l’inspecteur s'assied devant, sur une chaise élevée, de façon à voir le moindre mouvement des nègres. Dans chaque auge paese un filet d’eau destiné à entraîner les parties terreuses. Quand le nègre a transporté un demi-quintal de cascalho dans son auge, il y fait passer le courant d’eau et agite le tout jusqu’à ce que la vase ait été complètement entraînée et que l’eau devienne parfaitement limpide. Alors on prend les résidus et on les visite soigneusement ; s’il se trouve un diamant, le nègre qui l’a trouvé se lève et frappe dans ses mains pour avertir le gardien ; celui-ci va prendre l’objet et le place dans un récipient rempli d’eau, suspendu au milieu de la case.

Les gros diamants sont extrêmement rares ; on a calculé qu’on moyenne, sur dix mille diamants, il s’en trouve rarement plus d’un pesant vingt ca-

rats (4 grammes 240 m.), tandis que huit mille environ pèsent moins d’un carat (0,212 m.). Aux mines d’Iéquitinhonha, dans les lavages d’une année, on a rarement trouvé plus de deux ou trois pierres pesant chacune de 17 à 20 carats. Dans toutes les mines du Brésil, pendant le cours de deux années, on n’en a trouvé qu’un seul de trente carats. En 1851, la source de la rivière de Pratrocinho, dans la province de Minas-Geraes, a fourni une pierre précieuse de 120 carats et demi. Postérieurement, on en a trouvé, dans le Rio das Velhas, une de 107, et une autre de 87 carats ; mais le plus gros qui ait été recueilli, c'est YEtoile-du-sud , qui, avant d’être taillé, pesait 254 carats.

Toutes les mesures sont prises pour empêcher les nègres de dérober les pierres qui s’y trouvent ; de temps en temps on les fait passer d’un lavoir à un autre, on leur accorde aussi des récompenses pour les engager à faire des recherches actives. Celui qui trouve un diamant de 17 carats et demi est couronné de fleurs et conduit en procession chez l’inspecteur, qui lui donne la liberté, un habillement complet et l’autorisation de travailler pour son propre compte.

Il s’est passé récemment à Zéjuco une scène touchante. Un nègre venait de trouver un gros diamant. Tous ses camarades eussent désiré qu’il obtînt sa liberté en récompense; mais le diamant ayant été livré et déposé dans la balance, on trouva qu’il ne pesait que seize carats et demi : un de plus, il eut obtenu sa liberté ! Le pauvre nègre se vit trompé dans ses espérances; son sort excita l’intérêt général.

La découverte de pierres de huit à dix carats donne droit à deux chemises neuves, un habit, un chapeau et un joli couteau. Pour les petites pierres, il y a des primes correspondantes.

Le Brésil livre annuellement au commerce trente mille carats de diamants bruts. Pendant les deux années qui ont suivi la découverte de la mine de Sincora (province de Bahia), on en a exporté en Europe pour six cent mille carats ; mais, en 1852, l’exportation était déjà tombée à cent trente mille. ,

L’extraction des diamants donne beaucoup de mal. La récolte d’une année peut tenir dans le creux de la main ; et cependant, pour ramasser ce peu de pierres brillantes, il a fallu de la part des nègres bien des labeurs et des efforts. L’intérêt des propriétaires a pourtant adouci la condition

des nègres qui travaillent aux mines. Les primes offertes ne sont pas seulement un appât pour les recherches, elles ont contribué à rendre le travail plus doux et plus tolérable.

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11 arrive quelquefois que tel diamant blanc et limpide à l’état brut se trouve être coloré ou louche après la taille; tel autre, coloré et presque opaque, devient blanc et transparent ; en sorte qu’il a été impossible jusqu’à présent d’être certain de ce que sera un diamant brut après la taille.

Cette ignorance est souvent fatale aux intérêts des exploiteurs des mines et de ceux qui font tailler; elle contribue énormément à maintenir le haut prix du beau diamant, qui doit alors faire regagner ce qu’on perd sur le travail du mauvais; ce à quoi on n’arrive pas toujours, car la perte occasionnée par la taille du mauvais diamant dépasse souvent le bénéfice obtenu sur le beau. Il est facile de s’en rendre compte, si l’on songe que le diamant brun a bien de la peine k se vendre quatre-vingts francs le carat et qu’il revient k deux cents francs. Alors, s’il s’en trouve dans une partie

une forte quantité, la perle est immense et ne peut être compensée.

Depuis plus de quinze années, M. Charles Barbot s’occupe avec succès de cette importante question. Au moyen d’agents chimiques d’une immense énergie, il est parvenu, en dépouillant le diamant brut de sa croûte, a lui donner l’apparence qu’il aura absolument après la taille ; en sorte que les mécomptes que nous avons signalés ne sont plus possibles; sa découverte permet de tailler le diamant avec la certitude du résultat.

Ce travail a déjà été exécuté sur plus de huit mille carats de diamants bruts ; il n’a aucune connexité avec le brûlage des Brésiliens, connu et pratiqué depuis longtemps, et dont tout l’effet est de rendre noirs les points rouges du diamant, tout en corrodant sa surface d'une telle façon qu’il n’est plus possible de le juger; tandis que les diamants bruts sortis du creuset de M. Barbot sont aussi polis et plus limpides qu’avant l’opération.

Ce procédé tout nouveau permet à son auteur d’arriver parfois à des résultats surprenants. Ainsi, sur deux diamants rouge-vermeil, un seul a été soumis a son procédé, il est devenu blanc à la taille; l’autre est resté rouge. Il en fut de même pour la

DES SUBSTANCES PRÉCTEUSES. *27

couleur verte ; un autre, qui contenait dans sa cristallisation une paillette d’or, en fut débarrassé et devint d’une limpidité, d’un blanc parfaits.

Cependant on ne peut rien tirer de concluant des deux expériences que nous venons de citer sur la décoloration, puisqu’il est impossible d’affirmer, quelle que soit l’identité apparente de deux diamants, si la couleur est intérieure ou extérieure.

O11 comprendra toute l’importance de cette opération chimique si l’on songe que, depuis la découverte de la taille du diamant, les, diamantaires, ne pouvant se fonder que sur quelques connaissances extrêmement superficielles, n’ont jamais pu être certains du rendement d’une partie de diamants bruts, et que ces gemmes, livrées aveuglément à des travailleurs parfois infidèles, ont pu souvent tenter leur probité par la certitude de ne pouvoir être pris en défaut.

Les diamants extraordinaires par leur grosseur, leur beauté ou leur prix, étaient autrefois appelés parangons.

Il existe très-peu de diamants au-dessus de

100 carats. En voici la liste à peu près complète.

1° Celui du rajah de Mattan, à Bornéo, le plus gros diamant connu, pesant 367 carats;

2° L ’Orloff, qui orne le sceptre de l’empereur de Russie, pesant 193 carats;

3° Celui de l’empereur d’Autriche, autrefois du grand-duc de Toscane, de la grosseur d’un petit œuf de pigeon, pesant 139 carats;

4° Le Régent de la couronne de France, le plus beau des diamants connus, pesant 137 carats;

5° UEloue-du-sud, exposé par M. Alphen en 1855, pesant 125 carats;

6° Le Koh-i-Noor (montagne de lumière), de la couronne d’Angleterre, pesant 102 carats.

Trois diamants, le Grand-Mogol , YOrloffeX le Koh-i-Noor paraissent, d’après leur forme, être trois fragments ayant fait partie d’un même cristal, lequel ne serait autre que le monstrueux diamant de 779 carats que Tavernier dit avoir vu à la cour du Mogol.

Plusieurs diamants historiques présentent des particularités curieuses. Le Sancy , pesant 55 ca-

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rats, et qui orne la couronne de France, est un de ceux qui ont eu l’existence la plus orageuse.

Après la mort de Henri ÏIÎ, Henri IV se trouva, comme on sait, dans la plus grande détresse. Ce fut Nicolas de Harley de Sancy, véritable ami de son maître et son ambassadeur auprès des cantons Suisses, qui le secourut le plus efficacement en mettant en gage chez les juifs de Metz, le superbe diamant connu sous le nom de Sancy.

Ce diamant, retrouvé par un soldat près du cadavre du duc de Bourgogne, tué à la bataille de Granson et Morat, en 1476, fut vendu k un curé qui le paya un écu. Il passa aux mains du duc de Florence, et ensuite à celles du roi de Portugal, don Antoine, qui, réfugié en France, le remit h Sancy pour une somme de 70,000 fr.

Ayant laissé ce diamant à Paris, Sancy envoya son valet de chambre le chercher, en lui recommandant de ne pas se faire voler k son retour par quelques-uns des brigands qui infestaient les routes.

« Ils m’arracheront plutôt la vie que le diamant, » répondit le fidèle serviteur, en faisant entendre qu’il l’avalerait afin qu’il fût k l’abri de tout danger.

- Ce qu’avait craint Sancy arriva. Son valet de

chambre fut arrêté, pillé et massacré. Ne le voyant pas revenir, il se douta de l’événemeiit, et après les plus grandes perquisitions, ayant découvert qu’un homme tel qu’il le désignait avait été trouvé assassiné dans la forêt de Dole et que des paysans l’avaient enterré, il se transporta aussitôt sur les jieux, fit exhumer le cadavre, et le diamant fut trouvé dans les entrailles de ce serviteur au dévouement antique.

Le. diamant que l’Impératrice de Russie, la célèbre Catherine, a payé deux millions deux cent cinquante mille francs comptant et cent mille francs de rente viagère, passe pour avoir formé 1 un des yeux de la fameuse statue de Scheringam, dans le temple de Brama.

Un grenadier français, épris des beaux yeux de la statue, s’introduisit dans l’enceinte sacrée et parvint à en prendre un, qui passa par plusieurs mains avant d’arriver à l’Impératrice.

Le Régent f que l’on nomme aussi le Pitt, nom de celui auquel le régent l’avait acheté, est le plus beau diamant que l’on connaisse.

Il fut mis en gage pendant la révolution, et retiré sous le gouvernement consulaire.

On trouve son histoire dans les Mémoires du duc de Saint-Simon.

Un employé des mines de Partéales, dans le Mogol, ayant trouvé un diamant d’une grosseur prodigieuse, vint à bout de le cacher en se l’introduisant dans les entrailles. 11 arriva en Europe, portant ainsi son précieux trésor.

Il le fit voir à plusieurs princes de différentes cours; tous l’admirèrent, mais ils le trouvaient en même temps au-dessus de leurs facultés pécuniaires.

Le régent de France fut lui-même effrayé du prix, lorsque Law, a qui le propriétaire l’avait présenté, le fit voir h son tour h Son Altesse Royale. Après de grandes concessions de la part du possesseur, le duc régent se détermina à en offrir 2,000,000 de francs et les rognures qui sortiraient de la taille.

Ce diamant fut donc acquis à la France pour une somme de 2,500,000 fr. h peu près; ce n’est pas la moitié de sa valeur.

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