CHAPITRE II
Des pierres précieuses autres que le diamant.
Estime des anciens pour les pierres de couleur . — Pierres portées sur le rational par le grand-prêtre des Hébreux. — Pierres de mois des Allemands. — Plus ou moins de valeur des différentes espèces de pierres précieuses. — Expériences de M. Gaudin.
— Le corindon. — Le rubis. — V émeraude. — Le saphir oriental. — Lu topaze. — L’opale orientale. — La turquoise. — L’améthiste. — La tourmaline. Le Grenat. — L’azulite ou lapis lazuli
— L’agate.
Les anciens aimaient beaucoup les pierres de couleur, mais il ne paraît pas qu’ils fissent grand cas du diamant, n’ayant point encore trouvé le secret de le tailler.
Voici le nom des douze pierres précieuses que l’on estimait le plus, et que le grand prêtre des Juifs portait sur le Rational de son Ephode et sur lesquelles étaient gravés les noms des douze fils de
Jacob .
Sardoinè.
Cornaline ou Limure.
Topaze.
Améthiste.
Émeraude.
Agathe Onix.
Rubis.
Chrysolite.
Jaspe.
Agathe Chalcédoine.
Saphir.
Béryle.
Il y a environ deux cents ans que les Allemands ont inventé, sur le modèle des douze pierres de l’Ephode, une suite de douze pierres qui correspond aux douze mois de l’année. Cet arrangement n’était sans doute qu’une pure imagination; cependant bien des gens, et surtout les femmes, y mettaient de l’importance et du mystère, et voulaient avoir k leur doigt la pierre du mois où ils étaient nés, avec le signe de ce mois gravé dessus.
Voici l’ordre de cette suite de pierres :
Janvier . Le Verseur d’eau . Jacinthe ou Grenat . Février. Les Poissons. Améttiiste.
Mars. Le Bélier. Jaspe-Sanguin.
Avril. Le Taureau. iMphir,
Mai.
Les Gémeaux.
Emeraude.
Juin.
L’Ecrevisse.
Agathe-Onix.
Juillet.
Le Lion .
Cornaline.
Août.
La Vierge.
Sardoine.
Septembre.
La Balance.
Chrysoiite.
Octobre.
Le Scorpion.
Aigue-Marine.
Novembre.
Le Sagitaire.
Topaze.
Décembre.
Le Capricorne.
Turquoise.
Ï1 est à remarquer qu’il est très- difficile de fixer le plus ou moins de valeur des différentes espèces de pierres précieuses; il se mesure sur la grosseur, sur l’éclat, le poli, etc., qu’elles présentent; et celle que le vulgaire serait porté à placer dans un rang inférieur, aura pour le connaisseur quelquefois un prix inestimable. C’est ainsi que certains rubis sont estimés d’un plus haut prix que les plus beaux diamants du même poids.
Cependant, voici les principales pierres rangées par ordre de beauté, de rareté et de prix qu’on leur attribue généralement.
Diamant.
Rubis.
Émeraude.
Saphir.
Turquoise.
Améthiste .
Grenat.
Aigue-Marine.
Topaze.
Opale.
Agate .
Le plus brillant et le plus riche avenir de la minéralogie se trouve dans les recherches des lois mystérieuses qui régissent les rapports moléculaires. M. Gaudin vient d’enrichir cette branche de nouvelles et importantes expériences, dont voici le résumé succinct :
Les joailliers donnent le nom de rubis à plusieurs pierres précieuses, plus ou moins transparentes, de composition différente, mais pour la plupart d’un rouge plus ou moins vif, et on appelle corindon une pierre précieuse extrêmement dure, composée d’alumine presque pure.
Il prend différents noms suivant les couleurs qu’il présente : jaune, topaze orientale ; bleue, saphir ; rouge, rubis oriental; violette, améthyste orientale ; verte, émeraude orientale.
Quelquefois on remarque, sur le plan perpendicalaire h l’axe du cristal, une étoile blanchâtre, à six rayons, qui tombent sur le milieu de chacun
des côtés du prisme hexagone ; c’est ce que les lapidaires appellent astérie.
Les variétés grossières de cette gemme sont réduites en poudre et servent, sous Je nom d’ émeri, à tailler et à polir les corps durs.
M. Gaudin a communiqué à l’Académie des sciences un important mémoire sur la formation de ces gemmes. Il y a plus de vingt ans déjà qu’il a obtenu des rubis artificiels, en fondant au chalumeau oxy-hydrogène l'alun ammoniacal, avec addition de cinq millièmes de chromate potassique jaune. Ces rubis étaient identiques aux rubis naturels, sous le rapport de la composition chimique, de la dureté et de la couleur ; mais ils manquaient de limpidité, en raison d’une cristallisation partielle qu’il n’a encore pu éviter pour les gros globules.
A cette époque, il obtint aussi une géode de corindons discernables à l’œil nu et donnant le clivage sextuple particulier à ce minéral; elle avait été produite en fondant avec un chalumeau en platine dans un creuset de noir de fumée, un fragment d’alun potassique. Le chalumeau qui surplombait le creuset avait fondu pendant l’opération, si bien que plusieurs globules de platine se trouvaient implantés dans les cristaux de la géode;
avant le refroidissement le globule était limpide, mais en cristallisant il était devenu creux et légèrement laiteux.
500 grammes du même alun qu’il avait remis à M. Brongniart, pour les calciner dans le four a porcelaine de Sèvres, s’étaient transformés, au grand étonnement de ce célèbre minéralogiste, en une masse pesante, h particules brillantes, qui était un véritable corindon compacte artificiel.
M. Gaudin voulait obtenir, non des concrétions, comme M. Ebelmen a voulu faire depuis, en évaporant complètement le dissolvant, mais bien des cristaux isolés en évaporant partiellement le dissolvant ou en provoquant un refroidissement lent, propre à accroître des cristaux suspendus dans un liquide pâteux.
C’est à la réalisation de ces deux conditions qu’est dû sans doute le premier succès que le savant minéralogiste a présenté.
Pour produire des cristaux limpides d'alumine, il introduit dans un creuset ordinaire, brasqué avec du noir de fumée, parties égales d’alun et de sulfate potassique, préalablement calcinés et réduits en poudre, et il soumet le creuset, pendant un quart d'heure, à un violent feu de forge. En cas-
saut le creuset, on trouve dans le creux de la brasque une concrétion hérissée de points brillants, composée de sulfure de potassium, empâtant les cristaux d’alumine avec l’eau régale étendue d’eau. A la chaleur on obtient un précipité ressemblant h du sable fin qu’on lave h plusieurs eaux.
Ce procédé ne permet pas d’obtenir des pierres colorées, à cause du pouvoir destructeur du carbone, qui transforme en globules métalliques tous les oxydes colorants.
Les cristaux sont d’autant plus gros que l’on agit sur de plus grandes masses, et, par conséquent, avec une durée de calcination plus longue. Ceux que M. Gaudin a obtenus, avec son petit fourneau à vent, atteignent un millimètre de côté avec une épaisseur d'un tiers de millimètre.
Leur dureté est excessive, car M. Gindreaux, habile pierriste, a assuré qu’il les trouvait plus durs que les rubis naturels qui lui servent pour ses trous à pivot propres pour l’horlogerie. Il a employé vingt minutes k en percer un avec un foret d’un dixième de millimètre de diamètre qui exécutait 100 tours par seconde; par conséquent il a fallu 120,000 tours du foret pour traverser le saphir.
La limpidité de ces cristaux est extrême ; avec un microscope de 300 diamètres, les bases de rhomboèdre montrent des triangles équilatéraux formés par des lignes d’une pureté exquise, et dans un de ces triangles on voit quelquefois trois cents pierres de couleur en tables hexagonales qui, sont séparées de la base même par une marge très-pure.
D’après les recherches de M. Gaudin, c’est le sulfure de potassium qui devient un dissolvant de 1 alumine ; car on obtient les mêmes cristaux en plaçant dans la brasque de l’alumine calcinée avec du sulfure de potassium. En conséquence, les sulfures, les chlorures, les fluorures, les cyanures, en un mot les composés binaires résistant considérablement à la décomposition, à la volatilisation, pourront nous fournir les moyens d’obtenir une foule de cristaux insolubles. lise peut même qu’on arrive avec les feux alimentés par l'oxygène à trouver un dissolvant du charbon capable de donner le diamant parfait, et cela est si vrai, qu’en voulant produire de la silice par ces moyens, M. Gaudin a obtenu déjà un verre enfumé exempt d’alumine et de bore, qui raye le rubis.
ïl a obtenu ce corps singulier en plaçant dans sa
brasque du silicate de potasse avec du sulfure de potassiewîi.
Ces belles expériences réunies aux importants travaux de M. Despretz, de l’Institut, nous mettent sur le chemin de la formation des gemmes les plus précieuses.
Le beau rubis oriental est plus rare et plus cher qu’un beau diamant. Pour être parfait il doit être d’un rouge éclatant et foncé; il y en a de couleur gelée de groseille et de violets.
La mine de ces gemmes est perdue depuis près de cent cinquante ans, et l’on ne trouve plus de rubis que ceux qui sont entre les mains des hommes.
Le plus grand rubis que l’on connaisse appartient à l’écrin de France; il était brut parmi les pierreries de la couronne, et Ton ne savait à quoi l’employer à cause de deux ou trois pointes qui saillaient si fort, qu’on ne pouvait les abattre sans le réduire à une pierre ordinaire. Mais M. Gué a su faire servir ces défauts à son avantage, en fai-
sant un dragon qui est dans l’ordre de la Toison : il a les ailes déployées, il tient le briquet entre ses griffes, et vomit la flamme par la gueule.
L 'émeraude est composée de silice, d’alumine et de glucine; on l'estime surtout pour sa couleur verte, suave et veloutée. Les variétés d'émeraudes qui sont bleuâtres prennent le nom aigues-marines, celles qui sont vert jaunâtre celui de béryl. L’émeraude dite orientale est une variété de Corindon.
Ces pierres précieuses se trouvent principalement dans les contrées méridionales de l’ancien monde et au Pérou. Les anciens les tiraient surtout du mont Zabarah, situé dans la haute Égypte, près de la mer Rouge.
Une des plus belles émeraudes que l'on connaisse est celle qui servait d’ornement à la tiare du pape Jules III, et qui est aujourd’hui conservée au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
Il parait qu’en donnant à cette pierre une forme concave, les anciens en formaient une espèce
de lorgnette. Pline raconte que Néron regardait le combat des gladiateurs avec une émeraude.
Plusieurs historiens rapportent que les masses de pierres vertes qui décoraient les temples et les édifices de Tyr étaient des aigues-marines, espèce d’émeraude dont la couleur est plus délayée, d’un vert plus clair.
Les plus belles aigues-marines nous viennent d'Aourique, sur les frontières de la Chine. En 1819, M. Caillaud a découvert en Égypte, à sept ou huit lieues de la mer Rouge et k trente ou quarante lieues au sud de Coceyr, de nombreuses traces d’une vaste exploitation se rattachant aux anciennes mines d’émeraudes. Il est descendu dans des puits de plus de cent mètres de profondeur, communiquant a des galeries encore plus profondes. Près de Limoges, il y a quelques années, on en a aussi découvert une mine très-abondante, mais d’une qualité inférieure et demi-opaque.
Il existe dans le cabinet de la Société royale de Londres une espèce d’émeraude qui, lorsqu’elle est fortement échauffée, reluit dans les ténèbres pendant un temps considérable, mais de telle manière que la couleur verte de cette pierre se change en un bleu turquin qui reste tant qu’elle reluit, mais
qui se perd insensiblement avec cet éclat pour laisser reprendre la couleur verte.
On taille l’émeraude en tables carrées, simplement bisautées sur les bords; on la monte à jour quand sa teinte est franche, et sur pavillon quand elle est faible en couleur ou que l’on veut assortir toutes les pierres d’une parure complète. On imite parfaitement l’émeraude avec du verre coloré par l’oxyde de chrome.
Le saphir oriental est naturellement d’un bleu très-foncé et très-velouté, mais il s’en trouve aussi d’un bleu pâle très-éclatant ; il y en a même de blancs.
Cette pierre est magnifique au grand jour, mais h la lumière elle perd sa vivacité, elle s’éteint et prend une couleur terne, sombre et livide approchant de de celle de l’encre ; c’est ce qui fait que les femmes n'en portent pas où qu’elles préfèrent celui qui est du bleu le plus pâle, parce qu’il conserve son éclat â la lumière.
Chez les Grecs il était consacré â Jupiter, et le
grand-prêtre ne portait point d’autre pierre précieuse.
Un saphir de 6 carats coûte de quinze cents à dix-huit cents francs. Un des plus beaux saphirs connus est celui qui fut donné h M. Weiss par le Muséum de Paris, en échange d’une collection de minéraux ; cette belle pierre, que Ton a fait tailler depuis, vaut, dit-on, 1,200,000 francs.
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La topaze est une pierre précieuse qui tire son nom du grec topazos, île de la mer Rouge où elle se trouvait. Elle est composée de silice et d’alumine unie à du fluorure d’aluminium.
Cette gemme est vitreuse, brillante, ordinairement d’un beau jaune d’or, quelquefois rosâtre et bleuâtre.
Il existe une espèce de topaze dont la teinte est peu constante et des plus singulières; lorsqu’on l’expose dans un petit creuset rempli de cendre, sur un feu gradué, mais jusqu’à faire rougir le creuset, elle perd sa couleur jaune orange et prend une belle teinte rosée. On la nomme alors topaze brûlée.
La topaze était la deuxième pierre du premier rang sur le rational du grand-prètre des Juifs; on y gravait le nom de la tribu de Siméon.
Les anciens regardaient cette gemme comme utile contre l’épilepsie, la mélancolie, etc. La chaleur, le frottement, la pression, la rendent électrique.
Il y a quelque temps, je fus invité b examiner avec plusieurs savants une pierre précieuse trèscurieuse regardée par quelques personnes comme étant le plus beau diamant du monde ; plusieurs journaux même en ont parlé sur ce ton.
La nature de cette pierre précieuse était assez difficile à déterminer. M. le secrétaire perpétuel de l’Académie vient de lire l’extrait suivant d’une lettre qui lui a été adressée de Vienne par M. Haidinger, qui fera disparaître toute illusion.
« Le volume de la pierre, qui du reste est trèsbien taillée d’après la forme du Régent ou Pitt, est vraiment bien remarquable, sa hauteur étant de 43 millimètres sur 53 millimètres de diamètre, son poids de 168 gr., ou 819 carats. Transparence parfaite, couleur tirant tant soit peu sur le bleu. Parmi les substances transparentes, la réfraction simple pouvait accuser le diamant ou
pierre de strass, la réfraction double le cristal de roche, le béryl blanc ou la topaze. Je commençai donc par examiner la pierre sous le point de vue de cette propriété physique, si facile à saisir. Je regardai la flamme d’une bougie à travers deux facettes artificielles considérablement inclinées entre elles sous un angle entre 40 et 45 degrés, savoir : le grand octogne parallèle à la base, la table du brillant et une des facettes inclinées sur le sommet inférieur, nommées les pavillons par nos lapidaires. On distinguait facilement les deux images de la flamme colorées par réfraction, placées l’une à côté de l’autre, et polarisées perpendiculairement l’une sur l’autre, lorsqu’on les regardait à travers une plaque de tourmaline*
» Tous les membres de la commission, et le possesseur de la pierre, ont vu les deux images. Il ne pouvait plus être question ni de diamant, ni d’autre substance a réfraction simple. La propriété physique la plus parlante restait à présent : la pesanteur spécifique. On l’a trouvée, en pleine commission, égale à 3,57, quoi qu’en employant une balance assez peu' délicate , et en attachant la pierre par un fil pour la peser dans l’eau. Ce résultat s’accorde néanmoins très-bien avec le chiffre
de 3,56 cité dans le rapport de l’Athénée, et pris sans doute avec un peu plus de précautions. Enfin la dureté se trouva sensiblement égale à celle de la topaze, vu que les deux substances se rayaient l’une l’autre. Il ne pouvait rester le moindre doute sur la nature de la pierre : elle était une t'.paze. Au lieu de plusieurs millions, les joailliers ne lui accordaient qu’une valeur de 50 à 100 florins, ou 125 à 250 francs, encore seulement comme pièce de curiosité. »
Cette pierre n’est pas inconnue aux minéralogistes de Paris. Sur la présentation qui en a été faite à plusieurs d’entre eux, il y a environ dixbuit mois, ils se sont accordés h y reconnaître, non un diamant, mais une topaze, ce que les personnes qui l’ont portée à Vienne se sont abstenues de répéter.
L 'opale orientale est une gemme laiteuse et opaque qui n’est point brillante, mais qui a toutes les couleurs de l’arc-en-ciel répandues sur sa surface de façon a ce qu’elles changent de place et se succèdent rapidement l’une à l’autre lorsqu’on la
remue ; ce qui donne un admirable jeu de lumière.
L’opale est très-tendre surtout lorsqu'elle a de l’épaisseur et de l’étendue, et que ses couleurs jouent également bien partout. On ne la taille jamais en facettes, mais seulement en goutte de suif, c'est-à-dire en cabochon dessus et dessous, comme une amande.
Cette pierre précieuse était en très-grand estime chez les Romains. Le sénateur Nonius, dans le temps du second triumvirat, portait en bague à son doigt une opale d’une grosseur prodigieuse, si parfaite et si belle qu’elle était estimée environ deux millions de notre monnaie. II était si fort attaché à cette pierre qu’il aima mieux se laisser condamner à l’exil et abandonner tous ses biens, que de la vendre ou de la donner à Marc-Antoine qui voulait en faire présent à Cléopâtre.
Une espèce d’opale très singulière et extrêmement rare est V astérie, qui n’a pas toutes les petites lueurs de l’opale proprement dite, mais elle a de grandes lames de lumière qui ondulent avec éclat sur sa surface, à peu près comme l’éclair lorsqu’il perce la nue, et qui joint à son fond de couleur et d’un rouge très-foncé, semé de petits points comme l’aventurine, excepté que ses points
sont blancs et que ceux de l’aventurine sont d’or, en font quelque chose de délicieux, qui lui a fait donner le nom de pierre du soleil.
Cependant il est à remarquer que si on ne l’approche pas du grand jour ou de la lumière, ou si ou ne la remue pas, on n’aperçoit aucune ondulation, elle paraît couleur de maron, sans aucun agrément pour la vue.
La turquoise est une pierre précieuse d’un bleu opaque; elle est ainsi appelée parce que sa couleur est la couleur favorite des Turcs.
On en distingue de deux espèces :
La turquoise de vieille roche, que l’on appelle aussi turquoise pierreuse ou calaïte; on la trouve en rognons ou en petites veines ; elle se compose de phosphate d’alumine, coloré par un peu d’oxyde de cuivre.
L’autre espèce, que l’on appelle turquoise de nouvelle roche , turquoise osseuse ou odontolite, provient des dents ou des os des mammifères enfouis dans le sein de la terre, et aceidenl çllemeat
colorés en bleu verdâtre ; elle est beaucoup moins dure et moins estimée.
On imite parfaitement la turquoise par des émaux.
Améthyste vient du grec améthytes , formé de «privatif, et de methe , ivresse, parce que les anciens attribuaient à cette pierre la propriété de préserver de l’ivresse; c’est pour cela qu’ils gravaient sur les coupes luxueuses faites avec ce précieux minéral, la tête de Bacchus.
L’améthiste est une gemme appartenant au quartz transparent, coloré par l’oxide de manganèse d’une belle couleur violette pourprée ; elle s’harmonise fort bien avec l’or ; elle est très-estimée.
Les plus belles améthystes viennent des Indes, des Asturies, du Brésil, de la Sibérie; on en trouve aussi en France, surtout dans les Hautes- Alpes, et en Allemagne.
On en fait des colliers, des bagues, des pendants d’oreilles, etc.
Cette -gemme était une des douze pierres qui composaient le pectoral du grand-prêtre des Juifs’,
Sa couleur est aussi le signe caractéristique de la dignité des évêques de l’Église chrétienne ; elle est adoptée pour orner leur anneau pastoral, ce qui l'a fait nommer pierre d'évêque.
La tourmaline est une pierre précieuse qui s'appelle aussi aimant de Ceylan , schorl électrique , aphrisite ; elle est composée de silice, d'alumine et d’oxyde ferrique, avec des quantités variables d’oxyde borique, de potasse et de magnésie. C’est un des minéraux les plus anciennement connus.
Il existe plusieurs variétés de tourmaline ; elles sont ordinairement noires : les rouges s’appellent rubellites; les bleues, indicolites ; les vertes, émeraudes du Brésil.
Les tourmalines deviennent électriques quand on les échauffe ; elles présentent alors un fait remarquable : une de leurs extrémités s’électrise positivement, tandis que l’autre s’électrise négativement.
Elles polarisent la lumière ; lorsqu’on reçoit un rayon de lumière h travers deux plaques de tourmaline taillées parallèlement a l’axe et croisées b
angle droit, la partie du croisement est obscure. Les physiciens font usage de cette propriété pour étudier la nature de la double réfraction dans les cristaux.
Le grenat , employé en bijouterie comme pierre fine, est essentiellement composé de silice et d’alumine, mais ces substances y sont souvent unies au fer, à la chaux, au manganèse et à la magnésie.
Les grenats sont pour la plupart rouges vifs et vermeils, quelquefois coquelicots, orangés, jaunâtres, verdâtres et bruns-noirs.
Certains grenats, couleur de sang brun, exposés à la lumière, paraissent comme des charbons embrasés ; le grenat violacé est regardé comme le plus parfait, c’est aussi le plus estimé.
Les grenats de Bohême sont d’un rouge vineux, de couleur forte, qu’ils ne perdent que très-difficilement par le feu; on les emploie dans la bijouterie en mettant une feuille d’argent par-dessous pour leur donner plus de vivacité.
Celui qui est d’un rouge de feu très-vif est probablement l’escarbouele des anciens qui, à ce qu’ils
prétendaient, étincelait de lumière dans l’obscurité.
Lazulite ou lapis-lazuli , que l’on appelle vulgairement pierre d'azur , est une pierre précieuse d’un bleu magnifique souvent parcemée de taches d’or produites par des parcelles pyriteuses.
Elle se compose d’alumine, de soude et de silice, avec une petite quantité de soufre. Elle est opaque, à grains serrés, elle raye le verre et étincelle sous le briquet. Elle provient de Perse et des environs du lac Baïkal, en Sibérie.
Cette pierre sert k faire des ornements, des vases, des mosaïques ; on en décore les bijoux, les bracelets et autres objets d’art. Le plus beau lazulite est réservé pour la gravure, la bijouterie et la mosaïque dite de Florence ; celui qui est moins riche en couleur sert quelquefois pour la décoration des appartements du plus grand luxe. Les salles du palais d’Orloff, a Saint-Pétersbourg, sont incrustées en entier avec le lazulite de laGrande- Boukliari.
La partie colorante de celte pierre donne le beau
bleu appelé d’outre-mer, parce qu’on l’apportait du Levant. On l’obtient par une préparation chimique qui est une sorte de savonage.
L 'agate est une pierre translucide, étincelant sous le briquet, rayant facilement le verre, ornée de couleurs vives et variées. Elle a pour base la silice. C’est une variété de quartz renfermant tous ceux qui n’ont pas l’aspect vitreux. Son nom vient d’Achates, fleuve de Sicile, sur les bords duquel on trouvait ces gemmes.
Elles prennent différents noms suivant la diversité de leurs couleurs. Lorsqu’elles affectent la belle nuance de rouge cerise, on les appelle cornalines; la couleur orange plus ou moins foncée leur fait donner le nom de sardoine ; lorsqu’elles sont colorées -en vert tendre, elles prennent le nom de aphrases ou de chrysophrases ; en vert foncé, celui d 'hêVotropes ; en bleu de ciel, celui de saphirines; on leur donne le nom de calcédoines lorsqu elles sont nébuleuses, blanchâtres, laiteuses ou bleuâtres. On les appelle herborisées ou arbo risées lorsqu’elles offrent dans l’intérieur de leur
pâte des représentations d’herbes ou d’arbres, et mousseuses lorsqu’elles semblent renfermer de la mousse. Ces phénomènes sont produits par ditférents métaux k l’état d’oxyde, tels que le fer ou le manganèse, qui, dissous dans un ùuide, ont pénétré lentement ces agates lors de leur formation.
Celte gemme se rencontre quelquefois en boules pleines de quartz hyalin (cristal de roche) de diverses nuances sciées transversalement ; elles représentent alors des espèces de bastions que leur régularité a souvent fait rechercher pour les collections.
L’agate se trouve aussi en boules creuses dont les parois sont tapissées de cristaux colorés ou remplies d’une substance terreuse ou renfermant un noyau solide de craie. On désigne celte variété sous le nom de géode. D’autres fois ces boules creuses sont remplies d’eau.
On appelle onyx (d’un mot grec qui veut dire ongle) une variété d’agate dont la couleur approche de celle de l’ongle. On donne aussi ce nom h celles qui sont remarquables par la vivacité de leurs couleurs et par la régularité de leurs zones, tantôt droites et parallèles, tantôt ondulées ou concentriques. Quelquefois la disposition des zones donne à
celte pierre une grande ressemblance avec la prunelle de 1 œil, et lui fait donner le nom A’aaate œillée.
Sous la main du graveur, ces variétés servent à faire les plus beaux camées.
Les agates présentent des veines de différentes couleurs, transparentes ou opaques. L’art est parvenu à décolorer ces pierres comme aussi à les enrichir de diverses nuances.
On les blanchit en les plongeant dans de l’acide hydrochlorique que. l’on porte au degré de l’ébullition pour rendre s,on action plus vive et plus complète. ;
On peut le§pl ^rer par deux procédés différents. Le pr;v, ~pst dû aux Indiens,
Les Indiens colorent artificiellement les agates en les faisant d’abord bouillir dans de l’huile, et ensuite, en les faisant pareillement bouillir dans de l’acide sulfurique. L’ébullition chasse l’air contenu dans les pores, et l’huile qui s’y est introduite étant brulee par l’acide sulfurique, il se développe une belle couleur noire qui règne dans les veines opaques, tandis que les veines transparantes restent sans alteration, et que d’autres passent à uneblancheur plus éclatante ; d’où résultent les contrastes
qui ajoutent tant à la valeur île ces gemmes. Les veines opaques se trouvant seules colorées, il paraît qu’elles sont beaucoup plus poreuses que les autres qui s’opposent à l’introduction de toute couleur.
Le deuxième procédé consiste à mettre sous le récipient de la machine pneumatique un vase contenant de l'huile chaude et les pierres qu’il s’agit de décolorer. On fait le vide; l’huile va remplacer les bulles d’air qui se dégagent à l’instant des pores des agates. Ou rend l’air, on reprend les agates, qui sont alors pénétrées d’huile, et on les met dans de l’acide sulfurique concentré, qui pénètre également la pierre, brûle l’huile et "*'* ^se le charbon jusqu'à deux millimètres de [
L’agate s’emploie à divers uouges; ou en fait des vases, des bagues, des crochets, des manches de couteaux et de fourchettes, des chapelets, des boites, des salières, des cassolettes et quantité d'autres bijoux. Elle se taille, se scie, se polit et se grave plus ou moins facilement selon le degré de dureté qu’elle possède.