IV. MELIK-DAHER-BIBARS
AN 667 (1268). IV. MELIK-DAHER-BIBARS. 71
duite de Ternir Ak-sonkor-Fârekâni , Yoslâdar, ayant reçu l’ordre de se rendre à Damas, vint camper en dehors de cetle ville , et y établit sa résidence. Bientôt, le sultan partit pour le pèlerinage, ayant avec lui l’émir Bedr-eddin , le khazindar (trésorier) le kculi-alkodat Sadr-eddin-Soleïman le hânefi , Fakr-eddin-ben- Lokhman, Tadj-eddin-ben-alathjr^l ^ , et environ trois cents mamlouks, ou soldats de la halkah. A la tête de ce cortège, il s’avança vers Karak, comme s’il n’avait eu d’autre intention que de chasser. Personne n’osait dire que le prince avait dessein de se rendre dans le Hedjâz. En effet, l’émir Djemâl-eddin-ben- Daïah IdjJÎ, le hâdjeb (chambellan), ayant écrit au sultan : « Je désire faire avec 352 vous le voyage du Hedjâz,» Bibars lui fit couper la langue; et, depuis ce moment, personne ne se permit un seul mot sur ce sujet. Le sultan étant parti de Fawar le jeudi, vingt-cinquième jour du mois, arriva à Karak le premier jour de Dhou’lkadah. 11 avait pris ses mesures dans le plus grand secret, et sans rien communiquer à personne; il avait envoyé le biscuit (87), la farine, les
outres, les boissons, ainsi que les Arabes qui devaient l’accompagner, et ceux qui devaient stationner dans les lieux de balte. Personne n’avait vent de tous ces préparatifs. En arrivant à Karak, le sultan trouva que ses ordres avaient été parfaitement exécutés. Il fit distribuer aux soldats qui l’accompagnaient une quantité d’orge suffisante. Les bagages se mirent en marche le quatrième jour du mois. Le sultan les suivit de près, étant parti le six, accompagné de tout son cortège. Il vint descendre à Schaubak, en recommandant que Ton gardât, sur ce qui le concernait, un silence absolu ; il se remit en marche le onzième jour du mois. La poste partit pour l’Egypte. Des lettres, confiées à des Arabes, furent apportées au sultan , par la route de Karak, et il expédia de là les réponses. Il arriva à Médine le vingt-cinquième jour du mois. Les deux émirs de cette ville, Djemaz et Mâlek, loin de faire aucune résistance, prirent aussitôt la fuite. Le sultan quitta cette place le 27, prit le vêtement appelé ihram, et fit son entrée à la Mecque, le quinzième jour du mois de Dhou’lhidjah.
Il avait eu soin de remettre à ses principaux courtisans une somme d’argent, afin qu’ils pussent en faire des aumônes secrètes. Lui-même distribua de nombreux vêtements aux habitants des deux villes saintes. Il se montrait comme un simple particulier, n’ayant auprès de lui personne pour le soustraire à des visites
(87) O11 lit dans un passage de notre auteur (man. 672, pag. m5) : iUJI JvJ « On porta les grains aux meuniers, pour qu’ils fabriquassent du biscuit. »
importunes, et n’ayant d’autre garde que Dieu; il était toujours seul, occupé a faire sa prière, ou le tour de la kabah, ou les courses religieuses; il lava de ses mains la maison sainte, au milieu de la foule. Si un pèlerin lui jetait son ihram, il le lavait, puis le lui rendait. Assis sur la porte de la kabah, il prenait parla main ceux qui se présentaient, et les aidait à monter jusqu’à cet édifice. Un homme du peuple, pour monter plus aisément, s’étant pendu à son ihram, le déchira et faillit renverser à terre le sultan. Ce prince voyait tout cela avec plaisir. Il attacha de sa main le voile de la kahah, et fut secondé par ses principaux courtisans ; il visita tous les hommes religieux qui habitaient les deux villes sacrées. Le /W/f-«/>h?£/«£Sadr-eddin-Soleïman-ben-Abd-alhakk le hâneji, accompagna le sultan pendant tout le voyage. Ce prince le consultait, et s’instruisait auprès de lui des dogmes de la religion ; mais, en même temps, il ne négligeait pas les soins de l’administration ; et les secrétaires de la chancellerie expédiaient en son nom des dépêches pour chaque affaire. Il écrivit au souverain du Yémen, pour lui témoigner son mécontentement de quelques-unes de ses démarches; il disait dans sa lettre : « J’ai tracé ces lignes dans la ville sainte de la Mecque, où je suis « arrivé en dix-sept pas (c’est-à-dire, en autant de journées de marche); » il ajoutait : « Le véritable monarque est celui qui combat pour les intérêts de Dieu avec « tout le zèle que cette cause mérite, et qui sacrifie sa vie elle-même pour le soute tien de la religion. Si lu es vraiment roi, pars, va affronter les Tatars. » Le sultan combla de marques de bienveillance les deux émirs de la Mecque, l’émir de lanbo , celui de Khalis , et les principaux personnages du Hedjâz. Les deux émirs de la Mecque reçurent de lui des diplômes en bonne forme. Tous deux ayant demandé un naïb (gouverneur) qui pût les appuyer d’une manière efficace, le sultan désigna comme naïb de la Mecque l’émir Schems-eddin- Merwan, émir-djandar. Il voulut que cet officier eût sous sa juridiction tout ce qui concernait les deux émirs, et exerçât une autorité pleine et entière; il accorda aux émirs de la Mecque un accroissement annuel de revenu en argent et en grains, afin que tout le monde fût admis gratuitement à visiter la maison sainte (88). Lorsqu’il eût accompli toutes les pratiques du pèlerinage, il partit de
(88) On lit dans le texte Le verbe JI— à la seconde conjugaison,
signifie : Accorder une chose gratuitement. Un autre passage du même historien (t. I, p. ^7.1) offre ces mots : lyD s 1 J ! «jbj ,,,! « Afin d’accorder gratuitement aux pèlerins le privilège