I. (deuxième partie.) IO
(vice-roi). Il mourut à Damas, à l’âge de soixante et quelques années (92); 4° l’émir Asad-eddin-Soleïman-ben-Daoud-Hadhabani. Il avait, par esprit de désintéressement religieux, quitté le service du prince. C’était un homme de mérite, qui faisait bien les vers; 5° Medj-eddin-Abou-Mohammed-Abd-elmoudjidben-Abou’lfaradj, qui mourut à Damas.
— Le premier jour du mois de Moharrem, le sultan fit, dans la ville de Karak,
b68 la prière du vendredi. Puis il se mit en marche, accompagné de cent cavaliers, dont chacun avait un cheval de main , et prit la route de Damas. Tout le monde, en Egypte et en Syrie, ignorait ce que faisait le sultan, et ne savait si ce prince était dans la Syrie, dans le Hedjâz, ou ailleurs. Et par suile du respect et de la crainte qu’il imposait, nul 11’osait dire un mot sur cette matière. Lorsque le sultan fut arrivé dans le voisinage de Damas, il fit partir pour cette ville, sur un des chevaux de poste, un de ses principaux courtisans, chargé d’une lettre par laquelle le prince annonçait qu’il était revenu sain et sauf, après avoir accompli le pèlerinage. L’émir Djemal-eddin-Nedjibi , naïb (gouverneur) de Damas, avait convoqué les émirs et d’autres personnes pour entendre la lecture des lettres; au milieu de
« On croirait voir des moutons : car, une partie d’entre eux ne se doute pas que l’on a déjà verse ■< le sang des autres. »
(92) Le grand émir Izz-eddin-Aïdemur-ben-Abd-allah-Halebi-Sâlehi était un des principaux émirs, un de ceux qui avaient possédé au plus haut degré la faveur des souverains. Il conserva son crédit à la cour de Bibars. Ce prince avait en lui une extrême confiance , et le choisissait constamment pour remplir, en son absence , les fonctions de naïb (vice-roi) en Égypte. Il l’avait, cette année , amené avec lui en Syrie. Cet émir, quoique peu instruit , jouit pendant toute sa carrière d’une prospérité constante. Au rapport de Nowaïri , lorsque Bibars sortit de Damas pour aller recevoir l’ambassadeur d’Abaga , khan des Mongols , il avait auprès de lui Aidemur. Celui-ci , voyant que le prince s’arrêtait plus longtemps qu’il n’avait cru, demanda un congé et retourna à Damas, pour inspecter ses propriétés. Le sultan , lors de son retour dans cette ville , fit à l’émir des présents considérables. Bientôt après , il alla visiter un fakir qui habitait sur la montagne de Sâlehieh. Il avait avec lui l’émir Izz-eddin, qui s’arrêta pour renouveller son ablution. Le scheïkh dit au sultan : « cet homme-là ne sortira pas de Damas, et mourra sous peu de jours. » L’émir, qui était alors plein de force , tomba malade le second jour qui suivit cette entrevue , et mourut dans la citadelle de Damas , le jeudi septième jour du mois de Schaban. Il fut enterré dans le mausolée situé au voisinage de la mosquée de l’émir Isâ-ben-Iagmour. Le sultan assista à ses funérailles, qui eurent lieu dans la principale mosquée de Damas. Aidemur possédait une fortune immense. 11 laissa après lui , en propriétés territoriales , en argent monnoyé , chevaux , mulets , chameaux et objets précieux de tout genre , une valeur incalculable. Il avait , en mourant , désigné le sultan pour son exécuteur testamentaire ; et le prince , comme on l’a vu , répondit à cette preuve de confiance, en assurant aux enfants de l’émir la possession pleine et entière des biens de leur père.
an 668 (1269). IV. MELIK-DAHER-B1B ARS. y5
cette lecture, on apprit que le sultan était dans le meïdan (l’hippodrôme). Tous les émirs s’empressèrent de se rendre auprès de lui. Le prince était seul, et avait remis son cheval à un des crieurs du marché aux chevaux. Le naïb baisa la terre devant lui. Dans ce moment, arriva l’émir Ak-sonkor, Yostddar, accompagné des émirs égyptiens. Le sultan prit quelque nourriture, puis se leva pour aller se reposer ; tout le monde se retira. Mais bientôt, le prince monta à cheval, suivi d’un cortège peu nombreux, et prit la route d’Alep. Les émirs de Damas 354 étant venus pour présenter leur hommage, ne trouvèrent plus personne : lorsque le sultan fit son entrée dans Alep, les émirs étaient réunis dans une marche publique et solennelle. Il s’avança vers eux, sans être reconnu de personne. Enfin, l’un d’entre eux ayant jugé que c’était le prince, tous s’empressèrent de descendre de cheval et de baiser la terre. Le sultan entra dans la maison du naïb-assaltanah (gouverneur), et alla examiner l’état de la citadelle. Il quitta Alep, sans avoir été reconnu de personne, et fut de retour à Damas le treizième jour du mois. Il y joua à la paume; puis, il monta à cheval, au milieu de la nuit, et se rendit à Kouds (Jérusalem). Ensuite, il visita Khalil (Hébron), où il distribua d’abondantes aumônes. Les troupes égyptiennes étaient parties de Damas, sous la conduite de l’émir Ak-sonkor-Fârekâni, et étaient venues camper à Tell-aladjoul Le
sultan, de son côté, quitta Jérusalem, et se rendit à Tell-aladjoul. Tous ces voyages eurent lieu dans l’espace de vingt jours, pendant lesquels il ne changea pas le turban qu’il avait porté durant le pèlerinage. Il quitta Tell-aladjoul, à la tête de l’armée, le vingt-unième jour du mois, et se dirigea vers le Caire. Melik-Saïd vint à sa rencontre jusqu’à Sâlehieh, et les deux princes arrivèrent ensemble au château de la Montagne. Le sultan y séjourna jusqu’au douzième jour du mois de Safar. 11 en partit, accompagné des émirs et des commandants , monta
avec eux sur des barques, et prit la route de Tarraneh; puis, il s’enfonça dans le désert, et ordonna aux chasseurs de se former en cercle -AàW. On amena au deh/iz (la tente royale) trois cents gazelles et quinze autruches. Le sultan donna, pour chaque gazelle, un baglelak jjlibo (93) de petit gris; et, pour chaque autruche,
(g3) Le mot JjUaLb , qui est quelquefois écrit , et qui fait au pluriel ou
, désigne une sorte de veste. On lit dans la Description de l’Égypte de Makrizi (article des
Marchés , man. 682, fol. 334 v°) : y àjxs^ jgiJI LïJ! j-oUt Ad *3 Jæ-" — d
k 3X Jà J-3 « Sous le règne de Melik-Nâser-Mohammed, l’émir
* Selar mit en vogue le genre de veste, appelé selari , que l’on désignait auparavant par le mot de
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un cheval précieux, tout sellé et bridé. Il fit son entrée dans Alexandrie, le vingtunième jour du mois. Il avait été précédé dans cette ville par le sâheb (vizir) Beha-eddin-ben-Hinna, qui s’était occupé à recueillir de l’argent et des étoffes. Le sultan revêtit les émirs de khilah (vestes d’honneur)et leur envoya des habits (94)» et des gratifications pécuniaires Aàij. Il joua à la paume, en dehors de la ville; puis il prit la route de Hammâmat o JL^Î. Il vint camper dans le lieu nommé Liounah A, JJ' , qu’il acheta du wakil (l’agent) du trésor. Là ayant appris que les Tatars s’étaient mis en campagne, de concert avec les Francs du Sahel , il retourna au château de la Montagne. Cependant, on reçut la nouvelle que les Tatars avaient fait une incursion sur le territoire de Sadjour^JJI , ville située non loin d’Alep. Le sultan fit partir un corps de troupes sous la conduite de l’émir Ala-eddin-Bondokdâri , et recommanda à cet officier de se tenir sur la frontière de Syrie, et d’ètre toujours prêt à marcher. Il quitta le château de la Montagne, la nuit du lundi, vingt-unième jour du mois de Rebi-premier, accompagné d’un petit nombre de personnes. Il arriva d’abord à Gazali, puis fit son entrée à Damas, le septième jour de Rebi-second. Le cortège du prince avait, sur la route, extrêmement souffert du froid. Le sultan vint camper en dehors de Damas. Là, il apprit que les Tatars, au premier bruit de sa marche, s’étaient hâtés de prendre la fuite; car, par l’effet d’une inspiration divine, tout le monde était persuadé que la seule présence du sultan équivalait à celle de troupes nombreuses,
« bagloutak. » Et plus bas (fol. '335 v°) : ^JjUabb. Dans le Mesalek-alabsar (man. 583, fol. 176 v°) : jJJ-UIjU! «On revêt les bagletak sous les robes appelées ferdjiah. »
Dans le Manhel-sdfi d’Abou’lmahâsen (tom II, fol. 28 A, v°) : wllalw
« Il jeta sur le musicien son bagletak , qui était blanc, et fait de coton de Balbek. » Dans le même passage, on trouve le pluriel Dans l 'Histoire d'Égypte d’Abou’lmahâsen (man.
ar. 27 1 , f. x 33 r°) -. JT ^‘LLlab « Elle avait déposé chez un juif, un bagletak ,
« qui était formé tout entier de pierreries. » Plus loin ( ibid .) : iyÉ& jlLUJI J,
« bagletak offrait plus de dix perles. »
(94) Le mot qui fait au plui’iel l*j signifie, probablement, une pièce d'étoffe. On lit
dans un passage de notre historien (man. 672, pag. 846) : * tj-J | ^ y^> 1
« 11 assigna à la femme de chacun des émirs une pièce d’étoffe. Ailleurs (pag. 1229) : J", ixï
«Ils envoyèrent aux émirs des présents de chevaux et « des pièces d’étoffe. » Dans l’ Histoire d’Égypte d’Aboul’mahâsen (man. 663, fol. 96 v°) : -~-J
« Trente pièces d’étoffe.» Dans la Vie de B ibars de Nowaïri (fol. 42 v°) : J ! J t t j «Il envoya des sommes d’argent, et des pièces d’étoffe. » Et plus loin (ibid.) :
wjUàJj pwt « 11 leur donna des vêtements et des gratifications pécuniaires. »