‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 150 sur 183 · I. (deuxième partie · texte numérisé non relu

I. (deuxième partie

leurs enfants, dont ils se trouvaient éloignés depuis si longtemps. Les émirs Ladjin-Berkekhaï, Aïbek-Afrem et Aktouan, s’étant rendus auprès des émirs rebelles, pour apprendre d’eux la vérité des faits, furent arrêtés prisonniers. D’après un message envoyé au Caire, les portes furent ouvertes , et chaque membre de l’armée regagna son logis. Les trois émirs furent détenus dans la maison de Kelaoun. Les mécontents marchèrent ensuite vers la forteresse, et mirent le siège devant cette place, que défendait l’émir Belban-Zerbaki. Le sultan, à peine arrivé à Belbeïs, apprit ce qu’avaient fait les émirs. Aussitôt, tous les soldats de Syrie, qui se trouvaient auprès de lui, se soulevèrent, abandonnèrent le prince, reprirent la route de Damas, où commandait l’émir Izz-eddin-Aïdemur, naïb de Syrie, et se réunirent auprès de cet officier; le sultan n’avait plus avec lui que ses mamlouks, parmi lesquels on comptait l’émir Ladjin-Zeïni, Mogletaï-Dimaschki , Mogletaï-Djâki,Sonkor-Tekriîi, Aïdagdi-Harrâni , Albeki le sâki (l’éclianson), Bektout-Hemsi, Salah-eddin-Iousouf, fils de Bérékeh-Klian , et autres. De tous les grands émirs, Sonkor-asclikar était le seul qui fût demeuré auprès du prince. Melik-Saïd étant parti de Belbeïs, et arrivé à Matarieh, Sonkor-asclikar le quitta et resta dans ce lieu. Les émirs, apprenant que le sultan avait tourné la Montagne-Rouge, se mirent en marche, pour lui fermer toute communication avec la forteresse; mais, à la faveur d’un brouillard épais, il leur échappa, se déroba à leur vue, et entra dans le château. Lorsque le brouillard se fut dissipé, les émirs apprenant que le sultan était dans la place, reprirent aussitôt le siège; mais, à peine Melik-Saïd était-il installé dans le château, que Ladjin-Zeïni, à la suite d’une querelle qu’il avait eue avec Zerbaki , se rendit au camp des émirs, et embrassa leur' parti : les mamlouks, l’un après l’autre, suivirent son exemple. Le sultan, placé au haut de la tour de Refrej ^ , qui domine sur l’écurie,

criait aux émirs : « Je veux désormais suivre vos conseils, et ne rien faire que ce « que vous me dicterez; » mais aucun d’eux ne voulut l’écouter. Ils produisirent des lettres écrites au nom de ce prince, et dans lesquelles il mandait un nombre de fedawis , pour assassiner les émirs. Ils bloquèrent la forteresse, et en pressèrent le siège. L’émir Sandjar-Halebi se trouvait en prison dans cette place. Le 393 sultan lui rendit la liberté, et l’engagea à suivre ses drapeaux. Le siégé se prolongea l’espace d’une semaine. Le parti qui s’était armé pour détrôner le sultan se composait des émirs Baïsari, Kelaoun, Itmescli-Saadi, Aïdekin-Bondokdar, Bektasch-Fakhri, émir-silah, Bilik-Aïdemuri, Sonkor-Bektouti, Sandjar-Tardadj,

Y. MELIK-SAID-BÉRÉKEH-KHAN.

Belban-Djeïschi , Kestagdi-Schemsi , Belban-Harouni , Bedjka-Alaï, Beïbars-Reschidi, Kidagdi-Waziri, Iakouba-Scliehrzouri , Itmesch, fds d’Atlas-khan , Beïdagan-Rokni, Bektout-ben-Atabek, Kidagdi, émir- medj lis , Bektout-Djermek , Beïbars-Taksou, Koundek, le naïb, Aïbek-Hamawi, Sonkor-Alfi, Sonkor-djah- Dâberi , Ralandjak-Dâberi , Satlemes , Kadjkar-Hamawi, auxquels s’étaient réunis , en grand nombre, des émirs d’un rang inférieur, des commandants de la halkah , des principaux mufreclis et bahris. Comme le blocus ne discontinuait pas, le khalife Hâkem-bi-amr-allah-Ahmed députa vers les émirs, et leur demanda quels étaient leurs projets. «Mous voulons, dirent-ils, que Melik-Saïd abdique « de lui-même la souveraineté; et nous lui concéderons la ville de Karak. » Le sultan ayant accepté ces propositions, les émirs jurèrent d’observer leurs engagements. Bientôt le khalife arriva, accompagné des kadis et des principaux personnages de l’état. Melik-Saïd ayant été amené au pied de la forteresse, déclara, dans un acte souscrit par des témoins, qu’il était incapable de régner, et abdiqua la souveraineté. Il jura qu’il se contenterait de la possession de la ville de Karak, qu’il n’aurait de correspondance avec aucun des naïb (gouverneurs), et qu’il ne chercherait à attirer dans son parti aucun membre de la milice. Il partit aussitôt pour se rendreà Karak, accompagné de l’émir Beïdagan-Rokni. Cet événement eut lieu le septième jour de Rebi-second. Le règne de Melik-Saïd, depuis la mort de son père jusqu’à son abdication , avait été de deux ans, deux mois et huit jours. Il arriva à Karak, et prit possession de cette ville le vingt-cinquième jour du mois de Djoumada-second. Il s’empara des trésors que renfermait la place, et qui s’élevaient à des sommes immenses. La révolte qui précipita ce prince du trône ne coûta la vie qu’à un seul homme, Seïf-eddin-Bektout-Hemsi. Ce dernier avait eu des démêlés avec Sonkor-djah-Dâheri. Le jour que Melik-Saïd, en arrivant de Belbeïs, monta au château de la Montagne, Sonkor-djah, qui était du parti de l’émir Kelaoun , rencontrant Bektout, le frappa et lui perça le cœur. Bektout fut porté dans le monastère des Kalenders, où il mourut le même jour, et où il fut inhumé. Sous le règne de Melik-Saïd, toutes les denrées s’étaient maintenues à des prix modérés.

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