V. MELIK-SAID-BÉRÉKEH-KH AN
Izz-eddin-Kaï-Kaous , prince du pays de Roum, mourut cette année, après une vie fertile en événements. Son fds Masoud, reçut d’Abaga, fils de Houlagou, la souveraineté des villes de Siwas, Arzen-erroum et Arzenkan.
Le treizième jour du mois de Dhou’lhidjah , lorsque les pèlerins de la Mecque, à l’issue de la prière du matin, quittèrent la mosquée hciram, pour se rendre à Xomrah iL**)!, ils se pressèrent en si grand nombre à la porte appelée babalomrah (7), que trente-six d’entre eux furent étouffés dans la foule.
L’émir Djemâl-eddin-Akouscli-lNedjibi-Sâlehi, naïb (gouverneur) de la Syrie, mourut dans la ville du Caire, le cinquième jour du mois de Rebi-premier, à l’âge d’environ soixante-dix ans. Cette année vit également périr i° l’émir Schemseddin-Ak-sonkor-Fârekâni-Sâlelii, naïb-assaltariah, âgé d’environ cinquante ans; o° l’émir Alâ-eddin-Aïdekin-Sâlehi, qui avait été destitué des fonctions de naïb (gouverneur) d’Alep, et qui mourut à Damas, âgé d’environ cinquante ans; 3° le kadi-alkodat des hanefis de Damas, Medjd-eddin-Abou-Mobammed-Abd-errahman, fds du sâheb (vizir) Remal-eddin-Omar-ben-Abmed-ben-Hibet-allah . . . à l’âge de soixante-quatre ans; 4° Ie kadi-alkodat des hanefis de Damas, Sadr-eddin- Abou’lfadl-Soleïman-ben-Abi’lizz-ben-Wahib . . . Adhraï, qui mourut trois mois seulement après sa nomination, à l’âge de quatre-vingt-trois ans; 5° le sdheb Beha-eddin-Abou’lbasan-Ali-ben-Mohammed-ben-Selim-ben-Hinnâ , qui mourut le dernier jour du mois de Dhou’lkadah; 6° Medjd-eddinAbou-Abd-allah-Mohammed-ben-Ahmed-ben-Omar . . . Arbeli, le hanefi, qui mourut à Damas, âgé de soixante-quinze ans; 70 Nedjm-eddin-Abou’lmâali-Mohammed-ben-Siwar-ben- Israil-ebn-Khidr . . . Scheïbani-Dimeschki, le sofi, le lettré, qui mourut à Damas âgé de soixante-quatorze ans; 8° le lettré Djemâl-eddin-Hallah-ben-Ibrabim-ben- Abi-Bekr-Adhbâni-Arbeli , qui mourut au Caire; 90 le lettré Mouwaffik-eddin- Abou-Abd-allah-Mohammed-ben-Abd-allah-ben-Omar. . . . Ansari-Baalbeki , qui mourut dans la ville du Caire (8).
Au mois de Moharrem, les khassékis concertèrent avec le sultan de faire arrêter les émirs, à leur retour de Sis; et quelques-uns d’entre eux devaient être mis en possession des apanages de ces officiers. L’émir Koundek, le naïb,
eut connaissance de ce complot. Le sultan, plongé dans les plaisirs, prodiguait
(7) Burckhardt, travels in Arabia (tom. I, pag. 201, 279, 822).
(8) Cette année , au rapport d’Abou’lmahâsen (man. 663, f. 5 v°), la hauteur primitive du Nil fut de sept coudées, vingt et un doigts; et la crue s’éleva à dix-huit coudées, cinq doigts.
des sommes immenses en gratifications accordées aux khassékis, et s’écartait entièrement des principes qu’avait suivis son père. Sur ces entrefaites, la division 391 éclata entre l’emir Koundek, \enaïb, et les khassékis. Voici quel en fut le motif. Le sultan ayant accordé à l’un de ses mamlouks un présent de mille dinars, le naïh ne se pressa pas de délivrer cette somme. Les khassékis se rendirent chez lui, le sommèrent de terminer cette affaire, et lui adressèrent des paroles injurieuses. De là se levant tout en colère, ils sollicitèrent du sultan la destitution du naïh. Comme il refusait d’acquiescer à leur demande, ils insistèrent avec une nouvelle vivacité, et le prince se vit hors d’état d’opérer entre ces rivaux une réconciliation.
Cependant les émirs chargés de l’expédition contre Sis, avaient tué ou fait prisonniers beaucoup d’ennemis. L’émir Baïsari s’était avancé vers Kalat-arroum (le château des Grecs). Lui et les autres émirs reprirent ensuite la route de Damas, et vinrent camper à Merdj (la prairie) (9). L’émir Koundek sortit, suivant l’usage, à leur rencontre , et les informa de la conduite que les khassékis avaient tenue envers les émirs et envers lui-même. Ce discours réveillant le mécontentement caché qui était dans le cœur de ces officiers, ils se promirent d’agir de concert, et de s’aider mutuellement. Ils députèrent vers le sultan, et lui firent savoir qu’ils allaient séjourner au lieu nommé Merdj ; que l’émir Koundek leur avait porté, contre Ladjin-Zeini, de nombreuses plaintes : « 11 faut absolu- «ment, ajoutèrent-ils, que nous examinions l’affaire. » Us demandèrent que Ladjin se rendit auprès d’eux, pour qu’ils entendissent ses explications et celles de Koundek. A la réception de ce message, le sultan, bien résolu de ne pas accepter de pareilles propositions, écrivit aux émirs Dâheris qui se trouvaient avec les Sâlehis, leur enjoignant de quitter ces derniers, et de venir à Damas. Le courrier chargé des lettres ayant été arrêté par les partisans de Koundek, fut conduit devant les émirs, qui prirent lecture de ces pièces. Aussitôt ils décampèrent, et vinrent se poster à Djesourali ^...^! , du côté de Daria L>jb, et se déclarèrent en révolte ouverte. Ils reprochèrent à Melik-Saïd sa prodigalité, son imprudence, sa mauvaise administration (10). Le prince, craignant que ces
(9) J’ai cru devoir lire , au lieu de que présente le manuscrit.
(10) Le verbe ^9 signifie accuser. On lit dans le Manhel-sdfi d’Abou’lmahâsen (t. II, f. 8 v°) :
Aà.L) ^9^ « Il était accusé de recevoir des présents et des gratifications. >>
Y. MELIK-SAID-BÉRÉKEH-KH AN.
troubles n’eussent une issue fâcheuse, députa vers les rebelles l’émir Sonkoraschkar et l’émir Sonkor-Tekriti, Vostaclar, les chargeant d’appaiser les mécontents, et de mettre tout en œuvre pour les amener auprès de leur souverain. Les deux négociateurs étant revenus, sans avoir pu rien obtenir, leur arrivée augmenta les anxiétés du sultan. De nouveaux pourparlers eurent lieu entre les deux partis. Les émirs rebelles exigeaient que le sultan éloignât d’auprès de sa personne les khassékis ; ce à quoi le prince ne voulut pas consentir. Illeur envoya alors sa propre mère, accompagnée de l’émir Sonkor-aschkar, dans l’espérance qu’elle pourrait appaiser le mécontentement des émirs. La princesse s’aboucha avec eux, leur adressa les supplications les plus humbles; mais tout fut inutile, et elle revint sans avoir rien fait. Les émirs, escortés des troupes qui étaient sous leurs ordres, prirent alors la route de l’Égypte. Melik-Said les suivit, dans l’espérance de les rencontrer et de terminer les différends qu’il avait avec eux; mais, n’ayant pu les atteindre, il retourna à Damas, où il passa la nuit. Dès le matin suivant, il fit partir pour la ville de Karak sa mère et ses trésors. Il réunit autour de lui le reste des troupes de l’Égypte et de la Syrie, rassembla les Arabes, et leur dis- 392 tribua des gratifications. A la tête de cette armée, il partit de Damas, se dirigeant vers la Syrie. Il arriva à Belbeïs , au milieu du mois de Rebi-premier ; mais l’émir Kelaoun, avec sa suite, était déjà près du Caire, et campait au pied de la Montagne-Rouge ^^'2! J^t. Les émirs qui occupaient le château de la Montagne , savoir : Izz-eddin-Aïbek-Afrem, émir-djandar, Aktouan, 1 esdki (l’écbanson), Belban-Zerbaki, ayant appris celte nouvelle, se mirent en défense, fortifièrent la place; et, par leur ordre, le gouverneur du Caire ferma les portes de la ville. Kelaoun et les émirsfrebelles députèrent vers ces officiers, les priant de faire ouvrir les portes du Caire, afin que les soldats pussent entrer dans leurs maisons et voir
Dans l’histoire de Fakhr-eddin-Râzi (manuscrit 895, folio 164 verso) : lâ^tiJL} 12° y* ^^«11 était «accusé d’une action honteuse. » Dans l’histoire de Makrizi ( Solouh , tome I, pag. 864) :
« Il accusa les administrateurs de crimes odieux. » Ailleurs (pag. i^3y) : ^ Juà.! <0 L^> commença à protester de son innocence des actions dont on l’accusait. » Dans le
Kitab-alagdni (tom. II, f. 5o v°) : JojJjJLs «Il était accusé d’impiété.» Ailleurs (t. J II,
f. 481 v°) ^ «On l’accusait d’entretenir une intrigue avec une femme. » Dans le
commentaire sur le poëme d’Ebn-Abdoun (m. ar. 1496, f. 69) '• « Ma fille a
«été accusée d’une action fort grave.» Dans Y Histoire de la conquête de Jérusalem (m. 714/. 46 r°) :
^jyj3 ^ «Ne souffrons pas cju’ils accusent les vrais croyants
« d’avoir violé leurs serments. » Dans Y Histoire du prétendu Hasan-ben-Ibrahim (fol. 7 r°) > dot
" B est innocent de ce dont on l’accuse. »