‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 164 sur 183 · I. {deuxième partie · texte numérisé non relu

I. {deuxième partie

APPENDICE

de l’hégire ( 1 37 t de J.-C.). La famille de Hadjar à laquelle il appartenait, habitait, dit Abou’lmahâsen (1), l’extrémité du Bilad-aldjerul jj^l ^ , sur le territoire de Kâbes. Ayant perdu son père, lorsqu’il était encore dans l’enfance, il resta sous la tutelle d’un de ceux que son père avait désignés dans son testament (2). Elevé par les soins de cet homme honorable, il apprit par cœur l’Alcoran et commença ses études. Dès l’année 784 (i38a de J.-C.), n’étant encore âgé que de"onze ans, il fit le pèlerinage de la Mecque (3) , et il se trouvait dans la même ville l’année suivante (4). L’an 791 (5), Kerim-eddin-Ebn-Abd-alaziz, dont l’auteur quelques années après épousa la fille, fut nommé inspecteur de l’armée ^i=U,

après avoir rempli les fonctions de chef du divan ïoLs:~=. Notre écrivain

s’était d’abord livré au commerce (6). En même temps, il montrait un goût passionné pour la poésie, et se distinguait par le nombre et par la beauté de ses vers. Mais bientôt , inspiré par un sentiment religieux, il se voua à l’étude des hadith (traditions) , prit , sur cette matière de nombreuses leçons , tant en Egypte qu’ailleurs, entreprit des voyages fréquents et lointains, et fit des extraits de quantité d’ouvrages. Il eut pour maîtres, au Caire, le scheïkh-alislam Siradjeddin-Omar-BoIkini les deux hdfid Ebn-almoulkin et Iraki, sous les-

quels il apprit également la jurisprudence ajùül; le scheïkh Borhan-eddin-lbrahim- Anbari , Nour-eddin-Haïtemi , le scheïkh Taki-eddin-Mohammed-ben-Mohamined-Daïawi ; le kadi Sadr-eddin-Mohammed-ben-lbraliim-Selemi, et autres. Dans la ville de Seriakous, il prit les leçons du mufti Sadr-eddin-Soleïman-ben-Abdannâser. L’an 793 (7), il voyagea dans le Saïd, séjourna à Kous et dans d’autres villes , où il ne trouva point à s’instruire dans les questions qui ont trait à la science des traditions; mais il y rencontra plusieurs hommes savants, tels que Nâser-eddin, kadi de Hou, Ebn-Farradj, kadi de Kous, et autres littérateurs, dont les poésies furent pour lui l’objet d’une étude attentive. Il fait une mention expresse de son séjour dans la ville de Hou, l’une des principales places de la Haute-Égypte (8). L’an 798,41a fin du mois de Scliaban (9), il épousa la fille de Kerim-eddin (Ebn) Abd-alaziz, qui, comme je l’ai dit, remplissait les fonctions

(1) Man. 747, fol. 89 v°.

(2) Ibid., fol. 85 v°.

(3) Man. arab. 656, fol 49 v°.

(4) lb. fol. 112 r°.

(5) Ib. fol. 91 r°.

(6) Man. 747, loc. laud.

(7) Man. 656, fol. 99 r°.

(8) Fol. i55 v°.

(9) Fol. 127 r°.

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d’inspecteur de l’armée. Il prit, dans la ville deGazah(f), les leçons d’Ahmed-ben- Mohammed-Khalili ; à Ramlah, celles d’Ahmed-ben-Mohammed-Aïki; à Kbalil (Hébron), celles de Sâleh-ben-Khalil-ben-Sâlem ; à Jérusalem, celles du mufti Schemseddin-Mohammed-ben-Ismaïl-Kalkaschendi , de Bedr-eddin-Hasan-ben-Mousa , de Mohammed-ben-Mohammed-Manbedji , et de Mohammed-ben-Omar. Il parle avec complaisance (2) d’un personnage nommé Abd-erraliman-Abou’lfaradj-Ebnalscbabnah, sur lequel il donne les détails suivants : « Il avait existé des relations « d’amitié et de confraternité entre lui et mon père. Après la mort de celui-ci , « tandis que j’étais encore en bas-âge, il venait nous visiter. Lorsque , dans la « suite, je m’occupai de la recherche et de l’étude des traditions, j’eus occasion « de revoir cet homme, qui me combla de témoignages de considération, et « montrait une extrême patience pour favoriser mes travaux littéraires. »

L’an 799 (3), l’auteur fit un voyage dans le Yemen. Pour s’y rendre , il prit la route deTor, s’embarqua dans cet endroit, et arriva, l’année suivante, à sa destination. Ce fut dans le couis de cette première excursion ïLs.jJî J> (4) qu’il rencontra à Zébid Hosaïn-ben-Ali-Fariki , personnage distingué qui avait été élu, l’an 787, vizir du prince Aschraf, avait été destitué quatre ans après, et mourut l’an Box. Ce fut dans ce même lieu qu’il fréquenta un savant nommé Abd-alIalif-Scliardji (5), qui ne m’est point connu d’ailleurs.

L’an 800 de l’hégire (1397 de J.-C.) (6), notre auteur fit, pour la seconde fois , le pèlerinage de la Mecque. Il trouva moyen d’échapper à la disette d’eau qui fit périr une partie de la caravane. Il se trouvait à la Mecque au commencement de l’année suivante (7). Il retourna ensuite au Caire, où il ne séjourna pas très-longtemps ; car, parlant d’un savant, nommé Ahmed-ben-Khalil-ben-Kikaldi , qui professait à Jérusaleme, t qui mourut dans le cours de l’année 802 , il ajoute (8) : «Je partis du Caire, pour me rendre auprès de lui; mais , arrivé à « Ramlah , j’appris que cet homme estimable était mort. Je quittai la route de « Jérusalem, et je me dirigeai vers Damas. » Il paraît qu’il séjourna quelque temps dans cette capitale (9}. Ce fut probablement à cette époque qu’il prit , dans cette ville (10), les leçons de Bedr-eddin-Mohammed-ben-Mohammed Bâlesi; de

(1) Abou’Imahàsen, loc. laud.

(2) Man. 656, fol. i33 v°.

(3) Manuscr. 656, fol. i32 r°.

(4) Fol. 1 54 r°.

(5) Ibid., f. i63 r°.

(6) Man. 656, fol. 168 v°.

^7) lb. foi. r°.

(8) lb. fol. 166 r°.

(9) Man. 656, f. i56 r°; t. II, m. 657, f. 47 r°. (xo) Manhel-sâfi , loc. laud., fol. 86 r°.

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Fâtimah , fille de Mohammed... Tenoukhi ; de Fâtimah, fille de Mohammed, et d’autres professeurs. Il se disposait à partir pour Alep, croyant y rencontrer Omarben-Idgamisch ; mais, informé de la mort de ce professeur, il ajourna son voyage. La même année (i), ilséjournaà Sâlehieh, ville voisine de Damas. J’ignore si ce fut en Syrie, et à celte époque, qu’il entretint des relations avec le célèbre Mohammed- Firouzabadi, auteur du grand dictionnaire arabe qui porte le litre de Kamous (Océan) (2). Le premier jour de l’année suivante, il abandonna la capitale de la Syrie, et retourna au Caire (3). De là , il partit pour la ville de lanbo , prit , à Mina, les leçons de Zein-eddin-Abou-Bekr-ben-Hosain, se mit en retraite à la Mecque, puis parcourut le Yemen (4). Il fait mention de divers personnages qu’il avait rencontrés à Aden et à Zébid (5). Lorsqu’il fut arrivé dans la contrée du Yemen , il fit l’éloge du prince ïsmaïl-ben- Abbas, et éprouva les effets de sa libéralité (6).

L’an 806, il séjournait au Caire, où il continua de s’occuper avec ardeur à l’étude de la science des traditions (7). L’année suivante (8), il contribua à faire élire, en qualité de kadi des hanefis, à la Mecque, Taki-eddin-Moliammed-Fâsi , auquel nous devons une très bonne histoire de cette ville célèbre.

Constamment occupé de l’étude , livré à des travaux consciencieux et opiniâtres, notre auteur acquit une science profonde de la langue arabe et de la jurisprudence; il devint le plus habile hdfid de tout l’empire musulman. Il excellait dans la connaissance des hommes, sachant les citera propos , et distinguer ceux qui avaient un mérite éminent d’avec ceux qui leur étaient inférieurs; il possédait à fond les causes qui avaient produit chaque tradition; c’élait. lui qui , sur cette matière, faisait autorité et était universellement vanté. Il était le phénix des savants, l’oracle de l’Islamisme, celui qui avait ressuscité la Sunnah. Tous les amateurs de la science venaient s’instruire auprès de lui. Des savants, des hommes qui remplirent par la suite les fonctions d e kadi-alkodat , fréquentaient assidûment ses leçons; et c’était à son école que se formèrent, pour la plupart, les jurisconsultes de l’Egypte. Il professa dans le khdnikah (monastère) de Beïbars , l’espace d’environ vingt années.

(1) Man. 656 , fol. 164 v°.

(a) Man. 657, fol. 5i v°.

(3) Man. 656, fol. 171 r°.

(4) Tom. 11 , man.657, fol. 35 v°.

(5) Man. 657, fol. 5o r°.

(6) Man. 656, fol. 178 v°.

(7) Man. 6 5 7 , fol. 5o v°.

(8) Man. 65 6, fol. 217 v°, 218 r°

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Il commença par remplir les fonctions de naïb (substitut) du kadi-alkodat Djelal-eddin-Abd-errahman-Bolkini, elles exerça un temps considérable. Il suppléa également le scheïkh Wali-eddin-Irâki. Promu au rang de kadi, il ne tarda pas à perdre ce titre , et fut remplacé par le scheïkh Schems-eddin-Mohammed- Kaïâti. L’auteur, parlant de l’avénement au trône du sultan Melik-Mouwaïad- Scheïkli, avènement qui eut lieu l’an 8i5 de l’hégire, nous apprend qu’il était alors présent au Caire, où il remplissait les fonctions de mufti de la maison de la justice (i). Et, suivant ce qu’il ajoute, ce fut d’après son conseil que

le nouveau souverain reçut le titre d ' Abounnasr (père de la victoire). Bientôt après, il renonça momentanément aux fonctions judiciaires, et fut nommé scheïkh (supérieur) du Khânikah (monastère) de Beibars-Djaschenkir. Un peu après l’an 820, il reçut la visite du kadi Tadj-eddin-Bagdadi , qui arrivait de la ville de Bagdad (2). L’année suivante, le sultan consulta l’auteur sur une affaire (3). L’an 823 (4),Kara-llek fit une incursion dans la province d’Adherbaïdjan, où commandait Ebn-Omar, au nom du prince turcoman Kara-Iousouf. Il vainquit ce général, qui périt dans le combat, et dont la tète fut envoyée au Caire. On dressa des actes juridiques qui rangèrent parmi les infidèles Kara-Iousouf et son fils. Ebn-Hadjar n’avait point souscrit ces pièces. Le quatrième jour de Scliaban, on convoqua les kadis, les émirs, et, en leur présence, on fit lecture des décisions rendues dans cette circonstance. Le sultan ayant demandé à notre auteur pour quel motif il avait refusé de joindre son approbation à celle des autres magistrats, celui-ci répondit qu’il s’était regardé comme lésé, attendu qu’un autre avait été appelé avant lui pour prononcer sur cette affaire. Le prince, jugeant que cette susceptibilité était parfaitement fondée, ordonna au Katib-assirr (le secrétaire de la chancellerie secrète) de faire écrire une nouvelle rédaction de l’acte, et de l’adresser à Fauteur. L’année suivante (824), Ebn-Hadjar fit encore une fois le pèlerinage de la Mecque (5). Suivant ce qu’il nous apprend, il était parti dix jours après la caravane, qu’il rejoignit au lieu nommé Haura

Le vingt-septième jour du mois de Moharrem de l’année 827 (6) , il fut nommé par le sultan Melik-Aschraf-Borsebaï , kadi-alkodat (kadi suprême) des schafeïs de toute l’Égypte , en remplacement d’Alem-eddin-Sâleh-Bolkini, qui venait d’être

(3) Man. 657 , f. 82 v°.

(4) Man. 657, fol. io3 r°.

(5) Ib. fol 112 vu.

(6) Manhcl- sâfi, loc. laud.

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destitué. Mais , au bout d’environ dix mois, il fut déposé et eut pour successeur Schems-eddin-Mohammed-Harawi. Bientôt après, il remplaça celui-ci, le second jour du mois de Redjeb,l’an 828. Cette même année (1), le mercredi, dix-neuvième jour du mois deRebi-second, il perdit une de ses fdles nommée Farihah. L’année d’auparavant, elle avait fait un voyage avec son mari, le scheïkh Mohibb-eddin-Ebnalaschkar. Elle en revint attaquée d’une fièvre qui la conduisit au tombeau. Elle n’était âgée que de vingt-trois ans et neuf mois. Bientôt après (2), notre auteur eut le chagrin de voir mourir Rabiali, son autre fille, qui avait d’abord épousé Schebab-eddin-Moliammed-ben-Meknoun-Katawi dont elle eut une fille.

Etant restée veuve, elle s’était remariée au scheïkh Ebn-alaschkar , son beaufrère. L’an 83 1 , notre écrivain fut appelé à prononcer sur une affaire assez importante, et qui pouvait avoir des suites d’une gravité fâcheuse (3). Les juifs du Caire avaient, dans le cours de l’année 823, construit une ruelle neuve, qui dominait leur synagogue. Ils avaient également bâti, et cela sans autorisation juridique, une enceinte ^Lw ressemblant à une muraille, et renfermant quantité de maisons en ruine, qui avaient appartenu à des musulmans. Après de longs débats, et des décisions contradictoires, Ebn-Hadjar, invité à juger cette affaire, d’après l’inspection des lieux et des pièces, prononça contre les juifs. Mais voyant qu’une multitude immense s’était réunie, armée de coignées et de pioches, il sentit que, s’il donnait à ces hommes la permission d’agir, ils allaient démolir la synagogue tout entière, et piller tous les objets qu’elle renfermait. Il leur déclara qu’il fallait examiner en même temps ce qui concernait l’église des chrétiens, et vérifier les nouvelles constructions qui y avaient été ajoutées, afin de détruire le tout à la fois. Cette décision fut universellement approuvée, et l’on se sépara en promettant de revenir le matin du jour suivant. Mais aussitôt notre auteur enjoignit au wâli de profiter de la nuit, pour faire démolir toutes les constructions nouvelles. Ce qui fut exécuté.

L’an 833(4), notre auteur vit périr sa fille Zeïn-eddin-Khatoun, qui était l’aînée de ses enfants. Elle était née l’an 802, savait lire, écrire, et avait suivi les leçons de plusieurs professeurs. Elle mourut de la peste, étant enceinte. Cette même année, après avoir rempli , durant environ cinq ans, les fonctions de kadi-alkodat , il fut destitué, et remplacé par Alem-eddin-Sâleh-Bolkini (5). L’année suivante, il fut

(x) Manuscr. 65j, fol. 147 r°.

(2) Fol. i52 r°.

(3) Fol. 1 58 v°, i5g r°.

(4) Man. 657, fol. 175 verso.

(5) Manhel-sâfi, loc. laud.

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réintégré dans ce poste éminent, et remplaça Alem-eddin. L’an 83y (i), le dixième jour du mois de Dhou’lhidjah, jour de la fête des victimes, Mohammed, fils de notre auteur, devint père d’une fille, qui fut nommée Baïram, mais qui mourut bientôt après.

Notre auteur occupa, cette fois, assez longtemps le rang élevé auquel l’avait appellé la confiance de son souverain. Ayant été destitué, dans le cours de l’année 84o, ou de l’année suivante, il eut pour successeur Alem-eddin-Sâleh. Mais il reprit ses fonctions, l’an 84 1 2 3 • Celte même année (2), Leïla, femme de l’auteur, et qui était mariée avec lui depuis cinq ans, fit un voyage à Alep,pour visiter sa famille. Après avoir satisfait aux devoirs de l’amitié, elle revint au mois de Redjeb , et rentra dans le domicile conjugal. L’année suivante (3), le lundi, dernier jour du mois de Djoumada-premier, l’auteur vint avec d’autres grands dignitaires, offrir ses félicitations au sultan Melik-Aziz-Djemal-eddin-Iousouf. Il nous donne à ce sujet les détails suivants. « Le sultan voulut certifier, devant « témoins, qu’il m’avait nommé pour remplir les fonctions d ewdli, d’inspec- « leur et autres places. La déclaration eut lieu en présence des kadis. Je me plai- « guis alors à ce prince cjue Melik-Aschraf m’avait enlevé ce qui m’appartenait, « et en avait donné la plus grande portion au kadi Alem-eddin-Sâleh-Bolkini. « Le sultan donna ordre de tenir sur ce sujet, en sa présence, une conférence «judiciaire. L’inspecteur de l’armée s’étant porté pour médiateur entre moi et « le kadi, ce dernier me restitua la moitié de ce qui m’avait été pris, et je lui « abandonnai l’autre moitié. » Bientôt après, l’auteur intercéda avec succès auprès du sultan, en faveur du kadi Beha-eddin-Ebn-Izz-eddin-Abd-alaziz-ben-Bolkini t qui ayant été accusé injustement comme coupable de séduction, à l’égard d’une jeune esclave, avait, par suite de cette calomnie, subi le supplice de la bastonnade, s’était vu livré aux outrages les plus ignominieux, et condamné à payer une amende considérable (4). L’an 847, ainsi qu’il nous l’apprend (5), il était sérieusement occupé de la composition de son ouvrage historique. L’année suivante (6), il sévit frappé d’une destitution, mais qui fut aussitôt révoquée. Voici de quelle manière il rend compte de cet événement. Le dimanche, troisième jour « de Rebi-second, un des dewidar (dewâdar) se présenta chez moi, de la part du

(1) Man. 65y, Fol. 196 verso.

(2) Ibid. fol. 226 r°.

(3) Ib., fol. 233 vu.

(4) lb., fol. 238 v°.

(5) Fol. 129 r°.

(6) Man. 657, fol- 271 r°-

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« sultan, et m’enjoignit de rester dans ma maison, ce qui annonçait une desti- « tution. Une heure n’était pas encore écoulée, que le scheïkh Schems-eddin- « Roumi, qui vivait dans la société du sultan, arriva, et m’apprit que le prince « s’était repenti de son ordre, et avait déclaré qu’il n’avait pas eu dessein de me « déposer. Il m’invita à me rendre, le matin même, au château , pour recevoir la « khilah (robe), symbole de la réconciliation ! Üxbk.» (i) À cette même époque,

îa peste régnait au Caire et dans le reste de l’Égypte. La nuit du dimanche, cinquième jour du mois de Safar, notre auteur ressentit, sous l’aisselle droite, une douleur assez vive, mais qui ne l’empêcha pas de dormir. Au jour, cette douleur se calma un peu, et le sommeil continua. Les choses restèrent dans le même état; le dix du mois, il se manifesta sous l’aisselle du malade, une tumeur grosse comme une petite pêche. Bientôt, elle commença à diminuer peu à peu, jusqu’à la dernière dixaine du mois, où elle disparut complètement (2). L’an 849(3), notre auteur fut destitué des fonctions de kadi-alkoclat , et remplacé par le scheïkh Schems-eddin Mohammed-Kaïâti. Mais celui-ci étant venu à mourir l’année suivante, Ebn-Hadjar fut réintégré dans ce poste éminent. Toutefois il ne le conserva pas longtemps: car il fut déposé, le dernier jour du mois de Dhou’lhidjah, de la même annéer et eut encore pour successeur Alem-eddin-Sâleh-Bolkini. Le lundi, huitième jour du mois de Rebi-second, il fut mandé pour reprendre le rang de kadi-alkodat , qu’occupait alors le scheïkh Wali-eddin-Safati ; mais cette fois, la faveur dont il semblait jouir fut de bien courte durée : car, dès le lendemain , il reçut sa destitution, et se vit remplacé par Alem-eddin-Bolkini.

Dès ce moment, notre auteur renonça complètement aux fonctions de la magistrature, et se confina dans sa maison, où il se livra entièrement à des recherches littéraires, et à la composition de ses nombreux ouvrages. Enfin , après une vie si agitée et si remplie, atteint d’une maladie qui dura plus d’un mois (4), il expira, le samedi, vingt-huitième jour du mois de Dhou’lhidjah, lan 85a (i443 deJ.-C.); ses funérailles eurent lieu le lendemain. On fit la prière sur son corps, dans le mousallâ (oratoire) de Bektemur-Moumini, situe sur la place de Romeïleh. Les principaux personnages de l’état suivirent le convoi, depuis la maison du mort, située en dedans de Bab-alkantarah (la porte du pont), jusqu’au cimetière de Karafah, où il fut inhumé. Le sultan Melik-Dâher-Djakmak

(1) On lit dans l’histoire d’Abou’lmahâsen(man. (2) Man. 657, fol. 271 r°.

666 fol. 1 1 r°.) que le sultan Barkok fit revêtir le (3) Manhel-sâfi, fol. 86 v . khalife d'une robe de réconciliation (4) Manhel-sâfi, loc. laud.

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assista à la prière funèbre. Le khalife Moustakfi-billah-Soleïman , les kadis, les savants, les émirs, les grands et la masse de la population marchaient à pied, derrière le cercueil; un homme d’esprit assura que, suivant son estime, plus de cinquante mille personnes se trouvaient réunies pour cette cérémonie. La mort de cet homme estimable fut pour tous les musulmans, et même pour les tributaires, un jour de deuil et de calamité. Les poètes s’empressèrent de chanter les louanges de l’illustre mort. Le jour de son décès, il tomba tout à coup une petite pluie, ce qui fut regardé comme un phénomène (i).

Ebn-Hadjar jouissait de la réputation la plus brillante et la plus étendue. Il se distinguait (2) par une conduite irréprochable, était humble, plein de douceur, et parlait avec une grande facilité. Il se plaisait à répandre des libéralités et des aumônes abondantes. Sa fortune était considérable. Il passait, avec toute raison (3), pour le premier hâfid de l’empire musulman. Depuis sa jeunesse, il était regardé universellement comme l’oracle de son siècle, pour tout ce qui concernait la science des traditions. On allait même jusqu’à dire que, dans aucun temps, il n’avait existé personne que l’on pût mettre, sous ce rapport, en parallèle avec lui. Il avait une belle chevelure blanche, une barbe de même couleur, un air imposant et plein de gravité, un beau visage, plutôt court que long, et le cou un peu maigre. Il réunissait au plus haut point l’intelligence, la douceur, le talent administratif, l’habileté dans les matières judiciaires, et l’art de capter les hommes. Jamais il n’adressait à personne un mot désobligeant. Au contraire, il se plaisait à faire du bien à ceux qui lui avaient fait du mal, et à pardonner lorsqu’il pouvait se venger. Il déployait, dans sa conversation , autant d’esprit que de science, citait à propos des vers et des traits historiques, anciens ou contemporains. Son style était élégant, sa voix sonore. Il jeûnait fréquemment, se livrait avec une exactitude scrupuleuse aux pratiques de la dévotion, et s’attachait à suivre les exemples des hommes éminents en vertu qui l’avaient précédé. Il consacrait une bonne partie de son temps aux élèves qui venaient s’instruire auprès de lui, soit qu’ils fussent étrangers, soit qu’ils fussent résidents. Il lisait et écrivait prodigieusement. Il réussissait également bien en vers et en prose. Il parle lui-même (4) d’une lutte poétique qu’il avait soutenue contre un autre écri-

(1) Ebn-Aïas, Histoire d’ Égypte , tom. I, (3) Manhel-sdfi, foi. 86 v°, 87 r°.

2e partie, fol. i5o v°. (4) Man. 65 7, fol. 23o r°.

(2) ld., ibid.

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