‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 18 sur 183 · I. MELJK-MOËZZ-AÎBEK · texte numérisé non relu

I. MELJK-MOËZZ-AÎBEK

an 655 (1257).

et un Mamlouk, appelé Sandjar. Le mardi, vingt-quatrième jour du mois de Rebi premier, Moëzz partit du meïdan (l’hippodrome), placé sur le terrain de Louk, et monta au château de la Montagne, où il arriva à la fin du jour. Il était déjà nuit, lorsqu’il entra dans le bain. Aussitôt, la porte fut fermée sur lui par Mohsin- Djaudjeri, qui était accompagné d’un page extrêmement robuste, et de plusieurs autres émissaires. Ils se précipitèrent sur Moëzz : les uns le saisirent par les testicules , d’autres le prirent à la gorge. Il appelait à son secours Schedjer-addorr, qui dit aux assassins de renoncer à leur projet (99). Mais Mobsin lui adressa des paroles dures, et lui dit: «Si nous l’épargnons maintenant, il n’épargnera ni « vous ni nous. » Le sultan périt sous les coups de ces furieux (100). Cette nuit même, Schedjer-addorr envoya à l’émir Izz-eddin-Aïbek-Hâlebi Alkebir (le grand), le doigt et l’anneau de Moëzz, et lui fit dire : «Mets-toi en possession de l’au- «torité. » Mais il n’osa faire une démarche aussi hardie. O11 répandit le bruit que Moëzz était mort subitement, pendant la nuit, et l’on introduisit des pleureuses (101) dans le château. Cependant, les Mamlouks de Moëzz refusèrent d’ajouter foi à cette nouvelle. L’émir Alem-eddin-Sandjar-Gatmi, qui était, à cette époque, le plus puissant et le plus redoutable d’entre les Bahris, partit en hâte, à la tête des Mamlouks, et pénétra dans le palais du sultan (102). Ils se saisirent

point du jour, la nouvelle de cette catastrophe s’étant répandue, excita dans toute la ville une extrême confusion.

(99) Suivant un autre récit, transcrit par Abou’lmahâsen, Schedjer-addorr frappa son mari à coups de pantoufles de bois jusqu’à ce qu’il expira.

(100) Le texte porte : ücl?- j; je lis j.

(101) Au lieu de que porte le manuscrit, je crois qu’il faut lire t, les pleureuses.

(102) Suivant le récit d’Abou’lmahâsen, Schedjer-addorr voyant les émirs et les Mamlouks arriver au château, et ne sachant quel parti prendre , envoya un message vers Melik-Mansour-Nour-eddin- Ali, fds de Moëzz, et lui fit dire, comme de la part de son père, de se rendre sur le bord du Nil , à la tête d’une partie des émirs, afin de faire équipper les galères qui devaient partir pour Damiette. Elle espérait par là diminuer la foule qui se pressait à la porte du château , et avoir le temps de réaliser ses projets; mais elle fut trompée dans son attente. Cependant le trouble et la confusion régnaient dans la ville. Les troupes se dirigèrent vers le château, qu’elles bloquèrent de toutes parts. Les Mamlouks de Moëzz-Aïbek pénétrèrent dans cette forteresse, accompagnés de l’émir Beha-^eddin- Bogdi-Aschrafi , commandant de la Halhah. L’émir Izz-eddin-Halebi aspirait à la souveraineté, et était secondé par plusieurs émirs Sâléhis. Mais il ne put réussir. Cependant, ceux qui se trouvaient dans le château mandèrent le vizir Scherf-eddin-Faïzi , et se concertèrent pour mettre sur le trône Melik-Mansour-Nour-eddin, fils d’Aïbek. Le jeudi, quinzième jour du même mois, une sédition terrible ayant éclaté dans la ville, et les troupes marchant vers le château, ceux qui se trouvaient dans cette

des esclaves, des femmes, les appliquèrent à la torture, et en arrachèrent l’aveu de ce qui s’était passé. Bientôt après, ils arrêtèrent Schedjer-addorr, Mohsin- Djaudjeri, Nâser-eddin-Halawah , et Sadr-albaz. INasr-Azizi s’échappa, et se retira en Syrie. Les Mamlouks de Moëzz voulaient massacrer Schedjer-addorr; mais elle fut protégée par les Mamlouks-Sâléliis , et on l’enferma dans la Tour rouge Lorsque le fils de Moëzz eut été placé sur le trône, Schedjer-addorr fut conduite en présence de la mère de ce prince, le vendredi, vingt-septième jour du mois; et les jeunes esclaves la frappèrent si violemment à coups de semelles de bois qu’elle mourut le lendemain. Son corps, revêtu d’un caleçon et

d’une chemise, fut précipité du haut du mur du château dans le fossé. 11 y resta quelques jours. Un homme du peuple enleva les bandes qui attachaient le caleçon. Enfin, après plusieurs jours de délai, lorsque le cadavre exhalait déjà une odeur fétide, on songea à l’ensevelir. On le porta dans une corbeille, au tombeau destiné pour cetle princesse, et qui était situé dans le voisinage du Meschlied-Nefisi. Cette femme altière, lorsqu’elle sévit tombée au pouvoir de ses ennemis, anéantit une énorme quantité de pierreries et de perles quelle broya dans un mortier. Mohsin-Djaudjeri fut pendu à la porte du château. Quarante eunuques furent fendus en deux (io3) sous les murs de cette forteresse, puis

forteresse résolurent de décerner le titre de sultan à l’émir Alem-eddin-Sindjar-Halebi , qui était Atabek de Melik-Moëzz. On lui fit prêter serment de fidélité par les troupes et par les émirs Sâléhis, quoique, pour la plupart, ils répugnassent à cet acte. L’émir Izz-eddin refusa d’abord; mais ensuite, craignant pour sa vie, il prêta le serment. Tout paraissait pacifié; mais ce calme ne fut pas de longue durée.

(io3) Le verbe ia-uj signifie : Mettre un homme à mort, en lui fendant le corps en deux. Ce supplice cruel a toujours été en usage dans l’Orient. On lit dans le Kitab-alagâni (tom. II, fol. 45 r°) : Axhïs w> « Hareth frappa avec son épée le milieu du corps

«du page, et le coupa en deux. Dans l 'Histoire de Kaïrowan (man. arab. 752, fol. 70 r°) ■. y> !

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«verneur ordonna que le commandant du château fût coupé en deux . . . Une partie du corps «tomba d’un côté, et l’autre partie de l’autre côté.» Dans l’ouvrage historique de Makrizi ( Solouk ,

(t. II, fol. 237 v°, 353 r®) : <L»Jb da-j. Au rapport du même écrivain (ib., f. 445 v°),

et d’Abou’lmahâsen (man. 667 fol. 29 v°, 3o r°) « Le sultan d’Égypte Borsebaï attaqué d’une maladie « dangereuse, et qu’aucun remède n’avait pu soulager, s’en prit à ses deux médecins, dont il avait «infructueusement suivi les ordonnances, et ordonna de leur ouvrir le corps en deux. Un de ces «infortunés se résigna à son triste sort, et subit la mort sans se plaindre. L’autre, ayant voulu « opposer à l’exécution de cet arrêt inique une résistance énergique, périt lentement, par un supplice

AN 655 (ia57). I. MELIK-MOËZZ-AÏBEK. ^

attachés à des potences placées depuis le château jusqu’à la porte de Zawilah. On arrêta le sâlieb Beha-eddin-ben-Hinna , attendu qu’il avait été vizir de Schedjer-addorr, et on lui fit souscrire un engagement de soixante mille pièces d’or. Melik-Moëzz avait régné sept ans moins trente-trois jours. Il était âgé d’environ soixante ans. C’était un prince prudent , brave , enclin à répandre le sang ; il fit égorger ou étrangler un grand nombre de personnes innocentes, uniquement pour se faire redouter de tous ses sujets. 11 imagina des exactions et des actes de tyrannie qui furent continués par ses successeurs. Il eut pour vizir le sâlieb Tadj-eddin-Abd-alwahhab-ben-Bint-alaaz. Ensuite, il le destitua, et choisit, pour le remplacer, lé kadi Asad et Scherf-eddin-Hibet-allali-ben-Sâëd-Faïzi. Ce dernier prit sur lui un extrême ascendant, et inventa les vexations les plus odieuses. Il choisit pour son suppléant v-^oLi , dans les fonctions du vizirat, le kadi Zem-eddin-Iakoub-ben-Zobaïr. Comme ce dernier savait la langue turque , il était chargé d’observer les réunions des émirs du royaume, et de rapporter au vizir ce qu’on disait de lui.

« des plus cruels, et fut mutilé d’une manière affreuse Schiltberger ( Reise in den

Orient , pag. 102,) rapporte [que le sultan d’Égypte, successeur de Waracldoch (Barkok), ayant été fait prisonnier, fut scié en deux. Le voyageur Frescobaldi, qui parcourait l’Égypte à la fin du XIVe siècle, nous donne, sur ce supplice, les détails suivants ( Viaggio in Egiilo e in Terra sauta, pag. 171) : «Le criminel entièrement nu, fut placé sur un chameau, lié à des morceaux de bois, «disposés en forme de croix; et ses bras étaient attachés si haut, qu’il paraissait comme suspendu. «Le bourreau arriva, armé d’un grand sabre nu; piqua un peu le patient: puis, aussitôt, il lui « appliqua, au-dessus du nombril, un si grand coup de sabre, qu’il lui fendit le corps en deux. Les «bras et la partie supérieure du corps restèrent pendus. Les cuisses et le reste du tronc demeurèrent « sur le chameau. Les intestins seuls tombèrent à terre. « Le voyageur Baumgarten ( Peregrinatio in Ægyptum , Arabiam, etc., pag. 86), parle d’un Maronite qui, ayant été fendu en deux, survécut encore trois heures. Ce genre de supplice est très-fréquent dans la Perse ; mais avec cette différence, que l’on se contente d’ouvrir le corps du criminel, sans le fendre entièrement (Chardin, Voyages en Perse, tom. I, pag. 243, tom. II, pag. 3oi).

En persan, l’action de faire subir ce supplice, est exprimée par les mots : On lit

dansle Djihan-kuschaï (man. pers. de Ducaurroy, 36, f. 12 r°) : Jjùj Jo îj ^ ]j !j. «On

«fendit par le milieu du corps ses autres amis. » Et chez le continuateur de Raschid-eddin (f. 494 r° et v°) : jJJ Dans le Schah-nâmeli (tom. I, pag. 394), il est fait mention d’une femme

qui fut condamnée, par ordre du roi Kaïkaous, à être sciée par le milieu du corps. On dit aussi simplement, et dansle même sens, On lit dans l’histoire de Raschid-eddin (f. 296 v°):

jjùjf a.Lo îjjî « On le coupa en deux, sur le bord du Tigre.»

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