‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 17 sur 183 · I. MELIK-MOËZZ-AÏBEK · texte numérisé non relu

I. MELIK-MOËZZ-AÏBEK

porte des marchands de trèfle ^kiJàJI v jb qui, depuis cette époque, a

conservé le nom de Bcib-mahrouk s >LJî, c’est-à-dire porte brûlée (70).

Quelques-uns d’entre eux se rendirent à Karak , auprès de Melik-Moughitli; d’autres allèrent à Damas, trouver Melik-]Nâser ; d’autres enfin s’établirent dans les villes de la province de Gaur, à Balka, à Karak, à Schaubak, à Jérusalem, commettant des brigandages sur les roules, et se procurant leur subsistance à la pointe de leur épée. Douze des Mamlouks-Bahris s’étant engagés dans le désert appelé T ih~ ben i-lsraïl aJ , y errèrent à l’aven-

ture pendant cinq jours. Le sixième, ils aperçurent de loin des débris vers lesquels ils se dirigèrent. Ils trouvèrent une grande ville (71) qui avait des murailles et des portes bien solides, toutes construites de marbre vert. Ils parcoururent l’intérieur de cette cité, dont le sable avait couvert les rues et les

«s»Xj (J, .Liuo. Au rapport d’Abou-Amrou, on ne doit pas employer kiwi à la quatrième forme, ✓ /

«lorsque l’agent n’est pas nommé ( c’est-à-dire au passif). Thcâleb est également de cet avis. Suivant

« Fera et Zadjadj , on dit indifféremment kiw et 2S JJ kiwi, c’est-à-dire : « 11 s’est repenti.» Mais,

« de l’avis du premier de ces écrivains, la forme kiw s’emploie plus fréquemment , et est meilleure.

«Suivant le témoignage d’Abou’lkâsem-Zadjadji , la locution kiw n’était point en usage

« avant l’Alcoran, les anciens Arabes ne la connaissaient point; et on la chercherait inutilement dans

«leurs poésies. Et une preuve atteste la vérité de cette assertion. Lorsque les poètes de l’Islamisme

« eurent connaissance de cette locution, et voulurent s’en servir, ils ne surent pas la véritable ma-

«nière de l’employer, attendu qu’elle ne leur était nullement familière. Le poète Abou-Nawas a dit :

J W-* ^kiil ijÉi j « Combien de fois l’ivresse m’a ôté l’usage de mon esprit ». « Abou- /

« Nawas était un homme savant et habile. Toutefois il s’était trompé dans cette occasion. En effet,

P P fi „ O P

« la forme ne peut venir que d’un verbe actif. On ne peut pas dire , ni ; mais

« on doit employer la forme ^2, s et ,.3* Au rapport d’Abou-Hâtem , on peut dire :

« SJo ^ kiw «Il s’est repenti.» Mais c’est là une erreur semblable à celle d’ Abou-Nawas. »

Meïdâni ajoute les observations suivantes : « Le mot «Xj main, se trouve employé ici, attendu que «l’homme qui se repent se mord les mains, et les frappe l’une contre l’autre en signe de tristesse, « suivant ces expressions : du jour où l’homme injuste se mordra les mains ; et celle-ci : Il agitait ses « mains de chagrin de la dépense qu’il avait faite. Et l’abattement des mains est devenu ici un symbole « du repentir. »

(70) Makrizi , dans sa Description de l’Égypte (man. arab. 797, fol. 3 1 5 r° et v°), répète absolument les mêmes détails.

(71) Makrizi, dans sa Description de l’Égypte (man. 797, fol. 169 v°), a reproduit les mêmes détails. J’ai, dans un autre ouvrage, offert la traduction de ce morceau. Je n’ai pas besoin d’insister ici pour faire comprendre que les ruines dont il est question appartenaient à la ville de Petra.

maisons. Les vases et les vêtements, lorsqu’on les touchait, se décomposaient et tombaient en poussière. On trouva dans des vases, qui avaient appartenu à un marchand d étoffes, neuf pièces d’or, sur chacune desquelles était gravée la figure d’une gazelle entourée d’une inscription en lettres hébraïques. Les Mamlouks ayant creusé dans un endroit rencontrèrent un pavé qu’ils enlevèrent; au-dessous était une eau plus fraîche que la neige, et dont ils burent à longs traits. Ayant marche toute la nuit, ils rencontrèrent une troupe d’Arabes qui les conduisirent à Karak. Là ils présentèrent les pièces d’or à des changeurs, et l’un d’eux leur dit : « Cette monnaie a été frappée du temps de Moïse. » S’étant informés du nom de la ville, ils apprirent que c’était la cité verte qui avait été bâtie à

242 l’époque où les enfants d’Israël erraient dans le désert; qu’elle avait éprouvé un déluge de sable, qui tantôt augmentait et tantôt diminuait, et quelle n’était jamais rencontrée que par des voyageurs égarés dans le désert. On changea les pièces d’or au cours de cent pièces d’argent pour chacune.

Cependant, parmi les Mamlouks, Kaschtemur-Adjemi, Scharbasch-Adjemi, Sandjâr-Havouk, Rokn-Farekâni, Sonkor-Djobaïli, Sonkor-Habischi Alkebir (le grand), et Habisclii Assaghir(\e petit), qui avait rempli les fonctions de chambellan, Saïkal, Gatmi, Belbân-Nedjmi , Bekmesch-Masoudi, Abou-Aïbah, Némisi, Fakhreddin-Mâma, Aïdemur-^crar/ar-Roumi, Sonkor-Rokni, Hosam, parent de Senkez, Idgâdi-Fâresi, Belbân-Zohairi , Sandjâr-Bedri, Ezdemur-Saifi, Ezdemur-Bawaschki, mamlouk de Resclhd alkebir (le grand), Aïntâbi, Mostakâri, Sonkor-Bediwi, Aibek- Schekâri, Idgâdi-Fitneh, Seïd-eddin-Aschal, Kholâni, Sandjar-Sekâri , Matrouhi, Aïbek-Fâresi, Aïas-Mokri, partirent accompagnés d’un grand nombre d’autres Mamlouks d’un rang inférieur qui étaient cljemdars Sâléhis. Ceux-ci avaient pour chefs l’émir Alem-eddin-Sandjâr-Baschkirdi, le plus habile et le plus intelligent d’entre eux, et l’émir Schems-eddin-Sonkor-Djobaïli, qui passait pour le plus belliqueux et le plus actifde tous VjlkdJLj ^^1(72). Ils se rendirent auprès du

(7 1) Le mot arabe scbatir qui a également passé dans la langue persane, se prend dans deux significations. D’abord, il désigne un brigand, un voleur. On lit dans le Kitab-alagani (t. IV,

fol. 109 v°) : jlhiJ I « 11 était associé avec les brigands. » Dans l’ouvrage biographique

d’Ebn-Khallikan (man. arab. 73o, fol. 2.26 v°), et dans Y Histoire d’Égypte d’Abou’lmahâsen (man. arab. 65g, fol. i45 v°), on trouve ces mots : «Il était brigand, et volait

« sur les grands chemins. » De là s’est formé le verbe jiaAo , qui signifie : se livrer au brigandage. On lit dans le Kitab-alagani (Joe. laud.) :jU=.âJ! J* A4V.J ^ « Il se livrait au brigandage, et

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sultan Ala-eddin , prince du pays de Roum (l’Asie Mineure). Moëzz-Aïbek, ayant appris de grand matin que les Mamlouks-Bahris avaient quitté le Caire, fit arrêter ceux qui étaient restés dans la ville, en punit de mort quelques-uns, et jeta les autres en prison. Il fit saisir leurs propriétés, leurs richesses, leurs femmes, leurs serviteurs, s’empara de l’argent et des objets précieux (73), et des

« était Associé avec les voleurs.» Suivant le témoignage d’un voyageur portugais , Tenreiro, qui parcourait l’Orient dans le 16e siècle ( ltlnerario , édit, de 1762, pag. 387), les Bohémiens portent en arabe le nom de Xatres. Et cette dénomination leur a sans doute été appliquée en raison des habitudes de brigandage que ces vagabonds conservent dans tous les pays qu’ils habitent. Dans un passage de l’ Anthologie arabe de Soïouti (man. arab. i568, fol. 210 r°) cet écrivain emploie le mot jb Là dans le sens d e criminel condamné à la mort. Parlant des Bohémiens qui remplissaient en Égypte les

fonctions de bourreaux, il compte parmi les droits attribués à ces hommeSj Lk-Aj î v J..w «La dé-

«pouille des criminels. » Ce qu’il explique ainsi : ^ àds L>

«Lorsqu’un homme était étranglé, tous les habits qu’il avait sur le corps appartenaient aux « bourreaux. »

Le mot jJsli,, employé dans un autre sens, désigne un homme habile , actif. Dans un passage du Bostan de Sadi (édit, de Calcutta, pag. 82), le mot jJslA. est expliqué par Dans une

histoire de la ville de Kaïrowan (man. arab. 762, fol. 60 v°), on lit : J! ^JsLdJî U!

«Je suis un homme habile, un vaurien; consulte, à cet égard, les « musiciens qui touchent le mieux la lyre et le luth. » Dans la V ie du sultan Kelaoun (man. de

Saint-Germain 118 bis) :jLLaJ! « Les hommes sûrs et habiles. » De là s’est formé

le substantif schetarah ly Üi , qui signifie habileté , adresse. On lit dans le Mesalek-alabsar (man.

arab. 583, fol. 108 r°) : àià. j AjjLki. \ ^aJÎ — «Saladin témoigna son

«étonnement de l’adresse de cet homme, et de la rapidité de ses mouvements. » Dans le Roman d' Antar (manuscrit, t. 111, fol. 108 r°), on lit : A3 « 11 a montré son adresse. » Plus

loin (fol. 1 58) : VjlkÂJi j <J> “b était accompagné de quarante

« esclaves, tous distingués par leurs talents pour l’équitation et leur adresse. » Et enfin (fol. 278 v°) :

ij 1-LaJ i j ïjji! 1 plsu J « 11 connaissait leur force et leur adresse. » Dans Y Histoire des Mongols

de Raschid-eddin (man. pers. 68 À, fol. 357 v°), on lit : ^!a5Î «L’audace et l’adresse.»

Le motj.kLb désigne encore: un coureur a pied, un messager. (Chardin, Voyages en Perse, tom. Il, pag. 46, 47, 90. Fraser, Journey into Khorasan, pag. 1 15, 297, 298. Mémoires du chevalier d Arvieux, tom. II , pag. 539 et suiv. etc.) Dans le Voyage de Moquet (pag. 179) ce mo*: es*- écrit Citere.

(73) Le mot hautah signifie : garde , surveillance , et par suite « Les précautions que 1 011

« prend pour s’assurer d’une personne ou d’un objet qui se trouve sous la main de 1 autorité. » O11

lit dans le Manhel-sâfi d’Abou’lmahâsen (t. IV, fol. 82 v°) : aL-sLax « 11 fut chargé

«de saisir ses biens. » Plus loin (fol. i3o r°) : sJ!^*3j «Pendant

« la nuit, on fit garder à vue les maisons de tous ces personnages. « Dans la Vie de Bibars (man. 8o3,

greniers (74) qui leur appartenaient ^ 11^1 ^\. La confis-

cation des biens de Fâres-Aktaï lui procura des sommes immenses. On fit proclamer dans les villes du Caire et de Fostat des menaces terribles contre ceux qui

fol. ix v°) : Lb^s. vJUs-* vjXljt Uvb «Cette propriété était saisie par le divan. »

Dans l’histoire d’Ahmed-Askalâni (t. II, man. arab. 657, fol. i33 r°) : ïbj=r^ alwjî

jifi ^J3 (J-* “W l’envoya dans le Saïd, afin de s’assurer de la succession d’Omar.» Abou’lmahâsen , Hist. d’Égypte (m. 662, f. 40) s’exprime ainsi : b ùJî ^Jl ïb^sr5! « Il l’envoya sous

« bonne garde en Égypte. Dans la Description de l’Égypte de Makrizi (art. àj ,L*w.9):

il \y= î ji L~ ibjsrfi « On saisit toutes ses richesses. » Et les mêmes mots se trouvent répétés dans le Kitab-assolouh du même auteur (tom. 111, fol. 1 5). Le verbe bL*. à la quatrième et à la huitième forme, ayant après lui la préposition ^J.s> ou >, > signifie : s’assurer d’une chose , la saisir, la confis-

quer. On lit dans l’histoire d’Ahmed-Askalâni (tom. II, fol. 141 v°) : 2jÎaj b,o^i «O11 saisit sa «maison. » Dans X Histoire d’Égypte d’Abou’lmahâsen (man. 662, fol. 40) : jbjJ! ^1

I J.*; «Il l’envoya en Égypte, après qu’on eut saisi tous ses biens. » Dans la Description de l’Égypte par Makrizi (art. iiM ^3 j b) : j <0^1 ^ “ On saisit

«tous ses biens et ses effets. » Dans l’histoire d’Ahmed-Askalâni (tom. Il, fol. 23 v°) : bbad

^ « Il s’assura de leurs richesses. » Dans le Manliel-sdfi d’Abou’lmahâsen (tom. IV, fol. 55 r°) :

bLo>.î «Il saisit ses propriétés.» Plus loin (fol. 146 r°) : 2 t^bLa-î. Dans

X Histoire d’Égypte du même auteur (man. 662, fol. 38) : < Ü.& IbLar® I j b jJ t ^J! «Il

«l’envoya, sous bonne garde, en Égypte. » Dans l’histoire d’Ebn-Aias (man. arab. 5q5 A, tom. II, fol. 68) : 3 J^j! “fi saisit tous les chevaux qui se trouvaient

« dans la province de Scharkiah. ».

(74) Le mot schounah àojA, au pluriel schouwcn dans le langage arabe de l’Égypte,

désigne un grenier. On lit dans l’ouvrage de Khalil-Dâheri (man. arab. 696, fol. 61 r°) : LxLbLJI «Les greniers du sultan. » Ailleurs (fol. 248 v°) : ‘•IjJshMj «ydJl. Et plus loin (Ib. et 249) on trouve la définition de ces deux mots : w>lb^.bîl j JbLd! ^*^0 L»

« On entend par le mot schouwen l’endroit où l’on dépose tout ce que l’on emploie habituellement « de grains , de bois, de paille , et autres objets semblables ; et le mot Ahra désigne les lieux destinés “à tenir en réserve des grains de toute espèce, et que l’on n’ouvre qu’au moment où la nécessité « l’exige. » On lit dans X Histoire d’Égypte d’Ebn-Aïas (man. 5q5 A , tom. II, fol. 1 48 ) : ^j^3.

«11 ordonna de livrer les greniers aux flammes. » Plus bas (fol. i5o) : | fi

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cacheraient un Mamlouk-Bahri. Dès ce moment, Melik-Moëzz se trouva véritablement le maître. Il réunit au domaine du sultan la ville d’Alexandrie. 11 diminua une partie des droits et des contributions vexatoires qu’il avait récemment établies.

Cependant, les Mamlouks-Bahris, parmi lesquels se trouvaient Rokn-eddin- Bibars-Bondokdâri, Seïf-eddm-Belbân-Reschidi, Izz-eddin-Ezdemur-Saïfi, Schemseddin-Sonkor-aschkar, Seïf-eddin-Scheker, Seïf-eddin-Kelaoun , et Bedr-eddin- Baïseri, étant arrivés à Gazali, écrivirent à Melik-Nâser qu’ils étaient disposés à entrer à son service. Ce prince ayant accueilli leurs propositions, ils firent des courses sur les terres des Francs, dans le Sahel (la Phénicie), et portèrent partout le carnage et la dévastation. Lorsqu’ils furent arrivés à peu de distance de Damas, Melik-Nâser sortit à leur rencontre, les revêtit de robes d’honneur, et leur distribua de magnifiques présents. Ils pressaient ce prince de tenter la conquête de l’Egypte; mais Nâser 11e répondait à leurs sollicitations que par des paroles évasives.

Sur ces entrefaites, Moëzz, qui redoutait l’audace de ces Mamlouks, écrivit à Nâser, pour lui inspirer des soupçons contre eux, et lui faire croire qu’il avait tout à craindre de leurs inclinations perverses. Nâser, de son côté, redemanda à Moëzz les villes du Sahel, dont il s’était emparé, à cause des Bahris, attendu qu’elles faisaient partie de leurs fiefs. Moëzz les restitua à Nâser; celui-ci assura à chacun le bénéfice militaire qui lui appartenait , et en confirma la donation par des diplômes délivrés en son nom aux Bahris.

En même temps, Moëzz écrivit au sultan du pays de Roum que les Bahris

j «Ils se rendirent aux greniers de froment, situés à Fostat et à Boulait.» Et

enfin (fol. 167) : LjÜiLJI î îi" «L’écrivain chargé d’enregistrer l’orge dans les

« greniers du sultan. » Le pluriel se trouve aussi dans l’ouvrage biographique d’Ebn-Khallikan (man. 730, fol. 277 r°). Ce mot n’a point été inconnu aux voyageurs européens. Dans l’ouvrage de Prosper- Alpin ( Historia Ægypti naturalis, pag. 21), 011 lit : « Horreum Sone nuncupatum. » Dans le Traité des revenus de l’Egypte de Séquezzi ( Relations véritables et curieuses de Vile de Madagascar, 2e partie, pag. 87), ce mot est écrit sorna (souna). Le même terme se trouve également dans la Relation de Yansleb (pag. i3o), où il est écrit scione. Dans celle du P. Sicard ( Mémoires des Missions, tom. II, pag. 161, 162) , on lit chouné. Et ce missionnaire en parle en ces termes : « Je me rendis à « la chouné , c’est-à-dire au magasin public du froment et des légumes. Les chounés sont de grandes «cours fermées, où les grains sont exposés en divers monceaux, et entassés à l’air. Des enfants à « gage y font sentinelle le long du jour contre une armée d’oiseaux que ces grains attirent de toutes « parts , etc. »

étaient des hommes mal famés, méprisables i (75), qui ne se montraient jamais fidèles à leurs serments, et refusaient de se soumettre à l’autorité d’aucun maître. Il ajoutait : «Si vous leur donnez une amnistie, ils vous «tromperont. Si vous leur demandez un serment, ils y manqueront. Si vous leur «témoignez de la confiance, ils y répondront par la perfidie. Prenez donc bien «vos précautions à leur égard. En effet, ce sont des hommes fourbes , artificieux , «menteurs; et je crains qu’ils ne trament contre vous quelque complot.» Cette lettre porta l’inquiétude dans lame du sultan de Roum. Il manda les Mamlouks , qui étaient au nombre de cent trente cavaliers, et leur dit : « Émirs, quel motif « avez-vous eu de vous plaindre de votre maître ? » L’émir Alem-eddin-Sandjâr- Baschkirdi, s’avançant hors des rangs, dit au prince ; «Notre seigneur, quel est, «suivant vous, notre maître?» Le sultan dit: «C’est Melik-Moëzz, souverain de « l’Égypte. » L’émir répondit : « Que dieu protège les jours de notre seigneur le «sultan. Si Melik-Moëzz a dit dans sa lettre qu’il est notre maître, certes il s’est « trompé. Il n’était autre que notre collègue. C’est nous qui lui avons déféré « l’autorité, tandis que nous avions au milieu de nous des hommes plus âgés, d’un « rang plus distingué, plus belliqueux, et plus dignes de l’empire. Pour récom- « pense, il a fait égorger, emprisonner, ou noyer une partie des nôtres. Aussi, pour «échapper à sa fureur, nous avons pris la fuite, et nous sommes répandus dans «différentes contrées. Et, quant à nous autres, c’est auprès de vous que nous «sommes venus chercher un asile. » Cette réponse plut au sultan , qui admit les Mamlouks à son service.

Cette même année, la paix fut conclue entre Melik-Nâser et les Francs, possesseurs d’Akka , pour un espace de deux ans six mois et quarante jours , à

(75) Le mot pluriel atraf s , qui signifie, en général, les extrémités, désigne quelquefois

des hommes vils , ou des hommes d’une condition inférieure. On lit dans les Addilcimenta ad historiam

Arahum (pag. 81) : ij»a J! J.s I ^ ^ « Il était au nombre des hommes de la basse classe,

«dans la ville de Basrah. » Dans le Kdtnel d’Ebn-Athir (tom. VII, pag. 333):

«Un homme de la plus basse classe. « Dans le Manliel-sâfi d’Abou’lmahâsen (tom. IV, man.

arab. 750, fol. 5 r°) : iJL A 7^4 1 ^XLfl ^55 y ^ « Il était du nombre des

«hommes d’une condition inférieure, que Melik-Mouwaïad-Scheïkh avait élevés en honneur.» Et

dans l’histoire de Nowaïri (man. arab. de Leide, fol. 19 r°) : «Lo'iü j j

AÜJ! y « Ils évitaient la société des jurisconsultes, des savants, des

«littérateurs, des hommes habiles; et ne recherchaient, dans chaque ville, que la société des « hommes de la plus basse classe. »

an 65a (1254). I. MELIK-MOËZZ- AÏBEK.

partir du premier jour de Moharram. On convint que les Francs auraient pour tributaire (76) le pays qui s’étend depuis le scheriah I , c’est-à-dire le Jourdain. Les deux partis jurèrent l’observation de ce traité. Cependant, Melik- Moëzz concéda à l’émir Ala-eddin-ïdgâdi-Fehri la ville de Damiette, en sus des autres fiefs qu’il possédait déjà. Le produit de cette place s’élevait alors à trente mille pièces d’or. Bientôt après, ce prince sortit du château de la montagne à la tête de ses troupes, et vint camper à Bârideh ib.LJ! (77), dans le voisinage

(76) Le mot garam ou gor/n , çjd ou p.& en arabe, signifie souvent une taxe , un tribut. Dans un vers transcrit par Khalil-Dâheri , on lit ces mots (fol. 278 r°) : Y I aJ ]j)jS

«Dites-lui qu’il paye, pour l’Egypte, un tribut sans difficulté. » Le mot garam est employé avec la même signification à Tunis (Maggill, Voyage à Tunis , pag. 35); à Alger ( Nachrichten über die Algierschen staal, tom. III, pag. 24; Pananti, Relation cVun séjour à Alger, pag. 278; Mémoires du chevalier d’ A r vieux , tom. V, pag. 267), et à Maroc (Journey to Mequinez, pag. 70; Relations des voyages à Maroc , pag. 73, 123; Pidou de Saint-Olon, Relation de Maroc, pag. 19; Relation de l’affaire de Larache , pag. 101, 346, 366). Voyez aussi Sousa ( Vesligios , etc., pag. 101), et Cobarruvias ( Tesoro , etc., folio 4'3o). Le mot rnagram a aussi en arabe le sens de contribution, impôt. On lit dans les Prolégomènes d’Ebn-Khaldoun (fol. 53 r°) : plsijî

«Ce qui concerne les impôts et les contributions. » Plus loin ( ibid .): plsij! ^

I)i~» j «Car les impôts et les contributions sont un signe de vexation et de faiblesse. » Ailleurs (ib.) : U! p» ^Ja pLsUl “Hs payaient des impôts aux rois du temps des-

« quels ils vivaient.» Et enfin (fol. 55 v°) : Upc» Ajji-cklj L «Ce qu’ils en-

« lèvent aux hommes par voie de pillage ou d’impôt, » Dans le Kitab-assolouk de Makrizi (tom. Il,

fol. 34o v°) ^a vJkô-X». pLij! JLkib «On proclama

« l’abolition des droits qui avaient été établis sur les barques pour servir à la construction des ponts. » Le mot gârem pl& signifie quelquefois : Celui qui paye un tribut, une contribution. On lit dans les Prolégomènes, d’Ebn-Khaldoun (fol. 53 r°) : jJ jJ I L-ks ! U

îJidl' «Les tribus qui payent un impôt, lorsqu’elles ont consenti à l’acquitter, se sont soumises à « l’humiliation. » Le verbe p& , à la quatrième forme, signifie : Soumettre quelqu'un à un tribut , à une contribution. On lit dans Y Histoire d’ Égypte d’Ahmed-Askalâni (tom. II, fol. 56 r°) jO <Lo |

)jfS « Il le condamna à payer une somme considérable. » Dans l’ouvrage biographique d’Ebn-

Khallikan(f. 443, v°) : » süï . <b~. A,»j.iî «Il 1’ imposa à six millions de pièces d’argent. »

(77) Le nom de cette ville est écrit de plusieurs manières. Tantôt on lit Wârideh itajhJî (voy.

Mémoires géographiques sur l’Égypte, t. I, p. 53); et plus souvent Wârredeh !. Khalil-Dâheri

(f. 238 v») indiquant les relais de la poste aux pigeons, tels qu’ils étaient placés sur le chemin de la Syrie , indique Belbeïs , Sâléhieh , Katïa et Warrâdeh. Lorsque l’on transportait des charges de neige, de la Syrie au Caire (ibid., fol. 240 r°) , on se rendait d’Alarisch à Warrâdeh. Le même nom

d’Abbaseh L-LjJI. Il craignait les entreprises des Bahris, qui étaient alors postés près d’Aoudja U.jjJI (78).

Cette même année, Melik-Moëzz exila dans les contrées soumises à Lascaris (l’empire grec) Aschraf-Mousa, fds de Nâser-Iousouf. A cette époque, le scheïkh Nedjm-eddin, fds d’Abd-esselam , professa dans le collège Sâléhi. Sur ces entrefaites, on vit arriver à Damas le schérif Izz-eddin-Abou’lfotouh-Mountadah , fds d’Abou-Tâleb. . . Hosaïni. Il amenait avec luila princesse Melikah-Kliatoun,

244 fdle du sultan Ala-eddin-Kaïkobad , souverain du pays de Roum; elle devait épouser Melik-Nâser-Iousouf. Elle fut présentée à ce prince (79), qui l’accueillit avec la plus liante distinction , et déploya dans le festin nuptial une extrême magnificence. Vers ce même temps, un feu qui parut dans la ville d’Aden, porta l’effroi dans tous les cœurs. Melik-Mansour choisit pour kadi de la ville de Hamah Schems-eddin-Ibrahim-ben-Hibet-Allali-Barezi. Il succédait à Mohii-Hamzah-ben- Mohammed. Cette année vit mourir le roi des Tatars, Sartak-Khan fds (arrière-petitfils) de Djenghiz-Khan , après un règne d’un an et quelques mois. Il eut pour successeur Berekeh-Khan , fds de Batou-Khan , petit-fils de Dousclii-Khan , et arrièrepetit-fils de Djenghiz-Khan. Le nouveau prince embrassa l’islamisme, fit fleurir dans ses Étals la religion musulmane, fonda des collèges, et combla d’honneurs les théologiens. Son épouse, nommée Djedjek adopta les mêmes principes religieux, et

se retrouve encore dans le même ouvrage (fol. 242 v°) , en parlant de la poste -XJj. J ! qui partait du château de la montagne et se dirigeait vers la Syrie. On lit dans l’histoire de Nowaïri (26e partie, man. de Leide, fol. 160 r°) : «Après la mort de Melik-Kâmel, Melik-Nâser-Daoud s’étant emparé «de Gazah et de la côte de Syrie poussa ses incursions jusqu’à Warrâdeh, et renversa le

« colombier qui se trouvait dans cette ville. » Makrizi nous apprend ( Description de l’Egypte, man. 797,

fol. 181 v°) que Warrâdeh ï-d^Jî était à dix-huit milles d’Alarisch. Un lieu nommé Omm-albdrid, est indiqué dans un passage de Nowaïri. On y lit (fol. 201 r°) : IwLxJî w\4* j^U! ç\ J* Jjp «11 vint «camper à Omm-albarid, non loin d’Abbaseh.» On pourrait croire que la leçon est fautive, et qu’il faut lire : v j.x) î , Omm-alarab. Car Makrizi ( loc . laud.) place un lieu de ce nom près d’Ab-

baseh et de Warrâdeh. Mais Omm-albârid se trouve indiqué ailleurs. Aboulmahâsen (man. ar. 661, fol. i5g v°) fait mention d’un lieu nommé Bir-alkâdi (le puits du kadi), situé entre

Warrâdeh et Alarisch , qui devait former la frontière de la Syrie et de l’Égypte.

(78) Imad-eddin-Isfahâni fait mention (man. 714, fol. 265 v°) de la rivière d’Aoudja L^*J! qui n’était pas éloignée de la ville d’Arsouf. Il en est également parlé dans l’histoire de Novaïri (26e partie , man. de Leide, fol. 171 r°).

(79) Je lis : aJI 'JL&js , au lieu de vJUSyL

ait 65^ (1254). I. MELIK-MOËZZ-AÏBEK. $7

lit disposer, pour son usage, une mosquée formée d’une tente. Elle employa, pour cet effet, le ministère du scheikh Nedjm-eddin-Kebra.

Medj-eddin-Abou’lbarakat-Abd-asselam-ben-Abd-aïlali ... de la ville de Harran , de la secte des Hanbalis, mourut cette année, à lage de soixante et deux ans (80); Kemâl-eddin-Abou-Sâlem-Mohammed-ben-Alimed. . .de la ville de Nisibin, de la secte de Schafeï, Khatib (prédicateur) de Damas, mourut à Alep, au moment où il venait de faire le voyage du Caire (8r).

Cette même année (82), la Mecque fut prise sans combat par le schérif Radjibben-Djemaz-ben-Hasan. Au mois de Rebi cnval (Rebi premier), son fils Gânem s’empara de la même ville, sans coup férir. Au mois de Scbewal, le schérif Abou-Nemi, et le schérif Edris, prirent les armes, attaquèrent Gânem, et se mirent en possession de la Mecque. Mais, le vingt-cinquième jour du mois de Dhou’lkadah, Bârez-ben-Ali-ben-Bertas, arriva du Yémen, attaqua et vainquit les deux schérifs, et présida aux cérémonies du pèlerinage.

L’émir Izz-eddin-Aïbek-Afram-Sâléhi s’étant retiré dans le Saïd, réunit les XîT Arabes, et annonça hautement le dessein de se soustraire à l’obéissance de ''> ) > Melik-Moëzz. Celui-ci envoya des troupes sous les ordres du vizir Asad-Scherfeddin-Haibizi, qui parvint à pacifier la province. Cependant Melik-IVâser fit marcher contre l’Egypte un corps d’armée, dans lequel se trouvaient les Mamiouks- Bahris, savoir : l’émir Seïf-eddin-Belbân-Raschidi , Izz-eddin-Ezdemur, Scbemseddin-Sonkor-Roumi, Schems-eddin-Sonkor-aschkar, Bedr-eddin-Beïsari , Seïfeddin-Kelaoun , Seïf-eddin-Belbàn-Masoudi , Rokn-eddin-Bibars-Bondokdari , et plusieurs autres Mamlouks, qui avaient appartenu à Fâres-Aktaï. Celte même

(80) Au rapport d’Abou’Imahàsen (man. 661, fol. i65 r°) ce personnage était né vers l’an 570 (1174 de J. C.). 11 avait, dans sa jeunesse, étudié la jurisprudence sous son oncle paternel le Khatib (prédicateur) Izz-eddin. Il excellait dans cette science aussi bien que dans celle des traditions, il avait beaucoup voyagé, et rempli, à plusieurs reprises, les fonctions de professeur. 11 mourut dans la ville de Harran, sa patrie, le jour de la rupture du jeûne çj).

(81) Au rapport de Hasan-ben-Omar (man. 688, fol. 7 v°, 8 r°), cet homme, qui excellait dans la jurisprudence et d’autres sciences, qui écrivait également bien en prose et en vers, avait fait le voyage'de Nisabour, et parcouru diverses contrées. 11 avait ensuite fixé sa résidence à Damas, où il remplit les fonctions de prédicateur, dans la grande mosquée de cette ville. De là il retourna à Nisibin, sa patrie, où il fut promu au rang de kadi; et enfin, il se rendit à Alep, où il séjourna jusqu’à sa mort.

^82) Au rapport d’Abou’lmahâsen , cette année , la hauteur primitive du Nil fut de quatre coudées, six doigts; et la crue s’éleva à dix-sept coudées, douze doigts.

année, Melik-Moëzz fit arrêter l’émir Ala-eddin-Idgâdi-Azizi, Fâres-Aktaï-Azizi et Fâres-Aktaï l’Atabek. Le premier fut mis à mort par ordre du sultan, Akesch- Rokni parvint à s’échapper.

Melik-Moëzz ordonna, par un édit, que les femmes ne sortissent pas de leurs maisons, et qu’aucun homme ne parût en public sans robe de dessus U. Abou’lbosaïn-Djezzar fit, à cette occasion , les vers suivants :

«Melik Moëzz s’est montré sévère envers ses sujets, et les a astreints aux lois «que l’honneur réclame;

« 11 a préservé leurs femmes de toute insulte, et les a revêtus eux-mêmes des «caleçons, symbole de la noblesse t (83).

>83) Le mot fotoiuveh ïj* 9 signifie, d’abord, la jeunesse , et ensuite, la générosité. Mais ici, comme dans beaucoup d’autres passages, il doit se prendre dans un sens particulier, probablement celui de prééminence, excellence , noblesse. On lit dans l’ouvrage de notre historien (man. arab. 672,

pag. 110): îLjtàj 1 j ÂjLisr^ ïj*.â)! 1 «Les rois des

«différentes contrées burent, en l’honneur du khalife Nàser, la coupe, symbole de la noblesse, et «revêtirent les caleçons, marques de la noblesse. « Plus loin (pag. 140)': VjXâJI ^p,J « Il

revêtit les caleçons, symboles de la prééminence. » Ailleurs (pag. 3oi) : « 11 revêtit les

« habits, signes de la noblesse. » Et enfin (pag. 3o4) : VyJU! . . . 1^1 S As « Il revêtit plusieurs

« émirs. . .des habits, symboles de la noblesse.» Suivant l’auteur de la Vie du sultan Melik- Aschraf (de mon manuscrit, f. 92 r° et v°, et 9 3 r°) «Le scheïkh Abd-alhamid arriva en ambassade, de la part « d’Ala-eddin-Hakkâri , l’un des plus puissants princes curdes. Celui-ci priait le sultan de lui envoyer « l’habit, marque de la noblesse ^>L3, et de lui permettre d’en revêtir ses émirs, les membres

« des tribus, et les habitants de toutes ces montagnes. En effet, disait-il, tous ont pour la noblesse « et ses vêtements le plus grand amour , .chacun d’entre eux ne jure que par les droits de la noblesse : « et parmi ceux qui ont fait ce serment, il n’en est presque pas qui prononce jamais un mensonge. » « Il priait le sultan, lorsqu’il leur aurait accordé la noblesse'ifi^s , de leur envoyer l’habit, qui consistait «en une tunique une robe ^J-J, etc. Le sultan fit mettre ces vêtements dans un coffre fermé

«par une serrure d’argent. Ils étaient de satin, parfumés d’ambre et de musc, et attachés par un

«cordon ïCj‘ de soie. Abd-alhamid reçut l’autorisation de revêtir le prince de ces habits. La lettre

« qui accompagnait ce présent commençait par ces mots : J! j;iJ! Ajsr1!

«tbJ! VLJ v £ yAj « Louange à Dieu, qui a uni les généalogies de la noblesse aux plus augustes

«prérogatives de la prophétie. » Enfin, on lit, plus bas, en parlant du sultan (fol. 96 v°, 97 r°):

« ^ ^ I -filb p 1 t I î ' L ^ A '

° v J L.***^. ^ \ j « Celui qui a hérité du prince des croyants, Ali, fils d’Abou-Tâleb , l’honneur de la « noblesse, la gloire d’une généalogie illustre. » Ces passages semblent prouver, je crois, que les mots ïfiis.) I ^L) , ïjXâJI^.0 et d’autres du même genre, ne désignent pas simplement des habits magnifiques, une coupe magnifique , etc.; mais que le terme ï A3 indique d’une manière spéciale Les pré-

an 653 (ia55). 1. MEï.l K-MOËZZ- A ÏBEK. 5q

Cette même année, Nàser-Daoud, fils de Moaddam-Isa, se rendit à Bagdad, pour réclamer les pierreries qu’il avait déposées entre les mains du khalife, et dont la valeur s’élevait à cent mille pièces d’or. Voyant qu’on retardait de jour en jour cette restitution, il prit la route du Hédjaz, et alla chercher des intercesseurs qui sollicitassent auprès du khalife la remise du dépôt. Mais, lorsqu’il lut de retour dans l’Irak, on lui rendit, en échange de ses pierreries, une somme insignifiante, et on le renvoya en Syrie.

rogatives de celui qui appartenait par quelque lien à la famille de Mahomet. Et , en effet , nous voyons dans plusieurs passages le mot ‘ifèi employé, pour ainsi dire , comme synonyme de (prophétie). Dans le Hahib-assiiar de Khondemir (tom. II, fol. 46 r°)j Mohammed, le neuvième Imam, est appelé «Le rejeton du parterre de la noblesse.» Et ailleurs (tome S1I,

fol. 366 r°), on lit : vJb’j.-S ï&sf5 ÿjs. «Le vizir de la prophétie, le sultan du

«trône de la noblesse.» 11 paraît donc cpie ce mot correspond, en quelque manière, à celui de vilaïet sainteté. D’ailleurs nous apprenons du continuateur d’Elmaein (manuscrit

arabe 619, folio 7 verso) «que le sultan Bibars-Bondokdari désirait ardemment recevoir le vê- « tement de la noblesse O ja&JI ^a>LJ , et que le khalife Abasside le lui accorda avant son départ. » Suivant l’assertion du même écrivain, la noblesse 'ifè 9 passa immédiatement du khalife Ali à Selmân-Fârsi, et après quelques degrés intermédiaires, au fameux Abou-Moslem , etc. Au rapport de l’historien de la famille d’Ali (Omdat-attalib , manuscrit arab. 636, fol. 101 r°) : « Le nakib Tadj- « eddin-Mohammed était chargé exclusivement de conférer le vêtement de la noblesse « Tous les membres de sa famille le regardaient comme leur chef, et lui obéissaient avec une

« soumission sans bornes; cette prérogative était dévolue à la branche de Maiali depuis le règne «du khalife Nâser-li-din-allah. » L’auteur ajoute (ibid. v°). en parlant du même Tadj-eddin : .v) I ' 3 ^ .9.^ î ^ -X-J 3 ji c. àiy, ^^>La) AaJÎ «L était

«lui qui, sans aucune contradiction, avait le privilège de conférer le khirkah (l’habit) des sofis. Il «ne pouvait être donné que par lui ou par l’un de ceux qui lui étaient attachés. » Ces passages, rapprochés les uns des autres, pourraient faire croire que parles mots 'ifèsô I ^oU , il faut entendre le vêtement des sofis, dont ces sectaires prétendaient faire remonter l’origine jusqu’à Ali, fils d’Abi- Tâleb. Mais, dans les textes cités, ces deux genres d’habits sont évidemment distingués l’un de l’autre. On peut donc admettre, si je ne me trompe, que le mot 'if.3 désignait , d’une manière spéciale, «l’excellence, la noblesse, les prérogatives éminentes, qui étaient l’attribut de la famille du Prophète , et «auxquelles participaient, en quelque degré, ceux qui s’affiliaient avec cette auguste race, soit à « titre d’amis, soit à titre de clients.» Il paraît que ceux qui avaient obtèuu cet honneur se servaient de vêtements, de vases, et autres objets qui, par leur forme, leur couleur, se distinguaient essentiellement des ustensiles du même genre, appartenant à des personnes de toute autre classe. On voit, par les passages rapportés ci-dessus, que le droit de concéder le titre et les insignes de cette association appartenait exclusivement aux différentes branches de la famille de Mahomet, tant aux descendants d’Ali qu’à ceuxd’Abbas, ou aux princes qui, comme les sultans d’Égypte, étaient censés avoir reçu immédiatement du khalife Abasside, des pleins pouvoirs, et les prérogatives les plus complètes et les plus éminentes.

AN

Celte même année (84), Abou-Nemi et Edris, accompagnés de Djemaz, marchèrent vers la Mecque, attaquèrent Mobârez-Ebn-Bertas , et se rendirent maitres de la ville.

Parmi les hommes marquants qui moururent dans le cours de cette année, on distinguait : i° l’émir Scherf-eddin-Iousouf-ben-Abi’lfawâris. . . Kaïmeri, qui mourut à Naplous , et fut enterré à Damas; 20 le nakib des schérifs d’Alep (85), le schérif Izz-eddin-Abou’lfolouh-Mourtadâ-ben-Abi-Tâleb . . ., mourut à Alep, à l’âge de soixante et quatorze ans (86); 3° Nidam-eddin-Abou-Abd-allah-Mohammed-ben-Moliammed. . .Balkhi, de la secte des Hanefis, natif de Bagdad, qui mourut à Alep, à l’âge de soixante et dix-neuf ans (87); 4° Daia-eddin-Abou-Mohammed-Djafar-ben-Iahia. . .de la secte de Schaféï (88), mourut dans la même ville, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans.

Le sclieïkh Nedjm-eddin-Abd-allah-ben-Mohammed-Baderâïi arriva en Egypte, chargé par le khalife Mostasem-billah de renouveler le traité de paix conclu précédemment entre Nâser et Moëzz. Le sultan envoya, à la rencontre du négociateur,

(84) Au rapport d’Abou’lmahâsen , cette année, la hauteur primitive du Nil était de cinq coudées, douze doigts; et la crue s’éleva à dix-huit coudées.

(85) Je lis : v , au lieu de : <Li> .

(86) Au rapport de Hasan- ben-Omar (fol. 8 v°), ce schérif avait fait relever le monument

bâti en l’honneur de son père, sur la montagne de Djouschen , située à l’occident

d’Alep. Ce fut là qu’il mourut et fut enterré. Son aïeul Abou-Ibrahim avait été l’objet des louanges du poète Abou’lala, qui, dans une pièce de vers, en parla en ces termes :

« Les grandes qualités de Mohammed sont telles, que les pensées et les idées les plus délicates ne « sauraient les exprimer;

«Ses paroles nous charment, comme les amants sont charmés des accords des musiciennes aux «sons harmonieux;

«O perle, tu viens d’une mer, dont les flots roulent avec impétuosité;

« O Abou-lbrahim, les vers sont trop faibles pour te peindre; car ton portrait se trouve dans « l’Alcoran ;

« Les Musulmans ont vu en toi une foi vive , qui a été pour eux une source de bonne direction et « de lumières. « *

(87) J’ai lu 79 au lieu de 99, que donne le manuscrit. J’ai suivi en cela l’autorité de Hasan-ben- Omar. Au rapport du même historien, Nidam-eddin avait rempli les fonctions de jurisconsulte dans le Khorasan.

(88) Suivant le témoignage de Hasan-ben-Omar, ce personnage avait beaucoup de talent pour la poésie. L’historien cite, comme échantillon, ces deux vers :

« Si un homme prétend avoir une position qui le fasse sortir des voies de la religion ,

« Que chacun évite la société de cet homme ; car elle ne peut que nuire , sans offrir aucune utilité. »

a> 654 (ia56). I. MEL1K-M0EZZ-AIBEK.

Borhan-eddin-Khedr-Sindjâri , qui se rendit à Katiah, accompagné d’un nombre de jurisconsultes distingués, et amena avec lui l’ambassadeur. On convint, pourconditions de la paix , que Melik-Moëzz posséderait, outre l’Égypte, la partie du Sahel de la Syrie qui avait appartenu à Melik-Sàleh-Nedjm-eddin-Aïoub ; que Melik-Nâser ne donnerait asile à aucun des Mamlouks-Babris. Ceux-ci, en conséquence, se retirèrent à Karak auprès de Melik-Moughitb. Ce fut le kadi des kadis Bedr-eddin-Sindjâri qui présida à la conclusion du traité. Quand tout fut terminé, Baderâïi partit de l’Égvpte. Melik-Nâser quitta Tell-Adjoul pour retourner à Damas. De son côté, Moézz abandonna la ville d’Abbaseh, où il avait séjourné trois années consécutives, et rentra au cliâteau de la Montagne.

L’émir Schems-eddin-Sonkor-akra partit pour Bagdad , accompagné du scheïkh 246 Nedjm-eddin-Baderâïi , comme ambassadeur auprès du khalife. Ils étaient chargés de demander pour Melik-Moëzz, un diplôme d’investiture jJij' , des robes d’honneur et des drapeaux, à l’imitation de ce qui s’était fait pour les

princes qui avaient avant lui régné sur l’Égypte. Le négociateur arriva à Bagdad.

En même temps, Moëzz députa vers Melik-Mansour, fils de Moudaffer, souverain de Hamah, et vers Bedr-eddin-Loulou , prince de Mausel; il demandait pour lui-mëme la fdle de chacun de ces princes. Cette démarche déplut à son épouse Schedjer-addor, qui fut vivement indisposée contre lui. De son côté Moëzz avait conçu contre elle des sentiments de haine. Enfin , les deux époux se trouvant divisés par une inimitié irréconciliable, la princesse commença à comploter la mort de son mari.

Le cinquième jour du mois de Djoumada second, on vit paraître dans le Hedjaz un feu, qui se montra durant un mois entier à l’orient de Médine, dans le canton de la vallée de Schadâ Lkd, jpîj (89), vis-à-vis la montagne d’Ohod, en sorte qu’il remplissait toutes les vallées du voisinage. Il en sortait des jets de flamme qui dévoraient jusqu’aux pierres. La ville de Médine éprouva, par suite de ce phénomène, un tremblement de terre. Cinq jours avant son apparition , le lundi , premier jour du mois , on entendit des bruits effrayants , qui ne cessèrent ni jour ni nuit, jusqu’au vendredi suivant, que le phénomène se manifesta. Dans la vallée de Schadâ, la terre s’entr’ouvrit, et laissa échapper un immense torrent de flammes qui s’étendait à la distance de quatre parasanges, sur une largeur de

(89) Abou’lmahâsen' atteste (man. 661, fol. 161 r°) que le torrent qui traversait ce ravin cessa dès lors de couler. 11 ajoute, sur l’autorité d’un témoin oculaire, qüe la plaine appelée Harrah qui était sur le passage des pèlerins de l’Irak, fut entièrement obstruée.

quatre milles, et l’épaisseur d’une toise et demie. Il en sortait des pierres liquéfiées, auxquelles succédèrent des charbons noircis. Sa lumière était si brillante, que toutes les maisons de Médine s’en trouvaient éclairées pendant la nuit, comme si chacune avait renfermé une lampe allumée. La lueur s’apercevait jusqu’à la Mecque. Les habitants de Médine allèrent se réfugier auprès du tombeau de l’apôtre de Dieu, lui adressèrent leurs supplications, et implorèrent la miséricorde de Dieu. Ils s’empressèrent d’affranchir leurs esclaves, et de distribuer d’abondantes aumônes. Un poète ht, à cette occasion, les vers suivants :

«O toi, qui écartes le mal, en pardonnant à nos fautes, ô Dieu! un fléau «terrible nous environne de toutes parts;

«INons venons nous plaindre à toi d’accidents que nous ne pouvons supporter, «et que certes nous méritons bien ;

«Des tremblements de terre qui renversent les êtres les plus forts et les plus «robustes. Et comment un rocélevé pourrait-il résister à dépareilles secousses?

«On voyait une mer de feu, sur laquelle voguaient des vaisseaux, c’est-à-dire «les collines, qui avaient été jusqu’alors profondément enfoncées dans le sol;

«On apercevait des jets de flamme, semblables à une citadelle, lancés rapide- «ment, comme une pluie qui tombe à gouttes pressées.

«Leurs langues allaient dire aux sept planètes qu’elles avaient rencontré l’eau « sous la terre (90).

«Par suite de ce phénomène, l’air a été enveloppé d’une fumée si épaisse, que «le soleil est devenu entièrement noir.

«O prodige qui est un des miracles de l’apôtre de Dieu, et qui est compris par « les hommes intelligents !

«Sois indulgent, donne, montre de la générosité, de la munificence, par- « donne; mais la douceur poussée à l’excès est une faute.»

Quelques Arabes, qui se trouvaient à cette époque dans le canton de Bosrâ? qui fait partie de la Syrie, assurèrent qu’à la lueur de ce feu ils apercevaient les vertèbres du cou de leurs chameaux obsr*-° (91).

(90) Sur l’expression : langues de feu, 011 peut voir Isaïe . ch. V, v. 34. Actes des Apôtres , ch. Il , v. 3, Yirgile a dit (Æneid. II , v. 648) : Lambere Jlamma comas.

(91) Pour entendre ce passage, il faut se rappeler que, suivant une parole attribuée à Mahomet, parmi les signes précurseurs du jugement dernier, il faut placer l’apparition d’un feu, qui doit se montrer dans le Hedjaz, et répandre au loin une clarté si vive que, dans les environs de la ville de Bosrâ, située au sud-est de Damas, on pourra, en pleine nuit, apercevoir distinctement le cou des chameaux (Nowaïri, Hasan-ben-lbrahim, fol. i3o v°).

AN G 54 (ia56). I. MELIK-MOËZZ-AÏBEK.

La nuit du vendredi, premier jour du mois de Ramadan, la mosquée de V apôtre de dieu, à Médine, fut consumée par un incendie qu’alluma la lampe du gardien La flamme dévora toute la toiture et une partie des colonnes. Le

toit de la chapelle auguste LbyÜ! fut entièrement brûlé (92). Cette même année, une inondation submergea Bagdad, et fit périr un grand nombre d’habitants (93). Des barques voguaient dans les rues de cette ville. A cette époque, Houlagou, fils deToulou-Khan, et petit-filsde Djengliiz-Khan, acquitune puissance redoutable; son nom devint célèbre, et il conquit, dans l’Orient, quantité de places fortes. Sur ces entrefaites, un général des armées Tatares, ayant pénétré dans le pays de Roum, le sultan Gaïath-eddin-Kaïkhosrev se retira devant lui, et périt dans sa fuite. Il eut ses trois fils pour successeurs. Cependant, les Tatars s’emparèrent de Kaiserieh (Césarée) et de tout le terrain qui l’entoure. Enfin, ils se virent maîtres, dans la contrée de Roum, d’un pays qui s’étendait l’espace d’un mois de marche.

Bientôt après, le vizir de Bagdad, Mouwaïed-eddin-ben-Alkâmi, reçut la visite d’espions envoyés par Houlagou, et qui s’abouchèrent avec lui. Ils firent des promesses magnifiques à plusieurs des émirs de Bagdad. Pendant ce temps, le khalife, entièrement livré au jeu et à la dissipation, ne faisait nulle attention àce qui se passai! . Sur ces entrefaites, Tadj-eddin-Abou-Mohammed-Abd-alwahhabben-Khalf fut nommé aux fonctions de kadi des kadis, en remplacement de Bedr-eddin-Iousouf-Sindjûri. Dans le même temps, Edris se rendit auprès de Râdjih, et Abou-Nemi s’empara de la Mecque. Râdjib arrivant dans celte ville, accompagné d’Edris, conclut la paix entre celui-ci et Abou-Nemi. La caravane des pèlerins de l’Irak arriva à la Mecque; et ce fut la dernière qui vint de cette contrée.

(92) Les poètes du temps firent, à l’occasion de cet événement, des vers plus ou moins harmonieux. En voici deux que rapportent Hasan-ben-Omar et Abou’lmahâsen, et qui prouvent moins le talent de l’auteur, que son fanatisme aveugle et plein d’aigreur :

" Le sanctuaire du prophète a été livré aux flammes, cet événement n’annonce point une catastrophe effrayante, et n’a rien de flétrissant;

« Mais, les mains des Ralidis (des Schiites) ayant touché cet édifice, le feu l’a purifié. «

(g3) Cette année, la hauteur primitive du Nil fut de quatre coudées, seize doigts; et la crue de dix-huit coudées , trois doigts.

Cette année vit mourir, entre autres personnages distingués :

i° Zeki-eddin-Abou-Mohammed-Abd-aladim-ben-alwâhed , plus connu sous le nom d’Ebn- Àbou’lisba 1 î ! Misri. Il naquit en Égypte, l’an 585 (1189 de J. C.), ou, suivant d’autres,

l’an 58q de l’hégire (ng3 de J. C.l. 11 se distingua par ses connaissances dans la jurisprudence, la langue arabe, la littérature. 11 fut surtout un excellent poète, et se fit une réputation brillante par

AN

Cette année vit croître la haine qui régnait entre Melik-Moëzz-Aïbek et Schedjer- -addorr. Moëzz songeait à faire périr cette princesse. Un astrologue , qu’il avait à sa cour, lui avait annoncé qu’il périrait par suite des complots d’une femme; et ce fut Schedjer-addorr qui devait réaliser cette prédiction. Moëzz, indisposé contre elle, avait envoyé demander en mariage la fille du prince de Mausel. Sur ces entrefaites, et tandis qu’il résidait dans le lieu nommé Omm-albârid (94), il fit arrêter un grand nombre de Mamlouks-Bahris, et les dirigea vers le château de la Montagne, où ils devaient être mis en prison. Parmi eux se trouvait Idekin- Sâléhi. Lorsque cette troupe arriva sous le balcon où s’asseyait d’ordinaire

Schedjer-addorr, Idekin se douta que cette princesse s’y trouvait; alors, faisant un salut de la tête (9$), il dit en langue turque : «C’est le mamlouk

«Idekin, le Baschrnakdnr. Au nom de Dieu, princesse (96), nous ignorons

un grand nombre d’ouvrages. Il mourut dans sa patrie, à l’âge de soixante et cinq ans (man. ar. 688, fol. 10 r° et v°; man 661, fol. 166 v°).

20 Le sclieïkh , l’historien, Schems-eddin-Abou’lmodaffar-Iousouf-ben-Karâgoli ben-Abd-

allah-Bagdâdi-Dimaschki. Il était attaché à la secte d’Abou-Hanifah , et petit-fils du Hdfid Abou’lfaradj-ben-Djouzi. Son père, Hosam-eddin-Karâgoli était au nombre des Mamlouks du vizir Aoun-eddin-Iahia-ben-Hobaïrah , qui le traitait comme son fils, lui donna la liberté, et le fit élever et instruire. Schems-eddin naquit à Bagdad, l’an 582 (1186 de J. C.), et fut élevé par les soins de son aïeul maternel Abou’lfaradj-Ebn-Djouzi , jusqu’à la mort de ce dernier, qui arriva l’an 597 (i2oo de J. C.). Il se distingua par ses talents dans un grand nombre de sciences, prêcha Jàcj à Bagdad, et dans plusieurs autres villes. De là il se rendit à Damas, où il établit sa demeure. Il obtint une grande considération auprès des princes, surtout auprès de Melik-Moaddam-Isa , à la cour duquel il jouissait de la plus haute faveur. Il voyagea dans différentes contrées, où il étudia la science des traditions, et se livra à la prédication. Il avait une éloquence douce, qui produisait sur l’esprit des auditeurs une vive impression. Enfin , il avait su gagner une approbation universelle. Il composa plu-

sieurs ouvrages utiles, parmi lesquels on distingue l’histoire intitulée Mirdt-azzenidn le miroir du temps), l’un des meilleurs livres qui aient été écrits sur cette matière. Il mourut au mois de Dhou’lhidjdjah de cette année (Abou’lmahâsen, fol 166 v°, 167 r° Nowaïri, man. de Leide). (94) Le texte porte ^>! y j; je crois qu’il faut lire : ^2,.

(q5) Le verbe Aà. , qui signifie proprement servir, se prend quelquefois dans le sens de donner, par un acte de politesse , un témoignage de soumission. On lit dans Y Histoire d’Egj'pte d’ Abou’lma-

hâsen (man. arab. 671, fol. 18) : >0^ ^ »

« soumission, en abaissant cinq fois sa main vers la terre. »

«Il salua, et montra sa

(96) Le mot qui , suivant le témoignage de Khalil-Dâheri , doit être écrit hhawend ,

signifie maître , seigneur. Au féminin , ou 011 l’emploie sans aucun changement, ou on y ajoute le S final. Dans la Vie de Noradin et de Saladin par Abou-Schâmah (man. arab 707 A , fol. 3o) , on lit :

an 655 (1257). I. MELIK-MOÈZZ-AÏBEK.

«absolument quelle faute a pu motiver notre arrestation. Seulement, lorsque «Moëzz a fait demander en mariage la fdle du prince de Mausel, nous avons , à

-XjjA. Ij «Seigneur, de quelle utilité pourrons-nous être?» Voyez la Description cle L’Égypte de Makrizi (chapitre des Ponts, et passim). Dans un endroit du même ouvrage (toin. II, fol. 177 v°) Melik-Adel s’adressant à Saladin, son frère, lui dit: .XJjA-b «Seigneur;» Et dans l’ouvrage historique du même auteur ( Solouk , tom. 1 , pag. 466), des sujets, adressant la parole au sultan, lui disent: -XjjA-b « Seigneur.» Dans Y Histoire d'Égypte d’Abou’lmahâsen (man. 663, fol. 14 r°, 27 v°), le même mot est employé avec le même sens. Dans l’histoire écrite par Ahmed-Askalàni (tom. II, fol. 55 v°), on lit : jbjA. b ^UaLJJ j-jK" J 13 «Son secrétaire dit au sultan : ô seigneur. «Dans l’ouvrage du continuateur d’Elmacin (man. arab. 619, fol. 237 r°) : -XjjcL Ij j ^ J 13 «11 dit : non, par Dieu, ô seigneur. » (Voyez aussi fol. 261 v°, 262 r° et passim.). Dans un passage du Manhel-sàfi d’Abou’lmahâsen (m. ar. 75o, f.Tq5 recto) les mots (seigneur) sont adressés

à un kadi. Et même, suivant Ebn-Wàsel (f. 382 r°), le sultan Aïbek dit à l’émir Hosâm-eddin -Xj^A-Ij.

Le mot kliond ou khavend Vj jà*. , ou avec la forme féminine, khavendah ïAJjA., c’est-à-dire dame , maîtresse, était un titre par lequel on désignait l’épouse ou les épouses du sultan d’Égypte. On lit chez le continuateur d’Elmacin (f. 232 v°) : V Jjj.Aj.~ao ^&>Xj '< Les femmes des princes d’Égypte

« sont désignées par le nom khavendah . » Dans l’histoire de Hasan-ben-Omar (m. ar. 688, f. 3 v°) : ï J-J JjJI «La princesse Schedjer-addorr. Dans Y Histoire des kadis d’Égypte de Sakhâwi (man.

arab. 690, fol. 2 v°) : ’Àj-X»?-^! J «Son épouse, la princesse Ahmediah. » Et plus loin (fol. 84 r°) : -b I JÔjA. vJàjjLo j AXÔ ! ^»î AàJjbs-

1) t «Le soin de marier le sultan fut remis à son esclave, de qui il avait eu une fille.

«Elle devint ensuite principale épouse, après la mort de Schekerbaï-Ahmediah. » Khalil-Dâheri (man. arab. 6g5, fol. 246 v°, 246 r°), s’exprime en ces termes : wjljôjsrH a^j-Xa)! 'ÔbJ t ^jLLbb) <bs. jJ i^aJ ^ bt -Xj -kâ) I -Xcs-f Axjj! <j5Lj «Suivant

» l’ancien usage , les khavends (princesses) sont au nombre de quatre. Aucune femme ne peut prendre «ce titre, à moins quelle ne soit épouse du sultan.» Le même écrivain dit ailleurs (fol. 77 verso) : ! Xj i jJ jd. «JUA.1 « La sœur de son épouse était khavend des khavends (princesse

« suprême). » Ailleurs (fol. 46 v°, 47 r°) , il fait mention de la grande khavend ^C, jSS\ -Xj»A. , de la seconde, de la troisième, de la quatrième : a*j|^3! -Xj^A. bÜbJI J.) jZ. buliJî jjjA.. Dans Y Histoire

d’Égypte d’Ebn-Aïas (man. arab. 5g5 A, tom. II, fol. 8), on lit : l^L.9 -XjjAr^ « Cela

«n’était arrivé à aucune princesse avant elle.» Ailleurs (fol. 73) : ^b J- J jJjérJ Ébj ^iJt -X:s.b! ^ij |J «Ce qui arriva à la princesse Asl-baï, n’était arrivé, avant «elle, à aucune princesse. » Et plus loin (fol. 226) : ^LbLJt A=>-jj -XjjA. «La princesse, épouse du « sultan. » Dans l’histoire d’Ahmed-Askalâni (tom. Il, man. 65y, fol. 178 r°) : -XjuA. j=±{&

l*J « Hagar-khavend , fille de Mankli-Boga, et épouse de Barkok. » Et Abou’lma-

hâsen ( Manhel-sâfi , tom. IV, man. arab. 760, fol. 55 r°), fait mention d’Abd-errahman, frère de cette princesse ,xi jA.^^La. Dans Y Histoire d’Égypte de Makrizi ( Solouk , tom. II , man. 678, f. 38 r°) :

« L’émir Ilboga épousa khavend (la princesse) v°) : îSjbo -Xj^ck j

,ULUt

J j A^-jj) .XJ^îS'f Lx-lj I

« Toulouniah, épouse du sultan Hasan. » Plus bas (f. 61

«cause de vous, désapprouvé cette démarche. En effet, nous devons tout à votre «bienveillance et à celle de feu votre époux. Moëzz, blessé de nos reproches, a

« princesse Sarah, sœur du sultan.» Ailleurs (fol. 66 r°): ^LLLJl ^>! «La princesse Berekeh,

« mère du sultan. » Plus loin (fol. 6g v°) : ^jUaLJ 1 <Lrs.jj . . . « La princesse... épouse du sultan. »

Et (fol. ij6 r°) : M j~* -5 5 î j «On transporta le trousseau

« de la princesse, fdle de l’émir Taschtemur chez le grand émir Barkok. » Dans la Description de l’Egypte du même historien (manuscrit arab. 798, fol. 47 recto), «il est fait mention d’une place «du Caire appelée Rahbat-alkhavend (la place de la princesse). Elle devait son nom

«à la princesse Erdekin , fille de Nogaïah le silahdâr (l’écuyer), et qui fut successivement épouse «de Melik-Aschraf-ben-Kelaoun , et de Melik-Nâser-Mohammed, frère de ce sultan.» Cette princesse « avait également donné son nom à une maison appelée Dâr-khavend f) j I 3 (la maison de laprin- « cesse) située dans la même ville ( ib fol. 58 v°).» Abou’lmahâsen, dans son Histoire d’Égypte (man. arab. 663, fol. 3 v°), s’exprime ainsi : «Les princesses sortirent, le

« visage découvert. » Enfin, dans l’ouvrage intitulé Inschâ (man. arab. 1673, fol. 160 v°), on lit : s^L> LuUj 1> J , ! *L~..s «Les princesses, épouses des rois,

« sont désignées aujourd’hui par le nom de khavenddt. » 11 faut observer que Nowaïri, dans sa grande histoire (man. arab. de Leide, 26e partie, fol. i58 r°, 169 r°), lorsqu’il représente des sujets, adressant la parole au sultan , emploie, au lieu de khond ou khavend , le mot akhoncl JojaJ ; et cette remarque, comme on va le voir, n’est pas sans quelque importance. Me voici amené naturellement à parler d’un terme bien connu, sur lequel il convient de donner quelques détails.

Parmi tous les titres, plus ou moins pompeux, plus ou moins emphatiques, que les monarques ottomans ont adoptés pour relever leur grandeur, ou qui leur ont été décernés par la flatterie, il en est un, que connaissent parfaitement tous ceux qui ont tant soit peu étudié l’histoire de l’Orient, mais dont l’origine n’a point encore été fixée, ce me semble, d’une manière indubitable. On sent que je veux parler du mot Klionkàr Comme ce terme, dans sa forme actuelle, s’explique assez

bien, à l’aide de la langue persane, et paraît signifier celui qui répand le sang, on a supposé que ce devait être là sa véritable acception; et que les princes turcs, en adoptant une pareille dénomination, avaient eu pour but de s’annoncer au monde comme des guerriers terribles, comme des souverains implacables dans leurs vengeances. M. le baron Silvestre de Sacy qui, tout récemment, dans le Journal asiatique , a soumis ce point de critique à une discussion savante et approfondie, n’a pas eu de peine à prouver que l’explication dont je viens de faire mention , 11’avait réellement rien de solide. E t en effet, des raisons convaincantes s’opposent à ce que l’on adopte cette opinion. i° Le motjKi^i. dans l’acception de sanguinaire , est-il réellement un terme persan? Je ne me souviens pas d’en avoir vu des exemples. On trouve dans le même sens, les mots > j ^ ^ ’ Inais non pas j&jâ.. En

second lieu, il est peu probable qu’un souverain se soit donné à lui-même un titre plus convenable à un bourreau qu’au monarque d’une grande nation. Que l’on parcoure l’histoire de l’Orient, à toutes les époques, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, que l’on examine la longue série des titres divers adoptés par les rois des différentes nations qui jouèrent successivement ou simultanément, sur la scène politique, un rôle plus ou moins brillant, plus ou moins important, et l’on ne trouvera rien qui ressemble à ce nom si étrange, et si barbare. On y rencontre les mots üLi, , j , c’est-à-dire Y ami de la ville, , khalife , Ï.UJ.A , Radjah, Khan, Khakân, et

an 655 (ia57). I. MELIK-MOEZZ-AIBEK. 67

«conçu de la haine contre nous, et nous a traités comme vous voyez. » Schedjeraddorr lui fit signe avec un mouchoir, pour lui faire comprendre qu’elle aviRt

d’autres qu’il serait facile de rassembler, et qui tous, en exprimant des idées de grandeur, de puissance, de bonté, n’offrent rien qui rappelle l’image de la tyrannie, le symbole d’une férocité brutale. Je sais bien qu’un khalife , fondateur de la dynastie des Abassides , porta le surnom de

Saffah c’est-à-dire celui qui répand [le sang)-, mais ce ne fut pas ce prince qui adopta lui-

même cet affreux sobriquet. Il lui fut décerné par ses contemporains, qui voulurent conserver et transmettre à la postérité le souvenir des cruautés odieuses par lesquelles ce parent de Mahomet s’était frayé la route à la puissance suprèmé. Que, dans des temps bien rapprochés de nous, le terrible pacha de Saint-Jean d’Acre, ait reçu d’une population épouvantée le surnom affreux de

Djezzar , c’est-à-dire de bouclier , et ait lui-même accueilli avec plaisir un sobriquet parfaitement justifié par des actes répétés de la cruauté la plus atroce, le fait, quoiqu’il semble peu probable, n’en est pas moins réel. Mais ce qui peut se concevoir dans un gouverneur de province, dominé par la soif du sang, par des passions ignobles et brutales, ne saurait s’expliquer, lorsqu’il s’agit du souverain d’un empire immense, environné d’une puissance imposante, jouissant d’une autorité absolue, et qui n’a nul besoin d’annoncer au monde qu’il peut, quand il lui plaît, réprimer les entreprises de ses ennemis, porter la guerre dans leur pays, déployer la sévérité des lois pour punir les crimes, ou prévenir les révoltes. 3° Le mot Khonkar j , dans sa forme actuelle, ne se trouve que chez des écrivains d’un âge assez récent. Je le rencontre une fois dans l 'histoire des Tatars d’Abou’lgâzi (pag. 118). Mais en général, les historiens qui en font usage, l’emploient sous la forme j , en supprimant le j ; ce qui dépose peu en faveur de l’origine persane, indiquée plus haut. Dans une histoire des Mongols de l’Inde, écrite au XVIIIe siècle (man. pers. de la Bibliothèque du roi, 74, t. II, f° 21 v° 22 r°), il est fait mention du Khonkar dé Roum j &lâ.. L’historien Ebn-Aïas, qui écrivait en Égypte, postérieurement à l’invasion de cette contrée par les armes ottomanes, emploie aussi la forme khonkar j , sans j. On y lit (man. arab. 5g5 A, t. II,

fol. 187) ÿ jj> ^Jb U «Lorsque ces nouvelles parvinrent aux oreilles du khonkar. »

Plus bas ( ibid., fol. j 88) : «Ils écrivirent au khonkar à son sujet. » Ailleurs [ib.,

fol. 189) : ^ «Le khonkar, fils d’Othman. » (Voyez ibid., fol. 199, 217.) Mais par-

tout ailleurs, et surtout chez les chroniqueurs les plus anciens, le mot est écrit khondkar j&Jj 'jP- , ou j&AÜ.. On lit dans Y Histoire d’Égypte de Makrizi le khonclkar-.... [Kitab-assolouk, t. III, man. arab. 674, fol. 118 r°) le khondkar , prince du pays de Roum (l’Asie-Mineure) : . . çjj J! [ibid., t. II, man. arab. 673, fol. 221 v"). Dans le Bark- Yetrfâni (man. arab. 827 fol. 10 v°):

Legrand khondkar ph&hM Les historiens persans s’accordent, àcet égard, avec les écrivains

arabes. Dans la vie de Schah-Abbas le grand (man. de M. Silvestre de Sacv, fol. 110), on trouve ces expressions : jj UcL «Sultan Soleiman, khondkar du pays de Roum. » Plus

bas [ibid., fol. 125) : ïlffj-XJ Jî j=s.î vJuLis. «11 manda par écrit à la cour du

« khondkar, le véritable état des choses. >> Ailleurs [ibid., fol. 147) : woW j!

iéilj «Il obtint du khondkar de Roum le rang de Pascha. » Enfin, nous apprenons de l’ouvrage généalogique, intitulé Moëzz-alensab <, (man. persan 67), qu’une princesse, de la

HISTOIRE DES SULTANS MAM LOUKS, eiitendu son discours. Lorsque ces Mamlouks eurent été enfermés dans leur Ccffcliot (97)? Idekin leur dit : «Si Moézz nous a emprisonnés, nous lui

race de Timour, nommée Bagdad-schah-Khatoun portait le surnom de khondkar j t . Ce passage prouve deux points : d’abord , que ce titre n’était point réservé exclusivement pour le chef de la maison Ottomane, puisqu’il pouvait être donné à une princesse qui n’avait aucun rapport de parenté avec cette illustre famille. Il suffirait d’ailleurs, au défaut de fout autre témoignage, pour démontrer la fausseté du sens que l’on a longtemps attribué à ce surnom : car, la princesse dont il s’agit, et sur laquelle l’histoire 11e nous donne que peu de détails, était, suivant toute apparence, d’une humeur pacifique; et 11’aurait nullement ambitionné un titre qui lui eût attribué des inclinations féroces, le goût de la guerre et de l’effusion du sang. Chez les auteurs arméniens, on trouve le mot khondkar écrit de diverses manières, mais qui produisent toutes un sens analogue. Enfin, un historien arabe, que j’ai cité dans les notes de X Histoire des Mongols , nous offre le mot khond-khan ^ Là. .

Il ne saurait donc rester de doute sur la véritable orthographe de ce nom. Maintenant, il s’agit de déterminer quelle est l’origine de ce titre , dont la forme a quelque chose d’anomal. M. Silvestre de Sacy, dans le mémoire que j’ai cité plus haut, s’attache à prouver que Khondkar doit être considéré comme une altération du mot persan, Khodavendkar, c’est-à-dire seigneur. Cette étymologie

paraît extrêmement probable. Et j’avoue que, depuis plusieurs années, j’avais conçu la même idée, dont je me proposais d’offrir le développement, dans une discussion approfondie. Mais, après de nouvelles réflexions, j’ai cru devoir renoncer à cette hypothèse. Et voici les raisons qui m’ont fait changer de sentiment. D’abord, il est difficile de croire que les Turks aient emprunté à une langue étrangère le titre qui devait désigner leur souverain, et n’aient pas trouvé dans leur idiome un mot assez expressif pour indiquer le rang du monarque dont ils recevaient les lois. En second lieu, le mot j&JOjck s’éloigne beaucoup de j î -Xi. . Les Persans, je le sais, ont adopté dans leur langage le mot Khavend OJjck, que l’on prononce Khond, et qui entre dans la composition des noms propres Khavend-schah, Mir-Khond ou Mir-Khavend, et Khond-émir ou Khavendémir. Les lexicographes persans donnent au mot Khavend , comme à celui de Khoda-

vend Jjjî^xâ., le sens de seigneur. La chose est parfaitement vraie. Mais l’est-il également que JÔji. soit une altération de c’est ce que je 11e saurais croire. En effet, que des étran-

gers aient ainsi corrompu les mots persans qu’ils admettaient dans leur idiome, cela n’aurait rien d’étonnant. Mais il est peu vraisemblable que les Persans eux-mêmes aient altéré à plaisir, et sans nécessité , les mots de leur langage. D’ailleurs, c’est un fait certain que le terme a été

constamment en usage dans la Perse; tandis que celui de n’a guère été employé, et se

trouve presque exclusivement relégué dans la composition de quelques noms propres. On pourrait donc soupçonner que ce dernier mot n’appartient pas originairement à la langue persane. Et un fait vient à l’appui de cette conjecture. Je n’ai trouvé le terme JjyL dans aucun auteur persan, tant soit peu ancien. Je ne le rencontre pas même chez les écrivains de l’histoire Mongole. On ne commence à remarquer sa présence que chez les auteurs qui sont postérieurs à l’invasion de Timour. Ne serait-il pas naturel d’admettre que ce sont les Turcs orientaux qui ont apporté ce nom dans la Perse , où il n’a pu s’introduire qu’avec beaucoup de peine. Je sais bien que, dans un temps antérieur à cette époque, nous trouvons le mot w\j ^=L employé dans la Syrie et dans l’Égypte, à la cour de Saladin. Ainsi, on pourrait, à la rigueur, attribuer l’introduction de ce mot aux Seldjoucides et

an 655 (ia57). I. MELIK-MOÈZZ-AÏBEKv 69

«préparons la mort. » Scliedjer-addorr envoya Nasr-Âzizi chargé d’un présent 248 pour Melik-INâser-Iousouf. Elle fît dire à ce prince : «J’ai dessein, après avoir

autres dynasties turques, qui dominèrent si longtemps sur une bonne partie de l’Orient. D’ailleurs, d’autres faits semblent confirmer l'origine étrangère du mot Nous le retrouvons avec une

forme un peu altérée, dans celui de Akhond ou Akhavend , qui signifie maître. On

lit dans Y Akbar-nâmeh (man. pers. de l’Arsenal 19, fol. 1 4 4 r°) : jl «Ils se

«plaignirent de ce maître.» Plus bas on lit : .JkoLju^j iùj) ^ j^j!

JjIj J3.1.J j~, «Étant attaché au prince par le titre de maître, il s’enorgueillira de ce poste. »

Ailleurs (fol. i63 r°) : vJUwî-î AA ! ^C, j j j. A. i ^ UV «Maulana

« Rouh-allah, qui avait l’honneur d’être attaché comme maître à la personne de ce prince. » Aujourd’hui encore, ce mot existe dans les contrées orientales de la Perse. Au rapport deM. Burnes ( Travels into Bokhara , t. ï, p. 200), le terme Akhoond désigne Un instituteur. Mais il paraît qu’il a, dans d’autres provinces, une signification plus étendue; car, dans la relation du voyage au Beloutchistan, de M. Pottinger (pag. 335, 336), Akhoond désigne Un chef de canton , une sorte de maire. Comme ce mot s’est conservé sans altération, tandis que celui de AJjd. a disparu de la Perse, on pourrait croire que la première forme est la forme primitive. Or, il est impossible de supposer que les Persans aient corrompu le terme Ajjtj-i. au point de le changer en D’un autre côté, nous voyons, chez les Mamlouks de l’Égypte, les mots et jjjà.! employés

concurremment , et avec la même signification. Or, on sait que cette inconstance dans l’orthographe des mots est un des caractères distinctifs de la langue turque. On peut donc supposer que le mot ou jJjck appartient à cet idiome; et qu’apporté dans la Perse par les Seidjoucides, et

oublié ensuite, il ne s’y sera naturalisé qu’à l’époque des conquêtes de Timour. On voit quelquefois , comme je l’ai dit, ce terme employé en Syrie et en Égypte, dès le règne des princes de la famille de Saladin. Mais comme on le rencontre surtout depuis l’époque des Sultans Mamlouks, on pourrait présumer que ce sont ces princes ou les autres esclaves turks qui l’ont apporté immédiatement des contrées situées au nord de la mer Noire et de la mer Caspienne. Si le titre paraît bien

modeste, lorsqu’il désigne un monarque aussi puissant que le Grand -Seigneur, on pourra se rappeler que, suivant l’assertion d’un historien arabe, dont j’ai cité ailleurs le témoignage, les sultans turks, et Bajazet lui-même, loin de briguer des titres pompeux, se contentaient des surnoms les plus simples, qu’aurait repoussés avec dédain l’orgueil des autres potentats de l’Orient.

On ne m’objectera pas sans doute que le mot ou Asjd. ne se trouve plus aujourd’hui dans

le langage des Turcs de Constantinople. On sait que beaucoup d’autres termes, qui appartenaient à l’idiome primitif des Turcs, ont également disparu du dialecte que l’on parle sur les rives du Bosphore. Beaucoup de ces termes se sont, dit-on, conservés dans l’Asie Mineure. Peut-être doit-on

attribuer à une cause particulière la perte du mot jjjckl ou jJji.. Comme on se persuada, dans un âge plus récent, qu’il n’offrait qu’une altération du terme , on repoussa un mot que l’on

regardait comme corrompu , et l’on employa de préférence celui que l’on regardait comme le terme original. An surplus, cette discussion ne présente, à vrai dire, qu’une sorte de dispute de mots :

« fait périr Moëzz de vous épouser et de vous assurer le trône d’Égypte.» Nâser, craignant que cette proposition ne cachât quelque perfidie, n’y fit aucune réponse. Cependant Bedr-eddin-Loulou, prince de Mausel, écrivit à Moëzz, pour l’engager à se méfier de Schedjer-addorr, attendu qu’elle entretenait des intelligences secrètes avec Melik-Nâser. Cette révélation achevant de mettre la division entre les deux époux, Moëzz songea à faire sortir la princesse du château de la Montagne, et à la confiner dans la maison du vizirat. Jusque-là, cette femme avait conduit, avec une autorité absolue, les affaires du royaume, et n’en communiquait aucune à son mari. Elle ne lui permettait pas d’avoir aucune entrevue avec la mère de son fils Ali, et l’avait forcé de répudier cette femme. Enfin elle avait refusé de lui faire connaître où se trouvaient les trésors de Melik-Sâleh.

Moëzz avait séjourné quelques jours dans les belvédères de Louk; mais, persuadé par les serments d’un émissaire que lui avait envoyé son épouse, il se prépara à remonter au château (98). Schedjer-addorr avait aposté cinq assassins, parmi lesquels étaient Mohsin-Djaudjeri, un eunuque ^oU., nommé INasr-Azizi,

car, quelle que soit l’idée que l’on se forme du mot jjjâ., qu’on lui donne une origine persane ou turque, il n’en restera pas moins démontré que le titre Khondkar signifie Seigneur, maître.

(97) Le mot djub , qui signifie proprement une fosse , désigne par suite un cachot. Nous

verrons ailleurs d’autres exemples de cette signification.

(98) Suivant le récit du scheïkh Kotb-eddin, cité par Abou’lmahàsen (man. ar. 661, fol. i56 r°), Schedjer-addorr, qui avait conçu contre Moëzz une jalousie profonde, savait d’ailleurs que ce prince, irrité de la tyrannie qu’elle exerçait à son égard, avait résolu de l’éloigner, et même de la faire périr. Elle se décida à prévenir ces desseins, en faisant assassiner son mari. Elle manda auprès d’elle Safi-eddin-Marzouk, lui demanda conseil, et lui promit la place de vizir. Loin d’accepter cette offre, il blâma formellement le projet formé par Schedjer-addorr, et la pressa d’y renoncer. Mais cette princesse, persistant dans sa résolution, fit venir un mamlouk, qui était au service de l’eunuque Mohsin- Sâléhi, lui proposa de se mettre à la tète du complot et lui fit les promesses les plus magnifiques, s il voulait consentir à assassiner Moëzz. Ensuite, elle manda quelques-uns de ses serviteurs, avec lesquels elle concerta son plan. Le mardi, vingt-troisième jour du mois de Rebi^premier, Moëzz ayant joué à la paume avec les personnes de son cortège, monta, vers le soir, au château, et entra dans le bain. A peine avait-il dépouillé ses habits, que Mohsin-Djaudjeri se précipita sur lui accompagné de ses esclaves : ils percèrent ce prince de traits et l’étranglèrent. Schedjer-addorr manda Ebn-Merzouk, de la part de Moëzz. II monta sur son âne et arriva au château, où il entra par la porte secrète. Il vit Schedjer-addorr qui était assise , et devant laquelle était étendu le corps de son mari. Elle lui raconta ce qui s’était passé; et ce récit produisit sur Ebn-Merzouk une horreur profonde. Consulté par la princesse, il lui répondit : «Je 11e sais que dire : vous vous êtes jetée vous-même dans un péril grave, « auquel vous ne pouvez échapper.)» Schedjer-addorr manda alors l’émir Djemâl-eddin-Idgadi , et Izzeddin-Aïbek-Halebi. Elle offrit à chacun d’eux la dignité de sultan; mais tous deux refusèrent. Au

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