‹ Histoire des sultans mamlouks, de l'ÉgypteChapitre 20 sur 183 · II. MELIK-M ANSOUR · texte numérisé non relu

II. MELIK-M ANSOUR

an 655 (1257).

et mieux à faire que de donner le trône à Nâser. » La mère de Mansour, soupçonnant que le vizir entretenait des intelligences avec INâser, le fit arrêter et conduire dans l’intérieur du palais, où on le força de signer un acte, par lequel il se reconnaissait débiteur de cent mille pièces d’or. On lui donna pour successeur dans la place de vizir, le kadi-alkoclat Bedr-eddin-Iousouf-ben-Hasan-Sindjâri. Il joignit ce titre à celui de kadi , qui venait de lui être rendu. On confisqua les biens de Faïzi, et on arrêta, à cause de lui, un grand nombre de personnes. Cependant, Sindjâri ayant demandé qu’on le déchargeât des fonctions de vizir, quitta cette place, au mois de Rebi second; et il eut pour successeur le kadi-alkodat Tadj-eddin-Abd-alwabbab-ben-Kbalaf-Alaï, plus connu sous le nom d’Ebn-Bintalaazz. Le quinzième jour du mois de Djoumada second, la lune s’éclipsa, et prit une teinte extrêmement rouge. Le soleil était de la même couleur, et resta ainsi durant plusieurs jours, ne présentant qu’un éclat pâle et décoloré.

Cependant les Mamlouks-Bahris, qui se trouvaient dans le pays deRoum, ayant appris la mort de Melik-Moëzz, se mirent en marche, tant par terre que par mer, et arrivèrent au Caire. Ils ne tardèrent pas à voir de mauvais œil le trône occupé par Melik-Mansour, attendu que ce jeune prince passait, dans le château, la plus grande partie de son temps à jouer avec des pigeons, à faire combattre des coqs ou des béliers, à monter des ânes fringants, et à s’exercer à lancer des pierres. Au mois de Djoumada premier, Sarem-eddin- Ahmar-Aïnouh-Sâléhi , accompagné de plusieurs complices, pénétra dans le lieu où était détenu le vizir Faïzi et le massacra. Le corps fut enlevé dans une couverture. Suivant le témoignage d’Ebn-Wâsel, le kadi Borban-eddin , frère du Sâheb Beha-eddin-ben-Hinna, donnait à cet égard les détails suivants : « J’entrai auprès de Scherf-eddin-Faïzi, qui était alors en prison. Il me pria de solliciter sa mise en liberté, s’engageant à payer chaque jour une somme de mille pièces d’or. Je lui demandai comment il pourrait suffire à une pareille dépense. Il me répondit : Je puis la supporter pendant une année; et , dans cet intervalle, Dieu viendra à mon secours. » Les Mamlouks de Melik-Moëzz, loin d’accepter cette proposition, se hâtèrent d’ordonner sa mort, et le firent étrangler. Son corps fut porté au quartier de Karâfah, où il reçut la sépulture.

Sur ces entrefaites, la division éclata entre Melik-Nâser et les Mamlouks-Bahris qui se trouvaient à sa cour. Ils quittèrent ce prince, au mois de Schewal, et se rendirent auprès de Melik-Moughitb , seigneur de Karak. L’émir Seïf-eddin- Koutouz, ayant fait marcher des troupes vers la ville de Sâléhieh, attaqua

l’ennemi, le samedi, quinzième jour du mois de Dhou’lkadah. Les émirs Seïfeddin Kelaoun, Seïf-eddin-Belban-Reschidi, furent faits prisonniers. L’émir Seifeddin-Belban-Asclirafi périt dans le combat. Les troupes de Karak prirent la fuite , accompagnées de Bibars-Bondokdari, qui monta ensuite sur le trône d’Egypte. L’armée égyptienne étant de retour au Caire, l’émir Scherf-eddin 251 Kiran Moëzzi, XOstcidar (majordome) du sultan, se rendit caution de l’émir Kelaoun, et le fît mettre en liberté. Celui-ci, après avoir séjourné peu de temps au Caire, se cacha dans le quartier appelé Hosaïniah , chez Seïf-eddin-Katlidja- Roumi,qui lui fournit des provisions de voyage, et il parvint à regagner la ville de Karak.

Cependant , le khalife envoya à Nâser-Iousouf, souverain de Damas, une khilah , un diplôme d’investiture et un collier. Melik-Mougliith, que les Mamlouks- Bahris pressaient d’entreprendre la conquête de l’Egypte, écrivit à un grand nombre d’émirs, et leur adressa de magnifiques promesses. Sur ces entrefaites, Houlagou , fils de Touli, et petit-fils de Djenghiz-Klian , faisant chaque jour de nouveaux progrès, marcha vers Bagdad. 11 députa vers le khalife, pour inviter ce prince à lui payer un tribut ^ wJLhj (ioo). L’effroi s’étant

répandu dans la ville, les habitants en sortirent en foule et se dispersèrent de différents côtés. Houlagou vint camper vis-à-vis le palais du khalife, s’empara des dehors de Bagdad, et massacra un grand nombre de personnes.

Cette même année, on vit arriver à Damas les Fakirs-Haïdaris. Ils portaient sur

(io5) Le mot Diafah XsL-ca, qui signifie en général X hospitalité, désigne quelquefois un festin, attendu qu’un repas accompagne toujours la réception d’un hôte. On lit dans X Histoire d’Egypte d’Ahmed-Askalâni (t. II, f. 180 r1’) : jJ «Le sultan lui donna un festin sur

« les bords du canal de Zaferan. « Plus bas (fol. 192 r°) : ïàL-ca jJ iDans l’ouvrage historique

de Makrizi (Solouk , t. I, pag. 748) : J «11 lui fit préparer un festin somptueux.»

Le même mot désigne également un présent, un don, soit volontaire, soit forcé. On lit dans l’ouvrage d’Ahmed-Askalâni (tom. I, man. 65 6, fol. 25o r°) : ïsLJI Ls^ ^ aJæ

pjüîl «Il stipula qu’il n’exigerait point des marchands le présent qu’ils étaient tenus de payera

«leur arrivée.» Dans le même livre (t. II, fol. 90 r°) : bîL> ï)Js «Ilim-

«posa sur chaque bourg une contribution, désignée par le nom de Diâfah . » Plus loin ( ihid .) : w\^.l «11 leva la contribution suivant l’usage. » Ailleurs (f. 142 r°) : •••

«Il arriva un ambassadeur qui apportait un présent.» Plus bas (fol. 149 v°) :

! j IjLv^JÎ «Ils leur apportaient des dons et des présents.» Et dans l’histoire de Makrizi (, Solouk , tom. III, fol. i5 v°) : »p.U I ! «Chacun se présenta devant eux,

« apportant des dons magnifiques de tout genre. »

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