II. MELIK-MANSOUR
an 655 (1257).
leurs têtes des bonnets appelés tartour jA>\ JL (106); ils avaient la barbe rasée, à l’exception de la moustache : car leur scheïkh (supérieur) Haïdar, ayant été fait prisonnier par les Ismaéliens , ces sectaires lui avaient coupé la barbe , et
laissé la moustache ; et ses disciples se firent un devoir d’imiter leur maître. Ils se bâtirent un monastère hjj , en dehors de Damas, et de là se rendirent en Égypte. Il mourut, dans le cours de cette année (107), plusieurs personnages marquants, savoir : i° Nedjm-eddin-Abou-Mohammed-Abd-alIah-ben-Mohammed . . . . Bâderâïi'^tj^Ut , natifde Bagdad, de la secte de Schaféï, ambassadeur du khalife, et kadi de Bagdad. Il était âgé de soixante et un ans (108); 20 Izz-eddin-Abou-
Hâmed-ben-Abd-alhamid-ben-Hibet-allah Medaïni, auteur de l’ouvrage
intitulé jjLJI Jà'iî ^XJUU^ « Le ciel qui tourne, concernant les proverbes
courants ;» 3° Le souverain du pays de Roum, Ala-eddin-Kaikobad , cjui eut pour successeur son frère Izz-eddin Kaïkaous. Ce dernier ayant perdu la ville de Koniah, qui fut conquise par les Tatars, alla se réfugier dans la ville d’Alâïa Ld&e.
Cette année, la famine et une maladie dangereuse, bj désolèrent toutes les AN contrées de l’Orient. A Damas , à Alep et en Égypte, les prix des denrées devinrent 656
(106) Le mot tartour jjLjL , qui fait au pluriel tarâtir yL\Jo , désigne une sorte de bonnet. On lit dans Y Histoire des hommes illustres de la ville de Kaïrowan (man. arab. 752, fol. 88 v°) : jjLjL)\ « Le bonnet était sur ma tête. » Dans l’ouvrage géographique d’Abou-Obaïd-Bekri (man. arab. 58o, pag. 238) : ^jiaidî 1§JI& Lai4î j.Js\j.D\ « Il porte des bonnets dorés sur
« lesquels sont des turbans de coton. » Dans l’ouvrage historique de Makrizi ( Solouk , tom. I , p. 806) : j «Un maschal et un tartour . » Plus loin (pag. 958) : jjLjL) !
« Des turbans à côtes, qui avaient la forme d’un tartour. » Ailleurs (pag. 980) :jA>\jL)\
«Leur costume de tête était des tartours rouges placés sous des turbans. »
Dans un autre endroit (tom. II, fol. 176 v°) \jLjL J « On fit promener
« ignominieusement une femme qui avait sur la tête un tartour rouge. » Dans le voyage de Pagès ( Voyage autour du monde, tom. I, pag. 386), on lit : « Tantoura désigne une coiffure en cône « d’argent que portent les femmes Druses. » Mais au mot tantoura il faut substituer celui de tartoura.
(107) Cette année, la hauteur primitive du Nil fut de quatre coudées, vingt-cinq doigts; et la crue s’éleva à dix-sept coudées et dix-sept doigts.
(108) En effet, il était né l’an 5g4 (de J. C. 1197). Au rapport de Hasan-ben-Omar (fol. n r°), et d’Abou’lmahâsen(f. 172 v°), il avait rempli les fonctions de professeur dans le collège Nidamiah , à Bagdad. Il fut plusieurs fois envoyé en ambassade de la part du khalife, auprès des princes de l’Egypte et de la Syrie. Arrivé à Damas, il y fit construire un collège, dont les bâtiments se faisaient remarquer par leur grandeur et leur élévation, et il fut le premier qui professa dans la grande salle de cet édifice. Melik-.Nâser, les principaux personnages de l’État et les savants les plus distingués assistèrent à ses leçons. Ayant repris la route de Bagdad, il fut promu, dans cette ville, au rang de kadi-alkodat.
exorbitants (109). A Alep, le makouk (110) de froment se vendait cent pièces d’argent, celui d’orge soixante, un melon vert coûtait trente dirhems. Et tous les objets étaient dans la même proportion.
Le quatrième jour de Ramadan vit tomber un des obélisques JL**» de Pharaon, qui se trouvait à Aïn-scliems; on en retira environ 200 kmtar de cuivre (1 1 1). Le sommet seul produisit dix mille pièces d’or. Le sixième jour de Safar, Houlagou, s’étant rendu maître de la ville de Bagdad, fit périr le khalife Mostasem-billah , qui avait occupé le trône l’espace de quinze années sept mois et six jours. Sa mort anéantit la famille des fils d’Abbas; et les Musulmans restèrent sans khalife jusqu’à l’année 65g. Ainsi se vérifia une tradition rapportée par Djemil-ben-Abi-
252 Thâbet , suivant laquelle l’apôtre de Dieu se leva un jour et dit : « Arabes
« de la tribu delvoraïsch, l’autorité ne cessera pas de vous appartenir, jusqu’au « moment où vous vous livrerez à desactes coupables, qui amèneront pour vous « la perte de vos prérogatives. Dans ce cas, Dieu choisira, pour vous opprimer, «les plus méchants des hommes; et ils vous dépouilleront comme 011 écorce « une branche d’arbre. » Une partie des habitants de Bagdad fut égorgée, le reste se dispersa dans diverses contrées. Les vainqueurs renversèrent les djamis , les mosquées, les rneschhed ; et le sang coula par torrents dans les rues. Ces exces se prolongèrent durant quarante jours. Houlagou ayant donné l’ordre de compter les morts, le nombre s’éleva à environ deux millions. La ville se trouva dans la situation la plus triste. Cependant, les Tatars s’emparèrent d’Arbel, et Bedr-eddin- Loulou, prince de Mausel, se soumit à leur autorité.
Cette même année, une maladie pestilentielle bj fit, en Syrie, de grands ravages. Il mourait, à Alep, douze cents personnes par jour. Un grand nombre d’habitants de Damas fut victime de ce fléau. Le ritl de Tanuir-Hindi (tamarin) se vendit jusqu’à soixante pièces d’argent. Melik-Nâser, souverain de Damas, envoya comme ambassadeur auprès de Houlagou , son fils Melik-Aziz, accompagné d’un grand nombre d’émirs, et chargé de présents. Le jeune prince étant arrivé à la
(109) On peut voir, sur ce qui concerne cette famine, l’historien Djemâl-eddin-ben-Wasel (manuscrit non catalogué, fol. 386).
(110) Voyez, sur cette mesure, Makrizi : Tractatus de legalibus Arabum ponderibus et mensuris, pag. 34, 36, 41, 44.
(ni) Notre auteur, dans sa Description de l’Égypte, à l’article de la ville d’Aïn-schems (man. arab. 797, fol. 184 r°) , raconte le même fait. Voyez aussi M. Silvestre de Sacy ( Relation de l'Égypte, par Abd-allatif, pag. 228).
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cour du monarque mongol, lui offrit tous les objets dont il était porteur, et le pria, au nom de son père, de lui accorder son secours, afin qu’il pût enlever l’Égypte aux Mamlouks. Houlagou donna ordre que le prince, à son retour, fût escorté d’un corps de troupes composé d’environ vingt mille cavaliers. Dès que cette nouvelle parvint à Damas, les Mamlouks-Bahris qui s’y trouvaient abandonnèrent cette ville, et se retirèrent à Karak, auprès de Meiik-Mougbitb, qu’ils pressèrent de tenter la conquête de l’Égypte. Ce prince, en effet, rassembla ses troupes et se mit en campagne. L’émir Koutouz, de son côté, se prépara à la guerre, et partit du château de la Montagne, à la tête de l’armée égyptienne. Lorsqu’il fut arrivé à Sâléhieh, ceux des émirs qui avaient écrit secrètement à Melik-Moughith , désertèrent et allèrent le joindre. Koutouz ayant attaqué l’ennemi, les troupes de Melik-Moughith furent mises en déroute, et lui-même, à la tête d’un faible détachement, reprit la route de Karak. Les Mamlouks-Bahris se dirigèrent du côté de la ville de Tour^Ul (iia)et se liguèrent avec les Schelirzouris, qui venaient de l’Orient. Le reste de l’armée vaincue, ainsi que ses bagages, tomba au pouvoir des Égyptiens, qui retournèrent vers le château de la Montagne, conduisant avec eux une foule de prisonniers. Koutouz était irrité contre beaucoup d’émirs, parce qu’ils montraient des dispositions favorables à Melik- Moughith; il fît arrêter les émirs Izz-eddin-Aïbek-Boumi-Sâlélii , Seïf-eddin- Bekri-Salelii-Kâfouri-Aschrafi, Bedr-eddin-Bektout-Ascbrafi , Bedr-eddin-Belgan- Aschrafi , ainsi que plusieurs autres. Il leur fit trancher la tête , le vingt-sixième jour du mois de Rebi premier, et confisqua tous leurs biens.
Cependant, des soldats de l’armée de Houlagou, nommés les Schehrzouris (1 13),
(112) Le mot tour^^s, qui se retrouve dans les langues syriaque et chaldaïque, et qui désigne une
montagne, répond au terme hébreu tsour lis rocher. Le mont Sinaï est ainsi nommé comme étant la montagne par excellence, celle du haut de laquelle Dieu donna ses lois aux Israélites. C’est du mot tour qu’est venue la dénomination de mont Taurus. Et les anciens, en adoptant ce nom , ont fait un pléonasme semblable à celui qui est en usage chez les Siciliens, lorsqu’ils désignent le mont Ethna par le nom de monte-Gibello , qui veut dire le mont Montagne. Les Arabes, comme je l’ai dit, se servent du motj^b pour indiquer une montagne quelconque. Masoudi (Tenbih, man. de Saint-Germain, 337, fol. 84) nomme Ljjjjb « Le mont des Oliviers; » «Le mont Sinaï. » Plus bas, il
dit : Je parlerai plus bas de la ville de Tour.
(1 13) Les Schehrzouris, ainsi que leur nom l’indique, étaient des Curdes, habitants de la ville de Schehrzour, et qui, ayant fui leur patrie, pour échapper aux armes des Mongols, se réfugièrent en Syrie , en Égypte , et jusque dans le Magreb (l’Afrique). Ebn-Khaldoun, dans son histoire (manuscrit de la Bibliothèque du Roi , tom. VI, fol. 3oo v°), atteste, en effet, que des Curdes, à l’époque de
désertèrent ses drapeaux et se réfugièrent à Damas. Ils étaient au nombre d’environ trois mille, et avaient avec eux leurs femmes et leurs enfants. Melik-Nâser, charmé de leur arrivée et voulant augmenter ses forces, les prit à son service. Leur insolence allait chaque jour en croissant, et leurs prétentions devenaient excessives. Nâser, redoutant leur audace, s’efforça de les gagner par ses bienfaits; mais il ne fit qu’augmenter leur insubordination. Enfin, ils abandonnèrent 253 ce prince, et se retirèrent à Karak, auprès de Melik-Moughith. Celui-ci les reçut avec plaisir, et se flatta de pouvoir, avec leurs secours, conquérir Damas. Melik- Nâser, effrayé, et redoutant les émirs Kaïmeris, qui se trouvaient dans sa capitale, était dévoré d’inquiétudes, et ne savait à quoi se résoudre.
Cette même année, au mois de Redjeb, mourut Abou-Iahia-ben-Abd-alhakk... émir des Benou-Merin. Il eut pour successeur son fils Amrou, qui trouva un compétiteur dans son oncle paternel Iakoub, fils d’Abd-alliakk. Abou-Iahia avait fait de grandes conquêtes et fondé un empire (1 i/j). Il partagea les provinces du Magreb entre les diverses tribus des Benou-Merin, et professait les principes de l’émir Abou-Zakaria, fils d’Abou-Hafs, souverain de Tunis. Abou-lahia fut le .premier qui s’entoura de la pompe royale. Maître absolu du Magreb-aksa, il s’empara de la ville de Fez. Les Benou-Abd-alwahid régnaient sur le Magrebaousat, et les Benou-Abi-Hafs , sur la ville de Tunis, dans la province d’Afrikiah. A cette époque, la puissance des Almouwahids, fils d’Abd-almoumin était sur le penchant de sa ruine (i i5).
Les fils de Hasan étant entrés dans la Mecque, firent prisonnier Edris. Us séjournèrent dans cette ville l’espace de six jours; mais Abou-Nemi les força de l’évacuer sans qu’il y eût de part ni d’autre une goutte de sang répandue (i 16).
la prise de Bagdad par Iloulagou, avaient quitté la ville de Schehrzour, et étaient venus se mettre au service des souverains du Magreb.
(n 4) Je lis : ^ls! ; au lieu de
(x i5) Cette année , la hauteur primitive du Nil fut de quatre coudées dix-neuf doigts, et la crue s’éleva à dix-sept coudées cinq doigts.
(116) Cette année vit mourir quelques hommes d’un grand mérite, tels que: i° Aoun-eddinben-Adjemi ^ ^jJ! qui avait un des PrinciPaux personnages de la cour de
Melik-Nâser. Son père, nommé Beha-eddin, avait occupé dans la ville d’Alep un rang des plus distingués, et rempli entre autres fonctions celle d’administrateur des fondations pieuses. Aouneddin joignait à des qualités brillantes une belle figure, et le talent de la poésie.
2° Nidam-eddin-ben-Maulâ, l’un des écrivains de la chancellerie du sultan Melik-Nâser. 3° Le scheïkh Zeki-eddin-ben-Abd-aladim , qui mourut en Égypte , était scheïkh (supérieur) de la. maison